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La question de la distinction entre lâessence et lâexistence occupe une place centrale dans au sein de la philosophie islamique. Elle constitue lâun des points de divergence majeur entre les différentes écoles philosophiques. Des commentaires contemporains ont magistralement étayé cette question1. Si Ibn SÄ«nÄ (d. 427-1037) a donné à cette distinction une forme systématique sur laquelle il fonde son ontologie, Ibn Rushd (d. 595-1198), fidèle à lâesprit du premier maitre Aristote, la rejette avec vigueur. Dans son commentaire dâAristote, Ibn Rushd estime que la distinction entre lâessence et lâexistence trouve son origine dans la théologie ashÊ¿arite2. Câest donc dans la théologie musulmane que cette conception a vu le jour.
Lâobjet de cet article est de reconsidérer cette question. Il tente de défendre la thèse selon laquelle la distinction essence/existence, si elle nâest pas dâorigine aristotélicienne, nâest pas non plus instaurée par lâécole ashÊ¿arite, mais trouve son origine dans le muÊ¿tazilisme. Il montrera ensuite comment elle a servi de pierre angulaire à lâédifice conceptuel par lequel les muÊ¿tazilites ont pensé le monde et Dieu.
1 Lâêtre et la choséité
Les écrits muÊ¿tazilites sont célèbres par la distinction quâils établissent entre la choséité, al-shayʾiya, et lâêtre. Le rapport qui lie les deux termes nâest pas celui de lâidentité, mais celui de la distinction. La choséité, shayʾiya, est distincte de lâexistence. Il semble que le théologien muÊ¿tazilite al-ShaḥḥÄm (d. 232/847) fut le premier à dire que le non-existant et tout ce qui peut être conçu sont une seule et même chose. «â al-ShaḥḥÄm parmi les muÊ¿tazilites, nous dit al-ShahrastÄnÄ« (d. 548/1153), fut à lâorigine (aḥdaṯa) de la conception selon laquelle le non-existant est une chose et une essence et une réalité déterminéeâ »3. Cependant al-ĪjÄ« (d. 756/1355) avait signalé, quant à lui, que câest le muÊ¿tazilite al-JÄḥiẠ(d. 255/850) qui fut le premier à dire que ce quâon peut concevoir est une chose qui nâa pas lâexistence. «â La chose pour nous [suivant la conception maturidite4 et ashÊ¿arite], câest lâexistant. Or al-JÄḥiẠet les muÊ¿tazilites de Baá¹£ra ont ditâ : [que la chose], câest ce quâon peut concevoirâ¦5â ». Nous pensons quâil nâest pas exclu que ces deux théologiens, al-ShaḥḥÄm et al-JÄḥiáº, sont à lâorigine de cette conception lâun indépendamment de lâautre.
Dans le NihÄya, al-ShahrastÄnÄ« estime que les muÊ¿tazilites ont emprunté cette conception, qui distingue shayʾiya (choséité) et lâêtre, aux philosophes grecs qui ont soutenu le concept du Hyle (hayÅ«lÄ)â : «â Ils [muÊ¿tazilites] ont, dit-il, entendu les paroles des philosophes et ont lu quelque uns de leurs livres et avant dâen saisir le sens, ils ont mélangé ces dires avec la théologie encore immature. Car ils ont pris des partisans du Hyle (hayÅ«lÄ) leur conception et lâont appliquée à la question du non-existant (maÊ¿dÅ«m)â »6.
Or, il nous semble quâil nâen est rien. Lâétude de J. Jolivet, «â Aux origines de lâontologie dâIbn SÄ«nÄ7â », a démontré que cette conception est née au sein de la théologie musulmane. Car, argumente-il, la philosophie aristotélicienne nâa pas posé sa problématique ontologique de telle sorte que le concept de chose puisse prendre une valeur conceptuelle importanteâ ; «â un simple coup dâÅil sur lâIndex Aristotelicus montre que ce terme [chose] fait sans doute partie du vocabulaire dâAristote, mais sans avoir de sens technique particulierâ : il signifie très généralement âchose, affaireâ, ou plus spécifiquement il sâoppose à ânomâ, âpenséeâ, voire à âair ambiantââ¦8â ». Et après avoir démontré que le concept de chose nâest guère utilisé chez al-KindÄ« (d. 256/873), il insiste sur le fait quâil faut retourner aux premières discussions des mutakallimÅ«n (théologiens) à lâépoque de lâavènement du qadarisme9 et du jahmisme10, et très exactement à lâépoque où la question de savoir si Dieu est une chose comme les autres choses ou sâIl est différent dâelles, a été vivement discutée, pour trouver les origines de ce concept. En effet le livre MaqÄlÄt al-IslÄmiyyÄ«n (Les discours des musulmans) dâAshÊ¿arÄ« est une source abondante dâéléments philosophiques et théologiques qui convainc le chercheur hésitant de lâoriginalité de cette conception. A cet effet, Jolivet a montré que «â lâontologie dâIbn SÄ«nÄ est héritière de ces controverses [des mutakallimÅ«n]. Certes elle en transporte le contenu dans le registre particulier à la philosophie (â¦)â ; mais elle en est tributaire jusque dans le détail du vocabulaire, de la problématique, et des analyses11â ».
Les muÊ¿taziltes tardifs, sous lâautorité dâAbÅ« HÄshim, vont donner à cette distinction entre être et chose, héritée de leur anciens maîtres, une dimension jamais connue auparavant. Pour ce faire, ils vont refonder la consistance de cette distinction. Aussi vont-ils avancer des arguments qui peuvent se ramener à ceux-ciâ : «â Si quelquâun, argumente Ibn Mattawayh, prétendait que le fait de dire âchoseâ (shayʾ) correspond à lâexistant (mawjÅ«d), ce serait incorrect. Or on ditâ : âjâai su une chose existanteâ. Et si ce quâon a prétendu était vrai [que la chose, câest lâexistant] ce serait une redondance. Comme sâil disait jâai su un existant existant12â », puisque le fait de dire que telle ou telle chose existe nâest ni une tautologie ni une redondance, mais un acte attributif positif, car il attribue une qualité, lâexistence, à une chose. Sâil en est ainsi, il faut distinguer la choséité (al-shayʾiya) de lâexistence.
à cet argument sâen ajoute un autre, énoncé par AbÅ« HÄshim lui-même et rapporté par son disciple al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄrâ : «â Si le nom [chose] se limitait à lâexistant, dit-il, cela entraînerait que lorsque quelquâun dit âjâai su une chose non-existanteâ, il énonce une contradictionâ »13, «â comme sâil disait âjâai conçu un existant non-existantââ »14â ; «â et si ceci est absurde, alors il faut savoir que le nom [chose] sâattribue à la fois au non-existant et à lâexistant15.â »
Lâidentification de la choséité à lâexistence conduit soit à la redondance soit à la contradiction. Une telle identification est donc absurde. Câest ainsi, conclut AbÅ« HÄshim, que «â lorsque quelquâun dit âjâai su une choseâ, on ne peut pas savoir sâil a su une chose existante ou non-existanteâ »16.
