1 Introduction
Je considère La plus secrète Mémoire des hommes1 comme un roman stratégique avec lequel Mohamed Mbougar Sarr sâinscrit dâoffice dans le canon de la World Literature (ou Littérature-monde, terme quâil se garde dâemployer). La stratégie, on lâa vu avec dâautres lauréats (notamment Patrick Chamoiseau), sâavère payanteâ : lâauteur afropolitain «â sâautodécoloniseraitâ », estime Mbembe2. Franco-Sénégalais, Sarr se défait du label «â afropéenâ » et se déclare un écrivain tout court.
En même temps, lâauteur sait quâil est exposé au «â régime néo-libéralâ » et quâil a le choix entre (sur)exposition médiatique3 et intertextualité mirobolante, ou une combinaison des deux.
Après une introduction sur les mécanismes et les avantages et inconvénients de la plus prestigieuse distinction, jâavance prudemment les revers du prix. Dans la deuxième partie, tout en relativisant lâimportance du prix Goncourt, à la suite de Pierre Jourde4 et dâautres voix à contre-courant, je montre que Sarr joue habilement sur une cascade dâauteurs tombés dans lâoubli, noyés dans le labyrinthe de maisons de presse et dâéditeurs et de leurs âcombinesâ.
Enfin, dans ma troisième partie, je montre que les âfantômesâ de Sarr ne sont peut-être pas, ou pas seulement, ceux que la critique a fièrement dépistésâ : Yambo Ouologuem, René Maran⦠Il y a aussi dans le «â labyrintheâ » des auteurs embrouillés et endommagés par la carte quâils ont tirée, des auteurs qui ont démêlé les rapports tendus, vicieux, entre victimes directes et victimes collatérales de génocides (Juifs et Noirs, Juifs et Polonais). Câest ici que je mâintéresse en particulier à la présence dâAndré Schwarz-Bart, dâune part, et de Witold Gombrowicz, de lâautre. Ces deux écrivains dâorigine polonaise ont bataillé toute leur vie contre lâantagonisme entre Juif et âGentilesâ.
Dans Juifs et Noirs, Histoire dâune relation, Edith Bruder sâintéresse au rapport tantôt amical tantôt conflictuel entre Juifs et Noirs dans la littérature postcoloniale5. Câest ici quâentre en scène un axe de lâintertextualité foisonnante de Sarrâ : les échos avec lâÅuvre schwarz-bartienne, emblématique du dialogue de sourds ou en sourdine entre sur/doués, Juifs et Noirs. Comme entrée en matière, il convient de comprendre pourquoi Sarr sâintéresserait à André Schwarz-Bart. Ce dernier a vécu en Casamance, au sud du Sénégalâ ; il est aussi lâami du poète (et ex-président) du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, le premier Noir admis à lâAcadémie française. Senghor exprima sa profonde admiration pour chacun des romans dâAndré Schwarz-Bart. Enfin, Sarr sait que Schwarz-Bart est le Goncourt malheureux, marqué à vie par cette distinction honorifique qui donna lieu à des polémiques au lendemain de sa victoire grisante.
2 Le Goncourtâ : Nouveaux membres, nouveaux critères de sélection
Il va de soi que la composition dâun jury est de la plus haute incidence. Avant Didier Ducoin, Bernard Pivot présida lâAcadémie Goncourtâ : sa démission fit grand bruit6. En 2012, câest au tour de Pierre Assouline dâentrer à lâAcadémie Goncourt. Ãcrivain prolifique, son blog, «â La République des lettresâ » est très suivi. Il représente (en ce qui me concerne) une valeur sûre quant au jugement sur la littérarité. Il fait le tri dans le roman contemporain dans ses diverses manifestations avec discernement. Christine Angot, Virginie Despentes, Ãric- Emmanuel Schmitt, et le nouveau président, Philippe Claudel, changent aussi la donne.
Assouline est un fidèle lecteur des romans dâAndré Schwarz-Bart. Il est lâinstigateur dâun autre article qui mâa marquéeâ : «â Lâédition est-elle trop blancheâ »7, titre Le Nouvel Obs en avril 2021, câest-à -dire juste avant quâon nâentame la lecture de la multitude de romans qui seront en lice pour le «â prix le plus prestigieuxâ ». Lâarticle assume quâon manque de diversité dans le monde de lâédition, et la photo qui accompagne lâarticle fait référence à la polémique qui a éclaté autour dâAmanda Gorman lorsquâelle récita de la poésie pour lâintronisation du président Joe Biden. Le portrait de famille montre que parmi les dix membres du Jury Goncourt il manque non seulement des membres afropéens, mais aussi des femmes. Lors dâune soirée à la Maison de la francité à Bruxelles, en 2022, je proposai autour dâun verre à certains membres de lâAcadémie Goncourt quâun Antillais, Africain ou Asiatique rejoigne leur comitéâ : la question aurait été posée à Sarr qui aurait poliment refuséâ ! Avec un jury blanc, majoritairement masculin, les auteurs non blancs, ainsi que les autrices, de couleur ou non, resteraient encore invisibles. David Diop avec Frère dââme8 (Goncourt des lycéens) et Sarr en 2021 sont de notables exceptions. La monochromie étant reconnue, cette année y aura remédié en couronnant un auteur afropéen. Lâacadémie Goncourt a, dans la foulée, honoré deux auteurs au profil atypique, étrangers, qui tous deux se sont sentis des «â incompris du Goncourtâ »9.
