Depuis les Essais dâego-histoire rassemblés par Pierre Nora en 1987, la pratique de lâautobiographie sâest largement répandue dans les sciences humaines et sociales, que lâon songe à lâouvrage de Paul RicÅur, Réflexion faite, qui se présente comme un «â¯essai dâautocompréhensionâ¯Â», aux mémoires dâHenri Mendras, Comment devenir sociologue. Souvenirs dâun vieux mandarin, ou à lâessai autoréflexif de Jacques Lévy, Egogéographies. Matériaux pour une biographie cognitive1. Ces autobiographies intellectuelles, outre quâelles ont toutes été publiées en 1995, ont pour point commun de retracer un cheminement personnel en lien avec le développement dâune discipline. La pensée nâest jamais désancrée du contexte spatial ni des rencontres qui ont permis son développementâ¯: enfance à Rennes et captivité en Allemagne pour Paul RicÅur, séjour américain pour Henri Mendras, nombreux voyages pour Jacques Lévy. Ce dernier joint à sa «â¯biographie cognitiveâ¯Â» quelques «â¯Repaires (sic) chronologiquesâ¯Â» où il résume avec humour lâapport de chaque expérience, de lâenfance à la maturitéâ¯:
1960â¯: Premier voyage à lâétranger, en Italieâ¯: sais dire «â¯gelatoâ¯Â», me sens italien. [â¦]
1969â¯: Le bacâ¯: et maintenant, quâest-ce que tu veuxâ¯? Premier voyage en URSSâ¯: je regarde ce que je voulais voir.
1970â¯: Voyage en Irlande, à Belfast les enfants narguent les soldats, les bombes animent la nuitâ¯: me promène dans la (géo)politique comme dans un paysage vallonné.
1971â¯: Entre à lâENS de Cachan, pourquoiâ¯? je ne sais pas. Voyage à Cubaâ¯: jâécoute ce que je voulais entendre2.
Lâexpérience des voyages et des lieux est donc capitale pour le chercheur qui intitule lâun de ses chapitres «â¯Autoportrait avec géographieâ¯Â». Mais de même que la chronologie de fin dâouvrage désamorce la charge romantique des voyages par le biais de lâhumour, de même lâautoportrait relativise la part des rêveries dâenfance dans les raisons qui ont présidé au choix de la géographie. La contemplation obsessionnelle des atlas nâest pas réellement source dâémerveillement, et elle nâest pas considérée par Jacques Lévy comme un élément déterminant du parcours, alors quâelle constitue un topos dans les récits de voyage littéraires3â¯:
Jâai écrit un jour que jâavais commencé à aimer la géographie durant une maladie dâenfance longue et bénigne qui me donna lâoccasion de feuilleter ad nauseam des atlas et des vieux manuels. Il est vrai que jâai conservé de cette époque cette propension à me plonger dans les cartes, en une attitude intermédiaire entre la lecture et la rêverie, entre le décryptage attentif de signes et la contemplation gratuite de formes et de couleurs.
Cela ne prouve pourtant pas grand-chose. Ce nâest pas cela qui mâeût empêché de faire mille autres choses de ma vie professionnelle4.
En 1996, un an après les Egogéographies de Jacques Lévy, Paul Claval publie La Géographie comme genre de vie. Un itinéraire intellectuel5. Lâouvrage comporte certes quelques titres empruntés à la mythologie des voyages â «â¯Pour lâenfant amoureux de cartes et dâestampesâ¯Â», «â¯Chemin faisantâ¯Â»Â â et quelques récits dâexpériences fondatrices â la découverte de la Nouvelle-Zélande après avoir «â¯passé des dizaines dâheures à étudier ses contoursâ¯Â»6, ou le choc du dépaysement lors dâun voyage au Maroc7. Mais ces récits demeurent très brefs et ponctuels8 dans une autobiographie cognitive qui fait la part belle aux remarques épistémologiques sur la géographie et au retour réflexif sur les travaux du chercheur. Le terme dâegogéographie, initialement forgé par Jacques Lévy, renvoie ainsi dans son sens le plus restreint à une pratique académique des géographes français, consistant à retracer un cheminement intellectuel et à consolider la légitimité du chercheur dans le cadre du mémoire de synthèse de lâhabilitation à diriger des recherches.
La proposition fondatrice de Jacques Lévy nâa cependant pas donné lieu à un véritable genre, comme le soulignent Yann Calbérac et Anne Volvey dans le numéro de la revue Géographie et cultures quâils ont co-dirigé en 2014, intitulé «â¯Jâégo-géographieâ¦â¯Â», où ce terme est réenvisagé â et réorthographié avec un tiret â pour pouvoir être distingué du concept propre à Jacques Lévy9. Attentifs à ce quâils nomment «â¯lâenjeu subjectif-identitaireâ¯Â» de la recherche, les deux géographes proposent de dépasser lâacception donnée au terme par ce géographe français aux travaux fondateurs10 pour livrer une définition plus large de lâautobio-géographie comme «â¯autobiographie rétrospective conduite par un.e géographeâ¯Â»â¯:
Son objet est un «â¯auto-portraitâ¯Â» [â¦] par lequel est fabriquée la légitimité dâune personnalité académiqueâ¯; sa méthode privilégiée est le récit et son corpus des éléments biographiques. Il implique la géographie au sens dâun ensemble ordonné de lieux de vie ou dâexercice (topoï de la formation, de lâenseignement ou de la recherche) qui font scène pour le récit dâune trajectoire dâun acteur académique et fond sur laquelle se détache cette figure intellectuelle (enseignant.e, chercheur.e) quâil incarne. Il est en quelque sorte la projection dans lâespace, ou spatialité, de la métaphore spatiale mobilisée par Bourdieu [â¦] pour décrire le «â¯vieillissement socialâ¯Â» dâune «â¯personnalitéâ¯Â» au sein du «â¯champ socialâ¯Â»Â â soit, la trajectoire comme série de positions successivement occupées par un agent en relation objective avec dâautres agents, et pouvant être décrite en termes de placements et de déplacements. Il est le «â¯voyageâ¯Â» avec «â¯le paysage dans lequel il sâaccomplitâ¯Â» [â¦]11.
