Lââ¯Ã©volution du grand domaine en Sicile entre les périodes byzantine et islamique (la conquête islamique débute en 827 et lââ¯Ã©mirat insulaire se maintient jusquââ¯au milieu du XIe siècle) a, dans un premier temps, donné naissance à lââ¯invention dââ¯un modèle qui sââ¯appuie sur des éléments historiques pour le moins lacunaires1 et des sources juridiques théoriques, souvent tardives par rapport aux situations quââ¯elles sont censées documenter et élaborées dans des contextes très différents de celui de la Sicile. Par la suite, le silence est retombé sur cette question et lââ¯on a hésité entre lââ¯idée que rien ne peut être avancé sur ce sujet2 et la conviction que la domination islamique en Sicile a eu un impact «â¯certainâ¯Â» et a connu une évolution «â¯typeâ¯Â».
Il est néanmoins des éléments et des indices, à réinterpréter ou venus au jour grâce aux progrès de recherches en cours, qui permettent de reposer un certain nombre de problèmes. Une des principales difficultés concerne, comme toujours, les sources disponiblesâ¯: entre le registre épistolaire abondant du pape Grégoire le Grand (v. 540â604) et les diplômes de la dynastie normande des Hauteville qui conquiert lââ¯Ã®le à partir du milieu du XIe siècle, les informations paraissent minces. Elles ne sont toutefois pas inexistantes et il est possible de renouveler leur apport en appliquant une méthode régressive à des documents plus récents, même sââ¯il convient de procéder avec prudence. En outre, de manière générale, comme nous lââ¯avons souligné ailleurs3, lââ¯histoire de la Sicile entre VIe et Xe siècle a tout à gagner à être mise en perspective avec celle des autres provinces de lââ¯empire byzantin puis de lââ¯empire islamique, ne serait-ce, dââ¯ailleurs, que pour sââ¯en démarquer éventuellement.
Enfin, de nouvelles sources peuvent être mises à profit. Elles résultent de la mise en Åuvre dââ¯Ã©tudes archéologiques et techniques (sigillographie, numismatique â¦), dont les apports ont déjà amené à revoir de nombreux points tenus pour assurés, et se développent également rapidement grâce à la publication dââ¯actes grecs de la toute première période normande documentant la Calabre et la Sicile.
Il nââ¯est pas possible ici de revenir en détail sur un contexte politique et économique en constante évolution pour les siècles qui nous occupent et lââ¯on se contentera de quelques grandes lignes, les plus utiles à la démonstration. Au cours des VIeâVIIIe siècles, la Sicile suit une trajectoire unique parmi les provinces relevant de Byzance4, en ce que sa prospérité relative sââ¯accroît5, tandis que lââ¯empire traverse partout ailleurs une crise dont la sévérité nââ¯a pas besoin dââ¯Ãªtre soulignée6. Ce nââ¯est quââ¯après 750 quââ¯une conjonction de facteurs contribue à la marginalisation économique et politique de lââ¯Ã®le, laquelle provoqua une série de troubles civils qui accélérèrent la conquête musulmane. On soulignera toutefois quââ¯Ã la veille de lââ¯attaque, la Sicile demeure assez puissante pour quââ¯un usurpateur ait pu sérieusement penser en faire le tremplin dââ¯une conquête du pouvoir à Constantinople7. Cette richesse longtemps maintenue tient au caractère insulaire de la province qui non seulement la met pour lââ¯essentiel à lââ¯abri des attaques, mais favorise la démographie et la concentration de capitaux en offrant un refuge aux populations fuyant les zones de guerre. La province bénéficie en outre dââ¯une relation privilégiée avec la capitale, entérinée par un système administratif unique8. Riche et très étroitement contrôlée, elle joua un rôle essentiel dans la survie de lââ¯empire. Lââ¯un des indices les plus clairs, tant de cette prospérité que de la faveur impériale, est constitué par lââ¯activité constante de lââ¯atelier de frappe qui assura la vitalité unique, en province, de son économie monétaire9. Celle-ci était indispensable au bon fonctionnement dââ¯une économie tournée vers lââ¯exportation, notamment du blé, et largement aux mains de propriétaires étrangers à lââ¯Ã®leâ¯: les Ãglises italiennes, essentiellement â mais pas uniquement â Rome et Ravenne, et lââ¯Ãtat impérial. Les grandes familles sénatoriales de Rome y étaient également possessionnées, mais se replient sur ces domaines siciliens au cours du VIe siècle, avant dââ¯Ãªtre supplantées au siècle suivant par une nouvelle aristocratie, au sein de laquelle se mêlent locaux et descendants de réfugiés (italiens, orientaux, balkaniques et africains), dont on ne peut malheureusement étudier la fortune avec précision10.