3 Un prix peut en cacher un autre
De fait, derrière cette distinction honorifique, un autre lauréat appartenant à une autre minorité, afro-caribéenne, est «â rattrapéâ ». Il sâagit de René Maran (1887-1960) qui a eu droit, tout au long du Centenaire de Batouala10 en 2021, à une déferlante de colloques et activités de toutes sortes11. Câest aussi dans cette perspective-là quâil faut comprendre quâAssouline salue le lauréat guyanais qui a été vilipendé pour son audace (dénoncer le colonialisme français en Oubangui-Chari, lâexcision féminine, la corruption des fonctionnaires, etc.). Si René Maran a été vite déclassé pour son roman au lendemain de la Première Guerre mondiale, il est réhabilité en 2021 entre autres par la réédition dâUn homme pareil aux autres (1947)12, avec une préface de Mohamed Mbougar Sarr. Ce péritexte par ailleurs peu novateur, commandé avec lâappui de lâayant droit de Maran, contribue à la consécration du jeune auteur âgoncourableâ. Sarr «â embobineâ » dâautres Goncourt noirs, comme Marie NDiaye (Trois femmes puissantes13 ) ou dâautres confrères et consÅurs qui auraient été parfaitement âgoncourablesâ (comme Léonora Miano et Ken Bugul, compatriote de Sarr, quâil a déguisée dans le personnage de Siga D.)14. Dès septembre, Assouline promeut le roman de Sarr sur son blog, «â La République des livresâ ». Lâimpact est indéniableâ¦
Pour revenir à Schwarz-Bart, Assouline affirme quâil était lâécrivain qui contre toute attente se vit décerner le prix Goncourt avec Le Dernier des Justes15, puis ne fit plus parler de lui, ou à peine. Avec La Mulâtresse Solitude (1972)16, il ne trouva pas grâce auprès de son lectorat contrarié tantôt par la lamentation des Justes, tantôt par la fictionnalisation de la traite négrière. Sarr prophétise le même risque de disparaître du jour au lendemain du radar, tant il sait que tout est éphémère. Il conjure en même temps le gouffre du «â labyrintheâ » de la République des lettres. Attaqué déjà pour De purs hommes17, il porte en lui des âblessuresâ qui demeurent âirréparablesâ.
Avec ce prix-ci, le monde littéraire français et francophone a en quelque sorte expié une double faute de lèse-majesté. En 1921, René Maran remporta le Goncourt avec Batoualaâ ; en 1959, quarante ans après, câest au tour de lâécrivain dâascendance juive et franco-polonaise dâêtre couronné, puis «â lynchéâ » (câest le verbe employé par son épouse guadeloupéenne, Simone Schwarz-Bart) au lendemain du Goncourt. Tous deux ne se sont jamais remis de lâoffenseâ : ils nâétaient quâaprès tout que «â des hommes pareils aux autresâ » et leur inventivité, leur «â inclusivitéâ » abordant des sujets souvent tabous dans leur société dâorigine comme dans la société dâaccueil, la République française, nâont pas trouvé grâce parmi les esprits étriqués.
Dans son roman, Sarr a absorbé tous les textes mentionnés ci-dessus. Dans un entretien avec Jean-Pierre Orban pour Afrique XXI18, il avoue quâil a lu Le Dernier des Justes, mais lâintervieweur ne pousse pas plus loin son investigationâ : quâest-ce que Sarr a précisément fait de / avec Le Dernier des Justes et à quel butâ ? Dans La plus secrète Mémoire des hommes, le «â Troisième biographèmeâ » nous expose la fin de Charles Ellenstein. Selon certains, ce personnage serait basé sur Edmond Jabès, le poète emblématique de lâunion entre deux cultures, lâÃgypte (ottomane) et la culture juive européenne, au-delà de la francophonie. Marié avec Arlette Jabès qui, selon Daniel Lançon, «â avait tout partagéâ : les combats antifascistes, les épreuves de la guerre, lâexilâ », elle était la «â première lectrice des livres dâE. Jabès, [â¦] le plus actif défenseur auprès des éditeurs et des critiquesâ »19. On retrouve donc des duos, miroir des Schwarz-Bart. De plus, dans le roman, Thérèse Jacob est lâépouse dâEllenstein, un Juif qui sâignoreâ : tous deux éditeurs de leur état et obligés de quitter Paris sous lâOccupation, ils évoquent plusieurs couples (Aragon et Elsa Triolet par exemple) «â planquésâ » sous la Seconde Guerre. Sây ajoutent aussi les allusions à des couples de création et /ou dâéditeurs, renforcées par le fait que le nom de leur maison dâédition est italien, «â Geminiâ », et signifie jumeaux.
Dans Le Dernier des Justes, le Marais, quartier de la «â menuaille étoiléeâ »20, est décrit comme une «â énorme souricièreâ », syntagme qui apparaît sous la plume du narrateur21. Les deux associés Jacob et Ellenstein craignent aussi pour leur vie et se réfugient en province. Ils auraient pris sous leurs ailes lâAfricain Elimane ou Elimane Madag Diouf. Dans la vraie vie, André et Simone Schwarz-Bart ne sont certes pas éditeurs, mais ils sympathisent avec ceux qui se fraient un chemin dans le «â labyrinthe inhumainâ » quâest la compétition littéraire, quâelle soit francocentrée ou postcoloniale. Lorsque Yambo Ouologuem est complimenté par André Schwarz-Bart contre les mauvaises langues, félicité dâavoir «â plagiéâ » son bestseller sur la Shoah, une filiation sâétablitâ : le Malien réfléchit dans Lettre à la France nègre22 à ces unions qui dérangent dans le monde littéraire.
Qui plus est, le retour de Charles à son ancienne adresse semble calqué sur le chapitre de Schwarz-Bart où la concierge reçoit Ernie Lévy et lui annonce que ses «â Juifsâ » ont été raflés. Chez Sarr, câest Elimane qui a disparu et est vainement recherchéâ : la concierge apprend à Charles Ellenstein quâElimane est parti avant la guerre23. Autre parallèle, Ellenstein complote son suicide, exactement comme le fait le protagoniste schwarz-bartien qui ne se voit plus dâissue face à la ville occupée et la menace nazieâ :
à la fin de la lettre, il confie à Thérèse quâen traversant Paris occupé, rempli dâofficiers et de soldats allemands, placardé dâaffiches nazies et de croix gammées, presque vide de monde, constellé de jaune, il a eu le sentiment de devoir â il hésite longuement, en ce point, entre devoir, vouloir et pouvoir, et choisit finalement devoir pour son ambiguïté â mourir24.
