En tant qu’historienne dont les travaux se situent au croisement de plusieurs disciplines, j’étudie depuis presque deux décennies 12 autrices1. Je m’intéresse plus précisément à leurs vastes champs de relations avec des centaines de contemporaines. Je suis donc de facto spécialiste de toutes et d’aucune à la fois. Mes travaux se situent à mi-chemin entre l’historiographie sur la France et l’Italie, tant en matière d’études sur les femmes, sur le genre et sur les (proto)féminismes, qu’en histoire sociopolitique, culturelle et littéraire. Sans compter que ma recherche couvre une longue période et que la Révolution française est un champ historiographique vivace en lui-même. C’est donc dire que mes intérêts se situent au carrefour de plusieurs historiographies qui ne dialoguent pas toujours ensemble. Ces divers positionnements sont toujours stimulants intellectuellement, mais parfois inconfortables lorsque vient le temps de se situer comme autrice et experte, particulièrement en ce qui concerne le champ des études littéraires2. Mais publier, c’est accepter de se dévoiler, comme le diraient elles-mêmes les femmes que j’étudie : je le fais pour rendre accessible une recherche perfectible, avec la conviction que d’autres reprendront le flambeau … en espérant que l’exhaustivité des annexes y contribue.
1 De la thèse (2004-2012) au livre (2022) : défis et opportunités
Revisiter le fruit d’un travail réalisé entre 2004 et 2012, et le publier 10 ans plus tard, demeure un processus qui est à la fois source de défis et d’opportunités.
Défis d’accès aux sources, tout d’abord. Au cours des années 2000, mes tentatives pour avoir accès à divers fonds d’archives privés sont demeurées lettre morte, comme en témoigne l’Annexe 1. J’ai voulu retenter l’expérience avant de publier cet ouvrage … et c’est alors que la crise COVID a frappé de plein fouet et rendu les voyages de recherche ardus, voire impossibles. A contrario et à ma grande joie, des correspondances que j’avais consultées en archives sont maintenant disponibles en ligne ou publiées, grâce aux efforts du Dottore Lorenzo Trovato (pour Diodata Saluzzo Roero), de l’équipe de publication de la Correspondance générale de Germaine de Staël – un long travail d’édition débuté en 1962 et complété en 2017 – et de l’Institut historique allemand de Paris (pour Constance de Salm). La mise en ligne de la correspondance de Salm, à partir des inventaires de la Société des Amis du Vieux Toulon (déjà consultés) et des archives privées du château de Dyck (auxquelles je n’avais pas eu accès) facilite maintenant le travail. Ces missives renferment un immense potentiel et sont fort utiles pour les personnes de plus en plus nombreuses s’intéressant à la vie et à l’œuvre de Salm et de ses contemporain·e·s.
Défis méthodologiques, dans la foulée. Ma recherche originale, même si augmentée d’une mise à jour historiographique, demeure le socle de ce livre, avec ses qualités et ses limites, auxquelles je n’ai pas pu remédier 10 ans plus tard. Tout d’abord, échantillonner, c’est exclure. À l’époque, mes recherches pour localiser des Italiennes du Sud ayant eu suffisamment de contacts directs ou indirects avec d’autres femmes de lettres pour fournir des éléments d’analyse n’ont été que peu concluantes. Par exemple, la poétesse, journaliste et révolutionnaire napolitaine Eleonora Fonseca Pimentel (1752-1799) semble n’avoir échangé qu’une seule missive avec une autre collègue – la poétesse véronaise Silvia Curtoni Verza (1751-1835)3 – et ne parle aucunement des autrices dans ses publications … ce qui est un résultat en soi, tel que le soulignent plusieurs de ses biographes4. J’ai donc joué de prudence et sélectionné des autrices du Nord et du Centre de la péninsule me fournissant un matériel d’analyse plus substantiel, choix qui s’est avéré payant, mais qui n’en exclut pas moins tout un pan – d’ailleurs beaucoup moins étudié pour la période – de l’activité littéraire féminine dans l’Italie du Sud, qui mérite que l’on s’y attarde5.