La situation de la seconde moitié du VIIIe et du début du IXe siècle nââ¯apparaît pas très clairement, ce qui peut être en soi un indice de lââ¯existence de difficultés internes. Lââ¯intégration progressive de lââ¯Ã®le à lââ¯espace islamique, à partir de la première intervention ifrîqiyenne de 827, est caractérisée par un paradoxeâ¯: la lenteur de la conquête, achevée en 97611, contraste avec lââ¯existence de liens anciens entre la Sicile et le Nord de lââ¯Afrique et avec une intégration précoce au monde de lââ¯Islam au moins de la partie occidentale de lââ¯Ã®le12. Il convient dââ¯insister sur ce point car on a eu trop tendance jusquââ¯ici à considérer que la seconde moitié du Xe siècle, sous la dynastie kalbide, marquait le moment véritable de lââ¯islamisation insulaire, une conception sur laquelle on revient peu à peu. On ne peut en effet déduire que la conquête de la Sicile en cours nââ¯aurait eu aucune incidence au IXe siècle de la seule absence de sources écrites en documentant les effets, une situation que lââ¯on retrouve ailleurs aux premiers temps la domination islamique. En outre, une révision de la chronologie des données archéologiques relatives à lââ¯Ã©poque islamique, attestant une évolution de la production céramique dès la fin du IXe siècle à Palerme, est en cours et ses incidences sont notables13. En effet, on a souvent mis en avant une croissance des établissements ruraux à partir du Xe siècle dont attesterait la présence de céramique glaçurée vert et brun. Or, il nââ¯est plus possible de dater cette dernière uniformément du «â¯Xe siècleâ¯Â», sur des bases peu solides et circulaires (notamment en sââ¯appuyant sur les bacini de Pise)14. Une telle relecture nââ¯est pas indifférente puisquââ¯elle permettra de mieux dater, et probablement de rehausser chronologiquement, la multiplication des sites habités dans les campagnes siciliennes.
Laissant ici de côté lââ¯archéologie, nous essaierons de voir si les sources textuelles permettent de dégager des pistes de réflexion concernant lââ¯impact de la conquête lancée depuis lââ¯IfrÄ«qiya et de la mise en place dââ¯un Ãtat émiral insulaire sur lââ¯organisation agraire et la fiscalité rurale. On a longtemps avancé en effet quââ¯elles avaient abouti à une redistribution foncière et à une diminution de la taille des unités exploitées, ainsi quââ¯Ã une évolution de la fiscalité, en reprenant les assertions de Michele Amari15. Il convient néanmoins de revenir sur ces différents points qui paraissent mal étayés.
Pour en terminer avec ces prémisses, il est nécessaire dââ¯insister sur le fait que, comme probablement dans de nombreuses autres régions du monde méditerranéen entre le VIe et le Xe siècle, les réalités siciliennes qui seront traitées ici connaissent une déclinaison micro-régionale forte et quââ¯il est donc très difficile de dégager les grandes lignes dââ¯un modèle dââ¯Ã©volution qui serait généralisable à lââ¯ensemble de lââ¯Ã®le.
