Nous venons dâaborder dans Un versant lâautre quelques liens à lâart poétique reverdyen, en privilégiant lâépaisseur du réel et de la langue. Les objectifs principaux étaient de considérer lâintertextualité avouée de Carnets à bruire et de relier le pan reverdyen de lâextrême contemporain à plusieurs recueils tellermanniens. Ce chapitre regardera de plus près Un versant lâautre pour mettre lâaccent sur lâaccueil de lâAutre au moyen de lâécriture poétique. Tellermann y reprend son récit énigmatique mais lâadoucit. Les textes, souvent poétologiques, prennent la mesure de lâintime et de lâintersubjectif. Ãvoquer par allusion des êtres chers, que ce soient des poètes comme Celan ou, discrètement, des proches, câest mieux sâouvrir au possible, creuser le signe pour que sây inscrive le relationnel. Il sâagit à la fois dâun travail de deuil et dâun hymne à la poésie, de ce qui se défait â « lâattente », « lâécriture », « le vivant » â et pourtant ne cesse de se reconstituer, de nous inviter par sa présence à le « parcour[ir] » (UV 35, 7â8, 87). Nous traiterons de plusieurs spécificités dâUn versant lâautre qui caractérisent actuellement lâÅuvre tellermannienne : le voyage dans lâespace et le temps, la polyphonie que permettent les intertextes, la découverte de lâintime de soi et du cosmos, la reprise cyclique de motifs et la progression de longues séquences où sâétend et se renouvelle le souffle. Nous mettrons en évidence la manière dont la relation avec autrui bâtit des voies vers de futurs possibles partagés. Nous emprunterons à Tellermann au passage quelques mots clés qui résument bien sa visée : aviver, restituer, offrir, reconstruire, brûler (32, 51, 106, 83, 124).
1 Repartir
Lire Tellermann, câest traverser des temps et espaces mythiques pour aborder sur de nouvelles rives du sens. Sa poésie dans Un versant lâautre est particulièrement réparatrice, remplie de découvertes comme chuchotées à notre oreille et dessinées au long de marges souples, devenant ainsi les horizons évoqués, les océans murmurants et éblouissants dont lâécume nous parvient comme un don, « crêtes / érodées » (UV 7) perceptibles dans le lointain et dont les pics et les courbes sâentremêlent, se liant à notre souffle. Les mots y sont
Le chant dans Un versant lâautre devient lâappel intemporel de ce qui anime notre souffle et change notre regard. Comme dans les Psaumes, lâétroit peut céder la place à lâéternité si lâon croit assez : à « la lumière / sur les quatre surfaces » (UV 7), à « lâau-delà » vers lequel être « conduit » (11). Le passage étroit menant à la découverte de soi et de lâéternel reste donc une préoccupation majeure. Il y a aussi, peut-être, un soupçon de romantisme allemand dont il faudrait se réjouir : lâespoir continu dâun éventuel renouveau partagé, dâun faire et dâun agir intensément désirants. Ce renouveau prend en compte chez Tellermann ses prédécesseurs, ceux dont elle fut « convive », avec qui elle « cherchai[t] le Rhin » (52 ; cf. CE 53, 54).1 Or, il faudrait aussi reconnaître la singularité du Je lyrique, la précision et la richesse du lexique, lâordonnancement efficace de syntagmes épurés. On se promène tant dans le réel que dans lâaffectif, se laissant bercer tour à tour par lâouverture et la clôture, la découverte et lâépuisement. Le concret des « marbres » et des « bassins » (7) sâimpose dans un passé imprécis, imparfait, mais qui continue, perdure. Dissyllabes et trisyllabes nous entraînent à suivre mentalement celle qui remémore le passé dâautres civilisations, de « cités anciennes » (8). Avec elle, nous ralentissons la cadence, constatons des fissures autant que des seuils (10â11), traversons des « mégapoles » nous conduisant « au-delà / du vivant » (11). Une « pulsation » imprévisible faisant surgir des vers dâune seule syllabe met en avant divers gestes, par exemple la « prière » (58) et le « sacrifice » (83). Cette pulsation parcourt à la fois le chant, nos poumons, le vivant, les ruines, habite chaque « instant », résonne, « vibre » (59). En fin de vers, lâalternance de mots masculins et féminins lâamplifie, la rend diffuse mais omniprésente, comme émanant dâun cosmos multiforme et sans limites, quelquefois rocheux et sec mais qui nous comble, nous éblouit.
