Résumé
Cet article examine les fondements classiques du calcul infinitésimal à travers lâanalyse de la théorie du âsautâ (á¹afra) développée par le théologien mutazilite NaáºáºÄm (IXe siècle) et ses implications épistémologiques. En confrontant les positions théologiques dâal-AshÊ¿arÄ« et de Fakhr al-DÄ«n al-RÄzÄ« aux développements mathématiques de ThÄbit Ibn Qurra et Ibn al-Haytham, nous mettons en évidence les tensions conceptuelles entre continuité et discrétion du mouvement qui préfigurent les débats modernes sur les infinitésimaux. La méthodologie repose sur lâanalyse comparative de textes théologiques (kalÄm) et mathématiques arabes médiévaux, confrontés aux travaux de Newton et Leibniz. Nous démontrons notamment comment la critique dâal-AshÊ¿arÄ« contre la composition des vitesses, fondée sur une lecture littérale des textes religieux, aurait entravé le développement dâune science universelle fondée sur lâinduction. à lâinverse, Ibn Rushd, par sa distinction entre contiguïté et succession, ouvre la voie au principe de causalité. Lâétude révèle quâIbn al-Haytham, à travers son raisonnement par analyse-synthèse, et ThÄbit Ibn Qurra, par ses démonstrations sur les aires paraboliques, ont établi les fondements du calcul intégral plusieurs siècles avant leurs homologues européens. Les tensions conceptuelles autour de lâinfiniment petit dans la pensée classique islamique résonnent avec les débats contemporains en physique quantique, notamment concernant la longueur et le temps de Planck, questionnant ainsi la nature continue ou discrète de lâespace-temps.
NazÌ£zÌ£aÌm (760-835) fut lâun des rares muÊ¿tazilites à élaborer une philosophie naturelle qui ne soit pas basée sur lâatomisme classique du KalaÌm. Au-delà des tensions métaphysiques et théologiques que cela implique, concernant notamment le fait que lâoccasionnalisme nécessite lâatomisme, NazÌ£zÌ£aÌm a aussi eu à résoudre les paradoxes quâavaient déjà soulevés certains penseurs grecs, à lâinstar de Zénon, à qui nous devons les paradoxes éponymes. La théorie dite du âsautâ (á¹afra) de NazÌ£zÌ£aÌm est fort intéressante, et constitue un point de bascule épistémologique important de la doctrine muÊ¿tazilite, notamment par son renoncement à lâatomisme classique. Notons simplement ici que, pour NazÌ£zÌ£aÌm, les corps peuvent sâinterpénétrer, et que Dieu a créé les substances. Puis, par leur nature, les accidents, qui y sont inhérents, évoluent et se combinent. Toutefois, quâen est-il du lien entre atomisme et occasionnalisme chez NazÌ£zÌ£aÌm et au sein de sa théorie du âsautââ ? En tant que MuÊ¿tazilite il adhérait à une vision occasionnaliste du monde. Or, il niait bien lâatomisme. Câest une contradiction, puisquâil est établi que lâoccasionnalisme nécessite lâatomisme. En réalité, cette contradiction nâest quâillusion. En effet, le caractère continu de lâespace et du temps, chez NazÌ£zÌ£aÌm, nâest que potentiel. De façon effective, il a besoin du âsautâ. Les corps qui se meuvent dâun lieu A à un lieu B ne passent pas par tous les lieux entre A et B, même si potentiellement ils le pourraient, mais âsautentâ, de façon discrète, dâun lieu à un autre, en enjambant plusieurs dâentre eux. Ainsi, NazÌ£zÌ£aÌm passe du caractère continu potentiel, au caractère discret en acte, ce qui confine à une forme dâatomisme, quoique plus abstraite que les autres, mais qui reste bien une forme de discrétisation du monde, de façon effective.
1 La théorie du âsautâ de NazÌ£zÌ£aÌm et la dispute avec al-AshÊ¿ariÌ
al-AshÊ¿ariÌ, dans sa réponse à NazÌ£zÌ£aÌm, est fortement inégal. Autant il peut faire preuve de raisonnements fins et subtils, autant il peut sombrer dans un argumentaire sophistique sans valeur. Citons en guise dâexemple lâun de ses arguments, en réponse à la variation continue de la taille de lâombre dâun atome, qui en tant que variation continue, passe par toutes les valeurs possibles, dont des fractions dâatomesâ :
Le premier <argument> est apparenté, pour le principe, à un argument que rapporte Ibn Mattawayhâ : à tel moment de lâannée (de la journéeâ ?), disait NazÌ£zÌ£aÌm un atome a une ombre (portée) égale à deux fois sa dimensionâ ; ce qui implique que lâombre (portée) de dimension égale à la sienne soit lâombre de sa moitié (chez Ibn Mattawayh, il est question de deux bouts de bois plantés en terre, lâun long de deux coudée, lâautre dâune coudée seulementâ ; quand lâombre du premier décroit dâun atome, celle du second décroît nécessairement dâun demi-atome). al-AshÊ¿ariÌ oppose à cela une réponse, en vérité, fort médiocre, et qui nie purement le problèmeâ : on a le droit de dire, rétorque-t-il, que lâatome a une ombre égale à deux fois sa dimensionâ ; on nâa pas le droit de dire â du moment que lâatome nâa pas de moitié â que lâombre de dimension égale à la sienne est lâombre de sa moitié1â !
Un second argument, présenté par NazÌ£zÌ£aÌm, met en évidence la contradiction entre des corps de longueurs non-nulles, constitués dâatome qui sont, eux, de longueur nulle. Nous avions vu comme son oncle, AbuÌ al-Hudhayl, sâen sort en différenciant les propriétés des atomes isolés et combinés. Il affirmait que seuls les atomes isolés avaient une longueur nulle, mais quâils en acquièrent une dès lors quâils sont réunis en un corps. Cette proposition ad hoc ne constitue pas un argument des plus solides⦠Mais quid dâal-AshÊ¿ariÌâ ?
Un second argument de NazÌ£zÌ£aÌm dont fait état le Mujarrad se retrouve également chez Ibn Mattawayh. Lâatome, par définition, nâa pas de longueur (sinon, il serait divisible). Le corps, qui, au dire des atomistes, est un assemblage dâatomes, a, lui, une longueur. Comment, dit NazÌ£zÌ£aÌm, lâaddition de deux choses dépourvues de longueur peut-elle produire quelque chose de longâ ? Lâargument est incontestablement très fort, et montre à lâévidence lâabsurdité de la thèse atomiste. al-AshÊ¿ariÌ, comme plus tard Ibn Mattawayh, sâen tire par un recours à lâanalogie. Câest possible, dit-il, de même que lâaddition de deux paroles non signifiantes produit une parole signifianteâ ; ou de même que lâaddition de deux figures non-carrées (câest-à -direâ : deux triangles) produit un carré2.
