La parution du premier des trois volumes prévus de The Oasis of Bukhara constitue un moment capital pour le département des Arts de l’Islam du Musée du Louvre. En effet dès 2008, à la demande du Président-directeur Henri Loyrette, ce nouveau département, créé pour porter au cœur du musée du Louvre le discours universel depuis les contrées orientales, s’est engagé dans la recherche archéologique, d’abord en Iran, puis dès 2009 en Ouzbékistan. Cette volonté a été renforcée dès 2013 par Jean-Luc Martinez et moi-même dans nos fonctions respectives. Ce choix est à vrai dire original pour un département de collections d’art islamique, au regard des projets de recherche des autres grandes collections muséales au monde. Il démontre notamment la volonté du musée du Louvre d’être fidèle à sa tradition séculaire d’engagement archéologique dans les pays du Moyen-Orient, qui a toujours inclus l’époque islamique dans ses investigations archéologiques. C’est ainsi que la très riche collection de la ville iranienne de Suse témoigne aujourd’hui dans notre galerie d’art islamique de la vitalité de cette ville au début de l’époque islamique. L’archéologie islamique nous permet ainsi d’étudier sur le terrain les contextes de provenance de nos œuvres et d’éclairer les modes de vie et d’usages culturels ainsi que les échanges régionaux et internationaux des villes importantes du début de l’Islam jusqu’à la fin du Moyen Âge.
Le lien avec nos collections est donc primordial dans le choix des régions et des sites d’investigations archéologiques du département. Le monde iranien représente la grande majorité de nos collections, et notamment pour l’Iran médiéval, la fameuse région historique du Khorasan. Cette région qui prospère dès l’Antiquité et durant tout le Moyen Âge, comprend géographiquement l’Iran oriental, l’Afghanistan et une partie de l’Asie centrale. Beaucoup de nos chefs-d’œuvre proviennent vraisemblablement des grandes villes de ce territoire comme Hérat, Samarcande, Boukhara, Nichapour. En 2008, il semblait donc évident d’engager Rocco Rante, qui avait alors fait sa thèse sur la ville ancienne de Rayy en Iran, pour entreprendre ce programme dans le Khorasan. Le choix de s’implanter géographiquement en Ouzbékistan, dans l’oasis de Boukhara, fut aussi une belle réussite. Le chaleureux accueil des autorités et des collègues ouzbèques et la généreuse compréhension des collègues du musée de l’Ermitage si longtemps investi dans cette région ont été favorables au développement de cette mission archéologique française du musée du Louvre, dirigée par Rocco Rante.
Ainsi, grâce à de nombreuses collaborations universitaires européennes et au soutien de la Commission pour les recherches archéologiques à l’étranger du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dix années après le démarrage de cette mission, je suis heureuse que ce premier volume des fouilles du musée du Louvre à Boukhara paraisse. Rocco Rante nous y présente de remarquables résultats sur les transformations naturelles et humaines de cette région au cœur des routes commerciales entre la Chine et le Moyen-Orient. Cette vision régionale de l’oasis de Boukhara désormais très précise permet notamment de mesurer les continuités et les ruptures sociétales et culturelles entre l’Antiquité et les débuts de l’époque islamique marquée par la conquête arabe et l’islamisation des élites du Khorasan.
Yannick Lintz
Directrice du département des Art de l’Islam
Musée du Louvre