Adopter une méthode, c’est aussi se positionner et faire des choix. J’ai fait celui d’étudier les relations entre femmes de lettres en ne faisant pas de leurs œuvres de fiction la focale ; ma formation d’historienne demeurant, j’ai jugé que des spécialistes de la littérature étaient beaucoup mieux outillées que moi pour ce faire, divers travaux ayant d’ailleurs d’ores et déjà été publiés à cet égard (Chapitre 1). J’ai aussi fait le choix d’étudier, d’abord et avant tout, ce que les femmes se disent entre elles, dans un contexte où l’historiographie prédatant les analyses féministes, ou peu influencée par ces perspectives, a tendance à focaliser sur leurs relations avec les « grands hommes » et avec le milieu littéraire à dominante masculine. A contrario, l’angle que j’ai choisi a permis de mettre en lumière les façons dont les autrices se définissent, interagissent et se perçoivent entre collègues. Ce choix implique de mettre de côté les correspondances entre hommes et femmes de lettres, sources qui permettent d’explorer les relations entre autrices dans une perspective complémentaire, peu explorée dans ma propre recherche (à l’exception d’une portion du Chapitre 6 et du début du Chapitre 7). Ainsi, au-delà de mes travaux et à l’avenir, la compréhension des relations que les autrices entretiennent entre elles pourrait bénéficier d’inclure à cette analyse les échanges avec leurs correspondants. Or, il m’apparaissait d’abord et avant tout essentiel de mieux documenter les nombreux contacts entretenus entre femmes, sans le filtre du regard masculin.
Des opportunités méthodologiques sont également survenues en cours de route, notamment celle de bénéficier du tournant des Humanités numériques, qui étaient moins développées lors de ma formation initiale d’historienne. De nouveaux outils faciles à utiliser s’offrent aux historien·ne·s afin de visualiser les réseaux, comme en témoigne l’Annexe 1. Des bases de données de plus en plus complètes, comme le Virtual Research Environment (VRE) du réseau New approaches to European Women’s Writing (NEWW), ont aussi permis de bonifier mes recherches, notamment au Chapitre 5.
Défis historiographiques, ensuite. Si l’historiographie sur les relations entre autrices croît et poursuit son cheminement (Chapitre 1), celle des (proto)féminismes en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles a connu des (r)évolutions tout aussi significatives. En ce sens, mes préoccupations se situent en ligne directe avec les travaux de Karen Offen, Bonnie Andersen, Margaret McFadden et bien d’autres, sous l’impulsion du tournant transnational dans l’étude des réseaux (proto)féministes en Europe de la première moitié du XIXe siècle6. Or, des travaux récents sur la période tentent maintenant des approches encore plus globales ; ils sont appelés à générer des évolutions historiographiques d’encore plus grande ampleur, parce qu’ils contribuent à redéfinir les modalités de déploiement et de conceptualisation des féminismes7. Plus précisément, le développement des études transnationales et décentrées de l’Occident – concept qui n’est d’ailleurs pas exempt de critiques – contribue à remettre en question nombre d’éléments ayant fait école en histoire des féminismes, et plus largement, en théorie des mouvements sociaux. Par exemple, la conceptualisation en vagues, déjà critiquable dans un cadre intra-occidental, ne résiste plus face aux travaux qui portent un regard plus global sur les féminismes et leurs développements historiques, comme en témoigne récemment la synthèse de l’historienne Lucy Delap8. Cette dernière remarque aussi que :
Feminist history has often been structured around a limited cast of mostly white and educated foremothers. This has led to lineages of inheritance that not only risk misreading earlier versions of feminist thought and action, but have also been organized around the desire to show ‘who was first’9.
Dans ce contexte, revisiter mon manuscrit est aussi source d’opportunités. Celle de porter, 10 ans plus tard, un regard actualisé sur 12 femmes dont les vies et les trajectoires m’habitent depuis près de 20 ans. En 2006, à la Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze, j’ai pleuré en voyant sur le papier de ses manuscrits les propres larmes de la poétesse improvisatrice Fortunata Sulgher Fantastici (1755-1824) dont la fille venait de décéder. J’ai été horrifiée en découvrant l’assassinat de Clémentine Pipelet de Francq (1790-1820) par un homme jaloux et violent qu’elle avait repoussé ; un féminicide dont son illustre mère, la protoféministe Constance de Salm, se remettra très difficilement10. Et je l’admets, parfois je n’en croyais pas mes yeux face à certaines incohérences d’autrices que j’aurais tant voulues exemplaires. En effet, les (proto)féministes ne sont pas exemptes de contradictions, incluant l’autrice de ces lignes. Je conçois la part d’angles morts dans les combats qu’elles mènent en faveur de leurs semblables (les autrices), tout comme celle des luttes qu’elles ont déployées dans un contexte hostile. Pour (et parfois malgré) tout cela, je suis heureuse de contribuer à les faire connaître, dans certains cas, et mieux connaître dans d’autres. Quant à la reconnaissance de leurs accomplissements par les canons littéraires, c’est évidemment une autre histoire qui, grâce aux efforts soutenus des collègues spécialistes de la littérature féminine, est toujours en écriture11.
Pour en revenir aux propos de Delap sur le « limited cast of mostly white and educated foremothers » qui a souvent orienté les récits sur l’émergence des (proto)féminismes, mon propre travail sur 12 femmes blanches et éduquées en France et en Italie ne contribue certes pas à nous faire sortir collectivement de ce carcan, mais il prend le soin – je l’espère – de ne pas nous y enfermer davantage. Je ne prétends pas à une quelconque généralisation de mes postulats, constats et analyses : ils s’inscrivent dans un temps et un espace géopolitique précis, concernent des actrices sociales de l’élite, qui sont par ailleurs situées dans certains rapports sociaux antagonistes.
