Marie-Geneviève Guesdon débuta sa carrière à la Bibliothèque nationale de France en 1985. Après un rapide passage au département de lâAudiovisuel, elle rejoignit le département des Manuscrits.
Sous la direction dâYvette Sauvan (1940-1994), conservatrice chargée des manuscrits arabes, elle entreprit lâédition des notices descriptives des manuscrits arabes rédigées par Georges Vajda (1908-1981). Le grand arabisant et hébraïsant que fut Vajda réussit, dès la fin de la guerre et des persécutions antisémites, à achever lâexploration de la totalité du fonds des manuscrits en arabe dès 1948 et à en rédiger les notices conservées sous forme manuscrite ou dactylographiée. En 1951 il acheva un index des auteurs et des titres des 6 835 manuscrits présents en 1950 dans le fonds. Cet ouvrage publié en 1953 reste lâinstrument le plus important pour la recherche de manuscrits arabes. Mais une partie seulement du travail de Vajda fut publiée, une autre a constitué la base du travail de ses successeurs. Le catalogue des manuscrits arabes que Georges Vajda avait entrepris dès 1940 puis repris à la fin de la guerre a marqué un tournant dans lâhistoire des catalogues des collections orientales dont lâimpulsion avait été donnée par Marie-Roberte Guignard (1911-1972) créatrice du cabinet oriental du département des Manuscrits. Fortes de ce travail immense accompli par le grand savant, Yvette Sauvant et Marie-Geneviève Guesdon se lancèrent dans la rédaction de deux volumes du catalogue des manuscrits arabes. Elles publièrent tout dâabord le volume 5, correspondant aux cotes Arabe 1465-1685 puis le volume de lâindex en caractères arabes des manuscrits portant la cote Arabe 6836 à Arabe 7214.
Lâapport scientifique de ces catalogues tient à lâidentification des textes mais aussi aux descriptions codicologiques des manuscrits. Lâabsence de description codicologique détaillée dans les notices établies par Vajda peut sâexpliquer par le fait que la codicologie des manuscrits arabes est une science relativement récente. Les descriptions de Georges Vajda sâattachaient surtout à lâidentification des auteurs et des textes. Or, dans son travail de description des manuscrits, Marie-Geneviève sut intégrer lâanalyse codicologique du manuscrit et établir le lien du texte avec la forme du manuscrit.
La longue et riche carrière de Marie-Geneviève Guesdon a été marquée par une impressionnante production scientifique qui ne se limite pas aux seuls catalogues quâelle a publiés. Elle a en effet, tout au long de sa carrière, amassé une immense somme de connaissances sur les manuscrits arabes, quâil sâagisse de la codicologie ou de la paléographie, que les manuscrits aient été produits au Maghreb ou au Mashreq. Cette connaissance a permis à Marie-Geneviève de jouer un rôle important dans la formation à la codicologie des manuscrits arabes en France mais aussi à lâinternational, et plus particulièrement au Liban où elle a dispensé des cours de codicologie à lâUniversité Saint-Joseph, ou encore au Mali où elle effectua une mission destinée à évaluer les dommages infligés par les jihadistes aux bibliothèques pluriséculaires de Tombouctou.
Marie-Geneviève Guesdon nâa jamais ménagé ses efforts pour partager ses connaissances avec les générations de chercheurs qui se sont succédé en salle de lecture du département des Manuscrits de la BnF. Engagée dans la valorisation des fonds de manuscrits arabes, elle a par exemple été commissaire de lâexposition majeure «â¯Lâart du livre arabeâ¯Â»1 inaugurée en 2001 qui permit de mettre en lumière la richesse et la diversité de ce fonds. De même, sa nomination en tant que correspondante de lâAcadémie des sciences dâoutre-mer témoigne de la reconnaissance de son rôle scientifique dans le domaine des manuscrits arabes.
Enfin, il convient de signaler la part prise par Marie-Geneviève dans la création du premier catalogue informatisé des manuscrits et des collections spécialisées de la BnF, BnF Archives et Manuscrits (BAM). Depuis 1985, le département des Manuscrits, tout comme le métier des conservateurs, ont profondément évolué. Marie-Geneviève Guesdon a pris une part active dans les évolutions du rôle de conservateur de bibliothèque et a ainsi permis lâintégration des fonds de manuscrits arabes dans leur spécificité dans les nouveaux outils informatiques au service de la communauté des chercheurs.
Les hommages réunis dans cette publication que jâai lâhonneur de préfacer sont lâoccasion de saluer la contribution de Marie-Geneviève Guesdon à la connaissance et à la valorisation des collections de manuscrits en arabe conservés à la BnF et plus largement à lâétude des manuscrits arabes.
Laurent Héricher
On trouvera le catalogue de lâexposition dans la bibliographie de madame Guesdon (N. d. Ãd.).