Cela dit, il me semble que, tout ambitieux quâil soit, lâécrivain afropolitain relativise le prix Goncourtâ : Sarr nâest pas dupe que les références à Ouologuem (décédé en 2017, moment où Sarr est en train de préparer une thèse à lâEHESS sur son Åuvre, celle de Kourouma et de Malick Fall â auteur de La Plaie incarnant la «â mauvaise conscience des lettres ouest-africainesâ »25 ) intrigueront aisément le jury français qui peut ainsi se âracheterâ. Mais Sarr sait aussi quâil court le même risque que lâauteur du Devoir de violence26 â : les humeurs changeant vite dans ce milieu frileux, il peut être considéré comme un «â traîtreâ » le lendemain, et par les siens dâabord. Puisquâil sâattaque aux mythes de lâAfrique, quâil met en question la mentalité homophobe, la radicalisation, lâinégalité entre les sexes, etc., il est le sonneur dâalerte. Comme V.Y. Mudimbe, autre mentor, il interroge les idées reçues sur une Afrique précoloniale harmonieuse et lâuniversalité européenne, à ses risques et périls.
Il nâest pas non plus lâauteur qui dépend à tout prix de son éditeurâ : il ne jure pas fidélité à Présence Africaine, ce qui me paraît en revanche un énorme «â rendez-vous manquéâ » dans lâhistoire des Goncourt (aucun roman sorti de la maison mère dâAlioune Diop nâayant remporté le Goncourt ou le Renaudot). Ãtrangement, le transfert à Philippe Rey/Jimsaan est passé sous silence dans la critique, universitaire ou non. Après deux romans publiés chez la maison âsoucheâ, il sâest associé à Philippe Rey/Jimsaan à qui il exprime sa gratitude dâavoir peaufiné le manuscrit. Quel fâcheux manque-à -gagner pour Présence Africaineâ !
4 La connexion polonaise
Un autre auteur polonais est important pour comprendre les enjeux symboliques des prix littéraires. Sarr multiplie les allusions à Witold Gombrowicz, lâauteur controversé depuis Ferdydurke27. Nominé quatre fois pour le prix Nobel sans jamais le remporter, il est plus âjuifâ que Bruno Schulz, le peintre et écrivain auquel je propose dâassocier Schwarz-Bartâ : se réfugiant dans lâart, il se sent déconnecté de la Pologne juive et fraternise avec lââesclaveâ, où quâil soit. Mais dâautres confluences entre eux se manifestent, que Sarr a probablement prisées.
5 LâAbbaye de Royaumont
Refusé par Calman-Lévy et par Lindon (éditeurs juifs), le «â manuscrit embrouilléâ » est accepté par Paul Flamand qui propose quâAbraham Szwarcbart devienne André Schwarz-Bart. Lâéditeur du Seuil suggère donc non pas un nom de plume, mais une retouche quitte à ce que lâauteur sonne davantage comme un écrivain de âsoucheâ. Mal nommés, ces étrangers issus de lâimmigration en France se sont beaucoup réfugiés loin de lâépicentre parisien.
Les trois auteurs, Schwarz-Bart, Sarr et, à un moindre degré, Gombrowicz, ont profité de différentes résidences dâécritureâ : André Schwarz-Bart a séjourné dans lâAbbaye de Royaumont, comme lâindique nonchalamment Jean Lacouture dans Paul Flamand, éditeur28. Schwarz-Bart a aussi séjourné à la Villa Ciotat de Daniel Guérin, auteur des Antilles décolonisées29, mais la résidence dâécrivains qui est dâune incidence capitale dans son Åuvre, câest le Moulin dâAndé30. à son tour, Sarr remercie en note en fin du roman, Silence du chÅur ses hôtes de résidence31, les rencontres quâil y a faites ayant été extrêmement importantes pour lui.
Enfin, câest surtout au Moulin dâAndé que le cycle antillais de Schwarz-Bart va connaître une extension rhizomatique vers lâAmérique latine, notamment vers Bogotá32. Au moment où lâArgentine devient une plaque tournante pour des auteurs fuyant les régimes totalitaires et pour des criminels nazis, la Colombie (la Caraïbe continentale) accueille aussi des «â étrangersâ » aux origines et idéologies diverses. Dans le roman de Sarr, le personnage dâElimane se trouve à cette même intersection de cultures élitaires et populaires, européennes et afro-caribéennes. Le milieu que fréquentera Elimane est également celui de Gombrowicz pour qui les salons littéraires autour de la revue Sur ont compté énormément. Sâil y a rencontré et vénéré Borges, Gombrowicz sâagace que le monstre sacré ne jure que par la supériorité européenne (Paris) et lâélite. Lui, le bohémien polonais fréquente les bas-fonds et les parcs nocturnes, en quête de beaux garçons (nâoublions pas que Gombrowicz admire Genet et sans doute aussi Lorca). Ce milieu bohème plaît à lâauteur qui se meut dans les bouges de Buenos Aires où lâon joue et danse les tangos des frères Gardel. Câest là un autre lien de partage avec André Schwarz-Bart qui, dans LâÃtoile du matin33, évoque aussi un des frères Schuster, Juif polonais qui aurait «â établiâ » dans le barrio un bar de tango. Un triangle géopolitique et culturel sâesquisse, de lâest de lâEurope à lâAmérique du Sud en passant par lâAfrique dont est originaire Elimane.