Opportunité réflexive, ensuite. Depuis le début des années 2010, dans les recherches-action par et avec des groupes féministes contemporains que j’ai le privilège de coordonner, tout comme dans les cours d’études féministes et d’histoire que je donne, je pars du postulat que l’objectivité n’existe pas, mais que la rigueur est, dans tous les cas, fondamentale. À cet effet, j’estime que chaque chercheuse, chaque féministe doit faire l’effort d’analyser les avantages et désavantages épistémiques de son positionnement situé, pour reprendre le concept théorisé par Nancy Hartsock et Sandra Harding et qui a suscité une abondante littérature depuis12. Il serait donc incohérent de ne pas illustrer mon propre point de vue situé et ses impacts sur mes analyses. J’en résume les limites ici et au paragraphe suivant. Je commencerais en soulignant brièvement que je suis une femme blanche, cis-hétérosexuelle, privilégiée socio-économiquement et incidemment, travaillant sur ses semblables et prédécesseures ; des femmes qui parfois me ressemblent dans mes privilèges, contradictions et angles morts13. Des femmes qui, en cherchant à se libérer des lourdes contraintes qui pesaient sur elles, ont, dans le meilleur des cas, eu leurs propres angles morts et dans le pire, contribué elles-mêmes, consciemment ou non, à perpétuer des inégalités, incluant entre femmes : rapports de race (au sens sociologique) ou de classe socio-économique, catégorisation des femmes – et des autrices – entre méritantes, respectables ou non, utilisation de la métaphore de l’esclavage pour décrire la condition féminine pour certaines, orientalisme, sentiment de supériorité nationale et impérialismes pour d’autres. A contrario, certaines ont tenté de se positionner comme alliées, bien que problématiques et imparfaites14 : les rapports complexes entre mouvements féministes et abolitionnistes en témoignent15. Il en va de même pour les imbrications entre mouvements socialistes et féministes, qui seront partiellement explorées dans cet ouvrage, et pour les efforts déployés par les féministes socialistes des années 1830 afin de développer des mouvements de femmes transcendant les classes socio-économiques. Évidemment, ces alliances momentanées ne sont pas de tout repos, ni exemptes de problèmes : malgré des efforts de convergences, des (proto)féministes ont eu des discours ou comportements racistes, alors que des socialistes se sont révélé·e·s antiféministes, etc.
La réécriture de ce manuscrit est aussi le fruit d’opportunités pédagogiques. J’ai notamment écrit cet ouvrage en ayant en tête les personnes inscrites en études féministes et en histoire à qui j’enseigne. Lorsque je leur parle de mes travaux, elles ont les yeux grands ouverts – quoi, des femmes en réseaux au XVIIIe siècle ? – mais me posent aussi des questions qui contribuent à faire évoluer mes réflexions. Des questions sur les enjeux de périodisation des féminismes, sur le fait que les constructions théoriques sur lesquelles s’appuie l’histoire des (proto)féminismes sont occidentalo-centrées, et sur le fait que j’étudie des femmes blanches de l’élite – bien qu’elles soient positionnées différemments dans les rapports sociaux de leur époque, ce qui influence leurs interactions, comme on le verra –, ce qui limite la portée de mon regard et de mon horizon. Elles m’ont aussi interrogée sur le privilège épistémique lié à l’autorat et ont souligné que le droit à l’écriture peut paraître déconnecté des réalités matérielles d’existence de plusieurs femmes au XVIIIe siècle16. J’écris cet ouvrage à une époque de nouveau « volcan » ou « magma » féministe, pour reprendre les concepts de Karen Offen : dans les institutions d’enseignement supérieur francophones du Québec, particulièrement depuis les 10 dernières années, s’opèrent (notamment grâce aux efforts soutenus des femmes aux marges) des réévaluations à large échelle des enseignements et des recherches sur les groupes davantage discriminés. Ces prises de conscience touchent nécessairement la conceptualisation des féminismes et entraînent des réévaluations de leur histoire et de leur actualité. Dix ans, c’est assez peu en recherche historique, mais c’est beaucoup en théorie et études féministes, soit mes deux pôles d’appartenance. Comme chercheuses et comme pédagogues, il m’apparaît nécessaire de collectivement faire mieux afin de visibiliser toute la richesse historique, théorique et conceptuelle des féminismes, en décentrant le regard17.