al-AshÊ¿ariÌ a recours à un procédé bien connu des théologiens et des juristes, le qiyaÌs, le raisonnement par analogie. Toutefois, lâanalogie ne saurait constituer un raisonnement complet. En effet, al-AshÊ¿ariÌ propose deux exemples. Le premier est la combinaison de deux paroles non signifiantes qui produit une parole signifiante. Mais cela est faux, si nous devions lâaffirmer pour tout couple de paroles non-signifiantes. Il faut, pour que leur combinaison soit signifiante, que les deux paroles non signifiantes aient un lien particulier entre elles. De même pour le second exemple, qui affirme que lâaddition de deux figures non carrées produit un carré. Là encore, cela est faux si nous lâaffirmons pour tout couple de figures non carrées. Vous pouvez limiter lâaffirmation aux seuls triangles rectangles isocèles. Mais là encore, câest insuffisant, puisque, pour constituer un carré, il faut, de plus, que ces deux triangles soient identiquesâ ! Encore une fois, on retrouve le fait quâil y ait un lien particulier entre les deux éléments, en vue de leur rassemblement en une qualité particulière. Mais quel est le lien particulier entre la longueur dâun atome et celle dâun autre, de telle sorte que le rassemblement des deux constitue la longueur du corpsâ ? al-AshÊ¿ariÌ reste silencieux sur ce point. Ainsi, son argument est pour le moins incomplet, comme tout raisonnement par analogie. al-AshÊ¿ariÌ dâailleurs a bien conscience de cela, de telle sorte que, lorsque NazÌ£zÌ£aÌm lâutilise à son compte, câest la carte quâabattra al-AshÊ¿ariÌ contre luiâ :
Un troisième argument de NazÌ£zÌ£aÌm cité dans le Mujarrad â mais quâIbn Mattawayh, pour sa part, attribue anonymement aux négateurs de lâatomisme en général â est le suivantâ : du moment que Dieu a puissance dâaugmenter les corps à lâinfini, Il a pareillement puissance de les diminuer à lâinfini. Cette fois al-AshÊ¿ariÌ, qui invoquait précédemment le principe dâanalogie, le récuse. Pour lui, cette assimilation du grand au petit est injustifiéeâ ; sâil nây a pas de limite à lâaugmentation, il y en a nécessairement une à la diminution. Il en va de cela, dit-il, comme des nombresâ ; ils ont un commencement, ils nâont pas de fin3.
Nous pourrions toutefois signaler ici que al-AshÊ¿ariÌ réfute NazÌ£zÌ£aÌm, en prétendant que son raisonnement par analogie ne tient pas, en affirmant que âlâassimilation du grand au petit est injustifiéeâ, sans plus de précision. Comment al-AshÊ¿ariÌ soutient-il sa réfutationâ ? Eh bien⦠par un raisonnement par analogieâ ! «â Il en va de cela, dit-il, comme des nombresâ ; ils ont un commencement, ils nâont pas de finâ ». Nous pourrions répondre ici que cela dépend de lâensemble considéré. Si cela est vrai, dit des nombres entiers naturels, il est déjà faux lorsque nous considérons lâensemble des nombres relatifs. Toutefois, NazÌ£zÌ£aÌm détient un argumentaire bien plus solide, connu sous le nom de sa théorie du âsautâ, dont nous avons déjà parlé. Voici ce quâen dit al-AshÊ¿ariÌâ :
La théorie du âsautâ imaginé par NazÌ£zÌ£aÌm [â¦] consistait à dire que le mobile, au lieu de parcourir toute la série <des lieux séparant son point de départ de son point dâarrivée>, âsauteâ dâun point à un autre plus éloigné, sans passer par tous les points intermédiairesâ : au âdeuxième instantâ de sa progression, il se trouve dâemblée dans le âtroisième lieuâ ou le âdixième lieuâ, et ainsi de suite. al-AshÊ¿ariÌ, comme on lâimagine, rejette cette théorie, considérant comme âimpossible quâune substance se trouve en un lieu (mahÌ£all), puis aussitôt après dans un autre lieu éloigné du premier, et cela sans avoir cessé dâêtre et être [ensuite] revenue à lâêtre, et sans être passée par [chacun des lieux intermédiaires], avoir été vis-à -vis de lui et lâavoir franchiâ4.
Encore une fois, la réfutation que propose al-AshÊ¿ariÌ est bien étrange. En effet, lui qui souhaite défendre lâatomisme, réfute NazÌ£zÌ£aÌm par un argument que nous pourrions presque qualifier de continuiste. Il faut, nous dit al-AshÊ¿ariÌ, que le mouvement dâun corps, dâun lieu à un autre, implique le passage du corps par tous les lieux intermédiaires, sans exception, sans «â sautâ ». Toutefois, NazÌ£zÌ£aÌm nâa développé sa théorie du «â sautâ » que pour transcender les paradoxes, connus des Grecs, comme ceux de Zénon. NazÌ£zÌ£aÌm illustrera cela sur lâexemple bien connu de la toupieâ :
Quand la toupie tourne sur elle-même, âsa partie supérieure se meut davantage que sa partie inférieureâ (yatahÌ£arraku aâlaÌhaÌ aktar min hÌ£arakati asfalihaÌ), câest-à -direâ : dans le même temps, un atome de la partie supérieure parcourt une distance beaucoup plus grande quâun atome de la partie inférieure. Cela ne sâexplique, disait NazÌ£zÌ£aÌm, que parce que lâatome du haut âsauteâ une partie de la distance, alors que lâatome du bas la parcourt point par point [â¦] Ibn Mattawayh et JubbaÌâiÌ parlent, eux, dâune meule de moulin (rahÌ£aÌ)5.
Nous comprenons cet exemple par le fait que le corps ne se disloque pas. La toupie reste intacte, du début à la fin du mouvement. Or, il est établi que la distance à parcourir par le haut de la toupie est plus grande que celle parcourue par le bas de la toupie, dans le même laps de temps. Ainsi, il est nécessaire, si toute la distance à parcourir est effectivement parcouru, que les différents atomes de la toupie aient des vitesses différentes, ce qui est absurde, car cela entrainerait la dislocation de la toupie. Que répond al-AshÊ¿ariÌ Ã celaâ ?
Ces différences de vitesse, al-AshÊ¿ariÌ les explique comme avant lui AbuÌ al-Hudhayl et JubbaÌâiÌâ : si deux mobiles parcourent dans le même temps des distances différentes, câest parce que, pour le plus lent des deux, son mouvement est entrecoupé dâarrêts (waqafaÌt), imperceptibles à lâÅil, pendant lequel le plus rapide continu de se mouvoirâ ; un cheval de course va plus vite quâun homme parce que sa progression (sayr) comporte peu dâarrêts alors que celle de lâhomme en comporte beaucoupâ ; de même en va-t-il de deux pierres quâon laisse tomber dâune hauteur, et dont lâune dépasse lâautre6.
Il nây a, selon nous, quâune faible distinction entre les deux approches. Lâun, NazÌ£zÌ£aÌm, suggère que le plus rapide est plus rapide puisquâil âsauteâ des lieux sur son chemin, contrairement à son rival plus lent. Lâautre, al-AshÊ¿ariÌ, suggère que le plus lent est plus lent parce quâil âsâarrêteâ en des lieux sur son chemin, contrairement à son rival plus rapide. Toutefois, dans un cas comme dans lâautre, nous nâavons aucune cause à ce phénomène. Pire encore, comment un arrêt dâune partie dâun mobile, qui nâinduit pas lâarrêt dâune autre partie du même mobile, nâengendre pas la dislocation dudit mobile, comme le signale Gimaret en parlant de tafakkukâ ?
Non, répond al-AshÊ¿ariÌ, qui fait état à cet égard dâun argument quâon retrouvera également chez Ibn Mattawayh et JubbaÌâiÌ. Soit une tige (ʾamuÌd) de fer plantée verticalement dans un rocher, et dont le bas est en outre lesté de plombâ : on peut mouvoir le haut de la tige alors que le bas reste immobile, sans pour autant quâil y ait désagrégation de la tige7.