6 (S)élections affectives
André Schwarz-Bart était féru dâintermédialité et se passionnait pour le cinéma, le théâtre (dans le roman) ou encore le dessin. La preuve en est son croquis de Mariotte dans Un plat de porc aux bananes vertes34 comme décrit dans Marrane et marronne35. A lâinstar des figures effrayantes dessinées par Bruno Schulz, dans son journal, Mariotte avait dessiné des égarés et romancé des existences rongées par les stigmates, évoquant Les Boutiques de cannelle36. Schulz reste dans lâesprit de Gombrowicz et de Schwarz-Bart un des nombreux plasticiens victimes dâantisémitisme. Tardivement traduit et découvert en France37, Schulz est comme lâun des «â fantômesâ » qui rôde dans le narratif labyrinthique de Sarr. Quant à Gombrowicz, il sâest lui aussi senti, toute sa vie, déraciné. Il est attesté que lâauteur de Ferdydurke souffrait de dépression, comme Schwarz-Bart38. à Berlin, Paris, Buenos Aires, Gombrowicz était de surcroît en proie à un «â labyrinthe diabolique de mauxâ »39 et se reconnaissait, de ce fait, dans la «â littérature hermétiqueâ » dâun Bruno Schulzâ : angoissé de ne pas connaître la «â gloireâ » de son vivant, il sâest calfeutré tout en travaillant inlassablement à une oeuvre inachevée.
En revanche, Sarr est un auteur beaucoup plus confiant et sympathique que le Polonais qui compensa par sa faconde ce qui pouvait ressembler à un âcomplexe dâinférioritéâ. à quoi est dû ce complexeâ ? Bien que nâétant pas juif lui-même, Gombrowicz est déchiré par la réputation antisémite de son pays. Il considère Schulz comme son dibbouk qui le poursuit car son Åuvre était géniale, ce qui rend dâautant plus douloureux le fait quâil a été tué à la fleur de lââge par les nazis. Il est le Polonais qui lutte contre son double qui se niche dans son for intérieur, le Juif qui, minoritaire dans son pays, a souffert de lâostracisme et de la déportation. Dans un article de son Journal, Gombrowicz estime que le Juif appartient à un peuple «â supérieurâ »40.
Schwarz-Bart de son côté se trouve entre deux «â légendes vivantesâ » du boom latino-américainâ : Borges et GarcÃa Márquez41, Le labyrinthe de Sarr ajoute de la complexité à la géographie de leurs Åuvres pour former avec eux ce même triangle transatlantique dâauteurs âenlaçantâ racisme et fascisme, discrimination contre les Noirs et les Juifs, et des romances ou liaisons entre ces deux âminoritésâ.
7 Concurrences victimairesâ : le Juif et la Pologne, le Noir et lâEurope
La poétesse haïtienne qui aurait vécu avec Elimane donne de son amoureux le portrait suivantâ :
[I]l admirait lâÅuvre de Borgesâ : mais ses plus proches amis étaient Gombrowicz et Sábato. Je crois quâil a couché avec tout ce que lâintelligentsia portègne comptait de belles femmes à lâépoque, et de laides également. Je suis convaincue quâil a couché avec Victoria Ocampo42.
La poétesse haïtienne assure que Gombrowicz est son maître en littérature, avec Sábato. La Pologne natale quâil maudit est aussi le pays quâil aime, tout de mêmeâ :«â le sol polonais lui manqueâ !â »43. Se peut-il que le pays dévasté par les plus féroces vengeances antisémites, la Pologne, soit à Gombrowicz ce que le Sénégal serait à Sarrâ ? La capitale, Varsovie à jamais souillée par le sort quâon a réservé aux Juifs polonais ressemblerait à Dakar où des activistes comme Fatima Diop préfèrent se suicider plutôt que de continuer à vivre dans un pays quâelle considère oppressif. De ce fait, Gombrowicz me paraît le fantôme le plus puissant dans la fiction de Sarrâ : malgré tout ce quâil a «â vomiâ » sur la Pologne, Gombrowicz fut nommé plusieurs fois au prix Nobel, bien quâil ne lâobtienne jamaisâ ! Jusquâoù peut-on maudire son Heimatâ ?
Le grand écrivain polonais, écrasé par la culpabilité, quitta son pays qui nâavait pas su apprécier «â la supériorité des Juifsâ ». Comme Cioran, Gombrowicz déteste mais est séduit tout aussi bien par lâautre en lui44. Lâémotion forte peut à jamais gâcher lâenvie du retour, surtout que vingt ans après la Shoah, la Pologne affichait à nouveau un antisémitisme radical qui fit frémir (et fuir à nouveau) Zygmunt Bauman (et son épouse), Marek Halter â et Gombrowicz. Comme de nombreux auteurs dâorigine polonaise (surtout sâils sont de surcroît juifs), il en est de même pour Schwarz-Bart, qui entretient avec le pays de ses ancêtres un rapport de haine et de peur viscérales.
Pour Gombrowicz, le même rapport ambigu de répulsion, voire de haine est manifeste (avec toutefois du côté schwarz-bartien quelque mélancolie pour les contes folkloriques du Baal Chem Tov)45. Ce Gombrowicz aime de surcroît la poétesse haïtienne, comme lâAutre absolu. Il la voyait autour du périodique Sur, revue dâavant-garde. Mais Gombrowicz est aussi lâauteur qui doit tout à son traducteur et le reconnaîtâ : dans une lettre il remercie Maurice Nadeau46, et affirme que câest grâce à son dévouement quâil a accédé à la célébrité. Ce dernier a fait plus que le traduire, il le préface et il le «â défend pied à pied face à lâémigration polonaiseâ »47. Gombrowicz est enfin celui qui abjure toute «â nationalitéâ », mieux, celui qui rejette violemment tout pathos national48. Il serait, de ce fait, le Polonais qui se renie, qui ne sait pas comment se comporterâ :«â quelle attitude adopter envers la Pologneâ ?â »49. Câest effectivement un sentiment quâon reconnaît chez des auteurs et critiques, et câest ce que Joseph Kwaterko, qui lâa bien connu, confirme50.