J’ai donc notamment écrit ce livre pour mes étudiant·e·s, tant pour les remercier d’avoir contribué à alimenter mes réflexions que pour situer un élément qui me semble important. En effet, plusieurs grands enjeux des féminismes contemporains ne sont pas propres à notre époque : #notlikethothergirls/women, l’impact des conquêtes impériales et coloniales sur les femmes et les relations entre elles, la question des réseaux (sociaux) et de la gestion publique de nos inévitables dissidences qui s’y fait … sachant que nos adversaires s’en délectent. Ces enjeux sont à la source même du mouvement social, dès ses balbutiements, sans avoir toujours adéquatement été pris en compte18.
2 Mais encore … pourquoi ce livre ?
La personne lectrice l’aura déjà deviné à ce stade : à l’origine de cette recherche se trouvent des questionnements à la fois académiques et politiques. Les mouvements féministes n’ont probablement jamais été aussi visibles qu’actuellement. Preuve de la vitalité d’un mouvement social : plus il y a d’adhésion, plus le morcellement en différentes tendances, priorisations ou stratégies s’opère. J’ai voulu savoir ce qu’il en était dans le passé … à une époque où un mouvement féministe (qu’il soit français, italien ou transnational) n’était pas encore consolidé et où les polarisations sociopolitiques étaient tout aussi vives, voire davantage, qu’au moment d’écrire ces lignes. Je vis à une époque de remise en question du « nous, femmes » dans les milieux féministes. J’en suis donc venue, en examinant le présent, à réfléchir à la manière dont ce « nous, femmes » pouvait avoir été conceptualisé et « géré » par d’autres dans le passé. Les mouvements féministes contemporains sont, à mon sens, un formidable véhicule de solidarité(s) dans lequel les personnes s’identifiant comme femmes ou non-binaires prennent effectivement conscience des intérêts convergents qui les unissent (ou divergents, qui ont l’effet contraire), malgré leurs positionnements différenciés dans les rapports sociaux et dans un contexte qui n’est pas exempt de rapports de pouvoir, de polarisations et de contradictions. Elles peuvent alors (tenter d’)agir politiquement de concert, en toute connaissance de cause. Comment, avant l’existence de tels mouvements, les femmes géraient-elles leurs intérêts communs tout comme leurs divisions ? Telle est la question qui m’a largement habitée.
Durant mes études de maîtrise en histoire (2002-2004), j’avais eu l’occasion d’aborder les militantes révolutionnaires françaises protoféministes de la période 1789-1795 et leurs combats politiques19. J’avais alors été surprise de constater qu’elles ne constituaient aucunement un front uni. Au contraire, elles me semblaient particulièrement divisées, notamment en fonction de leurs allégeances politiques diverses et de leurs positionnements dans les rapports de classe socio-économique. L’autrice protoféministe et abolitionniste Olympe de Gouges (1748-1793) n’a que peu ou pas échangé avec « l’amazone » Anne-Josèphe dite Théroigne de Méricourt (1762-1817) qui souhaitait créer des bataillons de femmes. Et toutes deux – associées aux Girondins – étaient très éloignées de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires de Paris (1793), située à l’extrême gauche de l’échiquier politique et réunissant surtout des femmes des classes populaires20. J’avais aussi constaté qu’il existait certes des clubs de femmes, des pétitions, des revendications organisées, mais qu’ils ont été très éphémères, ce qui a empêché la structuration d’un mouvement sociopolitique survivant à la Révolution. Les historien·ne·s Guillaume Mazeau et Clyde Plumauzille le confirment d’ailleurs :
Il faut se rappeler qu’il n’existe a priori aucune unité politique des femmes : Olympe de Gouges dédie sa Déclaration [des droits de la femme et de la citoyenne] (1791) à la reine, mais critique les femmes les plus radicales21.
Dans sa récente synthèse, Christine Le Bozec précise :
Quelle qu’ait été la force de leurs convictions, les femmes, trop peu nombreuses, demeurées une minorité agissante, ne purent entraîner ni séduire les foules féminines tant urbaines que rurales. Il suffit en effet aux autorités d’arrêter le mouvement [1793, 1795], par le biais de quelques mesures coercitives virulentes, pour le réduire à zéro22.
Je me suis alors dit qu’il fallait tourner mon regard ailleurs, vers un groupe qui existait avant que la Révolution n’ouvre cet espace des possibles : celui des autrices, d’ailleurs en croissance à la même période. Ces dernières partagent non seulement une appartenance de genre, mais également une activité commune qui prédate l’histoire des féminismes : l’écriture et la littérature. Dans quelle mesure les autrices ont-elles apporté leur pierre à l’édifice des discours et pratiques (proto)féministes ? C’est notamment ce que la personne lectrice découvrira dans cet ouvrage.
En 2012, Karen Offen, l’éminente historienne des féminismes en Europe, écrivait au sujet des femmes qu’elle étudie :
Cela ne me gêne pas que certaines de ces féministes ne soient pas toujours très ‘politiquement correctes’ sur les questions chères aux libérationnistes de la fin du XIXe siècle (ou même d’aujourd’hui). Ce serait trop demander23.