Ainsi définie, lâautobio-géographie, ou lâégo-géographie, les deux termes étant employés comme des équivalents par Yann Calbérac et Anne Volvey, peut inclure de nombreux textes de géographes qui frayent avec le récit de voyage. Le géographe américain Edward Soja, bien connu pour son rôle dans lâavènement du tournant spatial en littérature et sciences humaines, recompose par exemple dans un article son itinéraire de géographe autour dâun lieu imaginé, Andorre, qui a joué un rôle majeur dans son désir de connaissance géographique. Claude Collin Delavaud, spécialiste de lâAmérique latine et de lâAsie centrale, revendique pour sa part, dans son autobiographie publiée chez Arthaud dans la série «â¯Société des explorateursâ¯Â», la double casquette dâexplorateur et de géographeâ¯: «â¯Lâesprit de lâaventure ne décidera pas de toutes mes opérations, mais la géographie en fixera désormais les objectifs officielsâ¯Â»12. Les voyages sont en effet mis au service de missions scientifiques â comme le programme UNESCO «â¯Route de la soieâ¯Â», qui a permis à Claude Collin Delavaud de comprendre géographiquement les itinéraires fantasmatiques du Xinjiang13. Si elle emprunte les formes du récit de voyage, une autobio-géographie de ce type demeure cependant vouée à restituer la trajectoire dâune personnalité académique qui a construit sa légitimité à force de «â¯placements et de déplacementsâ¯Â» dans différents lieux de vie ou dâexercice.
1 Paragéographies
Le rapport entre lâaventure et la science se reconfigure autrement dans les textes de plusieurs écrivains contemporains dont les pérégrinations procèdent dâun goût pour la géographie, voire dâune formation approfondie dans ce domaine, mais obéissent plus encore à «â¯lâesprit de lâaventureâ¯Â» évoqué par Claude Collin Delavaud. Le motif de lâadieu ou du renoncement à la carrière de géographe parcourt ainsi les Åuvres de Gilles Lapouge, Emmanuel Ruben ou Cédric Gras14, qui ont tous commencé par étudier cette science mais ont interrompu, tôt ou tard, leur parcours institutionnel, non sans continuer à pratiquer la «â¯géographie comme genre de vieâ¯Â». Au fil de leurs récits et entretiens se dessinent alors des égo-géographies détournées, qui nâont pas pour but dâasseoir une légitimité scientifique. Il sâagit davantage de revenir, du point de vue de lâécrivain-géographe, sur les liens complexes avec une discipline qui offre certes une voie privilégiée pour embrasser le monde, mais dont le langage est parfois jugé insatisfaisant pour en rendre compte15. En adaptant la définition donnée par Yann Calbérac et Anne Volvey, on pourrait ainsi définir leurs récits de voyage â à tendance plus ou moins essayistique ou autofictionnelle â comme des «â¯autobiographies rétrospectivesâ¯Â» conduites par des géographes «â¯défroquésâ¯Â»16.
Ces autobio-géographies parallèles semblent par ailleurs correspondre à une catégorie que les géographes ont créée pour désigner des productions de non-géographes susceptibles de concurrencer ou dâenrichir â tout dépend du point de vue adopté â leur disciplineâ¯: dans un article publié en 1989, le géographe Michel Chevalier déplorait le cloisonnement entre la géographie savante et les «â¯paragéographiesâ¯Â»Â â livres de voyage, brochures touristiques, ou autres formes de géographie parallèle pouvant toucher un large public, comme les collections «â¯Petite planèteâ¯Â»17 ou «â¯Atlas des voyagesâ¯Â»18â¯: «â¯[l]es géographes français, qui ont eu pourtant la religion de la marche et du terrain depuis lâépoque de Vidal et de Martonne jusquâaux années cinquante, nâont à peu près pas publié de journal de voyageâ¯Â»19. Le parti-pris anti-théorique de Michel Chevalier20, dont on verra quâil entre en résonance avec celui de Gilles Lapouge, né comme lui au début des années 1920, est à comprendre comme une réaction face à lâévolution de la discipline géographique, dont il juge quâelle a excessivement basculé dans lâabstraction à partir des années soixante, dans un «â¯désir souvent vain de se faire prendre au sérieux par les disciplines voisinesâ¯Â»21. Plus récemment, le géographe et urbaniste Laurent Matthey a repris à son compte la notion de «â¯paragéographieâ¯Â», non pour condamner avec nostalgie le cloisonnement des disciplines, mais pour voir ce que les Åuvres littéraires peuvent apporter à la compréhension des imaginaires spatiaux, en prenant les textes viatiques de Pier Paolo Pasolini comme exemples dâune paragéographie réussie. Un récit de voyage comme La Longue Route de sable reflèterait ainsi une manière sensible de «â¯faire de la géographieâ¯Â», une manière de «â¯voir le monde en géographe, sans que personne nây prenne gardeâ¯Â»22. La catégorie de paragéographie permettrait, selon Laurent Matthey, dâélargir «â¯les critères de âgéographitéâ, de questionner les statuts des écritures géographiques comme la recherche sur la paralittérature a permis de repenser les critères de littéraritéâ¯Â»23. Les fragments dâégo-géographie dans le récit de voyage pourraient, de même, donner à voir une autre manière dâécrire une vie mêlée à la géographie.