8 Louis-Philippe Dalembert et Mohamed Mbougar Sarrâ : Interalliés triomphants des mécanismes de consécration
Bien sûr, Sarr nâest ni le premier, ni surtout le plus original à montrer ces liaisons atypiques dans un monde français huppé, dans les milieux bariolés et esthètes de la Ville Lumière et de ses «â antennesâ » dans lâAutre Monde, la communauté européenne recréée outre-Atlantique. Sur ce plan aussi, il me semble que Louis-Philippe Dalembert lâa devancé. à vrai dire, je peux soutenir que lâHaïtien avait aussi une grande chance de remporter le Goncourt et quâau niveau des sujets abordés, il y a des parallèles intéressants avec le dernier roman en date de Sarr51. Dans Avant que les ombres sâeffacent52, lâauteur imagine aussi un, voire plusieurs, triangles Juifs-Noirs. Il y a dâabord le docteur Schwarzberg qui va sâinstaller en Haïti, pays qui accordait automatiquement la nationalité à tout réfugié juif. Le Juif polonais sâadapte tellement bien à la culture créole quâil devient adepte du vaudou, et quâil épousera Sara, une métisse dâorigine arabe. Parallèlement, Dalembert imprègne son roman de lâentre-deux-guerres âmétisséâ dans les hauts lieux de la culture française. Autrement dit, lâimaginaire juif surgit dans ses romans dâexode et de transplantation, que ce soit dans le bassin méditerranéen (Mur Méditerranée53 ) ou en Afrique. Dalembert a dâailleurs une plus vaste Åuvre que Sarr, mais il a également prouvé son fair play en avouant que La plus secrète Mémoire des hommes est un roman très bien composé, qui méritait le prix54.
Dans Avant que les ombres sâeffacent, lâamour est non seulement interethnique, mixte, mais encore entre des partenaires de différentes religions, voire quelquefois de même sexeâ : Ruben Schwarzberg se mettra en ménage avec Sara, une Palestinienne musulmane, pendant que Camille Roussan, le poète rentré au pays après un interlude parisien, sâéprend dâun ouvrier agricole lorsquâil fait voir du pays au Juif polonais. Lâamour entre Juif et Noir le titillait déjà dans Rue du Faubourg Saint-Denis (2005), hommage à Romain Gary. Le lauréat à deux reprises du Goncourt imagine dans La Vie devant soi (1975) que la Juive rescapée de la Shoah, Mme Rosa, se lie dâamitié avec une dénommée Mme Bouchereau55. Ce nom de famille appartient à une prestigieuse famille de lâélite de couleur de Port-au-Princeâ : les enfants de Georges Sylvain ont tous fait de brillantes carrières dans les domaines de lâanthropologie, de la sociologie, de la médecine, de lâéconomie. La fille Madeleine Sylvain devient Mme Bouchereau en épousant Max Bouchereau, un Haïtien, fils du ministre de lâEducation avec qui elle sâinstallera à Hambourg (port dâoù part le S.S. St Louis qui est le navire dâAvant que les ombres sâeffacent, surchargé de 600 émigrés juifs). Bref, sans quâil ne sache que Max Bouchereau signa en son rang de Consul dâHaïti des visas pour sauver des Juifs, Dalembert nous embarque dans un labyrinthe qui nâa rien à envier à celui de Sarr. Les familles noires et blanches, Juives et gentiles se croisent, que ce soit sur un palier dâappartement, Rue Faubourg Saint-Denis, quartier hautement habité par des petits Juifs, ou Belleville (comme chez Perec), pour encore tisser un lien dans la toile dâaraignée. Et si Mme Rosa est nommée dâaprès la protagoniste de La Vie devant soi56 dâÃmile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, Goncourt 1975, câest que Dalembert se met sur les épaules du géant de Vilnius. Bref, lâintertextualité est une stratégie dâautohomologation et elle intensifie le plaisir du texte.
Tout ceci illustre comment les auteurs «â en lice pour le Goncourt 2021â » sont sur la même longueur dâonde. Un partage particulièrement net est leur recours à la notion de «â noeud de mémoireâ » (dâaprès Michael Rothberg)57, dâautre part. En effet, les romans trament toujours de manière subtile mais constante, des âliaisons dangereusesâ parce quâentre partenaires de différentes ethnies, religions ⦠Lâamour mixte revient dans des constellations toujours différentes. Dans Milwaukee blues58, en lice pour le Goncourt 2021, Emmett aime Nancy, une Blanche mais leur bel amour métissé a échouéâ ; couvé par Ma Robinson, ancienne matrone de prison devenue pasteure, le garçon qui sâéprend dâune Blanche, rappelle le drame dâEmmett Till. Cet adolescent du Nord tombe victime dâune société raciste qui ne supporte aucune attention de la part de lâhomme de couleur à lâégard dâune femme blanche. Comme Sarr, Dalembert rappelle le climat ségrégationniste et «â radicalâ », lâintolérance envers la transgression «â racialeâ ». Des individus non hétéronormés aussi (dans Terre ceinte59, dans De purs hommes) se font terrasser, poursuivre, tuer. Milwaukee blues nous confronte avec lâAmérique malade de la question raciale à lâheure de lâassassinat de Georges Floyd, mais tout aussi bien avec le passé nauséabond de la véritable histoire dâEmmett Till. Sur fond de ségrégation, sur fond de lâAmérique post-Martin Luther King et toujours raciste, la «â Black Ministerâ » Ma Robinson organise la grande marche pour lâégalité comme un cri dâespoir et de fraternité/sororité lancé à la face du monde. La plus secrète Mémoire des hommes prend aussi lâentre-deux-guerres comme intervalle bouillonnant de rencontres de cultures et de civilisationsâ : premier «â jointâ » entre les deux romans. Le deuxième est lâamour mixte dans ses constellations diverses (ethniques, religieuses, sexuelles). Le troisième est le «â roman mémorielâ » avec comme fil rouge chez Dalembert, le livre dâAnténor Firmin, et lâauteur calomnié à cause dâun livre à scandale, Elimane chez Sarr.