2 Lâêtre et les attributs de lâessence
Or lâêtre nâest pas seulement distinct, chez AbÅ« HÄshim et son école (le bahshamisme), de la choséité, mais aussi des attributs de genres (á¹£ifÄt al-ajnÄs) tels que la substantialité (al-jawhariya) et lâaccidentalité (al-Ê¿arÄá¸yya). Lâattribut de lâessence «â est ce dont la prédication est faiteâ ; elle nâest dite dâaucune autre chose. En tant que chose-en-soi, par elle-même et en elle-même, elle ne peut être prédite que dâelle-même17.â » Le monde selon le bahshamisme est fait de substances et dâaccidents. Le terme de substance désigne, dans les écrits muÊ¿tazilites, des particules indivises, les atomes, dont la nature est identique, car ils sont dâune seule et même composition. Par conséquent, toutes les substances, les atomes, sont du même genre, la substantialité, al-jawhariya. «â La substance, dit Ibn Mattawayh, est un seul genre18.â » Peut-on dire que lâêtre est identique à la substantialitéâ ?
Lâargument avancé par AbÅ« RashÄ«d al-NÄ«sÄbÅ«rÄ« pour démontrer que lâêtre est distinct de la substantialité repose sur lâaffirmation que lâêtre se dit en un seul sens de tout ce dont il se dit. Si lâêtre était identique, Ê¿ayn, à la substantialité, il faudrait que «â tous les existants soient des substances et nous savons que cela est absurde19â », puisque le monde implique outre les substances, les accidents. Ce qui en est le principe, câest que «â lâattribut être est le même attribut20â ». La substantialité nâest donc pas lâêtre. Avec lâêtre, elle sâaffirme, sâactualise et passe de la subsistance vers lâexistence, mais nâacquiert quâune nouvelle modalité, et rien de plus. En elle-même, elle nâest que substantialité.
Lâautre argument avancé par les théologiens bahshamites repose sur la causalité. Ils considèrent que la substantialité comme telle est sans cause, car elle a une consistance en soi «â la substance, nous dit AbÅ« RashÄ«d, est une substance pour soi21â », et non pas en vertu de lâAgent, Dieu. En revanche elle existe en vertu de lâAgent (Dieu, lâÃternel) qui lui accorde lâexistence, puisque hormis Dieu, tous les existants, substances et accidents, sont considérés comme des adventices. La nécessité de la subsistance de la substantialité, qui est un attribut de lâessence, ne veut pas dire quâelle ait une nécessité dâexistence. Pour que la substantialité se réalise, se manifeste et existe, il faut que lâAgent, Dieu, lui accorde lâexistence. Il y a donc une distinction entre ce qui découle de lâAgent, Dieu, et ce qui subsiste en soi nécessairement. «â Ce qui lâexplique câest que nous avons montré que la substance en tant que telle ne peut pas se faire par lâAgent, et il est établi que son existence découle de lâAgent. Il est impossible, conclut AbÅ« RashÄ«d, que lâattribut réalisé (hÄá¹£il) par lâAgent soit lâattribut qui ne peut pas être réalisé par lâAgent22â ». Puis le verdict tombeâ : «â cet attribut [lâêtre] est autre que lâattribut du genre23â », la substantialité, par exemple.
Mais cette extériorité de lâêtre par rapport à la substantialité sâaffirme aussi par rapport aux caractéristiques de cette dernière. Avec lâexistence, une substance se spatialise et se localise. Quand lâêtre est accordé à la substantialité, la spatialisation et la localisation, qui sont contenues en elle, se déploient et se manifestent. Il en est de même pour la couleur qui est un genre dâaccident. Avec lâêtre, la colorité (lawniya), qui est un genre dâaccident impliquant toutes les couleurs, se réalise en prenant une figure. Mais quelle que soit lâimplication dans cette opération, lâêtre ne se confond jamais avec ce qui se spatialise et se localise, comme les substances, ou prend une figure, telles les couleurs.
Sur cette question, les théologiens muÊ¿tazilites nâétaient pas tous dâaccord. Il semble que le théologien AbÅ« IsḥÄq NaṣībÄ« (d. 449/1057) prétendait que «â lâattribut être dans la substance est identique à la spatialisationâ ; il ne fait pas de lâêtre un attribut distinct de la spatialisation ni la spatialisation un attribut distinct de lâêtre. Cette position est attribuée à AbÅ« IsḥÄq al-NaṣībÄ«24.â »
Pour ruiner cette position, le muÊ¿tazilite Ibn Mattawayh avance plusieurs arguments, dont voici quelques-uns. La perception nous permet de saisir la nature des existants. Or si on supposait que lâêtre était identique à la spatialisation, qui est un attribut essentiel de la substantialité, il faudrait que la perception qui saisit la spatialisation saisisse en même temps «â tous les existantsâ »25. Ce qui est absurde, car saisir la spatialisation nâimplique que les substances et non les accidents.
Par ailleurs, si «â la spatialisation était identique à lâêtre, il faudrait attribuer la spatialisation à tous les existants, car lâêtre est un seul attribut qui ne diffère pas dans les essences26.â » Ce qui est également absurde.
Nous voyons que lâêtre nâest pas identique à la spatialisationâ ; il sây ajoute comme il sâajoute à la substantialité. Lâêtre nâest identique ni aux substances ni aux accidents, ni à leurs caractéristiques. Comme dit Ibn Mattawayh, «â la caractéristique (ḥukm) du fait dâêtre existant, câest la manifestation (áºuhÅ«r) des caractéristiques (aḥkÄm) des essences (á¸awÄt). Car elles dépendent de lâêtre27â », «â Chaque existant (mawjÅ«d), dans le but dâexister, se manifeste son attribut qui résulte de lâattribut de lâessence. Et en vertu de son être on sait ce quâil inclut en lui-même [comme attribut]28â »â ; «â Avec lâêtre, la substance agit en vertu de ce quâelle inclut sur sa propre spatialisation29â ».
Tels sont les arguments des théologiens muÊ¿tazilites pour démontrer que lâêtre est distinct de lâessence (á¸Ät), de ses attributs (á¹£ifÄt á¸Ät) et de leurs caractéristiques (aḥkÄmihÄ).
3 Lâêtre et Dieu
Mais quâen est-il de Dieuâ ? Si lâêtre sâajoute à la substantialité pour quâelle réalise et manifeste ce quâelle inclut en elle-mêmeâ ; si lâêtre sâajoute aux couleurs pour quâelles prennent une figure, quel rapport a-t-il avec Dieu, Lui qui est le principe de lâexistence de toutes les essencesâ ? Peut-on dire que lâêtre est identique à lâessence divineâ ? Ou que Dieu est au-delà de lâêtreâ ?