Notons que le fait de développer un rapport intime aux lieux ne suffit pas à faire dâun écrivain un égo-géographeâ¯: encore faut-il quâil problématise son rapport à la géographie en tant que discipline. Julien Gracq est ainsi un écrivain-géographe, figure tutélaire pour de nombreux écrivains comme Lapouge ou Ruben, mais il nâévoque pas directement dans son Åuvre le cadre académique de la géographie. Son Åuvre abonde bien sûr en récits de formation (notamment La Forme dâune ville24) et en descriptions paysagères, mais il est extrêmement discret sur son métier de géographe et sur lâarticulation entre les deux pans de sa vie, comme le fait remarquer Gilles Lapouge dans LâEncre du voyageurâ¯:
[â¦] de la longue histoire de la géographie, Gracq ne parle guère. Ce silence est un mystère. Il est rare que Gracq en dise davantage. à peine peut-on surprendre ici ou là quelques échos de son métier. Il se réclame dâune géographie à lâancienne, celle qui illuminait ses yeux dâenfant quand il lisait Jules Verne25.
Cette discrétion sâaccompagne chez Gracq dâune prédilection pour le pronom «â¯onâ¯Â», plutôt que pour la première personne du singulier qui laisserait trop affleurer la dimension intime. Par ailleurs, Gracq nâest pas à proprement parler un auteur de récits de voyage, genre fortement autobiographique, mais plutôt de récits poétiques imprégnés de culture géographique. Ses textes accordent une place prépondérante à la description et témoignent selon Michel Collot dâune «â¯crise du récitâ¯Â», qui «â¯rompt avec le schéma linéaire de la narrationâ¯Â» pour laisser le paysage devenir «â¯acteur et non plus simple décorâ¯Â»26.
2 Autodidaxie
Gilles Lapouge, qui aurait tout simplement inventé le genre de lâautobiogéographie dâaprès Le Guide du routard27, met au contraire en scène sa relation amoureuse avec une discipline rencontrée par hasard et pratiquée en autodidacte, dans un texte qui fait de la géographie un véritable personnageâ¯: La Légende de la géographie28. Lâautobiogéographie, si lâon adopte la graphie de Michel Collot, ou autobio-géographie, si lâon adopte celle de Yann Calbérac et Anne Volvey, sâapparente plus exactement, dans ce cas particulier, à une histoire romancée de la discipline, dont Lapouge retrace lâémergence et les développements avec une forte coloration subjective. Il sâagit en partie dâune autobiographie intellectuelle qui retrace les lieux et les temps forts de la formation, les premières pages relatant la découverte fortuite de la géographie grâce à la présence dâétudiants auvergnats dans une pension parisienne où les livres circulaient dâune étagère à lâautre. «â¯Le doigt de Dieu me désignait la géographie. Jâaurais pu tomber plus malâ¯Â»29. Construisant une véritable posture dâauteur30, et sa propre légende en même temps que celle de la géographie, Lapouge sâamuse des circonstances qui lui ont permis dâaborder la géographie par la bande. Avant la révélation parisienne, lâamour de la géographie sâétait déjà cristallisé en Provence autour de lâamour pour une jeune fille, doublé dâun amour pour la ville de Marseilleâ¯:
[â¦] Jâavais même suivi à Aix-en-Provence les cours dâun maître remarquable, le professeur Bénévent31, car je convoitais les charmes dâune jeune fille brune qui sâappelait Mireille et qui faisait de la géographie. [â¦]
Plus tard, jâai regretté les cours de cartographie de Monsieur Bénévent mais la Providence montait la garde et voici quâà mon arrivée à Paris, les distractions de lâhôtelier de la rue de lâAbbé-de-lâÃpée rattrapaient le coup. Elles me remettaient dans les chemins perdus de la géographie. Par leur truchement, jâallais renouer avec cette science que jâavais été bien bête de laisser tomber à cause dâun froissement du cÅur. Il faut dire aussi que Monsieur Bénévent, à partir de 1943, distribua ses cours à Marseille et non plus à Aix. Comme jâétais toujours inscrit à ses cours, que mon esprit est docile, et que jâaime les grands ports, les steamers, Mac Orlan et Pépé le Moko, je me croyais obligé de me rendre à Marseille, chaque jeudi, comme si jâavais dû y retrouver dans lâamphithéâtre de Monsieur Bénévent ma jeune fille. Mais il nây avait plus de jeune fille. Elle était dans un autre pays. Aussi, je séchais les cours de Bénévent. Tant pis pour la géographie. Je flânais dans les rues de la grande cité, autour du Vieux Port32.