Pourtant, si j’ai, tout comme Offen, abordé le sujet en historienne – et non en littéraire, en philosophe ou en spécialiste des idées politiques – en reconnaissant que la :
[…] pratique rigoureuse du métier d’historien[·ne] [implique] une grande attention à la chronologie des évènements, aux débats et aux efforts de mobilisation politique tels qu’ils se sont déroulés et ont été vécus par les contemporain[·e·]s24
… mes préoccupations rejoignent plutôt celles de l’historienne Lucy Delap, qui dans sa récente et brillante synthèse Feminisms : A Global History (2020) remarque :
There may be aspects of the feminist past that make us uncomfortable today. But the idea of useability acknowledges the need for a historical underpinning to today’s activism25.
Delap définit le concept de useability comme favorisant une pensée historique :
[…] in dialogue with the present – a history which can help clarify questions of feminist strategy, priority and focus in the contemporary moment by showing how dilemmas and campaigns were shaped in the past26.
Au début des années 2000, j’ai débuté mes travaux afin qu’ils soient useable, à tout le moins pour moi-même comme féministe. Vingt ans plus tard, je peux affirmer qu’ils le sont toujours pour moi et j’espère bien modestement qu’ils le seront aussi pour d’autres. Dans la foulée de Delap, cette utilisation du passé, comme point d’ancrage d’une perspective critique du présent, permet d’affiner notre regard actuel sur, notamment, la configuration des alliances, mésalliances et réseaux entre féministes du XXIe siècle et avec d’autres mouvements militant contre les oppressions structurelles.
3 Remerciements : parce qu’un livre ne se fait jamais seul·e
Pour me permettre de mener à bien mes recherches et l’écriture de ce livre, de nombreuses personnes ont été mobilisées. Je remercie d’abord chaleureusement le personnel de l’ensemble des nombreux fonds d’archives et bibliothèques consultés (Annexe 3), et plus particulièrement de la Biblioteca Civica di Saluzzo, de la Biblioteca Civica di Padova, de la Biblioteca Civica Angelo Mai di Bergamo et de la Bibloteca Statale di Lucca. À la Biblioteca Communale Aurelio Saffi di Forlì, je remercie sincèrement la Dottoressa Antonella Imolesi, la signora Ambra et la signora Grace, de même que feu Dottore Piergiorgio Brigliadori, pour leur gentillesse exceptionnelle et leur hospitalité. Ma reconnaissance infinie va également aux bénévoles de la Société des Amis du Vieux Toulon, pour leur disponibilité et leur accueil sans égal.
Je remercie les professeur·e·s du département d’histoire de l’Université de Montréal, et en particulier Denyse Baillargeon, Dominique Deslandres, Ollivier Hubert et Claude Morin, pour leurs commentaires judicieux, leur enthousiasme et leurs précieux conseils. Merci également à Hilary Brown, Monica Bandella, Claudio Chiancone, Christiane Coester, Elizabeth Colwill, Jean-Jacques Courtine, Jean Delumeau, Micheline DeSève, Gillian Dow, Francis Dupuis-Déri, Adriano Favaro, Lucien Faggion, Leigh Goldstein, Dena Goodman, Claudine Giacchetti, Elisabetta Graziosi, Hilde Hoogenboom, Nancy Isenberg, Michel Lacroix, Xavier Lafrance, François-Dominic Laramée, Tom Mole, Marie-Thérèse Pallot-Raguet, Nicole Pellegrin, Marta Pellegrino, Christine Planté, Tiziana Plebani, Sandrine Ricci, Gilberto Sacerdoti, Catherine Sama, Catriona Seth, Maryam Sharif et Dinaïg Stall, qui ont répondu à mes questions, contribué à orienter mon travail et à faire évoluer mes réflexions. Un remerciement particulier va à la pionnière et Dottoressa Tatiana Crivelli, qui met à disposition sa base de données Donne in Arcadia (1690-1800), outil très utile et précieux afin de documenter la présence des femmes dans l’académie et leur production littéraire. Dottore Lorenzo Trovato, qui m’a aimablement transmis certaines lettres de Diodata Saluzzo Roero qui se trouvent dans des archives que je n’ai pu consulter, reçoit également ma plus sincère gratitude.