Réfléchissons à quelques énoncés dans Un versant lâautre qui éclairent les enjeux identitaires gravés en creux dans le choix de vocables et de motifs. Commençons par lâabsence de pronom sujet dans la phrase « avions épuisé / leur marbres et leurs / bassins » (7). Le ton en est presque élégiaque (cf. 19), mais le dire laissé en suspens oblige le lecteur à reconnaître un manque, le pousse à réagir, lâinscrit dans un devenir autre. Partir, câest revenir changé(e). Des exemples foisonnent de trous de toutes sortes dans les phrases, dâambiguïtés qui rendent les terres que lâon découvre mystérieuses mais pleines de promesses, changeantes et pour la plupart illuminantes. La mémoire se fait accord à établir en douceur avec autrui, « lumière » à déployer (78). Nous apprenons à « aviver lâazur » (32), à enrichir cet accord aux niveaux du désir, de lâattente et des cinq sens, tenant autant compte des ciels du dehors que du dedans. Le
2 Appeler
Tout comme le monde a ses « tessons » (85, 145), ses traits dont lâéclat et le « bruissement » (145) nous attirent, lâintersubjectivité constitue elle aussi un appel fondamental dans Un versant lâautre. La présence de lâAutre, de par sa chair, ses gestes, ses mots, sa manière dâaccompagner le Je lyrique, anime le dehors comme le dedans, ouvre des « portes qui brûlent » (124), des voies vers la plénitude de lâinstant comme vers « lâautre côté du monde » (145). La diversité et la différence sâinscrivent dans la langue, au travers de figures et de formes multiples et nuancées. Les références au monde naturel renforcent cette fascination non seulement pour le multiple, mais pour le moiré des désirs et des souvenirs qui sây mêlent. Des liens à lâAutre comme au cosmos sâexpriment au moyen de plantes et dâarbres de toutes sortes ; dâune panoplie de roches métamorphiques ; de la rose et du corail (83) ; de lâhibiscus et des étincelles qui lâentourent (69) ; de la renoncule que lâon égrène et qui, comme les soirs, repousse (95, 115, 137), nous rappelant peut-être le « Souvenir » verlainien qui « rougeoie et tremble à lâardent horizon ».3 Renvoyant peut-être à « Elle » (EC 15, 28, 29, 36 ; cf. 57), des textes poétologiques nous rappellent chaleureusement que rien nâaura lieu si le chant nâest pas tourné vers des êtres et des voix, qui le feront résonner. Câest aux côtés dâautrui que les versants du réel se révèlent (cf. UV 51). Que dire de lâénonciation dans Un versant lâautre concernant lâAutre, les autres, la communauté qui se crée doucement dans une tension entre nomination et mystère, partage et secret ?