Les corps solides ont une certaine élasticité, ils sont susceptibles de déformation. Câest la théorie de Thomas Young, qui établit un module, dit module de Young, qui est caractéristique de la capacité dâun corps solide à se déformer. Attention toutefois, quel que soit le corps, cette élasticité nâest pas infinie. Il est possible dâatteindre ce que nous nommons le point de rupture, au-delà duquel le corps se disloque. Ainsi, cette considération doit limiter le nombre dâarrêts ou de sauts qui peuvent intervenir dans un mouvement donné. Pourtant, il ne semble pas quâil y ait de limite, en mécanique classique, à la vitesse de rotation de la toupie. NazÌ£zÌ£aÌm poursuit sa quête de réfutation de lâatomisme en décrivant une autre expérience, susceptible dâanéantir les espérances des atomistes, celle du passager dâun bateauâ :
Le troisième exemple invoqué par NazÌ£zÌ£aÌm et cité dans le Mujarrad est celui du passager dâun bateau, lequel passager se déplace de lâarrière à lâavant cependant que le bateau est lui-même en mouvement. En supposant â pour reprendre les chiffres dâIbn Mattawayh â que le bateau ait une longueur de vingt coudées, et que le passager parcoure cette distance dans le temps où le bateau parcourt lui-même vingt coudées, le passager se trouvera avoir parcouru, par rapport à la surface de lâeau, une distance double de celle parcourue par le bateau, soit quarante coudées, et cela dans le même temps. Là encore, cela ne sâexplique, selon NazÌ£zÌ£aÌm, que parce que le passager âsauteâ certains points de lâitinéraire, alors que le bateau les parcourt un à un8.
Là encore, nous retrouvons une idée connue, élaborée plusieurs siècles plus tard, sous le nom de relativité galiléenne. Le principe de la composition des vitesses, en fonction du référentiel dâétude choisi, à savoir le mouvement du passager par rapport au bateau, puis par rapport à lâeau, est au cÅur de la démarche théorique de Galilée, qui lui permettra de formuler son principe de lâinertie9. Quâen pense al-AshÊ¿ariÌâ ?
al-AshÊ¿ariÌ voyait ici deux réponses possibles [â¦] Pour lui, en revanche, un corps ne saurait être mobile du fait du mouvement de son âlieuâ, il ne peut lâêtre quâen vertu de son propre mouvement. Autrement dit, il nây a pas, en lâoccurrence, âcompositionâ de mouvementsâ ; le passager parcourt un certain espace (le plancher du bateau), le bateau lui-même parcourt un autre espace (la surface de lâeau). Mais lâespace parcouru par le passager nâinclut pas celui parcouru par le bateau10.
Nous comprenons donc que, pour al-AshÊ¿ariÌ, le mouvement effectif ne se réalise quâau sein dâun unique référentiel, celui avec lequel le mobile est en contact, et ce, indépendamment de lâobservateur. Cette représentation, quoique logique si lâon fait siennes les définitions du mouvement dâal-AshÊ¿ariÌ, ne saurait être satisfaisante du point de vue de la physique, puisquâelle limite ainsi les considérations de mouvement, de vitesse à un unique référentiel, un référentiel non pas seulement privilégié, comme ce sera le cas en Relativité Restreinte puis Générale, mais bien un référentiel dâétude unique pour chaque situation. Comment alors, pouvoir comparer deux phénomènes, ayant lieu dans deux référentiels différentsâ ? Est-ce que cela nâimpacterait pas le caractère universel de lâobservation effectuée, et partant, de la science ainsi produiteâ ? Examinons un cas particulier, issu dâun hÌ£adith labelisé comme authentique (sÌ£ahÌ£iÌhÌ£) par BukhÄrÄ« (nous traduisons)â :
AbuÌ Dharr â que Dieu lâagrée â a ditâ : âLe Prophète me ditâ : Sais-tu où va le soleil après sâêtre couchéâ ? â Dieu et son Messager sont ceux qui le savent le mieux, répondis-je. â Eh bienâ ! reprit-il, il sâen va se prosterner sous le Trône divinâ ; puis, il demande la permission, et elle lui ait accordée. Cependant, les temps approchent où le soleil, voulant se prosterner, éprouvera un refusâ ; où, demandant la permission, il se la verra refuserâ ; et on lui diraâ : retourne dâoù tu viensâ ! et il se lèvera du côté de lâOccident. â Câest à cela que fait allusion le versetâ : âEt que le soleil court vers un sien reposoir, et ce nâest là que juste réglage du Tout-Puissant, du Connaissantâ11,12.
Que faire dâune telle informationâ ? Une idée simple serait de considérer un voyage au voisinage du cercle arctique, de telle sorte à ce que nous puissions contempler les mouvements du Soleil durant plusieurs «â joursâ » sans que celui-ci ne se couche. Nous verrions alors quâil ne sâarrête nullement en quelque endroit que ce soit, mais quâil tournoie au-dessus de lâhorizon. Mais alors, est-ce que al-AshÊ¿ariÌ rejetterait ce hÌ£adith, pour cette raisonâ ? Si nous appliquions sa méthode, niant les possibles compositions des vitesses, par changement de référentiel, tout ce que nous pourrions dire est que, au voisinage du cercle polaire, le Soleil ne se couchant pas durant plusieurs mois de lâannée, il ne visite pas le Trône divin durant ces mois-là , et ne va sây prosterner que durant les mois de «â nuitâ » du cercle arctique. Toutefois, en revenant dans la péninsule arabique, nous pourrions affirmer que, puisquâici le Soleil se couche chaque «â jourâ », alors, ici, il va, chaque jour, se prosterner sous le Trône divin. Les observations ne sont que locales, et ne sauraient être prises pour universelles en les comparant avec dâautres observations, réalisées à partir dâun autre point de vue. La réalité se modifierait, changerait, alors, avec le référentiel à partir duquel nous lâobservons. Ce qui implique donc la négation de lâuniversalité des observations, et partant, de toutes sciences qui usent du principe de lâinduction, ce qui est un principe nécessaire à toute science «â moderneâ ».
2 Ibn Rushd et les caractères successifs, contigus et continus des existants
Examinons à présent la distinction que relève Ruth Glasner entre les caractères successifs, contigus et continus des existants du monde physique (nous traduisons)â :
Le passage du tournant ouvre un nouveau chapitre dans lâétude dâAverroès sur le changement et le mouvement. Il introduit un outil dâanalyse plus précisâ : les termes de mesure de proximité quâAristote définit dans Physique V.3, à savoir la succession et la contiguïté. En utilisant ces termes, lâétude du mouvement devient plus scientifique, Averroès peut offrir une meilleure analyse de lâargument dâAristote, et trouver où se situe la difficulté. Avec ce nouvel outil, Averroès peut éliminer la menace du déterminisme dâune part et de lâoccasionalisme dâautre part. Les Stoïciens nâont pas prêté lâattention nécessaire à la distinction entre continuité et contiguïté, et ont donc omis de noter les âtemps du possibleâ dans les processus sublunaires. Les mutakallimuÌn nâont pas prêté lâattention nécessaire à la différence entre contiguïté et succession, et nâont donc pas réussi à apprécier lâordre scientifique qui régit les processus sublunaires. Lâidée dâAverroès était ingénieuse et peut être considérée comme montrant une approche scientifique de la physique13.
Ce passage est dâune première importance, puisquâil illustre la manière dont Ibn Rushd entreprend une étude minutieuse du sens des mots, permettant de transcender les barrières paradoxales, les crampes mentales. Il parvient, en examinant et en distinguant les termes de continuité et de contiguïté, ce dernier terme, contrairement au premier, libérant un espace entre le passé et le futur, le présent, âtemps du possibleâ, ce qui permet dâintroduire la contingence, et donc la potentialité des existants particuliers, échappant ainsi au dictat du déterminisme des stoïciens. Par ailleurs, en relevant la distinction entre contiguïté et succession, cette dernière permettant des sauts que les théologiens occasionnalistes utilisent à profit pour laisser la place aux actes de Dieu, leur permettant de nier ainsi les liens de causes à effets entre les existants particuliers du monde physique, Ibn Rushd permet, en cohérence, lâusage du principe de causalité, ouvrant sur une approche scientifique des sciences physiques. à travers cette notion de contiguïté, Ibn Rushd relève ce que lâon pourrait appeler un atomisme dâAristote, comme le souligne Ruth Glasner (nous traduisons)â :
Les termes de la discussion, étaient lâhoméomérie vs lâessentialitéâ : Galien concevait lâunité en termes de continuité ou dâhoméomérie, Alexandre en termes dâessentialité. Ces deux conceptions de lâunité nâétaient pas encore différenciées chez Aristoteâ : le corps est une condition pour être continu (câest-à -dire en une seule partie), et une condition pour avoir un mouvement. Aristote associe fortement corps et mouvement. Le mouvement du corps est une manifestation de son essenceâ : âle mouvement primaire de chaque objet naturel est présent en lui en vertu de sa propre essenceâ. Aristote ne peut cependant pas expliquer quelle est lâunité à laquelle le mouvement de lâeau, par exemple, est associé. Un corps simple a son mouvement naturel spécifique mais, comme Aristote lâadmet lui-même, il ne peut pas être considéré comme une seule entitéâ : âaucun dâentre eux [les quatre corps simples et leurs parties] nâest une unité, mais comme un tas, jusquâà ce quâils soient concoctés et quâune certaine unité soit formée à partir dâeuxâ14.