9 Conclusionâ : Qui était vraiment le Rimbaud nègreâ ?
Labyrinthique, le roman primé en 2021 par le Goncourt est dâabord événementielâ : il tombe à pic dans les commémorations de René Maran et Yambo Ouologuem. Dâautres Goncourt se cachent dans son «â palimpsesteâ » dont André Schwarz-Bart. Sarr sâinscrit dans le canon avec la stratégie intertextuelle et aborde audacieusement une extension du domaineâ : tricontinentale, sa connexion avec un autre grand auteur polonais, qui se hait par la âquestion juiveâ. La relation Juif-Noir est également envisagée de manière surprenante, voire transgressive. Des couples mixtes peuplent le roman dâune quête dâassouvissement tant identitaire, sexuelle, que spirituelle. Sarr déjoue les «â labelsâ » et sâest inspiré entre autres de lâÅuvre schwarz-bartienne, jusque dans le récit à multiple signatureâ : Un plat de porc aux bananes vertes salue un certain tirailleur sénégalais parti de Casamance et dont Mariotte (descendante de Solitude, la métisse moitié Diola moitié européenne) nâa plus de nouvelles. De surcroît, le mari de Mossane chez Sarr sâappelle Assane Koumakh, ce qui est assez proche dâAlassane (Al Hassan) Badje qui en 1915 se sépare de Mariotte (qui lâaurait trahi ou lâinverseâ ?). Sarr sâest ingénieusement armé contre lâaccusation capitale dâêtre le plagiaire dâun autre grand auteur. Nâa-t-il pas parsemé son vaste roman initiatique dâune multitude de sources qui toutes finissent par asseoir solidement la posture de lâécrivain encyclopédiqueâ ? Celui qui a tout lu, tout absorbé et qui, à la façon de Borges, en détricote avec les doubles et les individus «â réversiblesâ », se met à lâépreuve de très grands auteurs pour gagner lâestime du jury Goncourt.
Dans «â On ne choisit pas une identité littéraire comme on choisit un chapeauâ », le Soudanais Jamal Mahjoub témoigne de lâinfluence de la bibliothèque essentiellement anglophone quâil lui a été donné de consommer en tant que jeune Africain anglophone avant quâil ne se mette à lâécriture60. à défaut dâune thèse, vaste avant-texte pour le roman, Sarr agence sa «â bibliothèque idéale africaineâ » et mondialeâ : il réfléchit sur son propre parcours dans un labyrinthe très métatextuel. Quel type dâécrivain veut-il devenir, avec quel type de romanâ ? En établissant des liens avec des anglophones/francophones et des écrivains du Maghreb, mais aussi des contemporains comme Léonora Miano, Ken Bugul, Mudimbe et Boubacar Boris Diop, Sarr se présente comme le Socrate du XXIe siècle postcolonial. Il est la contre-voix qui sort de tous les sentiers battus.
Bibliographie
« Choix Goncourt de la Belgique », Académie Goncourt, https://www.academiegoncourt.com/choix-goncourt-belgique (consulté le 17 décembre 2023).
Aïssaoui, Bernard, « Bernard Pivot quitte lâAcadémie Goncourt », Le Figaro 3 décembre 2019,âhttps://www.lefigaro.fr/culture/bernard-pivot-quitte-la-presidence-de-l-academie-goncourt-20191203 (consulté le 17 décembre 2023).
Ajar, Ãmile, La Vie devant soi, Paris, Mercure de France, 1975.
Bruder, Edith, Juifs et Noirs, histoire dâune relation, Paris, Albin Michel, 2023.
Caillat-Magnabosco, Odile, « La Pologne postcommuniste. Mémoire et puissance, misère et consommation », Ãtudes 402,3 (2005), 297-307.
Casanova, Pascale, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999.
Dalembert, Louis-Philippe, Rue du Faubourg Saint-Denis, Ãditions du Rocher, 2005.
Dalembert, Louis-Philippe, Avant que les ombres sâeffacent, Paris, Sabine Wespieser, 2017.
Dalembert, Louis-Philippe, Mur Méditerranée, Paris, Sabine Wespieser, 2019.
Dalembert, Louis-Philippe, Milwaukee blues, Paris, Sabine Wespieser, 2021.
Devarrieux, Claire, « Schwarz-Bart, lâincompris Goncourt », Libération 30 octobre 2019.
Diop, David, Frère dââme, Paris, Seuil, 2018.
Fall, Malick, La Plaie, Paris, Albin Michel, 1967.
Gombrowicz, Witold, Ferdydurke, Varsovie, Towarzystwo Wydawnicze, 1937.
Gombrowicz, Witold, « De la supériorité des Juifs », dans Gombrowicz, Witold, Journal, tome 1, Paris, Folio, 1995, 179-181.
Gombrowicz, Rita, Gombrowicz en Europe. 1963-1969, Paris, Denoël, 1988.
Gyssels, Kathleen, Marrane et marronne, Leyde, Brill, 2014.
Gyssels, Kathleen, « âJubanidadâ dans Avant que les ombres sâeffacent de Louis-Philippe Dalembert », French Sudies in Southern Africa 50 (2020), 38-58.