Mais lâintime participe aussi de lâéchange dâun Tu et dâun Vous, échange dont la force tient de lâanonymat des protagonistes sâouvrant à lâimpersonnel du cosmos. Des réseaux de relations sâétablissent, se font écho, tissant des effets de chaîne, des ondulations de paroles, de murmures, de silences. Celles des amis, amants, âmes-sÅurs, « deux / oiseaux-voyageurs », « épaule contre épaule », ayant « parcouru / le vivant » (87), images qui résument dâailleurs le mélange dâerrance et dâempathie qui caractérise les songes dâUn versant lâautre. Celan, souvent hélé par allusion, exprime un même amour profond pour les pays lointains où le cÅur sâapaise et la parole peut renaître (cf. 139).4 Or, il ne faut pas perdre de vue la détresse qui peut en sourdre, la « glace » qui avait « façonné
Ce qui distingue Un versant lâautre des autres recueils, câest le flottement léger entre des versants et la prise en compte relativement calme des pôles du réel et de lâinconscient, y compris le constat quâavec le temps, le deuil peut sâadoucir, sa « fièvre » (33) sâestomper. Situation moins claire : lâévocation dâun autre deuil, dâune absence, du fait que certains absents restent paradoxalement très présents. Tantôt cette absence semble se référer à une seule personne aimée, un Tu sans qui « Plus rien ne règle / [l]es hivers » (76), tantôt on pense à un cérémonial pour tous ceux et toutes celles qui nous manquent, à un Vous dont on console lâabsence en lâentourant de rites individuels et collectifs (75). Quâil soit évoqué dans Un versant lâautre une personne ou plusieurs (126, 145), un homme (104) ou une femme (61, 91, 110, 118, 130), il convient de les garder en mémoire pour quâils continuent à « glisser dans / la parole et lâombre » (112), à être portés en nous dans les « soies » de la parole (137), sous forme de « lueur[s] » et de « nuit » (99), de bijoux imaginaires quâinvente pour eux le poème (130). Une idée clé est dâaccéder à la grâce comme au recul nécessaire pour mieux accepter la disparition dâêtres aimés ou admirés. La restitution opérée crée un espace â une « île », un « îlot » (8, 13, 60, 68, 75, 84), « les péninsules / lâautre côté / des horizons » (51) â où sâentendent des appels, où « résonnent les voix » (68), où dans lââme habitent les bien-aimés.
3 Coudre
Comment tenir debout, dans les « abîmes » (114) du langage, du réel, ou dans lâontos ? Peut-on « confond[re] » (114) ces abîmes ? Y trouver pleinement auprès de lâAutre des « douc[eurs] » (114) ? Relier « terre de dessus / et dessous » (130) ? Permettre à la terre dâ« exhausse[r] ses failles / afin de retenir » (131) ? Bien que situé dans lâà -venir, comme dans le titre Ãternité à coudre (cf. UV 15), ce que lâon peut (re)coudre et qui se trouve séparé ou blessé reste primordial. Passé et présent, souffrances collectivement vécues et espaces ouverts au trajet, deuils et
Comme Celan, Tellermann ne néglige pas lâart de ciseler des refrains, sacralisant lâéchange entre des êtres humains dâun mot-élément qui aurait à première vue une connotation négative, par exemple celui du vide hospitalier et celui du Rien-poème. Ce dernier sâouvre au mortel et aux vents de lâHistoire, dégageant un chemin à travers une neige de souffrance afin de nous amener vers des lieux de neige cependant hospitaliers.7 Ãchanger le vide, le rien, le plus mortel en nous, câest témoigner, sâaffranchir provisoirement de ce qui pèse sur nous, composer les « musiques » (90 ; cf. 72, 85, 88, 103, 129) où présent et passé sâaccordent. Cet échange aux accents musicaux a une portée civilisationnelle autant quâintersubjective et linguistique. Le rite le sous-tend. Tel un orant, le poème incarne lâacte de lever les bras vers un Autre, au sens le plus large possible â un Dieu, des Dieux, nos semblables â, qui viendrait à notre rencontre pour nous guider et nous protéger.8 Câest en ce sens que Tellermann se distingue de son aîné dans Un versant lâautre, levant les bras pour la prière de façon plus épanouie, contemplant ce qui lâentoure avec une plus grande immédiateté, voulant « à nouveau / voir » (149). Le lecteur discerne dâailleurs le profil dâêtres qui nâexistent quâà travers lâAutre et lâaccueil qui lui est fait : « Ne serons nâavons / pu être nâavions été / nous / mais lâun lâautre / en chacun » (42).