Nous comprenons la difficulté, le point de tension inhérent à la discussion sur les corps simples. Existe-t-il une quantité minimale dâeau pour que lâeau soit de lâeauâ ? Aristote répond en ce sens quâil faille une certaine quantité pour quâun tas dâeau soit de lâeau. Ainsi, il y aurait une quantité minimale pour quâun tas de corps simples soit un tas de corps simples. Notre formulation est volontairement récursive. La difficulté de cheminement est patente. Voici comment Ibn Rushd tente de dépasser cette difficulté, comme le résume Ruth Glasner (nous traduisons)â :
Pour Averroès, la mare dâeau nâest plus âaccidentelleâ mais plutôt un agrégat de ânatureââ :
«â Le mouvement du corps dans son ensemble est lâagrégat des mouvements des parties et la somme des mouvements des parties nâest rien dâautre que le mouvement du tout.â »15
«â Par Dieu, vous devriez connaître la différence entre lâattribuer [le mouvement] au tout et lâattribuer aux parties. Je veux dire que lorsquâil est attribué au tout, il est un et lorsquâil est attribué aux parties, il est multiple.â »16
La grande innovation dâAverroès réside dans la définition des parties ou unités essentielles qui sont les âporteursâ du mouvement essentiel dâun corps. Câest Alexandre qui a, le premier, avancé une compréhension plus âessentialisteâ des éléments. Kupreeva soutient que lâanalyse hylémorphique des éléments a joué un rôle déterminant dans le débat dâAlexandre avec les Stoïciensâ : Alexandre souligne que les éléments ne sont pas des faisceaux de qualités élémentaires, mais des substances17.
Ainsi, Ibn Rushd tente de surmonter cette difficulté, par une discussion sur la partie et le tout. En particulier, il sâattarde sur une notion nouvelle, une âunité essentielleâ. Quâest-ce que cette unité essentielle, si ce nâest une forme particulièrement abstraite dâatomismeâ ? Câest précisément ce que Ruth Glasner soulignera, de façon explicite, dans son analyse dâun passage particulièrement éclairant du commentaire du De Caelo figurant dans son Averroesâ physics (nous traduisons)â :
Dans le commentaire du milieu du De caelo, §.168, Averroès introduit un nouveau conceptâ : un point naturel. Ce qui est vrai ou faux des points mathématiques nâest pas nécessairement vrai ou faux lorsquâil sâagit de points naturels18. Nous avons déjà affirmé que ce qui a plus de parties est plus lourd. Cela implique nécessairement quâil est plus lourd en vertu de quelque chose qui est lui-même lourdâ : le point naturel19,20.
Câest à travers cette notion de point naturel, unité de matière, substrat fondamental, unité essentielle et indivisible, du mouvement, quâIbn Rushd réussit à dépasser les difficultés inhérentes au système dâAristote.
3 ThÄbit Ibn Qurra, Ibn al-Haytham, et le calcul infinitésimal
3.1 Ibn al-Haytham, et le raisonnement par analyse-synthèse
Ibn al-Haytham (965-1040) sâinscrit pleinement dans ce renouveau de la pensée scientifique, avec notamment un statut fondamental consacré à lâexpérience, fondé sur lâexercice du raisonnement par induction démonstrative, par opposition à la simple observation fondée sur le raisonnement par induction dialectique21. Il ne reniera pas, cependant, le rôle central du raisonnement déductif, puisquâil en explorera et repoussera les limites, en faisant état de type de raisonnements nouveaux, à lâinstar du raisonnement par analyse-synthèse, outil des plus précieux en mathématiques et en physique théorique, de nos jours encore. Il consacrera un traité entier à ce raisonnement, son Åuvre Sur lâanalyse et la synthèse, FiÌ at-tahÌ£liÌl wa-at-tarkiÌb, éditée et traduite en français par Roshdi Rashed dans son Åuvre encyclopédique Les mathématiques infinitésimales du IXe au XIe siècle, Fondateurs et Commentateurs. Voici comment Ibn al-Haytham nous présente et définit les deux temps du raisonnement par analyse-synthèse, à commencer par lâanalyseâ :
Nous disons que la façon de procéder dans lâanalyse est de supposer le recherché tout à fait achevé et parfait, puis nous examinons les propriétés de son objet, conséquences nécessaires de cet objet et de son genre, puis ce qui sâensuit de ses conséquences nécessaires, puis les conséquences nécessaires de ces dernières, jusquâà ce que lâon aboutisse à une chose donnée dans ce recherché, qui ne soit pas impossible en lui. Voici comment on procède en général dans lâanalyse. Quand cet examen aboutit à la notion donnée, on interrompt lâexamen de ce recherché, et celui qui examine sâarrête là â ; le donné est la notion que lâon ne peut rejeter, et que rien ne peut empêcher22.
Le raisonnement par analyse-synthèse est parfaitement adapté aux problèmes dont on cherche à montrer à la fois lâexistence dâune solution et ses caractéristiques. Pour ce faire, nous dissocions le problème en deux. Ainsi, nous postulons, dans le temps de lâanalyse, lâexistence dâune solution au problème posé, et nous tentons dâen exhiber lâensemble des caractéristiques. Autrement dit, sur le plan épistémologique, une fois lâanalyse achevée, nous pouvons affirmer avec certitude que, si le problème a une ou plusieurs solutions, alors elles auront telles caractéristiques, et seront donc nécessairement incluses dans lâensemble des «â candidatsâ » déterminé en conclusion de lâanalyse. Une fois cette première phase achevée, et la liste de nos solutions «â candidatesâ » dressée, nous pouvons nous diriger, avec Ibn al-Haytham, vers la synthèseâ :
La façon de procéder dans la synthèse consiste à supposer la chose donnée, à laquelle a abouti lâanalyse et à laquelle sâest arrêté celui qui examine, puis à lui ajouter la propriété trouvée, puis à lui ajouter la propriété trouvée avant cette dernièreâ ; on suit dans cet arrangement lâinverse de lâarrangement suivi dans lâanalyseâ ; si en effet lâon suit cette voie, lâarrangement aboutit à la notion recherchée, car elle était le premier objet dans lâanalyseâ ; si on inverse lâarrangement, le premier devient alors le dernierâ ; et si lâarrangement inversé aboutit au premier recherché supposé, alors cet arrangement sera un syllogisme démonstratif, et le premier recherché supposé sera sa conclusionâ ; le recherché existera alors, et de plus sa validité sera certaine, car elle est conclusion dâun syllogisme démonstratif indiquant nécessairement la validité de sa conclusion23.
Ainsi, dans la synthèse, nous ne supposons plus lâexistence de solution, mais allons prendre la liste des candidats et les tester vis-à -vis du problème initial. Un exemple classique, présent dans tous les cours de mathématiques du supérieur aujourdâhui en France est la résolution du problème suivantâ : nous souhaitons prouver que toute fonction f, définie sur lâensemble des réels, sâécrit, de manière unique, comme somme dâune fonction paire p et dâune fonction impaire i. à première vue, cela semble être un problème difficile, on ne voit vraiment par comment choisir p et i en fonction de f. Nous allons traiter ce problème à lâaide dâun bref raisonnement par analyse-synthèseâ :
Soit f une fonction définie sur lâensemble des réels.