Nous avons dit plus haut que le monde selon les théologiens muÊ¿tazilites contient des substances et des accidents, mais en fait, il contient aussi et en premier lieu Dieu. Quand nous lisons les textes des disciples dâAbÅ« HÄshim qui présentent la liste des attributs divins, nous constatons que Dieu possède des attributs tels que le fait dâêtre vivant et puissant, savant et dâêtre existant. Lâêtre, al-wujÅ«d, figure donc comme un attribut de Dieu. Dans Kitab Al-MuÄ¡nÄ«, al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr nous dit quâ«â on qualifie Dieu par lâêtre, al-wujÅ«d, car ce quâon veut dire par là , câest quâIl se spécifie par un mode (ḥÄl) en vertu duquel Il peut avoir les caractéristiques (aḥkÄm) qui spécifient lâexistant30.â » Nous voyons donc que lâêtre est un mode, câest-à -dire un attribut divin tout comme le fait quâIl est puissant, savant et vivant. Or le fait que lâêtre nâest quâun mode divin veut dire quâil a un rapport additif avec la nature divine. On dira donc que Dieu, pour le bahshamisme, nâest pas lâêtre, mais quâIl a lâêtre. En fait tout existant, tout étant, quâil soit éternel ou adventice, nâest pas lâêtre, mais a lâêtre.
Cette doctrine bahshamite bouleverse la notion de Dieu. Dieu ne fonde pas lâêtre, il nâest pas non plus identique (Ê¿ayn) à lâêtre comme dira les théologiens ashÊ¿arites, mais Il est un existant éternel qui participe du même être que les existants adventices. «â Il [Dieu] est un existant éternel (mawjÅ«d qadÄ«m)31â »â ; «â en affirmant quâIl est existant, nous dit al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, on ne lâa pas fait sortir de la réalité des existants32.â »
Cependant, si les êtres adventices, tels que les substances et les accidents, dépendent dâune cause quant à leur existence, lâexistence de Dieu, en revanche, ne dépend dâaucune causeâ ; si les substances existent dâune manière adventice, Dieu, par contre, existe éternellement. Mais quâest ce qui fait que Dieu existe éternellementâ ? Quâest ce qui fonde cette éternitéâ ? En vertu de quoi est-Il éternelâ ? Est-ce en vertu de lâêtreâ ? Si câest le cas, argumente le bahshamisme, tous les existants seraient éternels, puisque lâêtre, comme on vu, «â est le même attributâ », câest-à -dire quâil ne se différencie pas selon ses multiples attributions. En réalité, lâêtre comme tel nâest quâune simple condition (shartun). En plus on a vu que lâêtre se dit aussi bien des substances et des accidents que de Dieu, par conséquent, ce nâest pas lâêtre comme tel qui fait que Dieu est éternel. Nous devons chercher une autre raison à cette éternité qui caractérise Dieu.
En fait, si Dieu existe éternellement, et si lâêtre nâest jamais identique à un existant quâil soit Dieu ou une substance, il faut que cette nécessité et cette éternité découlent en Dieu dâautre chose, dâun autre principe, dâun autre mode, câest ce que AbÅ« HÄshim appelle Divinité, IlÄhiya, dont la caractéristique est «â la production nécessaire [en Dieu] de ces quatre attributs [être puissant, savant, vivant et être existant]33.â »
A cet argument, pour prouver la consistance du concept de la divinité, IlÄhiya, AbÅ« HÄshim en ajoute un autre, qui concerne la théorie de la distinction. Dâaccord avec toutes les écoles théologiques, le muÊ¿tazilisme affirme que Dieu est différent des adventices. Mais il conçoit cette différence dâune façon particulière. «â Les savants muÊ¿tazilites, dit Ibn Mattawayh, sont dâaccord sur le fait que lâÃternel (exalté soit-Ilâ !) est différent (muḫÄlifun) des adventices en vertu de ce qui revient à son essence, et que les attributs (á¹£ifÄt) [le fait quâIl est puissant, savant, vivant et existant] que nous venons dâénumérer se disent de Lui en vertu de Lui-même. On dira donc quâIl est puissant par Lui-même, savant par Lui-même, vivant et éternel par Lui-même34.â »
Mais si la différence ne découle ni de lâessence, ni de lâattribut être comme tel, car il est commun, alors dâoù découle-t-elleâ ? Lâidée avancée par AbÅ« HÄshim est la suivante. La différence entre les existants découle des attributs de lâessence et de leurs caractéristiques. Si deux choses diffèrent par leurs attributs de lâessence, alors quâil en soit ainsi pour toute chose, même pour Dieu. La différence sera, aussi bien pour lâadventice que pour lâÃternel une absence de rapport. «â Ce quâaffirme AbÅ« HÄshim, câest que sâil faut quâil y ait différence, il faut que lâune des deux choses qui se différencient ait quelque chose que lâautre nâa pas du tout35.â » Lâargument quâavance AbÅ« HÄshim concerne la perception. «â Le principe qui sert à connaître la différence entre les essences est la perception (â¦). Il faut que deux essences qui se différencient sâaffirment dâune manière telle que si la perception les saisit, elle les distingue et les sépare lâune de lâautre. Et il nây a de moyen de les distinguer que si la perception saisit lâune [des deux essences] qui possède un attribut que lâautre nâa pas. De sorte que si elles communiquent par cet attribut, on ne peut les distinguer. Or si par la perception on ne peut les distinguer, il nây aura point de différence36.â »
La perception ne saisit que le principe de la différence. Mais celle-ci ne peut être que par des attributs de lâessence. Toute perception, pour le bahshamisme, est différentielle. Dâoù lâimpossibilité dâappréhender et de percevoir les attributs communs et dont le sens ne change pas. «â Si on supposait quâon peut voir Dieu, on ne pourrait pas percevoir les attributs quâon a nommés [le fait quâIl est puissant, savant, vivant et existant] car à lâorigine, les autres [les adventices] participent de tels attributsâ »37. Mais que dire de la nécessité qui est une modalité propre de lâÃternelâ ?
Comme lâéternité, la nécessité signifie beaucoup plus une détermination négative que positive, car la nécessité, est en fait une absence dâadventicité, al-ḥudūṯ. Ãtant une détermination négative, «â la nécessité, argument AbÅ« HÄshim, nâagit pas sur la différence38â », puisque dire que lâÃternel a nécessairement lâexistence revient à dire, ou bien quâil existe dâune manière continuelle et durable, ou bien, ce qui est plutôt négatif, quâIl ne peut à aucun moment être séparé de lâexistence. Or, dit AbÅ« HÄshim, «â la différence ne peut être effectuée par la négation ni en vertu de ce que la chose qualifiée avait dans le passé, ni en vertu de ce quâelle aura dans le futur. Mais il faut que la différence qui est affirmée à chaque moment, le soit en vertu dâune chose affirmée également à chaque moment39.â »
Une fois quâAbÅ« HÄshim, exclut que la différence soit prise par les attributs pris abstraitement en raison de leur nature commune, ou fondée sur la manière dâêtre comme la nécessité, il se trouve devant lâinévitable conclusion qui est «â dâaffirmer un attribut essentiel qui nâappartient quâà Lui [Dieu]40.â »
Deux axes de réflexion ont donc conduit AbÅ« HÄshim vers ce terme, la divinité. La première affirme quâ«â Il est nécessaire dâaffirmer [lâÃternel] sous un attribut, et si on pouvait le percevoir, on ne le pourrait quâen vertu de cet attribut41.â » La seconde voie, «â si la différence [entre lâÃternel et les autres adventices] est nécessaire, et quâelle ne peut se réaliser ni par les attributs pris abstraitement, ni par leurs manières dâêtre, il faut donc réclamer un autre attribut42,â » qui sera nommé divinité, IlÄhiya.