Lâégo-géographie détournée consiste donc moins à retracer les étapes dâune formation quâà exposer une stratégie de déconditionnement et dâévitement, et les lieux parcourus ne sont pas des bornes stratégiques sur le parcours dâun acteur académique, mais de pures invitations à prendre le large pour sâaccomplir en dehors de lâuniversité. La Légende de la géographie sâapparente en effet à un précis de géographie aventureuse et buissonnière, résolument hostile aux évolutions néopositivistesâ¯: Gilles Lapouge défend une géographie à lâancienne, loin de «â¯ces mappemondes post-modernes qui contiennent des carrés, des triangles et des parallélogrammes à la place de lâherbe et des collines, des parallaxes ou des algorithmes au lieu des neiges et des aubesâ¯Â»33. On se situe du côté de la tradition humaniste de la géographie culturelle, qui sâintéresse aux représentations, à lâimaginaire, à la symbolique, en remettant la perspective humaine au centre des préoccupations34. Le libre mélange de souvenirs et de réflexions pratiqué par Lapouge se rapproche notamment du genre de lâessai géographique, si lâon se réfère aux termes proposés par Marc Brosseauâ¯: spécialiste de géographie littéraire, Brosseau distingue les romans-géographes et les essais géographiques35, catégorie où il range par exemple lâÅuvre de Luc Bureau, auteur dâune Géographie de la nuit (1997) mais aussi dâun essai sur la dimension érotique des rapports qui nous unissent à la terre â Terra erotica, 2001. Luc Bureau a dâailleurs exprimé son admiration pour Gilles Lapouge, à qui il enviait une géographie à la fois paradoxale et incarnéeâ¯:
Quâun non-géographe comme lui réussisse à écrire un livre aussi brillant, érudit et passionnant sur lâévolution de la pensée et de la pratique géographiques a de quoi provoquer des urticaires dâenvie chez le géographe que je prétends être36.
Le «â¯géographe du dimancheâ¯Â»Â â formule de Lapouge lui-même â est donc à même de séduire le géographe de métier, en ce quâil investit avec bonheur le vaste domaine des «â¯paragéographiesâ¯Â».
3 Doctorats avortés
Dans les textes dâEmmanuel Ruben et de Cédric Gras, qui appartiennent à la même génération puisque le premier est né en 1980, le second en 1982, on retrouve le motif de lâabandon de la géographie académique au profit dâun parcours en apparence plus erratique, qui finit cependant par révéler sa propre logique. Si la ville de Marseille est le lieu du renoncement à la géographie universitaire pour Lapouge, câest lâUkraine qui occupe cette fonction symbolique dans la trajectoire dâEmmanuel Ruben, après un début de thèse sur Riga et Kiev à lâINALCO. Quant à Cédric Gras, qui a suivi des études de géographie entre Paris, Montréal et Pondichéry, avec quelques coupures pour des voyages au long cours et des expéditions, câest à la ville de Moscou quâil associe lâimpasse du doctorat. Il a en effet entamé puis délaissé une thèse entre lâINALCO et lâUniversité de Moscou sur «â¯LâExtrême-Orient russe et les Russes dâExtrême-Orientâ¯Â», et il revient à plusieurs reprises dans ses textes sur cette ébauche de doctorat37, avec une polarisation entre Moscou, lieu des recherches en bibliothèque et de lâenfermement, et lâEurasie, lieu de la plupart de ses explorations et de lâouverture des paysagesâ¯; lâopposition se joue aussi sur le plan formel, entre une écriture académique perçue comme rigide, et le récit de voyage qui nâa pas vocation à être exhaustif, et jouit de la liberté propre au genre autobiographique.
Dans Saisons du voyage, qui propose une rétrospective de tous ses voyages, Cédric Gras met lâaccent sur les possibilités qui se sont ouvertes à partir dâun parcours dans les Instituts français où il a consolidé sa connaissance des espaces russes et ukrainiensâ¯: dâabord Vladivostok, puis lâUkraine entre 2011 et 2015, avec Donetsk, Kharkiv et Odessa38. Contrairement à LâHiver aux trousses (2016) qui ne relatait quâune saison de voyage, Saisons du voyage (2018) interroge plus largement le sens du voyage et le rapport à la géographie, et se donne donc à lire comme une égo-géographie visant à faire ressortir a posteriori la cohérence dâune recherche spatiale. Le voyageur sélectionne ce qui peut avoir du sens dans sa trajectoire, lâenjeu nâétant pas la légitimité scientifique mais la démonstration dâune nécessité intime dans le choix des lieux, avec pour résultat une connaissance à la fois sensible et documentée. La géographie universitaire fait systématiquement office de repoussoirâ¯: pour désigner son écriture peu académique mais tout de même soutenue par des recherches érudites, Cédric Gras revendique lâexpression de «â¯géographie narrativeâ¯Â»39, calquée sur la notion dâanthropologie narrative qui correspondait au projet de Jean Malaurie, ce qui est une manière de réintroduire le sujet autobiographique en géographie comme lâa fait la collection «â¯Terre humaineâ¯Â» en ethnologie. Et dès lors que le sujet en question rend compte non seulement de la géographie dâun espace bien défini, mais aussi de son propre rapport à la géographie, câest bien dâégo-géographie quâil sâagit.