Analyseâ : Nous supposons quâil existe une fonction paire p et une fonction impaire i telles que f = p + i
Soit x un réel fixé. Calculons f(âx) en utilisant les propriétés des parités des fonctions p et i. On obtient (1)â : f (âx) = p(âx) + i(âx) dâoù f (âx) = p(x) â i(x)
Or, par supposition, nous avons aussi lâégalité (2) suivanteâ : f (x) = p(x) + i(x)
En effectuant la somme des deux équations (1) et (2), et leur différence, on obtientâ :
Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Ceci pour tout x réel. Ainsi, en conclusion de lâanalyse, si les fonction p et i existent, elles sâécrivent nécessairement comme nous venons de lâétablir. Nous avons nos deux fonctions âcandidatesâ. Ceci montre lâunicité dâune décomposition, si elle existe, de toute fonction f définie sur lâensemble des réels en somme dâune fonction paire p et dâune fonction impaire i. Dit autrement, à ce stade il nây a que deux possibilitésâ : soit il nây a quâun unique couple de fonctions solutions, celles que nous venons dâexhiber, soit il nây a aucune solution au problème. Toutefois, nous nâavons pas encore établie lâexistence dâune telle décomposition.
Voici venir le temps de la synthèseâ :
Synthèseâ : Posons les fonctions définies sur lâensemble des réels parâ :
Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Alorsâ : la somme p + i = f. Reste à vérifier les parités de ces deux fonctions. Or, on a, pour x un réel fixéâ :
Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Ceci pour tout x réel. Ceci pour toute fonction f définie sur lâensemble des réels. Ceci prouve lâexistence de la décomposition (qui sâajoute à lâunicité déjà établi lors de lâanalyse) de toute fonction f définie sur lâensemble des réels en la somme dâune fonction paire p et dâune fonction impaire i. CQFD.
Cela étant établi, voyons comment ThÄbit Ibn Qurra va établir, par démonstration, en raisonnant par approximations successives, une méthode de calcul de lâaire dâune parabole24.
3.2 ThÄbit Ibn Qurra, et le calcul de lâaire dâune parabole
ThÄbit Ibn Qurra (836-901), lâun des mathématiciens de lââge classique de la civilisation arabo-musulmane, fut lâun des pionniers, avec les BanuÌ MusaÌ, comme le souligne Roshdi Rashed, dans lâémergence dâune forme nouvelle de mathématiquesâ : celle des mathématiques infinitésimales, entre le IXe et le XIe siècle. Voici comment ThÄbit Ibn Qurra, dans son Åuvre Sur la mesure de la section dâun cône, appelée parabole, FÄ« misÄḥat qiá¹Ê¿ al-makhrūṠalladhÄ« yusammÄ al-mukÄfiʾ, éditée et traduite en langue française par Roshdi Rashed, introduit la démonstration de sa méthode de calcul de lâaire dâune paraboleâ :
La parabole est infinie, mais lâaire de lâune quelconque de ses portions est égale aux deux tiers de lâaire du parallélogramme de même base et de même hauteur que la portion. Soit ABC la parabole, DBE une de ses portions, BF le diamètre de cette portion et DFE sa base. Soit le parallélogramme DGHE dont la base est DFE et dont la hauteur est la hauteur de la portion DBE de la parabole. Je dis que la parabole tout entière est infinie et que lâaire de sa portion DBE est égale aux deux tiers de lâaire du parallélogramme DGHE25.



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Telle est la proposition que ThÄbit Ibn Qurra propose de démontrer. Il va procéder par un type de raisonnement fondamentalâ : le raisonnement par lâabsurdeâ :
Démonstrationâ : La parabole ABC peut être prolongée à lâinfini et les deux lignes BA et BC ne se rencontrent pas du côté de AC, pour quâelles enferment une surfaceâ ; la parabole nâa donc pas de limites26.
Premier élément de la démonstration de la proposition citée ci-dessusâ : la parabole nâayant pas une surface fermée, elle ne saurait, dans son entièreté, avoir une valeur limite à sa surface intérieure (celle contenue entre ses branches). Cela étant établi, ThÄbit ibn Qurra poursuit son analyse en supposant que le rapport entre lâaire de la parabole et celle du parallélogramme DGHE est une valeur triviale, 2/3, constante, au sens où elle est indépendante de la valeur effective des différentes longueurs des différentes figures. Voici donc comment le mathématicien médiéval établi, en deux temps, ce résultatâ :
Je dis que sa portion DBE est égale aux deux tiers du parallélogramme DGHE. Sâil nâen était pas ainsi, elle serait donc plus grande que les deux tiers ou bien plus petite quâeux27.
Ainsi, les deux temps du raisonnement de ThÄbit Ibn Qurra, vont correspondre à montrer lâimpossibilité que lâaire de la parabole soit, dâune part, plus petite que les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE, et, dâautre part, plus grande que les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE, ce qui ne laisserait que la dernière branche de la dichotomie, à savoir lâégalité entre lâaire de la parabole et les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE. Voyons, dans un premier temps, lâanalyse de la première branche de la dichotomie, où ThÄbit Ibn Qurra montre lâimpossibilité que lâaire de la parabole soit plus grande que les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE, par un subtil raisonnement par lâabsurdeâ :
Quâelle soit dâabord plus grande que les deux tiers et que son excédent sur les deux tiers soit égal à la surface I. On peut mener dans la portion DBE des ordonnées qui divisent le diamètre suivant les rapports des nombres impairs successifs commençant par un. Si on joint leurs extrémités par des droites et le sommet de la parabole aux extrémités de la plus petite dâentre elles, on engendre dans cette portion de la parabole un polygone que la portion DBE excède dâune grandeur plus petite que la surface I. Soit KL, MN, SO et DE les ordonnées que nous avons mentionnées et les droites qui joignent [les extrémités], les droites DS, SM, MK, KB, BL, LN, NO et OE. Le polygone DSMKBLNOE auquel on ajoute la surface I, est plus grand que la portion DBE de la parabole. Mais la portion DBE de la parabole est égale aux deux tiers du parallélogramme DGHE auquel on ajoute la surface I, donc le polygone DSMKBLNOE auquel on ajoute la surface J, est plus grand que les deux tiers du parallélogramme DGHE auquel on ajoute la surface I. Ãliminons ce qui est commun, soit la surface I, il reste le polygone DSMKBLNOE plus grand que les deux tiers du parallélogramme DGHE. Or, on a montré dans les propositions qui précèdent quâil est plus petit que ses deux tiers, ce qui est absurde. La portion DBE nâest donc pas plus grande que les deux tiers du parallélogramme DGHE28.
Ainsi, ThÄbit Ibn Qurra établit une minoration de lâaire de la parabole par approximations en polygone DSMKBLNOE, par défaut. Il considère la différence, lâécart entre la surface de la parabole et le polygone DSMKBLNOE. Par approximations successives, ThÄbit Ibn Qurra parvient à établir une première inégalité entre la surface de la parabole et les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE, à savoir que la surface de la parabole est plus petite que les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHE29. Dans un second temps, il va établir lâinégalité inverse, à savoir que la surface de la parabole est plus petite que les deux tiers de la surface du parallélogramme DGHEâ :
Je dis que la portion DBE nâest pas plus petite que les deux tiers du parallélogramme DGHE. Si câétait possible, quâelle soit plus petite que les deux tiers <du parallélogramme DGHE> dâune grandeur égale à la surface I. Il est possible de construire dans cette portion de la parabole un polygone I inscrit dans la portion, inférieur aux deux tiers du parallélogramme DGHE dâune grandeur plus petite que la surface Iâ ; quâil soit le polygone DSMKBLNOE. Le polygone DSMKBLNOE, plus la surface I, est plus grand que les deux tiers du parallélogramme DGHE. Mais la portion DBE, plus la surface I, est égale aux deux tiers du parallélogramme DGHE. Le polygone DSMKBLHOE, plus la surface I, est donc supérieur à la portion DBE, plus la surface I. Ãliminons ce qui est commun, soit la surface I, il reste le polygone DSMKBLNOE supérieur à la portion DBE de la parabole, il est donc supérieur à celle-ci et il y est inscrit, ce qui est absurde. Donc la portion DBE nâest pas inférieure aux deux tiers du parallélogramme DGHE30.