En vertu de ce nouveau statut, la différence acquiert enfin un statut univoque. La différence entre les existants, quâils soient éternels ou adventices, sâeffectue par lâattribut de lâessence et ce qui en découle, et uniquement par eux. La divinité, ilÄhiya, est un attribut de lâessence de Dieu dont la caractéristique est de sâapproprier les attributs tels que le fait dâêtre puissant, savant, vivant et existant dâune manière nécessaire. Cette caractéristique est propre à la divinité. Toutefois, le fait que la divinité possède ces modes dâune manière nécessaire ne signifie pas quâelle sâidentifie à eux. Elle les possède nécessairement, sans se confondre avec eux, car câest uniquement elle qui est le fondement de lâindividualité de lâÃternel, Dieu.
En effet, ces attributs, tels que le fait dâêtre puissant, savant, vivant et existant, subsistent en eux-mêmes, et nâont besoin ni de la divinité ni des autres attributs de lâessence pour subsister. Cependant, ils peuvent sâattribuer nécessairement à Dieu, ou se dire, sous certaines conditions, des substances et des accidents. Câest pourquoi ils ne sauraient constituer lâÃternel. Ni le fait dâêtre puissant ni le fait dâêtre existant ne constituent la nature de la divinité tout comme ils ne constituent pas la nature des autres existants. Ce sont des attributs qui se disent nécessairement de Dieu sans en constituer la nature.
En fait, la divinité est le fondement même de lâ«â individualitéâ » de Dieu. «â Mais ce nâest pas le cas des attributs [le fait dâêtre existant, savant, etc.] qui résultent nécessairement de ce que Dieu inclut en lui comme attribut [divinité], car les [existants] qui sont autres que Dieu participent de ces attributs43.â »
Nous voyons donc que «â le Dieu bahshamite nâest pas le Dieu ineffable (â¦), ni le Dieu qui est à lâimage de lâhomme comme le pensent les courants anthropomorphistesâ ; il nâest pas lâêtre nécessaire comme dira plus tard Avicenne. Il est plutôt lâexistant nécessaire et éternel44.â »
Telle est la position dâAbÅ« HÄshim et de son école concernant le rapport entre lâêtre et lâessence. Lâêtre nâest ni lâessence ni les attributs de lâessence. Il sâajoute à la substantialité comme il sâajoute à la Divinité. Autrement dit, tout étant, tout existant nâest pas lâêtre, mais a lâêtre. Nous voyons que lâêtre a des modalitésâ ; il est soit éternel, pour le cas de Dieu, soit adventice, pour les substances et les accidents. Il nous semble que le muÊ¿tazilisme semble être le premier à diviser lâêtre selon ces modalités, être éternel et être adventice.
4 Lâessence et lâexistenceâ : une distinction controversée
Cette conception constitue un paroxysme au sein du muÊ¿tazilisme. Câest une théorie qui renverse la conception de la religion et pousse la théologie musulmane vers des limites jamais atteintes au-paravent. Mais cela ne passe pas sans générer des conséquences dâune grande importance aussi bien pour la théologie que pour la philosophie.
Sur le plan théologique, cette conception coïncide avec lâémergence dâune nouvelle école, lâal-AshÊ¿arisme. Il nous semble que les raisons qui ont conduit al-AshÊ¿arÄ« à renier son appartenance au MuÊ¿tazilisme soient étroitement liées aux positions ontologiques dâAbÅ« HÄshim évoquées précédemment. La lecture de ses écrits en apporte une confirmation manifeste. Le Mujarrad maqÄlÄt al-AshÊ¿arÄ« dâIbn FÅ«rak, qui expose la doctrine de son maître, montre en effet que lâessentiel des thèses dâal-AshÊ¿arÄ« sâélabore en réaction directe aux conceptions dâAbÅ« HÄshim.
En effet, comme dit Daniel Gimaret «â al-AshÊ¿arÄ« (d. 324/936) rejette la distinction que font les muÊ¿tazilites, dâune part, entre mawujÅ«d et shayʾ, dâautre part, entre wujÅ«d et ṯubÅ«t45.â » En revanche, il établit une identité,Ê¿aynÄ«ya, entre lâêtre et la nature de la chose en donnant «â du mot shayʾ, «â choseâ », une définition exactement identique à celle de mawjÅ«d46.â » Cette identité ne concerne pas uniquement les être adventices, les substances et les accidents, mais concerne également Dieu. Selon al-AshÊ¿arÄ« «â quand mawjÅ«d est à comprendre au sens de ṯÄbit, il nâimplique pas une entité qui ferait être tel celui ainsi qualifié (lÄ yaqtaá¸Ä« maÊ¿nan bihi yakÅ«nu mawjÅ«dan), et cela aussi bien pour Dieu que pour les créatures47.â »
Cette interprétation se fonde sur les textes mêmes de lâashÊ¿arisme. Selon Ibn FÅ«rak (d. 406/ 1015) «â al-AshÊ¿arÄ« disait que lâadventicité de la chose est la chose elle-même. Il en est ainsi pour son éternité, son antériorité et son être48.â » Dans le TamhÄ«d, al-BÄqillÄnÄ« (d. 403/1013) identifie les termes «â choseâ » et «â existenceâ ». Dire quâune chose est une essence et quâelle est une existence, câest exprimer la même réalité par des mots différents. Lâexistence sera selon lâashÊ¿arisme morcelée suivant les différentes essences49. Al-ShahrastÄnÄ« nous confirme cette lecture. Pour lâashÊ¿arisme, si «â la substance était le lieu (maḥallan) de [lâêtre], alors il ne pourrait pas englober lâaccident. Si lâaccident était le lieu de lâêtre, alors ce dernier ne pourrait pas englober la substanceâ »50.