Ayant abordé brièvement lâancrage de cette problématique dans la forme du poème, tournons-nous un instant vers le lexique, sa possibilité de mettre côte à côte des contraires pour éventuellement les réunir, ou peu à peu les faire sâharmoniser. De nombreux mots et images vont en ce sens, se présentant calmement, posément. Par exemple, le premier texte parle dâune « ordonnance » que le souffle « inclinerait », de « courbures / jusquâaux crêtes / érodées » (7). Cette fluidité et cette sensualité sont au cÅur dâUn versant lâautre, comme le suggère le titre dans sa mise en relief dâune dualité où les contraires coexistent. De même, « coudre » comme acte de parole sâimpose sur le plan sémantique lorsque les images semblent sans cesse se métamorphoser, se compléter, faire sâentrelacer des fils variés. Des « [v]ignes » peuvent accrocher à flanc de roche des « berceaux », de façon à établir un lieu de floraison, un havre de paix et de renouveau, bien que « lâattente » soit « séché[e] » (8). Lorsquâil est question de révéler « avec le signe / la fille et / le lin » (9), on est au carrefour de plusieurs champs sémantiques : celui de lâécriture et de la parole, celui de lâhumain, du féminin et de la jeunesse, et celui du monde naturel. Tout se passe comme si lâécriture faisait croître en même temps plusieurs registres, contribuait à une régénération sur les plans affectif et cognitif, donnait lieu comme « lâOronte » (9) à une fécondation généralisée. Ainsi mondes littéraires et naturels se recoupent. Le poème est un creusement dâ« interstice[s] » (62), un ensemble de fils dâAriane qui permettent de traverser des espaces élargis. Une simple préposition facilite par moments cette démarche, comme le mot « entre » dans les vers « car nâavions besoin / de chambres / et voguions / entre le ciel » (108 ; cf. 145). Cependant, une voix plus sombre ou celanienne nous rappelle le sérieux dâune démarche pour « ourl[er] / nos fosses » (30), « reconstruir[e] / la chair avec le soleil » (83) et « tiss[er] des couronnes / colliers de roses » (84).
Ainsi le motif de lâencre du poète comme fil annonciateur dâun éventuel méridien est particulièrement mis en évidence sous diverses étiquettes : signe, souffle, fils, traces, lettres, sons, tessons, tesselles, frémissements, voix, plis, syntaxes. Nâoublions pas à cet égard la verticalité et la sinuosité des textes, notamment les métamorphoses qui peuvent sâeffectuer à partir des plis sonores et sémantiques de certaines lettres. Le Je lyrique suit le fil des mots qui se présentent, reste éveillé et tient avec espérance une « nasse ouverte » où des prophéties « se déposent » (152). Nommer et ensemencer en deviennent des actes autant masculins que féminins, aussi profonds et quasi mystiques quâattentifs au cosmos, loin de lâimage stéréotypée de lâécrivain libérant des jets dâécriture
4 Brûler
En conclusion, revenons au feu, au sensoriel, au vécu partagé. Comme la prose dâUne odeur humaine et de Première version du monde, Un versant lâautre privilégie à sa façon un flottement entre plusieurs sortes de voix qui révèle à la fois les « strates de lâhistoire » (86) et des histoires très tangibles. Si dire, câest faire, rassembler des fragments du réel comme le fait Tellermann, câest parvenir à porter le monde en soi, à sâallier à son souffle, à lâAutre avec qui on vit lâémerveillement du langage et échange le plus mortel en nous. Quâil y ait deuil ou jouissance, voire les deux en même temps, nous nous trouvons au cÅur de la contemplation rythmique de ces mystères, suivant les traces dâun désir intimement lié au dire comme à ses silences, pierres précieuses que crée la parole. Lâéclat de ces pierres, câest en partie lâAutre, les autres, ceux et celles qui habitent le poème, à qui faire don dâ« offrandes » (106).
Si dans certains recueils de Tellermann le minéral impose sa présence, dans Un versant lâautre il avoisine très souvent le charnel, lâintime, le partage de destins communs, comme pour dire que le paysage le plus essentiel est celui de lâintersubjectivité, des rapports humains où poussent « lâécume et / le
Tellermann sâintéresse depuis ses débuts à lâ« âme allemande », à la fois en tant que topos littéraire et question existentielle que nous pose « lâHistoire », question ressentie de façon immédiate jusque dans les « boucles » de « cheveux » lors dâune visite pour « voir le Rhin » (PA 106-10) que dépeint la séquence « puis meurt » (PA 95-111). Il se peut quâune épiphanie quelque peu sombre y ait lieu, dans la mesure où la « Première apparition / avec épaisseur » des derniers vers se lie à une prise de conscience identitaire : « Elle ne refait pas son sang » (PA 111).