La dernière page de LâHiver aux trousses, qui raconte le retour à Moscou après le voyage en Extrême-Orient, prend des airs de bilan au terme dâun parcours non seulement spatial, mais aussi intellectuel. Lâautobiographe reconstruit ses pensées et ses motivations au moment où il a vécu ce voyageâ¯:
[â¦] Jâeus le temps de repenser à cet Extrême-Orient auquel jâavais entrepris de dédier des recherches. La géographie mâavait surtout donné des raisons de sillonner la Sibérie jusquâau Pacifique. Elle était la réponse idéale à mes découragements lorsque jâen étais venu à mâinterroger sur la raison profonde de mes itinéraires. Le voyage, parfois, malmène durement et la Russie nâest pas toujours réconfortante.
Avec le temps, écrire un doctorat pointilleux, avec des tournures consacrées, ne mâa pas paru valoir mieux quâune poésie. [â¦] Mais là nâétait pas lâessentiel ni la raison de mon abandon. Ce qui mâennuyait sincèrement, câétait de ne pas avoir de thèse sur lâExtrême-Orient Russe. Je nâavais quâun vague espoir, un désir irrépressible de le voir reprendre vie. Jâaurais voulu que les lignes maritimes renaissent, que les patelins ressuscitent sur les rivages lointains, que les Russes sâenracinent pour lâéternité du côté du soleil levant. Or ces élans allaient, jusque-là , à lâencontre des bilans et des perspectives. Comment jouer au savant lorsque lâon est déserté par la raison mais que lâon est intensément sujet à lâémotionâ¯? On ne peut guère concilier les statistiques et la mauvaise foi40.
Le récit de voyage pousse très loin la relation symbiotique du sujet voyageur à lâobjet de la recherche, plus loin sans doute que lâégo-géographie de géographe, qui nâinterdit certes pas de révéler les aspérités du parcours ni dâadhérer avec passion, mais nâest pas conçue comme un espace de confidence lyrique.
Et puis lâExtrême-Orient russe, câétait moi, un éternel potentiel jamais accompli, des plans faramineux perdus dans lâabîme du passé, des ratés spectaculaires, de lointaines rives, des chimères et le temps qui sâécoulait, poursuivi par lâhiver41.
Cette appropriation intime de lâobjet de la recherche, Cédric Gras ne la retourne pas seulement contre la géographie académique, comme pouvait le faire Gilles Lapouge qui a connu lâavènement du scientisme, mais également contre lui-même. Une correspondance sâétablit plutôt entre lâespace inaccompli de lâExtrême-Orient russe et les défaillances du moiâ¯: lâégo-géographie laisse place au doute, de même que la géographie cherche aujourdâhui à dépasser les excès du scientisme. Comme le soulignent Yann Calbérac et Anne Volvey dans leur introduction à lâégo-géographie, lâheure nâest plus au positivisme ni au structuralisme, car «â¯les SHS âsâhumanisentâ [â¦]. [L]âaccent nâest plus seulement mis sur les acteurs, mais aussi sur les chercheur.e.s désormais considéré.e.s comme des acteur.e.s de la recherche à part entière et qui doivent, à leur tour, devenir objets de rechercheâ¯Â»42.
4 Enfance et mythobio-géographie
Emmanuel Ruben, agrégé de géographie et auteur de récits dâarpentage, sâest également essayé à une forme dâégo-géographie ou dâautobio-géographie, dont les éditeurs semblent friands, avec LâArchipel de lâécriture en 202343. Il sâagit dâun texte de commande pour la collection «â¯Secrets dâécritureâ¯Â» du Robert â collection dont le but est de dévoiler la fabrique de la création littéraire, et en lâoccurrence de dévoiler la fabrique de lâécrivain-géographe. Le sujet voyageur revient avec surplomb sur son parcours et se mue en sujet épistémique évoquant son goût pour la discipline géographique. LâArchipel de lâécriture est ainsi un récit autobiographique que lâauteur lui-même qualifie de «â¯géopoétiqueâ¯Â», où il déroule ses rêveries cartographiques depuis lâenfance, à partir dâune matrice imaginaire qui est le territoire créé de toutes pièces de la Zyntarie, premier élément de son autobio-géographie qui a tout dâune «â¯mythobio-géographieâ¯Â»44. Il raconte comment il a dâabord conçu ce pays fictif quelque part sur les frontières orientales de lâEurope (avec un effet de mise en scène, puisquâil aurait conçu ce pays le jour même de la chute du mur de Berlin, à lââge de neuf ans, en réponse à ce premier électrochoc historique et géographique), et comment il a, par la suite, superposé ce pays imaginaire à des pays réels, en adaptant les dimensions et en déplaçant des bouts de territoire, jusquâà constituer un «â¯archipel imaginaireâ¯Â»â¯: lâégo-géographie détournée raconte donc potentiellement un trajet vers la fiction, là où lâégo-géographie institutionnelle narre un parcours au service du réel. Les entretiens sont aussi lâoccasion dâun retour sur un parcours qui a progressivement éloigné lâauteur de lâécriture académiqueâ¯: Emmanuel Ruben décrit ses textes comme «â¯des récits très géographiques, dans lesquels [il] souhaite exprimer tout à loisir â libéré des contraintes universitaires â [sa] vocation manquée de géographeâ¯Â»45. Si lâautobiographie est un récit rétrospectif permettant de revisiter les moments clés de la construction de lâidentité, notamment le moment où surgit la conscience de soi, lâautobio-géographie peut ainsi être comprise comme un retour aux sources de la conscience géographique.