Même la position dâal-JuwaynÄ« (d. 478 /1085) ne remet pas en question une pareille conception. Certes, il nâidentifie pas lâêtre avec les qualités et les propriétés dâune essence (exâ : le noir, le blanc, le lieu, etc.), mais lâidentifie avec lâessence comme telle ou selon son expression avec sa subsistance (ṯubÅ«tihi). Le fait quâune chose est blanche sera considéré comme une modalité qui sâajoute à son essence et à son être. Ainsi les qualités de lâessence seront appelées des modes, mais jamais on ne pourra le dire de lâêtre. Car, dit al-JuwaynÄ«, «â tout en supposant lâaffirmation des modes, lâêtre nâen est pas un51â », câest-à -dire quâil nâest pas un mode distinct de lâessence. Lâargument utilisé par al-JuwaynÄ«, qui est dâailleurs le même que celui quâavait employé al-AshÊ¿ari pour réfuter en bloc la théorie des modes dâAbÅ« HÄshim al-JubbÄʾī, est le suivantâ : «â Nous soutenons que lâêtre ne saurait être un mode, puisque la réalité même de lâessence réside dans lâêtreâ ; nous affirmons en outre que celui-ci nâest pas un accident venant sâajouter à lâessence.â »52. Puis le verdict dâal-JuwaynÄ« tombe, «â lâêtre câest la subsistance, ṯubÅ«tâ »53.
à lâencontre de la thèse dâIbn Rushd, quâon a évoqué plus haut, lâécole ashÊ¿arite, depuis son fondateur al-AchÊ¿arÄ«, défend unanimement lâidentité de lâêtre et de lâessence.
Mais les conséquences ne sâarrêtent pas là . Lâécole muÊ¿tazilite elle-même finit par imploser, se divisant en deux courants distinctsâ : celui de Basra et celui de Bagdad. Certes, la branche bagdadienne existait déjà depuis près dâun siècle, fondée par Bishr Ibn al-MuÊ¿tamir (d. 210/825). Cependant, elle nâavait jusque-là jamais été perçue comme une véritable dissidence au sein du muÊ¿tazilisme. Lâapparition de la conception dâAbÅ« HÄshim change radicalement la donneâ : les tensions entre les deux écoles prennent une ampleur inédite. Lâécole de Bagdad sâoppose désormais ouvertement à celle de Basra, dominée par les positions dâAbÅ« HÄshim, et adopte des thèses proches de celles des ashÊ¿arites, en soutenant notamment que lâ«â êtreâ » est identique à lâessence54.
Mais les attaques contre la conception bahshamite ne proviennent pas seulement des théologiensâ : les philosophes sây opposent également. Al-FÄrÄbÄ« (d. 339/950), contemporain à la fois dâal-AshÊ¿arÄ« et dâAbÅ« HÄshim, sâattache lui aussi à remettre en cause les positions de ce dernier. Toutefois, contrairement à lâashÊ¿arisme, son intention nâest pas de se conformer aux exigences de la révélation, mais de demeurer «â fidèleâ » aux principes de la conception aristotélicienne de lâêtre, quâil considère comme la véritable philosophie démonstrative. En sâappuyant sur les textes dâAristote, il en vient à interpréter le terme wujÅ«d comme un intellect second. Dâaprès Stephen Menn, il aurait même été le premier philosophe à proposer cette conception. «â al-FÄrÄbÄ«, dans le KitÄb al-ḤurÅ«f, semble être le premier philosophe à soutenir que lâexistence, en lâun de ses sens, est un concept de second ordre (al-maÊ¿qÅ«l thÄnÄ«). Selon son interprétation de Métaphysique â7, Ȑtre« (al-mawjÅ«d) a deux significations, lâune, lâȐtre comme vrai« (qui inclut à la fois existence et vérité propositionnelle), de second ordre, lâautre, lâȐtre en tant que divisé selon les catégories«, de premier ordre55.â » Ainsi, lâêtre réel, vrai, serait identique à lâessence, quâil sâagisse de celle de Dieu ou de celle les êtres possibles, et par suite, une équivocité de lâêtre va émerger56.
Cependant, la conception dâAbÅ« HÄshim ne suscita pas uniquement des critiquesâ : elle trouva également des continuateurs, parmi lesquels le philosophe Ibn SÄ«nÄ. Bien quâil ne cite explicitement ni AbÅ« HÄshim ni ses disciples, il nâétait pas pour autant à lâabri de leur influence. J. Jolivet a dâailleurs montré, â ainsi quâil a été rappelé précédemment â que la philosophie dâIbn SÄ«nÄ Â«â est héritière des controversesâ » des mutakallimÅ«n. Lâinfluence de la pensée dâAbÅ« HÄshim semble dâailleurs se prolonger jusque dans la sphère ontologique de la philosophie avicennienne. Certes, Ibn SÄ«nÄ a élaboré une philosophie dâune grande originalité, qui exerça une influence profonde aussi bien dans le monde musulman que dans lâOccident médiéval. Cependant, il demeure tributaire du muÊ¿tazilisme sur au moins deux points. Le premier concerne le rapport entre lâêtre et lâessenceâ : il soutient en effet que lâexistence constitue un accident de lâessence. Bien quâil fonde cette distinction sur une conception de lâessence appelée à marquer durablement lâhistoire de la philosophie57, il nâen reste pas moins quâil sâinscrit, sur ce point, dans la tradition muÊ¿tazilite. Le second point touche à la division de lâêtre. En effet, la classification de lâêtre proposée par Ibn SÄ«nÄ â selon laquelle «â tout être, si tu le considères selon son essence, sans tenir compte dâun autre être, doit être tel que lâexistence lui soit nécessaire par soi, ou bien quâil ne le soit pas58â » â prolonge, dâune certaine manière, la distinction quâAbÅ« HÄshim établissait entre lâêtre éternel (qadÄ«m) et lâêtre créé ou adventice (muḥdaṯ).
Cependant, cette division ne disparaît pas avec la philosophie islamiqueâ : elle traverse lâhistoire de la pensée et resurgit dâabord au XIIIe siècle chez le théologien Jean Duns Scot (d. 1308), puis à nouveau, au milieu du XVIIe siècle, dans les écrits de Spinoza (d. 1677), qui maintient la distinction entre lâessence et lâexistence en affirmant queâ : «â En cas que quelque Philosophe doute encore si lâessence se distingue de lâexistence dans les choses créées, il nâa pas à se donner beaucoup de mal au sujet des définitions de lâessence et de lâexistence pour lever ce douteâ ; quâil aille simplement chez quelque statuaire ou sculpteur en boisâ ; ils montrerons comment ils conçoivent selon un certain ordre une statut nâexistant pas encore et ensuite le lui présenterons existante59.â »
Ensuite il rejette à la fois la position dâAristote et celles dâal-FÄrÄbÄ« et dâIbn Rushd, affirmant quâil «â est facile de voir (â¦), dit-t-il, combien déraisonnable est cette division par où lâÃtre est divisé en Ãtre réel et Ãtre de Raisonâ : on divise ainsi lâÃtre en Ãtre et non-Ãtre ou en Ãtre et mode de penser. Je ne mâétonne pas cependant que les Philosophes attachés aux mots ou à la grammaire soient tombés dans des erreurs semblablesâ ; car ils jugent des choses par les noms, et non des noms par les choses60.â » Contre la division de lâÃtre héritée dâAristote et dâal-FÄrÄbÄ«, Spinoza propose une autre distinction ontologique, qui semble prolonger la tradition muÊ¿tazilite et avicennienne61. Il écritâ : «â Lâêtre doit être divisé en Ãtre qui existe nécessairement par sa seule nature, câest-à -dire dont lâessence enveloppe lâexistence et en Ãtre dont lâessence nâenveloppe quâune existence possible. Ce dernier Ãtre est divisé en Substance et Mode62.â » Certes, Spinoza reprend cette «â divisionâ » et lâintègre dans une ontologie tout à fait originale, toutefois, il nous semble que sa démarche sâinscrit dans le sillage du muÊ¿tazilisme.