Une fois établies les deux inégalités, ThÄbit Ibn Qurra peut conclureâ :
Or, nous avons montré quâelle nâétait pas plus grande que ses deux tiers. Elle est par conséquent égale aux deux tiers du parallélogramme DGHE. Ce quâil fallait démontrer31.
Notons que cela correspond à la valeur que nous trouvons, en usant des méthodes actuelles, celles développées par Newton et Leibniz et sur lesquelles nous reviendrons plus loinâ :



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Voilà qui met fin à ce que nous souhaitions évoquer quant au fondement du calcul infinitésimal. Nous pouvons à présent passer à lâétablissement des ponts entre sciences médiévales et sciences modernes, notamment sur la question du saut et du calcul infinitésimal.
3.3 Newton et Leibniz, Dérivation et Intégration32
Dans le cadre de lâanalyse, figurent deux chapitres liés entre eux, définissant deux opérations mathématiques essentielles aux sciences empiriques en générale, et aux sciences physiques en particulier. Il sâagit des chapitres concernant la dérivation dâune part, et lâintégration dâautre part. La première notion se conçoit assez intuitivement en physique, puisquâelle permet de décrire la vitesse dâun mobile, en fonction des variations temporelles de sa position, ou lâaccélération dâun mobile, en fonction des variations temporelles de sa vitesse. Pour ce faire, il suffit de considérer la vitesse moyenne entre deux instants, séparés dâune durée ât, pendant laquelle le mobile sâest déplacé dâune position x(t) à une position x(t + ât), ce que lâon nomme, en mathématiques, le taux dâaccroissement



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Pour obtenir la vitesse instantanée en un instant t, il suffit de considérer la limite, lorsque ât tend vers zéroâ :



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Ce qui se note, dans le formalisme de Leibnizâ
: 
Et, câest là que le nÅud du problème apparaît. Le mystère du passage à la limite est placé, par Leibniz, sous le couvert pudique de ce «â dâ ». Nous lui donnons le nom de différentielle totale exacte, lorsquâil précède une fonction, comme il en va de la fonction position x : t â x(t), et le nom de variation infinitésimale, lorsquâil précède une variable, comme il en va de la variable t. Ce concept de variation infinitésimale comprend à la fois la notion dâune variation, donc dâune modification non-nulle de la variable, mais aussi, la notion dâinfinitésimale, qui renvoie à lâidée dâune quantité infiniment faible. Pour comprendre de quoi il retourne, et pour quelles obscures raisons Leibniz a dû supplanter la notion de limite par sa variation infinitésimale, il est important dâappréhender lâautre notion que nous avons évoquée plus hautâ : lâintégration. Initialement, il sâagissait dâun problème de géométrie. Comment, à partir dâune fonction quelconque, pouvons-nous établir la valeur de la surface délimitée par la courbe représentative de la fonction, dans un repère cartésien donné, lâaxe des abscisses, et deux droites verticales déterminées par deux nombres, a et b, qui définissent les équations de droites verticales dâéquations respectives t = a et t = b. Lâidée la plus intuitive, celle à laquelle ont pensée simultanément Newton et Leibniz, consiste à découper la surface recherchée en bandes rectangulaires de largeur fixeâ : ât = (b â a) / n où n est le nombre de bandes, et de hauteur, variable dâune bande à lâautre, donnée parâ : x(t + k.ât) = x(t + k. (b â a)/n) qui est la valeur prise par la fonction au début de la bande numéro k considérée, où k est pris entre 1 et n. Il nous suffit alors de calculer les surfaces des bandes obtenues. Par exemple, pour la bande k, son aire est donnée par lâexpressionâ :



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
et de les additionner, pour obtenir une approximation de la valeur de la surface recherchéeâ :



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Il sâagit dâune approximation, en effet, puisque les bandes en question peuvent, sauf cas très particuliers des fonctions constantes ou constantes par morceaux, dites «â en escalierâ », recouvrir un peu plus ou un peu moins que la surface totale considérée. Or, Leibniz, tout comme Newton, ont remarqué que lâapproximation diminuait avec lâaugmentation du nombre de bandes n. Plus il y a de bandes, entre a et b, plus les bandes sont étroites, et viennent épouser la courbe de la fonction avec plus de précision. La valeur de la surface recherchée étant ainsi obtenue dans le cas limite où les bandes sont en nombre infiniâ :



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Le problème se pose alorsâ
: comment additionner un nombre infini dâéléments dont la valeur individuelle est nulleâ
? Nous retrouvons notre inquiétante étrangeté atomistique médiévale qui se redresse devant nous⦠Leibnitz dissimulera, non sans le savoir, lâimpasse du paradoxe, en simplifiant lâécriture, en passant dâune somme discrète à une somme⦠continueâ
! Il inventera un nouveau symbole, le â«, venant du S de sum, la somme en latin, venant remplacer le



Citation: Philosophical Studies Journal 2, 1-2 (2025) ; 10.1163/2950225x-20250007
Ce passage, du discret au continu, nous rappelle grandement la démarche proposée par NazÌ£zÌ£aÌm, avec sa théorie du saut, passant dâune continuité potentielle à un atomisme, qui, bien que non-classique, nâen demeure pas moins effectif. De même, nous pouvons comprendre la démarche de Leibniz, qui consiste à tenter de réduire une décomposition continûment grande, avec un pas infiniment petit, en une décomposition arbitrairement grande, de pas infinitésimal dt34. Cette approche, comme ce fut le cas pour NazÌ£zÌ£aÌm, sera confrontée aux mêmes tensions, dues au caractère ambigu de cette notion de variation infinitésimale, comme le fut celle du saut de NazÌ£zÌ£aÌm. Dâautres philosophes, entre les deux, ont aussi tenté dâexplorer cette piste, à lâinstar dâAbuÌ al-BarakaÌt al-BaghdaÌdiÌ35. Voici ce quâen dit Fakhr al-DiÌn al-RaÌziÌâ :
Lorsque Cheikh AbuÌ al-BarakaÌt al-BaghdaÌdiÌ a parlé de la nature du mouvement et de sa réalité, il lâa interprétée comme «â [un ensemble] de contacts successifsâ ». Et il nâa pas parlé de lâatomisme de manière juste. Il a exagéré, et a affirmé quâil était nécessaire de reconnaître son absurdité. Or, la combinaison de ces deux idées est nécessairement impossible, intellectuellement. Si vous comprenez ce principe, sachez donc que les philosophes [péripatéticiens] ont prétendu que le temps existe, en tant quâexistant, et ils ont prétendu quâil sâagissait dâune quantité continue, et non dâune quantité discrète. Ensuite, ils ont prétendu que lâinstant âprésentâ seul est obtenu, et non pas le temps, et quâil nâest pas possible dâobtenir lâessence du temps en suivant ses instants. Au lieu de cela, [lâinstant] âprésentâ serait lâextrémité [finale] du temps passé, et le début du temps futur36.