Le deuxième élément fondateur de la mythologie personnelle dâEmmanuel Ruben, présent notamment dans Sur la route du Danube, est le fleuve de lâenfance, le Rhône, qui devient lâexplication des affinités géographiques de lâauteur et se surimpose constamment aux fleuves ou aux rivières que le voyageur parcourt, dans une conception archipélagique où différents espaces éloignés les uns des autres se font écho. Les analepses qui éloignent temporairement de la réalité du voyage le long du Danube ont pour fonction dâéclairer ce dernier de significations symboliquesâ¯: le narrateur se souvient par exemple de lâépoque où il habitait «â¯dans un cagibi sous les toits de Parisâ¯Â», quâil avait choisi uniquement «â¯pour son adresse, un doux nom qui [l]e fascinait déjà , une vieille histoire qui se nouait entre le fleuve et [lui]â¯: métro Danube [â¦]â¯Â»46. La mythobio-géographie consiste donc à relire lâexistence pour y déceler des signes symboliques qui prédestinent à la rencontre avec les lieux. Lâenfance demeure la matrice à partir de laquelle tout sâordonne, notamment le Rhône qui permet de réinvestir la métaphore classique de la vie comme cours dâeau à la faveur dâune écriture-fleuveâ¯:
Je nâai jamais compris ces villes trop négligemment situées, campées quelque part en rase campagne ou au piémont dâune montagne, le gone que je suis resté a besoin dâune ville qui soit toute nervurée de canaux, de fleuves, de rivières et de ruisseaux, une ville sans rivière est comme une peinture sans dessin, Rhône, Saône, Seine, Arno, Mississipi, Daugava, Loire, Danube, toutes les rivières proviennent pour moi de la même fontaine, je les aime toutes et voudrais toutes les connaître, un jour jâai chialé dâallégresse sur les rives du Mississipi â câétait vers Cairo, où le plus long fleuve dâAmérique du Nord avale lâOhio â car je croyais avoir entrevu à travers la vitre dâun bus le Rhône de mon enfance, mais câétait une impression fugitive [â¦], on cherche toute sa vie à remonter le fleuve enfui de lâenfance et pour dissiper cette nostalgie, pour noyer lâafflux des larmes, on pourrait envisager de sillonner toute lâEurope, voire le monde entier, en ne suivant que des fleuves, des rivières ou des canaux [â¦]47.
Enfin, un troisième élément de cette mythobio-géographie réside dans lâéloge du vélo comme manière de parcourir les paysages, mais aussi de pratiquer la géo-graphie, littéralement écriture de la terre, au moyen des traces graphiques laissées sur les applications de cyclisme.
Aujourdâhui, le vélo a pris la place du dessin dans ma vie. Il est une manière pour moi de ressaisir le monde. Les traces que je laisse sur Strava, sur Komoot et sur les réseaux sociaux ont remplacé les croquis que je partageais jadis sur mon blog. Elles disent un parcours de vie saisi sur le vif, esquissent une cartographie erratique de la France et de lâEurope, ébauchent une géo-graphie intime et vivante, car je les accompagne souvent de quelques commentaires sur les paysages traversés, les obstacles surmontés, les souvenirs ressurgis tels des pavés proustiens au gré de ces virées à deux roues [â¦]48.
Lâinvention dâun pays imaginaire (la Zyntarie), le choix dâun élément intime (le fleuve) et dâun mode de locomotion propice à la découverte de lâespace (le cyclisme) sont donc les trois piliers de cette égo-géographie que met en Åuvre Emmanuel Rubenâ¯: une écriture de soi à la fois baroque, celle dâun géographe défroqué, et systématique, qui conserve lâempreinte dâune formation scientifique.
â¦
Sans être des personnalités académiques ni des professionnels de lâailleurs reconnus pour leurs travaux scientifiques, Lapouge, Ruben et Gras ont donc tous les trois construit leur trajectoire autour de la pratique de la géographie par le voyage, conçu comme le «â¯laboratoire, intellectuel, certes, mais aussi expérimental, du développement de âleursâ conceptions de la science géographiqueâ¯Â»49. Ils ont chacun tracé un «â¯ensemble ordonné de lieux de vie ou dâexercice (topoï de la formation, de lâenseignement ou de la recherche) qui font scène pour le récit dâune trajectoireâ¯Â»50, même si certains lieux de vie ou dâexercice ont pu signifier pour eux un éloignement de la pratique professionnelle de la géographie. Ils réactivent dâune certaine manière une caractéristique essentielle du récit de voyage qui est dâêtre un récit de formationâ¯: récit dont le protagoniste forge son identité au contact du monde, et développe un goût pour la géo-graphie, conçue comme écriture de la terre. Dans lâégo-géographie universitaire â entendue dans un sens plus large que lâegogéographie de Jacques Lévy, comme une forme dâautobio-géographie académique pratiquée par les géographes de métier â , le récit de la formation dâun géographe est placé au premier plan, avec les obstacles et les conflits qui peuvent survenir dans tout parcours, mais sans conduire à un abandon de la discipline puisque cet exercice est fondamental pour la reconnaissance académique. Dans lâégo-géographie détournée, lâenjeu est déplacéâ¯: là où le géographe universitaire pose peu à peu les jalons qui permettent son intégration à la discipline, présente ses orientations méthodologiques à travers son itinéraire spatial, Lapouge, Ruben et Gras mettent davantage en scène des gestes de rupture, de renoncement et de déformation, contribuant à la relativisation du scientisme que les géographes eux-mêmes ont commencé à engager.