Cette problématique centrale a constitué un champ de réflexion où se sont affrontés au moins deux courants philosophiques irréconciliables. Loin dâopposer la philosophie à la théologie, comme on serait tenté de le croire, cette conception a plutôt introduit une ligne de fracture au sein de cette dernière, entre ashÊ¿arisme et muÊ¿tazilisme, tout en annonçant les futures divisions au sein de la philosophie islamique et, plus largement, de la philosophie.
Ahmed Alami
Rabat, été 2021
Cf. Amélie-Marie Goichon, La distinction de lâessence et de lâexistence dâaprès Ibn Sina (Avicenne), (Paris Desclée de Brouwer, 1937)â ; Etienne Gilson, Lâêtre et lâessence, deuxième édition, Vrin 1981, chap. IVâ ; Gilson, Jean Duns Scot, Introduction à ses positions fondamentales, (Parisâ : Vrin 1952).
Averroes, TafsÄ«r mÄ baÊ¿d al-Ṭabīʿa, texte arabe inédit établi par M. Bouyge, (Beyrouthâ : imprimerie catholique, 1936), p. 313, trad. Gilson, in Lâêtre et lâessence, p. 67â : «â Avicenne a eu grandement tort de penser que lâun et lâêtre signifient des dispositions ajoutées à lâessence de la chose. Et lâon se demande comment cet homme a commis une telle erreurâ ; mais câest quâil a entendu les théologiens ashÊ¿arites de notre religion, et mélangé leurs propos à sa propre science divine.â »
Al-ShahrastÄnÄ«, The summa philosophiae of al-ShahrastÄni, NihÄya al-AqdÄm fi Ê¿ilm al-kalÄm, éd. Alfred Guillaume, (Londonâ : Oxford University Press, 1934) p. 151, 1. 2-3. «â wa al-ShaḥḥÄm mina al-muÊ¿tazila aḥdaṯa al-qawla bianna al-mÊ¿dÅ«ma shayʾun wa á¸Ätun waÊ¿aynun.â ».
«
Les maturidisme est une école théologique sunnite proche de lâécole ashÊ¿arite fondée par AbÅ« Manṣūr al-MÄturÄ«dÄ« (d. 333/944).
Cf. Ê¿Uá¸ud al-DÄ«n al-ʾĪjÄ«, al-MawÄqif, (Beyrouthâ : Ê¿Älam al-Kutub li-l-ṬibÄÊ¿a wa-n-Nashr wa-t-Tawzīʿ, DÄr SaÊ¿d al-DÄ«n, 1999), p. 56.
«
Al-ShahrastÄnÄ«, NihÄya., p. 159, l. 5-8.
Cf. J. Jolivet, «â Aux origines de lâontologie dâIbn SÄ«nÄâ », in les actes du colloque Pensée arabe et culture grecque, Université Mohamed V, Rabat, Maroc, 7-10 Mai, 1980.
Ibid., p. 576.
Qadarisme, courant théologique en Islam qui nie la prédestination divine et prétend que lâhomme est le créateur de ses propres actes.
Jahmisme, fondé par le théologien Jahm Ibn á¹¢afwÄn (d. 128/746) qui soutient, sur le plan théologique, une pure transcendance divine, et sur le plan éthique et moral, une négation de la liberté humaine.
J. Jolivet, «â Aux originesâ », p. 567.
Ibn Mattawayh, at-Taá¸kira fI AḥkÄmi al-jawhiri wa al-aÊ¿rÄá¸i, éd. Daniel Gimaret, (Le Caireâ : IFAO, 2009), col. 1, p. 23, voici le texte intégralâ : «â fa in zaÊ¿ama zÄÊ¿imun anna qawlanÄ Â«â shayʾâ » yaná¹£arifu ilÄ al-mawjÅ«di, lam yastaqim lahu á¸Älika, liannahum yaqÅ«lÅ«na «â Ê¿alimtu shayʾan mawjÅ«danâ », wa law kÄna kamÄ yaddaʿūnahu, la iqtaá¸Ä al-tikrÄra, kaannahu yaqÅ«lu: «â Ê¿alimtu mawjÅ«dan mawjÅ«danâ » «â kaannahu yaqÅ«lu «â Ê¿alimtu mawjÅ«dan maÊ¿dÅ«manâ ».â »
«
al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, al-MuÄ¡nÄ« fÄ« abwÄbi al-tawhÄ«di wa al-Ê¿Adli, éd. Musá¹afÄ á¸¤ilmÄ« et AbÅ« al-Ê¿AlÄ Ê¿AfÄ«fÄ«, (le Caireâ : al-DÄr al-Miá¹£riyya li-taʾlÄ«f wa-tarjama, 1965) vol. 5, p. 252, § 9-10â : «â wa law kÄna hÄá¸Ä al-ismu yaḫtaṣṣu al-mawjÅ«da, lawajaba an yakÅ«na qawlu al-qÄʾili «â Ê¿alimtu shayʾan maÊ¿dÅ«manâ » mutanÄqiá¸anâ ».
«
Ibn Mattawayh, at-Taá¸kira., p. 23â : «â kaannahu yaqÅ«luâ »ʿalimtu mawjÅ«dan maÊ¿dÅ«man⠻⠻.
«
al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, al-MuÄ¡nÄ«, vol. 5, p. 252, l. 10-11â : «â fa iá¸Ä baá¹ala á¸Älika Ê¿ulima annahu yajrÄ« Ê¿alÄ al-maÊ¿dÅ«mi wa al-mawjÅ«di jamīʿanâ ».
«
Ibid., p. 252, 13-15â : «â wa liá¸Älika lÄ yustafÄdu biqawli al-qÄÊ¿ili «â Ê¿alimtu shayʾanâ » anna al-laá¸Ä« Ê¿alimahu mawjÅ«d aw maÊ¿dÅ«mâ ».
«
Richard MacDonough Frank, Beings and Their Attributes, The Teaching of the Basrian School of the MuÊ¿tazila in the Classical Period, (Albanyâ : State University of New York Press, 1978), chap. 3, p. 53.
Ibn Mattawayh, at-Taá¸kira, p. 1. «â wa al-jawharu fa huwa jinsun wÄḥidunâ »â ; cf. AbÅ« RashÄ«d, al-MasÄʾil fÄ« al-ḫilÄf bayn al-baá¹£riyÄ«n wa al-baÄ¡dÄdiyÄ«n, éd. MaÊ¿an Ziyada et Ridouan es-Sayyid, 1979, p. 29â : «â á¸ahaba shuyūḫunÄ ilÄ anna al-jawÄhira kullahÄ jinsun wÄḥidun.â »
AbÅ« RashÄ«d, al-MasÄʾil fÄ« al-ḫilÄf, p. 38â : «â la wajaba an takÅ«na al-mawjÅ«dÄtu kulluhÄ jawÄhira wa qad Ê¿arafnÄ fasÄda á¸Älika».