Gyssels, Kathleen, « Rastafarisme et sionisme dans le cycle schwarz-bartien », dans Odile Hamot (ed.) Terre(s) promise(s), Paris, Classiques Garnier, 2021, 133-152.
Gyssels, Kathleen, « André Schwarz-Bart au Moulin dâAndé : de quelques rencontres déterminantes », Relief. Revue électronique de littérature française 15,2 (2021), 142-153, DOI : https://doi.org/10.51777/relief11463.
Gyssels, Kathleen, « Dalembert et Sarr et le palimpseste schwarz-bartien », Interfrancophonies 2024 (sous presse).
Gyssels, Kathleen et Kanaté Dahouda, « Liaisons dangereuses : relire Maran après les fastes du Centenaire de Batouala », Ãtudes caribéennes 8 (2021), DOI : https://doi.org/10.4000/etudescaribeennes.23994.
Jourde, Pierre, La littérature sans estomac, Paris, LâEsprit des péninsules, 2002.
Jourde, Pierre, La Culture bouge encore, Paris, Hugo Doc, 2015.
« LITTÃRATURE. Les fantômes du Goncourt de Mohamed Mbougar Sarr », Afrique XXI, https://afriquexxi.info/Les-fantomes-du-Goncourt-de-Mohamed-Mbougar-Sarr (consulté le 17 décembre 2023).
Lacouture, Jean, Paul Flamand, éditeur, Paris, Les Arènes, 2010.
Lançon, Daniel, Edmond Jabès, Albias, Jean-Michel Place,1998.
Mahjoub, Jamal, « On ne choisit pas une identité littéraire comme on choisit un chapeau », Notre Librairie 155-156 (2004).
Maran, René, Batouala, Paris, Albin Michel, 1921.
Maran, René, Un homme pareil aux autres, Marseille, Les Ãditions du Typhon, 2021.
Mbembe, Achille, Sortir de la grande nuit, Paris, La Découverte, 2010.
Meizoz, Jérôme, Faire lâauteur en régime néolibéral, rudiments de marketing littéraire, Genève, Slatkine érudition, 2020.
Menton, Seymour, Historia Verdadera del Realismo Mágico, México, Fondo de Cultura Económica, 1998.
Nadeau, Maurice, Grâces leur soient rendues, Paris, Albin Michel, 1990.
NDiaye, Marie, Trois femmes puissantes, Paris, Gallimard, 2009.
Orban, Jean-Pierre, « Les fantômes du Goncourt de Mohamed Mbougar Sarr », Afrique XXI, mars 2022, https://afriquexxi.info/Les-fantomes-du-Goncourt-de-Mohamed-Mbougar-Sarr (consulté le 17 décembre 2023).
Ouologuem, Yambo, Le Devoir de violence, Paris, Seuil, 1968.
Ouologuem, Yambo, Lettre à la France nègre, Paris, E. Nalis, 1968.
Philippe, Elisabeth, « Lâédition est-elle trop blanche ? », Le Nouvel Obs 2948, 29 avril 2021, 72-74.
Plougastel, Yann et Simone Schwarz-Bart, Nous nâavons pas vu passer les jours, Paris, Grasset, 2019.
Sarr, Mohamed Mbougar, Terre ceinte, Paris, Présence Africaine, 2014.
Sarr, Mohamed Mbougar, Silence du chÅur, Paris, Présence Africaine, 2017.
Sarr, Mohamed Mbougar, De purs hommes, Dakar/Paris, Jimsaan/Philippe Rey, 2018.
Sarr, Mohamed Mbougar, La plus secrète Mémoire des hommes, Dakar/Paris, Jimsaan/ Philippe Rey, 2021.
Schulz, Bruno, Les boutiques de cannelle, Paris, Denoël, 1974.
Schwarz-Bart, André, Le Dernier des Justes, Paris, Seuil, 1959.
Schwarz-Bart, André, La Mulâtresse Solitude, Paris, Seuil, 1972.
Schwarz-Bart, André, LâÃtoile du matin, Paris, Seuil, 2009.
Schwarz-Bart, André et Simone, Un plat de porc aux bananes vertes, Paris, Seuil, 1967.
Schwarz-Bart, André et Simone, Adieu Bogota, Paris, Seuil, 2017.
Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète Mémoire des hommes, Dakar/Paris, Jimsaan/Philippe Rey, 2021.
Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit, Paris, La Découverte, 2010. Sarr se réclame en revanche de cet auteur.
Jérôme Meizoz, Faire lâauteur en régime néo-libéral, rudiments de marketing littéraire, Genève, Slatkine érudition, 2020.
Pierre Jourde, La Culture bouge encore, Paris, Hugo Doc, 2015.
Edith Bruder, Juifs et Noirs, histoire dâune relation, Paris, Albin Michel, 2023. â Jâai pour ma part approché cette commune condition dâopprimés et de «â déportésâ » sous la métaphore de la réversibilitéâ : Kathleen Gyssels, Marrane et marronne. La co-écriture réversible dâAndré et de Simone Schwarz-Bart, Leiden, Brill, 2014. Voir aussi mes articles sur Louis-Philippe Dalembert qui pratique le même procédé arborescent (je nâemploie pas à dessein «â rhizomatiqueâ ») qui relie lâhomme aux semelles du vent au Luftmensch (le Juif aux racines aériennes)â : Kathleen Gyssels, «â Rastafarisme et sionisme dans le cycle schwarz-bartienâ », dans Odile Hamot (ed.), Terre(s) promise(s), Paris, Classiques Garnier, 2021, 133-152 ainsi que Kathleen Gyssels, «â âJubanidadâ dans Avant que les ombres sâeffacent de Louis-Philippe Dalembertâ », French Sudies in Southern Africa 50 (2020), 38-58.
