Parmi les évènements organisés sous lâégide du Projet intitulé Pseudopythagorica : stratégies du faire croire dans la philosophie antique et dirigé par Constantinos Macris, Luc Brisson et moi-même on compte deux journées dâétudes consacrées à la pseudépigraphie en général au-delà et à côté du domaine strict des textes pythagoriciens.
La première journée avait eu lieu à Paris à lâÃcole Pratique des Hautes Ãtudes en mars 2019 et son thème était le corpus des dialogues attribués à Platon. Ce choix trouvait son origine et sa raison dâêtre dans les intérêts spécifiques de deux jeunes chercheurs, très engagés dans le groupe Pseudopythagorica, qui en avaient pris en charge lâorganisationâ : Marco Donato et Francesca Scrofani. Les textes de la rencontre ont été publiés dans le volume 16 de la revue (online) Ãtudes platoniciennes (M. Donato, F. Scrofani, C. Macris, Pseudoplatonica et écrits authentiques de Platon. Des dialogues en dialogue, 2021).
Quelques mois plus tard, Francesca et Marco sâétaient adressés à moi en me manifestant leur intention de préparer une deuxième journée consacrée cette fois-ci aux lettres des philosophes en large partie, mais non uniquement, pseudépigraphes. Jâavais aussitôt trouvé lâidée excellente et jâavais donné ma pleine disponibilité à les aider dans la réalisation de ce projet sous plusieurs aspects intrigant. On avait donc discuté ensemble de lâorganisation de la rencontre en suggérant quelques noms et domaines dâétude. Petit à petit, le programme avait pris forme et les réponses affirmatives des collègues à notre invitation avait rendu possible sans trop tarder la réalisation du Colloque international Lettres de philosophes, entre authenticité et pseudépigraphie, qui sâétait déroulé à Paris en avril 2023 à Fondation Maison des Sciences de lâHomme.
La qualité des textes présentés en cette occasion nous avait porté promptement à réfléchir encore une fois à lâopportunité dâune publication. Tout de suite, on avait pensé dâen élargir le nombre en demandant des exposés supplémentaires à dâautres amis et collègues en raison de lâorientation de leurs recherches et de la disponibilité à écrire un article sur une collection de lettres de philosophes au-delà de son authenticité ou non. La lecture des pages que nous recevions confirmait non seulement la valeur de tous ces produits, mais renforçait aussi lâidée de lâopportunité dâen divulguer le contenu auprès dâune plus large lectorat.
En parcourant lâindex sommaire du volume in fieri on se rendait en parallèle compte que lâensemble des recueils épistolaires des philosophes de lâantiquité, jusquâà la première époque hellénistique en langue grecque ou en traduction arabe, avaient fait lâobjet dâune discussion approfondie et riche en nouveautés. Dâautres chapitres auraient pu assurément être ajoutés sur des figures significatives de ce genre littéraire, mais comme câest souvent le cas dans les anthologies, il a fallu faire des choix.
Le résultat tangible de cette opération est maintenant devant nous sous forme du volume qui vient dâêtre publié dans un délai plus que raisonnableâ : Thinking through Letters: Studies on Epistolary Collections by Greek Philosophers.
Son apport à la connaissance de recueils de lettres attribuées ou réellement écrites par des philosophes de la Grèce antique me semble acquis. Grâce à la lecture de ces textes, guidés par lâanalyse quâon en a proposé dans les différents chapitres du livre, on découvre souvent la face cachée de plusieurs aspects et moments de la pensée de ces savants à côté et au-delà des Åuvres quâils ont eux-mêmes effectivement composées et diffusées.
à la fin de cette assez brève préface, écrite en français en respect du bilinguisme délibéré et salutaire qui caractérise le volume, je ne peux que souligner encore une fois lâengagement sérieux et la ténacité constante de Marco et Francesca dans toutes les phases de la production du livre. Câest à eux que revient tout le mérite.
Rien nâa été plus facile que conseiller et guider des personnes toujours disponibles à lâécoute et réceptives sans pour autant oublier leur rôle et leur capacité à gérer en pleine indépendance un travail collectif souvent jalonné dâobstacles de toute sorte. Je ne serais pas surpris (et je le souhaite en toute sincérité) de les voir bientôt proposer une troisième journée sur un autre sujet prometteur susceptible de faire lâobjet de nouvelles recherches. Ad maiora.
Tiziano Dorandi