«
Ibid., p. 30â : «â á¹£ifatu al wujÅ«di wÄḥidatunâ ».
Cf. Ibn Mattawayh, at-Taá¸kira, p. 15â : «â Lâêtre est un seul attribut qui ne se différencie pas dans les essences.â »
«
Ibid., p. 38â : «â al-jawharu jawharun liá¸Ätihiâ ».
Ibid., p. 46â : «â yubayyinu á¸Älika annÄ qad dallalnÄ Ê¿alÄ anna kawnahu jawharan lÄ yajÅ«zu an yakÅ«na bi al-fÄÊ¿ili. wa qad ṯabata anna wujÅ«dahu bi al-fÄÊ¿ili. wa muḥÄlun an takÅ«na al-á¹£ifa al-ḥÄá¹£ila bi al-fÄÊ¿ili hiya al-á¹£ifa al-latÄ« lÄ yajÅ«zu ann taḥṣula bi al-fÄÊ¿iliâ ». Nous soulignons.
«
Ibn Mattawayh, Al-muḥīṠbi al-taklÄ«f, éd. Omar es-Sayyed Ê¿AzmÄ«, révision Ahmed Fouad al-AhanÄ«, (Le Caireâ : al-DÄr al-Miá¹£riyya li-taʾlÄ«f wa-tarjama, 1965), p. 144â : «â faṯabata anna hÄá¸ihi al-á¹£ifa hiya Ä¡ayr á¹£ifat al-jinsiâ ». Nous soulignons.
«
Ibn Mattawayh, al-Tá¸kirah, p. 14â : «â inna á¹£ifata al-wujÅ«di fÄ« al-jawhari hiya at-taḥayyuzu, wa lÄ yufridu al-wujÅ«d bimujarradihi á¹£ifatun zÄʾidatun Ê¿alÄ at-taḥayyuzi, wa lÄ at-taḥayyuz á¹£ifatun zÄidatun Ê¿alÄ al-wujÅ«d. Wa hÄá¸Ä maá¸habun muḥkÄ Ê¿an AbÄ« IsḥÄq al-NaṣībÄ«.â »
«
Ibid., p. 15â : «â fa al-idrÄku yataÊ¿allaqu bi al-jawhari, wa lÄ yaá¹£iḥḥu an yudraka Ê¿alÄ á¹£ifati al-wujÅ«di, wa illÄ lazama idrÄku kulli wujÅ«din. fa lÄ budda min á¹£ifatin uḫrÄ yatanÄwaluhÄ al-idrÄku.â »
«
Ibid.â : «â fa law kÄna at-taḥayyuzu huwa al-wujÅ«da, la lazama fÄ« kulli al-mawjÅ«dÄti an yuṯbata lahÄ at-taḥayyuzu, linna al-wujÅ«da á¹£ifatun wÄḥidatun lÄ taḫtalifu fÄ« al-á¸awÄti.â »
«
Ibn Mattawayh, al-Majmūʿ., p. 163â : «â ammÄ á¸¥ukm kawnihi mawjÅ«dan fa huwa áºuhÅ«ru aḥkÄmi al-á¸awÄti, li annahu mawqÅ«fun Ê¿alÄ-al-wujÅ«dâ ».
«
Ibid., p. 142â : «â fa kullu mawjÅ«din liʾajli wujÅ«dihi taáºharu á¹£ifatuhu al-muqtaá¸Ät Ê¿an á¹£ifati al-á¸Äti wa biwujÅ«dihi yuÊ¿rafu mÄ huwa Ê¿alayhi fÄ« á¸Ätihiâ ».
«
Ibid., p. 142â : «â fa al-jawharu limÄ huwa Ê¿alayhi yuaṯṯiru fÄ« taḥayyuzihi Ê¿inda al wujÅ«diâ ».
«
al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, Al-MuÄ¡nÄ«, vol. 5, p. 232, l. 3-4â : «â yūṣafu taÊ¿ÄlÄ bi annahu mawjÅ«dun, li anna al-murÄda biá¸Älika annahu yaḫtaṣṣu biḥÄlin taá¹£iḥḥu Ê¿alayhi maÊ¿ahu al-aḥkÄmu al-latÄ« taḫtaṣṣu al-mawjÅ«dâ ».
«
al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, ṬabaqÄt al-MuÊ¿tazila, éd. Fouad Sayyed, (Tunisâ ; Algerâ : al-DÄr al-TÅ«nisiyya li-n-nashrâ ; al-Muʾassasa al-Waá¹aniyya li-l-KitÄb), 1986, p. 347â : «â innahu mawjÅ«dun qadÄ«munâ ».
«
al-QÄá¸Ä« Ê¿Abd al-JabbÄr, Al-MuÄ¡nÄ«., vol. 5, p. 130, l. 8-9â : «â innÄ bi iṯbÄtinÄ iyyÄhu mawjÅ«dun lam naḫruj bihi Ê¿an ḥaqÄ«qati al-mawjÅ«dat.â ».
«
Ibn Mattawayh, al-Majmūʿ, p. 159â : «â wa innamÄ á¸¥ukmuhÄ wujÅ«bu aṣṣifÄti al-arbaÊ¿i Ê¿anhÄâ ».
«
Ibid., p. 155â : «â wa al-laá¸Ä« Ê¿alayhi Ê¿ulamaʾu at-tawḥīdi annahu taÊ¿ÄlÄ muḫÄlifun li al-ḥawÄdiṯi bimÄ yarjiÊ¿u ilÄ á¸Ätihi, wa annahu tajrÄ« Ê¿alayhi al-á¹£ifÄt al-latÄ« Ê¿addadnÄhÄ li al-nafsi, fayuqÄluâ : huwa qÄdirun linfsihi, Ê¿Älimun linfsihi, ḥayyun qadÄ«mun li nafsihiâ ».
«
Ibid., p. 156â : «â wa al-laá¸Ä« ḥaqqaqahu AbÅ« HÄshim an qÄla: iá¸Ä lam yakun buddun mina al-muḫÄlafati, fayajibu an yaṯbuta li aḥadi al-muḫtalifayni mÄ lÄ yaṯbutu lil Äḫari aá¹£lanâ ».
«
Ibid.
Ibid.â : «â wa kÄn al-mÊ¿lÅ«mu anna al-qadÄ«ma â jalla wa Ê¿azza â law quddira marÊ¿iyan lamÄ á¹£aḥḥa taÊ¿alluqu al-idrÄki bihi Ê¿alÄ shayʾin mina al-á¹£ifÄti al-latÄ« á¸akarnÄhÄ limushÄrakati Ä¡ayrihi fÄ«hÄ fÄ« al-aá¹£liâ ».