Esther Tellermann, « Cristal exact », op. cit., p. 43.
Pascale Auraix-Jonchière, Simone Bernard-Griffiths et Ãric Francalanza, éd., Dictionnaire littéraire des fleurs et des jardins (XVIIIe et XIXe siècles), Paris : Honoré Champion, 2017, p. 722.
Voir par exemple Paul Celan, « Au bleu », Pavot et Mémoire, op. cit., p. 99, où se souvenir des oubliés en regardant le bleu du ciel fait entrevoir un Tu qui roule et grandit comme une « perle » entre les doigts du locuteur, et qui semble se purifier et se sanctifier à force de sâenvelopper dans le linge destiné aux adieux ; « Replieés la nuit », De seuil en seuil, op. cit., p. 87, où il est question de « choucas » éveillés pour le vol infini ; « Tu peux », Renverse du souffle, op. cit., p. 9, où le locuteur et le mûrier sâépaulent ; « Remblaiement de mots », Renverse du souffle, op. cit., p. 45, où il est question des qualités humaines du cosmos et des liens de celui-ci à la parole qui témoigne ; « Largo », Partie de neige, op. cit., p. 51, où deux êtres humains sont tout près lâun de lâautre et deux merles les accompagnent (cf. p. 187n8 vis-à -vis du nom de famille de Celan, Antschel, en tant que mot voisin de Amsel, le merle). Le mot « bouche » paraît assez souvent chez Celan ; voir par exemple Choix de poèmes p. 138, p. 145, p. 149, p. 195, p. 239, p. 251 et p. 255, en particulier p. 139 dans le poème « Grille de parole », lâimage de « deux / pleines bouches de silence ». Ne perdons toutefois pas de vue Oiseaux de Saint-John Perse, Åuvres complètes, op. cit., p. 405â27, et ces êtres qui traversent nos divers versants : « Oiseaux, lances levées à toutes frontières de lâhomme !⦠», engageant « une poésie dâaction » (426, 416).
[Paul Darbaud, Michaël Bishop et] Didier Cahen, « Esther Tellermann, Un versant lâautre », Poezibao, 13 mai 2019, <poezibao.typepad.com>.
Cf. Paul Celan, « Dans la plus lointaine », Enclos du temps / Zeitgehöft, op. cit., p. 25 : « nous sommes prêts / à échanger le plus mortel en nous ».
Cf. Paul Celan, « Décapé », Renverse du souffle, op. cit., p. 49. Cet arrière-plan se lit souvent en filigrane dans Un versant lâautre, par exemple vis-à -vis dâ« oiseaux-voyageurs » qui parcourent « le vivant » (66, 87) ; dâun « centre » à accueillir (154 ; cf. 13, 32, 34, 119, 147) ; de « sons / du coquillage » à recueillir (56 ; cf. 12, 90, 103) ; du « signe » qui communique lâindicible et le non-dit de « bouche[s] » humaines (20 ; cf. 101, 142) ; dâun « enclos de / solitude » où auprès de lâAutre nous sommes moins seul(e)s (50) ; et du « rien / poème » (79, 80, 114 ; cf. 100, 103).
Voir aussi le chapitre 6 à propos de la conception kabbaliste de lâEin-Sof, selon laquelle Dieu serait le Rien mystique, absent suite à la création mais porteur de vie et dâespoir.
à propos de rubans de symboles et du titre Un versant lâautre, cf. Saint-John Perse, Åuvres complètes, op. cit., Vents, I, 1, p. 179â80, puis Vents, II, 6, p. 213 : « Textes reçus en langage clair ! versions données sur deux versants !⦠». Voir aussi UV 104 : « jâouvrirai les vents / aux infinis / des tableaux / qui sâinversent ». Notons lâimportance de renouveler la parole que suggère Celan dans « Révolte de banderoles de brume, de banderoles de sentence », Renverse du souffle, op. cit., p. 177.
Cf. Jacques Lacan, Ãcrits, Paris : Seuil, 1966, p. 416â18.