En 2004, quand j’ai commencé à élaborer mon projet de thèse, la question des nombreux contacts entre les femmes de lettres était alors un champ d’études peu développé. Il est maintenant tout à fait florissant, d’ailleurs grâce au réseau NEWW, notamment impulsé par Suzan van Dijk, que j’ai rencontrée en 2005 dans un congrès à Chawton House. Alors au tout début de mes recherches, j’avais lu certains de ses écrits novateurs sur les relations entre autrices et Suzan m’impressionnait beaucoup (et toujours, d’ailleurs). Elle m’a naturellement invitée à manger à sa table et c’est ainsi que notre collaboration est née. Non seulement Suzan m’a intégrée au NEWW, m’a fourni plusieurs occasions de présenter des travaux liés à nos intérêts communs, a fait partie de mon jury de thèse … mais elle me talonne depuis 10 ans pour que je la publie. C’est elle qui m’a fourni, avec Amelia Sanz, Nadezhda Alexandrova et Christa Stevens, le levier nécessaire à cette fin. J’ose croire que mon modeste ouvrage s’inscrit judicieusement dans la collection Women Writers in History de Brill : de mon côté, je n’aurais pu espérer meilleure opportunité.
Merci à tous les organismes ayant financé mes recherches, soit le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, le département d’histoire de l’Université de Montréal et le Centre canadien d’études allemandes et européennes. Un remerciement particulier va au Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et à sa co-directrice Francine Descarries pour son appui significatif à la production de cet ouvrage : sans les ressources mises à ma disposition par le RéQEF depuis 2020, j’ose dire que jamais ce livre n’aurait vu le jour. À ces institutions officielles s’ajoute le support officieux fourni par mes parents, Michel Lampron et Pauline Bellemare, que je remercie sincèrement pour leurs nombreux et divers « investissements » (temps, ressources, gardiennage, etc.) dans les longues études universitaires de leur fille unique.
J’aimerais aussi remercier chaleureusement mes amies, collègues et comparses de toujours, Mélissa Blais et Geneviève Pagé, qui ont lu et commenté des chapitres avec rigueur et bienveillance. Merci à Marie-Eve Surprenant pour son soutien à la révision des épreuves. Merci à Élise Detellier et à Caroline Durand pour leur écoute et leurs conseils. Merci à Thomas Déri pour son minutieux travail de révision du manuscrit, dont je n’aurais pu me passer. Merci à Vicky Ouellet, à ma fidèle amie Catherine Rancon (BNF-TP) et au personnel du Prêt entre bibliothèques de l’UQAM, que j’ai énormément mobilisé, le tout dans un contexte COVID où les voyages en France et en Italie étaient exclus. Merci à Soheila El Ghaziri, qui s’est rendue disponible dans l’urgence pour me donner un coup de main dans la mise en forme du manuscrit. Merci à Adélaïde Joris et à l’équipe du département des manuscrits de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (BCUL) pour la rapidité des réponses à mes demandes de consultation. Toute ma reconnaissance va également à Amelia Sanz, qui m’a judicieusement accompagnée dans ce périlleux processus visant à tourner une thèse en livre, à Christa Stevens, mon éditrice, à Carina van den Hoven ainsi qu’aux personnes relectrices anonymes (révision à l’aveugle par les pair·e·s) pour leurs judicieux conseils. Deux autres relectrices méritent des remerciements particuliers. Tout d’abord, Susan Dalton, ma directrice de maîtrise, puis de thèse. Sans le professionnalisme, l’humanisme, l’enthousiasme, l’intelligence, la disponibilité, la sensibilité et la confiance dont elle fait preuve à mon endroit, et ce, depuis maintenant deux décennies, cet ouvrage n’existerait tout simplement pas. Outre la relecture de sections de ce livre, Susan a aussi eu le flair de me diriger vers une autre personne s’étant avérée absolument indispensable à ce processus : Audrey Martel-Dion. Ses relectures attentives, ses conseils, sa disponibilité, ses connaissances et ses compétences en font une collaboratrice hors pair et un élément essentiel à publication de cet ouvrage.
Puisque ce livre se veut une modeste contribution à l’histoire des (proto)féminismes, je ne peux terminer sans nommer à quel point certaines d’entre elles, que j’ai le privilège de côtoyer au quotidien, m’inspirent. Mon travail de responsable du Protocole UQAM/Relais-femmes du Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal, dans le cadre duquel j’ai le privilège d’accompagner des projets de recherche, de formation, de diffusion et de transfert des connaissances menés à la demande de groupes de femmes, m’amène à avoir la chance d’en côtoyer plusieurs. Outre les personnes nommées plus haut, outre mes formidables collègues du Service aux collectivités (un remerciement personnalisé va à ma mentore Lyne Kurtzman) qui illuminent mes journées et mes réflexions, il me semble fondamental de remercier celles qui me font, qui nous font avancer et progresser pour bâtir des mouvements féministes et sociétés plus inclusives et solidaires. Parmi bien d’autres que celles identifiées plus haut, les membres de l’équipe du RéQEF, de l’Institut de recherches et d’études féministes, de Relais-femmes et plusieurs de mes nombreuses (ex-)étudiantes et collaboratrices méritent toute ma reconnaissance. Elles ont contribué à faire évoluer ma conception des féminismes dans le présent, ce qui a nécessairement modifié la manière dont je les appréhende dans le passé.