«
Ibid.â : «â al-wujÅ«bu lÄ yʾaṯṯiru fÄ« al-ḫilÄfiâ ».
«
Ibid.â : «â wa al-ḫilÄfu lÄ yajÅ«zu wuqūʿuhu bi al-nafyi, wa lÄ bimÄ kÄnÄ al-mawsÅ«fu Ê¿alayhi min qabl aw sayakÅ«nu Ê¿alayhi min baÊ¿d, wa innamÄ yajibu an yakÅ«na al-ḫilÄfu aṯ-ṯÄbitu fÄ« kulli ḥÄlin li amrin huwa ṯÄbitun fÄ« kulli ḥÄlinâ ».
«
Ibid., p. 156â : «â fa laya illÄ iṯbÄtu á¹£ifatin á¸Ätiyatin laysat illÄ lahuâ ».
«
Ibid., p. 157â : «â wa lÄ budda min iṯbÄtihi Ê¿alÄ á¹£ifatin law udrika lamÄ udrika illÄ Ê¿alyhÄâ ».
«
Ibid.â : «â innahu iá¸Ä lam yakun buddun min wuqūʿi al-muḫÄlafati, wa lam yaá¹£iḥḥu wuqūʿuhÄ bimujarradi hÄá¸ihi al-á¹£ifÄti wa lÄ bikayfiyatihÄ, falaysi illÄ á¹alabu á¹£ifatin Ê¿uḫrÄâ ».
«
Ibid., p. 158â : «â wa laysa hÄkaá¸Ä al-á¹£ifÄt al-muqtaá¸Ät Ê¿an á¹£ifati á¸Ätihi jalla wa Ê¿azza, liannahu qad shÄrakahu fihÄ Ä¡ayruhu.â » Nous soulignons.
«
Ahmed Alami, LâOntologie modale, (Parisâ : Vrin, 2001), p. 189.
Daniel Gimaret, La doctrine dâal-AshÊ¿arÄ«, (Parisâ : Les éditions du Cerf Patrimoine, 1990), p. 29.
Ibid.
Ibid., p. 27.
Ibn FÅ«rak, Mujarrad maqÄlÄt al-AshÊ¿rÄ«, éd. Daniel Gimaret, (Beyrouthâ : DÄr al-Mashriq, 1987), p. 215, l. 4â : «â ḥudūṯu al-shayʾyi nafsuhu, wa kaá¸Älika qidamuhu wa taqaddumuhu wa wujÅ«duhu.â » Nous soulignons.
Al-BÄqillÄnÄ«, TamhÄ«d al-awÄʾil wa talḫīṣ al-dalÄʾil, éd. Ê¿ImÄd ed-DÄ«n Ahmed Ḥaydar, (Beyrouthâ : Muʾassasat al-Kutub al-ThaqÄfiyya, troisième édition, 1993), p. 34-35.
«
Al-ShahrastÄnÄ«, NihÄya., p. 141, l. 6-7â : «â fa in kÄna al-jawharu maḥallan lahu faqad baá¹ala Ê¿umÅ«muhu al-Ê¿araá¸a fa in Ê¿anaytum al-Ê¿araḠfaqad baá¹ala Ê¿umÅ«muhu al-jawhar.â »
«
Aussi p. 151, l. 1-2.
«
Al-JuwaynÄ«, ShÄmil fÄ« UsÅ«l al-dÄ«ni, éd. Ali SÄmÄ« an-NeshÄr et Faysal BadÄ«r Ê¿Awn et Souhair Mohamed MukhtÄr, (Alexandrieâ : Munshaʾat al-MaÊ¿Ärif bi-l-Iskandariyya, 1969), p. 129â : «â ⦠inna al-wujÅ«da laysa biḥÄli maÊ¿a taqdÄ«ri iṯbÄti al-aḥwÄlâ ».
«
Ibid., p. 129â : «â ammÄ buá¹lÄnuhu Ê¿alÄ maá¸habinÄ, fa li anna ḥaqÄ«qata, al-á¸Äti al-wujÅ«du, wa laysa al-wujÅ«du maÊ¿nan zÄʾidan âala al-á¸Ätiâ ». Nous soulignons.
«
Ibid., p. 637â : «â al-wujÅ«du huwa al-ṯubÅ«tuâ ». Nous soulignons.
«
Cf. AbÅ« RashÄ«d al-NÄ«sÄbÅ«rÄ«, al-MasÄʾil fÄ« al-ḫilÄf.â ; cf. al-JuwaynÄ«, kitÄb ash-ShÄmil., p. 125â : «â al-KaÊ¿bÄ« et ceux qui ont suivis sa position parmi les muÊ¿tazilites sâaccordent avec les gens de la vérité (lâashÊ¿arisme) pour affirmer que le non-existant nâest pas une chose, mais un pur néant.â »â ; cf. Taqiyyi ed-DÄ«n an-NajrÄnÄ«, al-KÄmil fÄ« al-istiqá¹£Äʾ fÄ«mÄ balaÄ¡anÄ min kalÄm al-qudamÄʾi, éd. Sayyed Mohamed ash-shÄhid, (Le Caireâ : al-Majlis al-AÊ¿lÄ li-l-Shuʾūn al-IslÄmiyya, 1999), p. 185â : «â Les savants divergent quant à la question de savoir si le non-existant constitue ou non une chose. Selon notre shayḫ AbÅ« al-Ḥusayn (d. 634/1237) et notre Shayḫ Rukn ed-dÄ«n al-ḪawÄrizmÄ« (d. 536/1141) le non-existant nâa pas dâessence et que lâêtre dâune chose ne sâajoute pas à elle-ci.â »
Stephen Menn, «â al-FÄrÄbÄ«âs KitÄb al-ḤurÅ«f and his analysis of the senses of beingâ » in Arabic Sciences and Philosophy, vol. 18 (2008) p. 59-97.
Cf. al-FÄrÄbÄ«, KitÄb al-HurÅ«f, éd. Mohsin Mahdi, (Beyrouthâ : DÄr al-Mashriq) 1970, première partie, § 84, p. 113, s. l. 9-14.
Cf. lâusage quâen propose le philosophe Gilles Deleuze dans son ouvrage Logique du sens, publié aux Ãditions de Minuit en 1969â ; cf. aussi Ahmed Alami, «â Deleuze et Avicenneâ », in Chimères, N° 31, (Parisâ : 1997), 73-87.
Avicenne, Directives et remarques, traduction avec Introduction et Notes par Amélie-Marie Goichon, (Parisâ ; Beyrouthâ : Vrinâ : Commission internationale pour la traduction des chefs-dâÅuvre), 1951, p. 357.
Spinoza, Pensées métaphysiques, traduction, notices et notes Charles Appuhn, (Parisâ : GF. 1964), Première partie, chap. I, p. 344.
Ibid., p. 339.
Sur lâinfluence dâAvicenne sur Spinoza, Cf. Gilles Deleuze, Spinoza et le problème de lâexpression, (Parisâ : Minuit, 1969), p. 176.
Ibid., 341.