La notion centrale exposée ici consiste en ce paradoxe terrible entre, dâune part, la négation de lâatomisme, et dâautre part le fait de considérer le mouvement comme un ensemble de contacts successifsâ ! Les contacts successifs, conjugués à la négation de lâatomisme, confinent la dimension de ces contacts à une quantité infinitésimale de mouvement dv, qui aura son pendant comme quantité infinitésimale de temps dt et de distance dx, dans le paradigme leibnizien. Ces quantités infinitésimales sont pourtant au cÅur de lâapproche différentielle des événements, qui permet de relier un effet à sa cause, et qui est une méthode et un paradigme mathématique central pour les sciences physiques. Cette double vision consistant à considérer un élément à la fois discret et continu est au cÅur non seulement de notre sujet, mais aussi de questionnements modernes et contemporains en mécanique quantique. Le physicien français Louis de Broglie a établi, en 1924, son principe de dualité onde-corpuscule, consistant à considérer quâun corps, en deçà dâune certaine échelle, se comporte, ou peut être vu, à la fois comme une onde et comme une particule. Dit autrement, un électron est tout à la fois une onde, continue dans lâespace, quâune particule, occupant une position précise, donc discrète, dans lâespaceâ ! Et, cette tension doit être maintenue, puisquâelle est confirmée par lâexpérience depuis près de cent ansâ !37
De même, nous pouvons comprendre la démarche de Leibniz, qui consiste à tenter de réduire une décomposition continûment grande, avec un pas infiniment petit, en une décomposition arbitrairement grande, de pas infinitésimal dt. Cette approche, comme ce fut le cas pour NazÌ£zÌ£aÌm, sera confrontée aux mêmes tensions, dues au caractère ambigu de cette notion de variation infinitésimale, comme le fut celle du saut de NazÌ£zÌ£aÌm. Ces tensions, nous lâavons souligné, demeurent encore vivaces aujourdâhui, dans le cadre de la théorie des cordes notamment, et elles ne sauraient être tranchées, par quelque expérience que ce soit, au vu des échelles des objets et des temps considérés, en lâoccurrence le temps de Planck
Dites alorsâ : Cette idée est fausse pour plusieurs raisons. La premièreâ : Le passé était présent, puis il a été détruit. Et le futur est ce qui sera présent, mais qui nâest pas encore advenu. Or, ce qui est présent nâest autre que âce momentâ. Ainsi, le passé et le futur ne sont rien de plus que âce momentâ. Ainsi, le temps, quâils admettent exister intellectuelle- ment, nâexiste ni dans le présent, ni dans le passé, ni dans le futur. Alors, comment est-il plausible de dire quâil existeâ ? La secondeâ : Si le présent est lâextrémité [finale] du passé, et le début du futur, alors, le passé et le futur nâexistent pas de façon simultanée avec le âprésentâ. Lâextrémité dâune chose est un de ses attributs et fait partie de sa description. Lorsque lâessence dâune chose nâexiste pas, comment cet attribut pourrait-il existerâ ? Lorsque le passé et le futur seront détruits face au présent, comment serait-il possible que lâextrémité du passé et du futur, ainsi que leurs attributs, soient présentesâ ? La troisièmeâ : Le temps serait continu, si lâon disait que le temps passé est relié au temps futur, à travers le présent, qui est la fin du passé et le début du futur, de façon effective. Néanmoins, passé et futur sont inexistants, cela implique de dire quâun inexistant se lie à un autre inexistant, par le biais dâun existant commun entre euxâ ! Ce nâest pas ce quâune personne sensée peut affirmer38.
Fakhr al-DiÌn al-RaÌziÌ va alors plus loin, en soulignant allègrement les tensions manifestes qui, dans la vision du temps continu des philosophes, et en les élevant au rang dâabsurdité, quâune personne sensée ne peut affirmer. Et, Fakhr al-DiÌn al-RaÌziÌ de conclureâ :
Et, sachez ceciâ : Ces impossibilités leurs sont nécessaires, puisquâils ont fui, en admettant que âle temps est une succession dâinstants, et [que] le mouvement est une succession de contactsâ. Ils se sont échappés, puisquâils savaient quâils devraient nécessairement admettre que la distance soit composée dâatomes et, lorsquâils ont cru avoir échappé à ces choses, ils ont dû faire face à certaines impossibilités, et à ce qui est évidemment impossible. Et sachez que câest lâhabitude des philosophes, lorsque vous voulez discuter de ces questions, pour étudier le mouvement et le temps, que de renvoyer les arguments raisonnant sur la réfutation des atomes, même sâils émettent des contradictions. Cependant, ce que nous avons mentionné de leurs idées sur le mouvement et le temps est suffisant pour résoudre les problèmes39.
Fakhr al-DiÌn al-RaÌziÌ décrit donc, en conclusion, la méthodologie des manÅuvres dâévitement, voire dâéchappement, auxquelles se livrent les philosophes, face à ces tensions, quâil considère comme des absurdités. Ces tensions, nous lâavons souligné, demeurent encore vivaces aujourdâhui. Nous espérons avoir mis en lumière que la tension médiévale entre les partisans dâune approche continuiste de lâespace et du temps et les partisans dâune approche atomiste perdure aujourdâhui, et quâelle est en réalité au cÅur des controverses de la physique du XXe et sans doute plus encore dans celle du XXIe. La principale difficulté dans lâémergence des théories dites «â du toutâ », celles qui visent à donner une cohérence au concept de gravitation quantique, en combinant tout à la fois la Relativité Générale dâEinstein et la Théorie Quantique des Champs, repose précisément sur la tension continu-discret que nous avons évoqué dans cet article. La Relativité Générale prend comme trame un tissu dâespace-temps continu, là où la théorie quantique des champs impose une quantification, une discrétisation, un «â sautâ » permanent soit dans la structure même de lâespace-temps (câest par exemple lâapproche de gravitation quantique à boucles40), soit dans les éléments physiques eux-mêmes, lâespace-temps restant continu, mais les objets sont discrets, ainsi que leurs interactions mutuelles (câest à grands traits lâapproche de la théorie des cordes41). Voilà qui clôt ce que nous souhaitions mettre en évidence à travers le présent article.
Références
AltaÅ, E. (2014). Fakhr al-Din al-Raziâs Epistle on al-Hayula wa al-Surah: A Study and Editio Princeps, in Nazariyat 1.1 [2014]â : 61-108.
AltaÅ, E. (2015). An Analysis and Editio Princeps of Fakhr al-Din al-Raziâs Risalah al-Jawhar al-Fard, in Nazariyat 1.3 [2015]â : 77-176.
Arthur, R. T. W. (2013). Leibnizâs Syncategorematic Infinitesimals, Archive for History of Exact Sciences, 67 (5).
Baron, M. E. (1969). The Origins of the Infinitesimal Calculus, Oxford, Pergamon Press.
Berggren, J. L. (1986). Episodes in the Mathematics of Medieval Islam, New York, Springer.
Bos, H. J. M. (1974). Differentials, Higher-Order Differentials and the Derivative in the Leibnizian Calculus, Archive for History of Exact Sciences.
al-BukhÄrÄ«, Muḥammad ibn IsmÄʿīl (2001). á¹¢aḥīḥ al-BukhÄrÄ«, éd. Muḥammad Zuhayr ibn NÄá¹£ir al-NÄá¹£ir, DÄr Ṭawq al-NajÄh, 9 volumes.
Djebbar, A. (2005). Lâalgèbre arabeâ : genèse dâun art, Paris, Vuibert/Adapt.
Edwards, C. H. (1979). The Historical Development of the Calculus, New York, Springer.
Galilée (1632). Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, traduit par R. Fréreux et F. de Gandt, Paris, Seuil, 1992.
Gimaret, D. La doctrine dâal-AshÊ¿ariÌ, éd. Cerf Patrimoine.
Glasner, R. (2009). Averroesâ physicsâ : a turning point in medieval natural philosophy, Oxford, Oxford University Press.