Diverted Ego-geographiesâ¯: Fragments of Intellectual Autobiography by Gilles Lapouge, Emmanuel Ruben and Cédric Gras
Voir Pierre Nora (dir.), Essais dâego-histoire, Paris, Gallimard, «â¯Bibliothèque des histoiresâ¯Â», 1987â¯; Paul RicÅur, Réflexion faite. Autobiographie intellectuelle [1995], Paris, Seuil, coll. «â¯Points Essaisâ¯Â», 2021â¯; Henri Mendras, Comment devenir sociologue. Souvenirs dâun vieux mandarin, Arles, Actes Sud, 1995â¯; Jacques Lévy, Egogéographies. Matériaux pour une biographie cognitive, Paris, LâHarmattan, coll. «â¯Géotextesâ¯Â», 1995.
Ibid., 184-185.
Voir à ce sujet lâarticle dâAdrien Pasquali, «â¯Récit de voyage et autobiographieâ¯Â», Annali dâItalianistica, nº 14, 1996, p. 71-88,
Lévy, Egogéographies, op. cit., p. 74-75.
Paul Claval, La Géographie comme genre de vie. Un itinéraire intellectuel, Paris, LâHarmattan, coll. «â¯Géographies en libertéâ¯Â», 1996.
Ibid., 12-13.
Ibid., 16-17.
Dans un compte rendu de lâouvrage de Paul Claval, le géographe Jean-Christian Tulet regrette que certaines expériences soient peu développées et que lâévocation des voyages «â¯ne se résume quâà une énumération de lieuxâ¯Â». Voir Jean-Christian Tulet, compte rendu de La Géographie comme genre de vie. Un itinéraire intellectuel, Caravelle [En ligne], nº 70, 1998, p. 353-354,
Yann Calbérac et Anne Volvey, «â¯Introductionâ¯Â», dans Yann Calbérac et Anne Volvey (dir.), «â¯Jâégo-géographieâ¦â¯Â», Géographie et cultures [En ligne], nº 89-90, 2014, p. 8,
Actuellement directeur de la chaire Intelligence spatiale de lâUniversité polytechnique Hauts-de-France, Jacques Lévy a reçu en 2018 le prix Vautrin-Lud, considéré comme le Nobel de géographie.
Ibid. Les auteurs de cette introduction mentionnent aussi lâexistence de lâautobiographie réflexive, qui se pratique essentiellement dans les milieux académiques anglo-saxons. Elle aborde les rapports entre sujet et géographie par le biais de «â¯la dimension sociale de lâidentité, pensée dans les termes des catégories dâappartenance de sexe, genre, race, classe, etc. associées à la question des rapports sociaux de pouvoir et de domination (hétérosexualité, patriarchie, etc.).â¯Â»
Claude Collin Delavaud, Jusquâau bout de la terre. Parcours dâun géographe, Paris, Arthaud, coll. «â¯Récits/Société des explorateurs françaisâ¯Â», 2005, p. 50.
Ibid., 326-354.
Il aurait également été possible de prendre en compte les ouvrages de Sylvain Tesson ou de Clara Arnaud, qui ont fait des études de géographie avant de sâorienter vers une vie de voyages, mais nous avons choisi de donner la priorité, dans le cadre restreint de cet article, aux trois auteurs qui évoquent le plus souvent la géographie dans leurs écrits autobiographiquesâ¯: Lapouge, Ruben et Gras. Sylvain Tesson revient sur le temps de ses études dans un entretien en 2013â¯: Robert Chaouad et Marc Verzeroli, «â¯Voir et écrire le monde. Entretien avec Sylvain Tessonâ¯Â», Revue internationale et stratégique, nº 92, 2013/4, p. 7-17,
Sur la relation ambiguë de la géographie et du voyage, voir lâentretien réalisé en 2001 par Jean-Louis Tissier pour les Cafés géographiques de Paris, avec Gilles Lapouge, Emmanuel Lézy et Maud Lasseur. Voir également Jean-Louis Tissier, «â¯Géographie et littératureâ¯Â», dans Encyclopédie de géographie, dir. Antoine Bailly, Robert Ferras et Denise Pumain, Paris, Economica, 1999, p. 217-237.
Expression employée par Emmanuel Rubenâ¯: «â¯Jâignore si Martonne approuverait le projet dâun géographe défroqué dâendosser le maillot de cycliste pour remonter le Danube à deux-roues [â¦]â¯Â». (Sur la route du Danube, Paris, Payot & Rivages, 2019, p. 91).
Collection publiée par Le Seuil de 1954 à 1981.
Collection dirigée par Charles-Henri Favrod aux éditions Rencontre, à Lausanne, à partir de 1962.
Michel Chevalier, «â¯Géographie et paragéographiesâ¯Â», LâEspace géographique, nº 18 (1)â¯: «â¯Parallèles géographiquesâ¯: voyages et paysagesâ¯Â», 1989, p. 5-17,
Muriel Rosemberg a pointé du doigt le caractère passéiste de cette posture, également perceptible dans un numéro de revue consacré par Michel Chevalier aux rapports entre géographie et littérature en 2001. Voir Muriel Rosemberg, «â¯Michel Chevalier, âGéographie et littératureââ¯Â», Annales de géographie, nº 112 (631), 2003,
Chevalier, «â¯Géographie et paragéographiesâ¯Â», op. cit., p. 17.