Pour conclure, j’ai la chance d’avoir pour conjoint un intellectuel brillant et généreux, qui a toujours compris et soutenu mon travail. Benoît Lacoursière a su me motiver à persévérer, au quotidien, par de petits et grands gestes, et surtout par son amour et sa confiance. Finalement, merci à toi, Julien Lampron-Lacoursière, qui me rends tellement fière, pour ta patience pendant mes longues heures de travail. Je rédigeais ma thèse alors que j’étais enceinte. Je l’ai terminée pendant que ton formidable père s’occupait de toi, alors que je travaillais entre 12 et 14 heures par jour. J’ai écrit ce livre exactement dans les mêmes conditions, qui sont loin d’être idéales pour un enfant, même aussi compréhensif que toi. Ma consolation : te voir devenir un jeune homme sensible et sensibilisé, toujours prêt à dénoncer les injustices et à te remettre en question, et fier que ta mère s’intéresse « aux femmes du passé, à l’époque où elles avaient encore moins de droits » et fasse des « études féministes ».
Ève-Marie Lampron
Novembre 2021
Voir le Chapitre 1 sur l’emploi du concept d’autrice dans cet ouvrage.
L’approche historique permet de centrer l’analyse sur l’activité littéraire féminine comme forme de prise de parole plutôt que sur les différents codes et modalités qui la composent. Toutefois, l’une des limites de la présente analyse se trouve peut-être dans l’importance moindre accordée aux distinctions conceptuelles et opératoires entre les différents genres littéraires ou aux modalités de réception qui leur sont propres.
Lettre d’Eleonora Fonseca Pimentel [s.l.] à Silvia Curtoni Verza [s.l.], 8 juillet 1790, BCV, Carteggi, busta 77, « Silvia Curtoni Verza ».
Voir par exemple : Anna Maria Rao, « Eleonora de Fonseca Pimentel, le Monitore Napoletano et le problème de la participation politique », Annales historiques de la Révolution française 344 (2006) : 179-191.
Des travaux se sont d’ailleurs plus récemment intéressés à la traductrice et scientifique Mariangela Ardinghelli (1730-1825). Voir notamment : Paola Bertucci, « The In/visible Woman : Mariangela Ardinghelli and the Circulation of Knowledge Between Paris and Naples in the Eighteenth Century », Isis 104, no 2 (2013) : 226-249.
Voir notamment : Karen Offen, European Feminisms, 1700-1950. A Political History (Stanford : Stanford University Press, 2000) ; Bonnie S. Anderson, Joyous Greetings : The First International Women’s Movement, 1830-1860 (New York : Oxford University Press, 2000) ; Margaret H. McFadden, Golden Cables of Sympathy : The Transatlantic Sources of Nineteenth-Century Feminism (Stanford : Stanford University Press, 1999) ; Leila J. Rupp, Worlds of Women : the Making of an International Women’s Movement (Princeton (NJ) : Princeton University Press, 1997) ; Sylvia Paletschek et Bianka Pietrow-Ennker, Women’s Emancipation Movements in the Nineteenth Century : A European Perspective (Stanford : Stanford University Press, 2004).
Voir parmi d’autres : Karen Offen, dir., Globalizing Feminisms, 1789-1945 (New York : Routledge, 2010) ; Lucy Delap, Feminisms : A Global History (Chicago : University of Chicago Press, 2020).
Delap, Feminisms. Voir également : Aili Mari Tripp, « The Evolution of Transnational Feminisms : Consensus, Conflict and New Dynamics », dans Global Feminism : Transnational Women’s Activism, Organizing, and Human Rights, dir. Myra Marx Ferree et Aili Mari Tripp (New York : New York University Press, 2006), 51-78 ; Mélissa Blais et al., « Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical », Recherches féministes 20, 2 (2007) : 141-162.
Delap, Feminisms, 15.
Au moment où j’écris ces lignes, 17 femmes en 11 mois ont été assassinées par des hommes avec qui elles étaient en relation au Québec ; triste et révoltant record qui a suscité des mobilisations féministes significatives (ayant porté fruit) pour le rehaussement du financement des maisons d’hébergement pour femmes victimes et autres mesures susceptibles de prévenir et combattre les violences subies par les femmes.
Voir notamment : Anna Maria Crispino, Oltrecanone. Generi, genealogie, tradizioni (Guidonia (Rome) : Iacobelli Editore, 2015) ; Henriette Partzsch, « Danger, You Are Entering the Garbage Vortex ! Salvaging the History of Women’s Participation in European Literary Culture », NORA – Nordic Journal of Feminist and Gender Research 25, n° 4 (2017) : 334-339.