Katz, V. J. (dir.) (2007). The Mathematics of Egypt, Mesopotamia, China, India, and Islam: A Sourcebook, Princeton, Princeton University Press.
Koyré, A. (1966). Ãtudes galiléennes, Paris, Hermann.
Lettinck, P. (1994). Aristotleâs Physics and its Reception in the Arabic World, Leiden, Brill.
Nony, S. (2016). Les variations du mouvementâ : AbÅ« al-BarakÄt, un physicien à Bagdad, VIe/XIIe siècle, Le Caire, Ifao.
Pines, S. (1979). Studies in AbÅ«âl-BarakÄt al-BaghdÄdÄ«: Physics and Metaphysics, Jérusalem/Leyde, The Magnes Press/Brill.
Polchinski, J. (1998). String Theory, 2 vol., Cambridge, Cambridge University Press.
Rashed, R. (1996). Les mathématiques infinitésimales du IXe au XIe siècle, Fondateurs et Commentateurs, Vol. 4, al-Furqan Islamic Heritage Foundation.
Rashed, R. (2002). La construction de lâalgèbre au IXe siècle, in Les doctrines de la science de lâAntiquité à lââge classique, Paris, Presses de lâUniversité Paris-Sorbonne.
Rovelli, C. & Vidotto, F. (2014). Covariant Loop Quantum Gravity, Cambridge, Cambridge University Press.
Sabra, A. I. (1989). The Optics of Ibn al-Haytham, Books I-III: On Direct Vision, Londres, The Warburg Institute, vol. 1.
Daniel Gimaret, La doctrine dâal-AshÊ¿ariÌ, (Parisâ : éd. Cerf Patrimoine, 1990), p. 53-54.
Ibid., p. 54.
Ibid.
Ibid., p. 55.
Ibid., p. 55-56.
Ibid., p. 56.
Ibid.
Ibid., p. 57.
Sur la relativité galiléenne et le principe de composition des vitesses, voirâ : A. Koyré, Ãtudes galiléennes, (Parisâ : Hermann, 1966)â ; et Galilée (1632), Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, traduit par R. Fréreux et F. de Gandt, (Parisâ : Seuil, 1992).
Gimaret, La doctrine dâal-AshÊ¿ariÌ, p. 57-58.
Coran (36 : 38).
al-BukhÄrÄ«, Muḥammad ibn IsmÄʿīl. á¹¢aḥīḥ al-BukhÄrÄ«, éd. Muḥammad Zuhayr ibn NÄá¹£ir al-NÄá¹£ir, (Beirutâ : DÄr Ṭawq al-NajÄh, 2001). 9 volumes, hÌ£adith 3199.
Ruth Glasner, Averroesâ physicsâ : a turning point in medieval natural philosophy (Oxfordâ : Oxford University Press, 2009), p. 75.
Ibid., p. 155.
Voir Aristote, Physique VI, 4, 234b22-33.
Averroes, Long Commentary on the Physics, VI.38 Hébreu 68a23-5.
Glasner, p. 156.
Averroes, Middle Commentary on the De caelo, III.3.1. Introduction, arabe 285.10-13, hébreu 60b20-22.
Ibid., arabe 291.17-21, hébreu 62b5-8 (De caelo III.1, 299b15-23).
Glasner, p. 67. Sur la notion de «â point naturelâ » chez Averroès, voir égalementâ : P. Lettinck, Aristotleâs Physics and its Reception in the Arabic World, (Leidenâ : Brill, 1994).
Sur le rôle dâIbn al-Haytham dans le développement de la méthode scientifique et son usage de lâinduction démonstrative, voirâ : A. I. Sabra, The Optics of Ibn al-Haytham, Books I-III: On Direct Vision, (Londresâ : The Warburg Institute, 1989), vol. 1â ; et R. Rashed, La construction de lâalgèbre au IXe siècle, in Les doctrines de la science de lâAntiquité à lââge classique, (Parisâ : Presses de lâUniversité Paris-Sorbonne, 2002).
Roshdi Rashed, Les mathématiques infinitésimales du IXe au XIe siècle, Fondateurs et Commentateurs, Vol. 4 (Londonâ : al-FurqÄn Islamic Heritage Foundation, 1996), p. 232.
Ibid.
Voir J. L. Berggren, Episodes in the Mathematics of Medieval Islam, (New Yorkâ : Springer, 1986).
Rashed, Les mathématiques infinitésimales, p. 266.
Ibid., p. 268.
Ibid.
Ibid.
Sur la méthode dâexhaustion dans les mathématiques arabes médiévales et son lien avec Archimède, voirâ : A. Djebbar, Lâalgèbre arabeâ : genèse dâun art, (Parisâ : Vuibert/Adapt, 2005)â ; J. L. Berggren, Episodes in the Mathematics of Medieval Islam, (New Yorkâ : Springer, 1986).
Rashed, Les mathématiques infinitésimales, p. 270.
Ibid., p. 270.
Sur la relation entre les méthodes infinitésimales médiévales et le calcul intégral moderne, voirâ : V. J. Katz (dir.), The Mathematics of Egypt, Mesopotamia, China, India, and Islam: A Sourcebook, (Princetonâ : Princeton University Press, 2007)â ; M. E. Baron, The Origins of the Infinitesimal Calculus, (Oxfordâ : Pergamon Press, 1969).
Sur lâhistoire du calcul différentiel et intégral, voirâ : C. H. Edwards, The Historical Development of the Calculus, (New Yorkâ : Springer, 1979)â ; Baron, The Origins, op. cit.
Sur les infinitésimaux de Leibniz et leur statut épistémologique, voirâ : H. J. M. Bos, âDifferentials, Higher-Order Differentials and the Derivative in the Leibnizian Calculus,â Archive for History of Exact Sciences 14, 1 (1974)â ; R. T. W. Arthur, âLeibnizâs Syncategorematic Infinitesimals,â Archive for History of Exact Sciences 67, 5 (2013).
Sur la philosophie naturelle dâAbÅ« al-BarakÄt, voirâ : S. Pines, Studies in AbÅ«âl-BarakÄt al-BaghdÄdÄ«: Physics and Metaphysics, (Jérusalem/Leydeâ : The Magnes Press/Brill, 1979)â ; S. Nony Les variations du mouvementâ : AbÅ« al-BarakÄt, un physicien à Bagdad, VIe/XIIe siècle, (Le Caireâ : Ifao, 2016).
Banafsheh Eftekhari, Edition et traduction dâun recueil manuscrit en langue arabe de Fakhr al-ddin al-Razi Sur lâatomisme dans le Kalam, thèse de doctorat, Université Jean Moulin (Lyon), 2017, Chapitre 4, §.4.1, p. 463. Voir également lâédition critique arabe dâEÅref AltaÅ dansâ : EÅref AltaÅ, âFakhr al-Din al-Raziâs Epistle on al-Hayula wa al-Surah: A Study and Editio Princeps,â Nazariyat Journal for the History of Islamic Philosophy and Sciences 1/1 (November 2014), p. 61-108â ; idem, âAn Analysis and Editio Princeps of Fakhr al-Din al-Raziâs Risalah al-Jawhar al-Fard,â Nazariyat Journal for the History of Islamic Philosophy and Sciences 2/3 (November 2015), p. 77-176.
La première confirmation expérimentale de la dualité onde-corpuscule, en dehors du cas du photon, fut réalisée en 1927.
Fakhr al-DiÌn al-RaÌziÌ, Preuves de lâatomisme, Chapitre 4, §.4.1, p. 463-464.
Ibid., p. 464.
Sur la gravitation quantique à boucles, voirâ : C. Rovelli, & F. Vidotto, Covariant Loop Quantum Gravity, (Cambridgeâ : Cambridge University Press, 2014).
Sur la théorie des cordes, voirâ : J. Polchinski, (1998). String Theory, 2 vol., (Cambridgeâ : Cambridge University Press, 1998).