Mohammed Aïssaoui, «â Bernard Pivot quitte lâAcadémie Goncourtâ », Le Figaro 3 décembre 2019.
Elisabeth Philippe, «â Lâédition est-elle trop blancheâ ?â », Le Nouvel Obs 2948, 29 avril 2021, 72-74.
David Diop, Frère dââme, Paris, Seuil, 2018.
Claire Devarrieux, «â Schwarz-Bart, lâincompris Goncourtâ », Libération 30 octobre 2019.
René Maran, Batouala, Paris, Albin Michel, 1921.
Kathleen Gyssels et Kanaté Dahouda, «â Liaisons dangereusesâ : relire Maran après les fastes du Centenaire de Batoualaâ », Ãtudes caribéennes 8 (2021).
René Maran, Un homme pareil aux autres, Marseille, Les Ãditions du Typhon, 2021.
Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, Paris, Gallimard, 2009.
Ken Bugul (de son vrai nom Mariétou MBaye) me confirme sâêtre reconnue dans le personnage dans un courriel du 14 avril 2023.
André Schwarz-Bart, Le Dernier des Justes, Paris, Seuil, 1959.
André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude, Paris, Seuil, 1972.
Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes, Dakar/Paris, Jimsaan/Philippe Rey, 2018.
Jean-Pierre Orban, «â Les fantômes du Goncourt de Mohamed Mbougar Sarrâ », Afrique XXI, mars 2022.
Daniel Lançon, Edmond Jabès, Albias, Jean-Michel Place, 1998, 8.
Schwarz-Bart, Le Dernier des Justes, 289.
Sarr, La plus secrète Mémoire, 239.
Yambo Ouologuem, Lettre à la France nègre, Paris, E. Nalis, 1968.
Ibid., 247.
Ibid., 248.
Malick Fall, La Plaie, Paris, Albin Michel, 1967.
Yambo Ouologuem, Le Devoir de violence, Paris, Seuil, 1968.
Witold Gombrowicz, Ferdydurke, Varsovie, Towarzystwo Wydawnicze, 1937.
Jean Lacouture, Paul Flamand, éditeur, Paris, Les Arènes, 2010, 109.
Daniel Guérin, Les Antilles décolonisées, Paris, Présence Africaine, 1955. Préface Aimé Césaire.
Kathleen Gyssels, «â André Schwarz-Bart au Moulin dâAndéâ : de quelques rencontres déterminantesâ », Relief. Revue électronique de littérature française 15,2 (2021), 142-153. à propos, Anne et Daniel Guérin ont signé le Manifeste des 121 contre la torture en Algérie et pour «â le droit à lâinsoumissionâ », comme Schwarz-Bart. Et Guérin a fait homologuer son essai par Césaire, tout comme les Schwarz-Bart ont dédié au poète martiniquais Un plat de porc aux bananes vertes (1967).
Mohamed Mbougar Sarr, Silence du chÅur, Paris, Présence Africaine, 2017, 415.
André et Simone Schwarz-Bart, Adieu Bogota, Paris, Seuil, 2017.
André Schwarz-Bart, LâÃtoile du matin, Paris, Seuil, 2009.
André et Simone Schwarz-Bart, Un plat de porc aux bananes vertes, Paris, Seuil, 1967.
Gyssels, Marrane et marrone, 7, 97, et passim.
Bruno Schulz, Les Boutiques de cannelle, Paris, Denoël, 1974.
Gyssels, Marrane et Maronne, 232.
Yann Plougastel et Simone Schwarz-Bart, Nous nâavons pas vu passer les jours, Paris, Grasset, 2019.
Lettre à François Bondy, cité par Rita Gombrowicz, Gombrowicz en Europe. 1963-1969, Paris, Denoël, 1988, 90.
Witold Gombrowicz, «â De la supériorité des Juifsâ », Journal, tome 1, Paris, Folio, 1995, 179-181.
Seymour Menton, Historia Verdadera del Realismo Mágico, México, Fondo de Cultura Económica, 1998.
Sarr, La plus secrète Mémoire, 338-339.
Ibid., 359.
Gombrowicz, «â De la supériorité des Juifsâ », dans idem, Journal, tome 1, Paris, Folio, 1995, 179-181.
Odile Caillat-Magnabosco, «â La Pologne postcommuniste. Mémoire et puissance, misère et consommationâ », Ãtudes 402,3 (2005), 297-307.
Maurice Nadeau, Grâces leurs soient rendues, Paris, Albin Michel, 1990.
Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999, 203.
Ibid., 254.
Ibid., 255.
Courriel du 11 juillet 2023.
Kathleen Gyssels, «â Dalembert et Sarr et le palimpseste schwarz-bartienâ », Interfrancophonies numéro spécial sur L.P. Dalembert, sous la direction dâAlessia Vignoli (sous presse).
Louis-Philippe Dalembert, Avant que les ombres sâeffacent, Paris, Sabine Wespieser, 2017.
Louis-Philippe Dalembert, Mur Méditerranée, Paris, Sabine Wespieser, 2019.
Ãchange mail le 4 août 2023.
Louis-Philippe Dalembert, Rue du Faubourg Saint-Denis, Paris, Ãditions du Rocher, 2005, 146-153.
Ãmile Ajar, La Vie devant soi, Paris, Mercure de France, 1975.
Michael Rothberg, «â Between Memory and Memory. From Lieux de mémoire to NÅuds de mémoireâ », Yale French Studies 118/119 (2010), Multidirectional Memory in Postwar French and Francophone Culture, 3-12.
Louis-Philippe Dalembert, Milwaukee blues, Paris, Sabine Wespieser, 2021.
Mohamed Mbougar Sarr, Terre ceinte, Paris, Présence Africaine, 2014.
Jamal Mahjoub, «â On ne choisit pas une identité littéraire comme on choisit un chapeauâ », Notre Librairie 155-156 (2004).