Des contributions de Hartsock et Harding, auxquelles s’ajoutent les apports significatifs de Dorothy Smith, Donna Haraway et Patricia Hill Collins, notamment, sont réunies dans l’ouvrage : Sandra Harding, dir., The Feminist Standpoint Theory Reader (New York : Routledge, 2004). Pour un résumé récent, en français, des conceptualisations féministes du point de vue situé, voir : Nancy Grandjean, « Traiter l’objectivité en féministe : du positionnement à la diffraction », dans Objectivité(s), dir. Vincent Israel-Jost (Paris : L’Harmattan, 2021), 75-100.
À titre d’exemple, une historienne du XVIIIe siècle œuvrant dans le champ des queer studies m’a récemment demandé si j’avais observé dans les correspondances ou poèmes échangés entre femmes des traces d’érotisme ou d’amour ; une question que je me suis peu posée au cours de mes recherches (biais hétérocentré ?). Bien que ce ne soit pas l’objet principal de l’ouvrage, des codes et éléments m’ont peut-être échappé et auraient pu enrichir mes propres analyses ainsi que celles des travaux futurs sur la question.
Par exemple, sur les positions antiesclavagistes de Staël, leurs motivations, ancrages et manifestations politiques et littéraires, ainsi que ses biais (eurocentrisme, métaphore du « Noble sauvage », etc.), voir notamment : Françoise Marie Danielle Daquin, « Slavery and Feminism in the Writings of Madame de Staël » (Thèse de PhD, James Cook University, 2020) ; Doris Y. Kadish, Fathers, Daughters, and Slaves : Women Writers and French Colonial Slavery (Liverpool : Liverpool University Press, 2012). Dans un tout autre registre, soit celui du capacitisme, et toujours à titre d’exemple, Sophie Gay aurait mis en scène le premier protagoniste sourd répertorié dans un roman français. Voir : Flora Amann, Sourds et muets. Entre savoir et fiction au tournant des Lumières (1776-1815) (Paris : Classiques Garnier, 2021), 367.
Voir notamment : Kathryn Kish Sklar et James Brewer Stewart, dir., Women’s Rights and Transatlantic Antislavery in the Era of Emancipation (New Haven : Yale University Press, 2007) ; Beth A. Salerno, Sister Societies : Women’s Antislavery Organizations in Antebellum America (DeKalb : Northern Illinois University Press, 2005) ; Hazel V. Carby, « À l’orée de l’ère de la femme : lynchage, empire et sexualité dans la théorie du féminisme Noir », trad. Christine Laugier, Les Cahiers du CEDREF 17 (2010) : 147-169 ; Angela Davis, Femmes, race et classe, trad. Dominique Taffin et le collectif de traduction des éditions des femmes, 3e éd. (Paris : Des Femmes-Antoinette Fouque, 2020).
Delap, Feminisms, 340-341.
Ève-Marie Lampron, « L’enseignement de l’histoire des féminismes : pour un terrain pédagogique croisant le genre, la “race” et la classe socio-économique », Enjeux de l’univers social 16, no 1 (printemps-été 2020) : 12-15.
L’autrice féministe québécoise d’origine haïtienne Alexandra Pierre soulignait d’ailleurs récemment que « des idéaux d’émancipation et des traditions de résistance propres aux femmes noires, aux femmes autochtones et aux femmes racisées existent depuis toujours même si le féminisme majoritaire a de la difficulté à en rendre compte ». Alexandra Pierre, Empreintes de résistance. Filiations et récits de femmes autochtones, noires et racisées (Montréal : remue-ménage, 2021), 23.
Ève-Marie Lampron, « Sujets politiques ou objets esthétiques ? Les militantes patriotes et républicaines pendant la Révolution française et leur perception par les révolutionnaires, 1789-1795 » (mémoire de M.A., Université de Montréal, 2004).
Voir notamment : Michel Faucheux, Olympe de Gouges (Paris : Gallimard, 2018) ; Élisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt. Une femme mélancolique sous la Révolution (Paris : Seuil, 1989) ; Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses : les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française (Aix-en-Provence : Alinéa, 1988).
Guillaume Mazeau et Clyde Plumauzille, « Penser avec le genre : Trouble dans la citoyenneté révolutionnaire », La Révolution française. Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française 9 (2015) : 18.
Christine Le Bozec, Les Femmes et la Révolution, 1770-1830 (Paris : Passés Composés, 2019), chap. 9, Cantook ePub.
Karen Offen, Les Féminismes en Europe, 1700-1950 : une histoire politique, trad. Geneviève Knibiehler, éd. rev. et corr. (Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2012), 47.
Offen, Les Féminismes en Europe, 26.
Delap, Feminisms, 23. Voir aussi : Mrinalini Sinha, « Mapping the Imperial Social Formation : A Modest Proposal for Feminist History », Signs 25, n° 4 (2000) : 1077-1082.
Delap, Feminisms, 22-23.