Laurent Matthey, «â¯Le voyage en Italie de Pier Paolo Pasolini. Du reportage à lâichnographieâ¯: une paragéographie des seuilsâ¯Â», Le Globe. Revue genevoise de géographie, nº 158â¯: «â¯Récits de voyageâ¯: une géographie humanisteâ¯Â», 2018, p. 43.
Ibid., 42-43.
Dans La Forme dâune ville, Julien Gracq tente de cerner cet attrait particulier qui le pousse à examiner le lien paradoxal entre la campagne et la ville, mais il est rare quâil évoque frontalement son goût pour la géographie.
Gilles Lapouge, LâEncre du voyageur, Paris, Albin Michel, 2007, p. 244-245.
Michel Collot, «â¯Tendances actuelles de la géographie littéraireâ¯Â», Histoire de la recherche contemporaine [en ligne], Tome X, nº 1, 2021,
Le Guide du routard,
Gilles Lapouge, La Légende de la géographie, Paris, Albin Michel, 2009.
Ibid., 19.
Voir Jérôme Meizoz, Postures dâauteur. Mises en scène modernes de lâauteur, et Postures littéraires. II, La fabrique des singularités, Genève, Slatkine érudition, 2007 et 2011. Voir également les travaux de Sarah Al-Matary sur lâautodidaxieâ¯: Sarah Al-Matary (dir.), «â¯Lâautodidaxie (xixe-xxie siècles)â¯Â», Les études sociales. Enquêtes, éducation, sciences sociales, nº 176, Paris, Société dâéconomie et de sciences sociales, 2022. Lâautodidaxie est définie dans lâintroduction comme «â¯une qualité et un statut par rapport à un savoir quâon sâefforce dâacquérir (prétendument) sans maître et hors institution. Elle sâapprécie par rapport à un champ de savoir constitué, qui a un mode de transmission, dâacquisition et de reproduction normé, et que lâautodidacte transgresse, volontairement ou nonâ¯Â» (p. 22).
Ernest Bénévent (1883-1967)â¯: géographe français, spécialiste des Alpes.
Lapouge, La Légende de la géographie, op. cit., p. 20-21.
Ibid., 28.
Voir Bertrand Lévy, «â¯Géographie humaniste, géographie culturelle et littérature. Position épistémologique et méthodologiqueâ¯Â», Géographie et cultures, nº 21, 1997, p. 27-44.
Marc Brosseau, «â¯Lâessai géographiqueâ¯: réflexions sur lâÅuvre de Luc Bureauâ¯Â»,
Luc Bureau, «â¯Gilles Lapouge, écrivain sans âgeâ¯Â», Le Devoir, 2009,
Le motif se déplace sur un autre continent dans Saisons du voyage, lorsque Cédric Gras raconte sa découverte du Pérouâ¯: «â¯Encore un doctorat de géographie qui avorta dans un trop beau voyageâ¯Â» (Saisons du voyage, Paris, Stock, 2018, p. 129-130).
Cédric Gras crée et dirige lâAlliance française de Donetsk, à lâest de lâUkraine, de 2011 à lâété 2014, où lâAlliance française est fermée à cause du conflit dans lâEst ukrainien. Il rejoint alors lâAlliance française de Karkhiv avant de prendre brièvement la direction de lâAlliance française dâOdessa.
Cédric Gras, LâHiver aux trousses. Voyage en Russie dâExtrême-Orient, Paris, Gallimard, coll. «â¯Folioâ¯Â», 2016, p. 17.
Ibid., 265-266.
Ibid., 266.
Calbérac et Volvey, «â¯Introductionâ¯Â», op. cit., p. 9-10.
Emmanuel Ruben, LâArchipel de lâécriture, Paris, Le Robert, coll. «â¯Secrets dâécritureâ¯Â», 2023. Je signale également un entretien auquel Emmanuel Ruben a participé avec dâautres écrivains-géographes (Michel Bussi et Jean-Baptiste Maudet), dans à quoi sert la géographieâ¯?, dir. Perrine Michon et Jean-Robert Pitte, Paris, PUF, 2021, p. 355-382. Les écrivains-géographes y réfléchissent aux effets de frontière entre lâécriture scientifique et le récit.
Nouveau mot valise que nous proposons de créer à partir de celui quâavait proposé Claude-Louis Combet, «â¯mythobiographieâ¯Â». Claude-Louis Combet conçoit la mythobiographie comme «â¯lâexhumation des mythes fondateurs de [s]a biographie intérieureâ¯Â»â¯: entretien avec Ronald Klapka sur remue.netâ¯:
Emmanuel Ruben, Entretien dans Libération avec Alexandra Schwartzbrod, juin 2018â¯:
Ruben, Sur la route du Danube, op. cit., p. 24.
Ibid., 99.
Ruben, LâArchipel de lâécriture, op. cit., p. 94.
Olivier Lazzarotti, «â¯Prémices dâune auto-géoanalyseâ¯Â», dans Jâégo-géographie, op. cit., p. 133-149,
Calbérac et Volvey, «â¯Introductionâ¯Â», op. cit., p. 13.
Bibliographie
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