1 Forme et extension du grand domaine
1.1 Les massae de lââ¯Ã©poque byzantine
Lââ¯importance du grand domaine en Sicile sous la domination byzantine reflète largement lââ¯orientation de lââ¯Ã©conomie de lââ¯Ã®le vers lââ¯exportation. Elle se constate évidemment dès lââ¯Ã©poque républicaine, mais, après plusieurs siècles dââ¯apathie, elle est relancée aux IVeâVe siècle par de puissants investissements sénatoriaux destinés à assurer lââ¯approvisionnement de Rome après le détournement de lââ¯annone vers Constantinople qui priva Rome dââ¯une source de ravitaillement indispensable16. Cette reprise en main amena à la constitution de vastes unités dââ¯exploitation, nommées massae, terme qui apparaît dans la liste des donations constantiniennes du Liber pontificalis de Rome17. Cââ¯est leur évolution aux VIeâVIIIe siècles qui nous retiendra ici. Les sources disponibles limitent toutefois lââ¯enquête puisque seule la grande propriété ecclésiastique est bien documentée, en particulier par les quelques 200 lettres que Grégoire le Grand adressa en Sicile18. Toutefois, lââ¯Ãglise de Rome apparaît essentiellement comme lââ¯héritière des fortunes sénatoriales19 et la bénéficiaire des largesses impériales20. On ne perçoit aucune spécificité structurelle dans ses modes de gestion. Par ailleurs, le mouvement peut sââ¯inverser tout aussi facilementâ¯: la saisie des biens de Rome au cours du VIIIe siècle entraîne le passage de cette fortune dans le giron de lââ¯Ãtat21, voire dans celui de lââ¯aristocratie lorsque lââ¯empereur procède à des donations. Cette circulation permet dââ¯envisager de substantielles parentés dans le mode de gestion des biens.
La région sââ¯Ã©tendant entre Sofiana et Enna présente sans doute un cas dââ¯Ã©coleâ¯: on y repère les biens des Nicomachi, lââ¯une des plus importantes familles sénatoriales de Rome22 puis de lââ¯Ãglise de Rome23, principale héritière des biens de cette gens liée aux Anicii, avant que, au lendemain de la saisie des patrimoines pontificaux, au début des années 74024, lââ¯Ãtat impérial nây installe des troupes selon une stratégie également observable en Calabre25. La saisie ne semble pas entraîner de rupture dans la gestion. Le même terme de massa désigne toujours les grands domaines impériaux en Italie26 et les fonctionnaires qui se voient confier la gestion des biens saisis adoptent dââ¯emblée les titres auparavant en usage dans lââ¯administration pontificale27. Ces indices de permanence sont infimes, mais ce sont les seuls dont nous disposions. On reviendra plus avant sur lââ¯Ã©volution du rapport de la massa au système fiscal.
Le terme massa est une version abrégée de lââ¯expression massa fundorum. Celle-ci ne se rencontre quââ¯en Italie et les massae sont repérables essentiellement dans le sud et le centre de la péninsule, cââ¯est-à -dire dans les zones de concentration des patrimoines sénatoriaux28. Le terme renvoie à un agglomérat de biens dââ¯origines et de tailles diverses, les fundi. La massa fundorum naît donc dââ¯un processus de concentration, remontant au IIe siècle en Italie, de biens-fonds divers29, mais qui, au moins à lââ¯origine, demeurent bien distincts au sein de cette superstructure30. La massa constitue donc essentiellement le cadre de lââ¯enregistrement des biens dââ¯un propriétaire et de la gestion des archives y afférant, au sein dââ¯un ressort civique particulier, puisque les massae ne sont jamais à cheval sur les territoires de cités distinctes31. Cââ¯est également à cet échelon que le grand propriétaire nomme un gestionnaire, le conductor qui opère à partir dââ¯un centre domanial appelé, vers 600, conduma32. Toutefois, la massa, si elle est circonscrite à un territoire civique, ne regroupe pas forcément tous les biens dââ¯un même propriétaire dans ce ressort. Un même possesseur peut en effet avoir plusieurs massae dans une même cité33. Cââ¯est un point qui distinguerait la massa de lââ¯oikos égyptien, lequel paraît rassembler lââ¯ensemble des biens dââ¯un individu sur un même territoire34. à lââ¯inverse, une même massa peut avoir plusieurs propriétaires, lââ¯indivis (qui peut associer laïcs et ecclésiastiques) assurant la survie de la cohésion domaniale35.
Le système présente toutefois un visage particulier en Sicile puisque les massae y sont nettement plus grandes quââ¯ailleurs en Italie, avec des revenus moyens dââ¯environ 800 solidi (maximum 1640), à peu près 2,5 fois supérieurs à ceux des massae continentales36. Se reflète ici en bonne partie la faiblesse du réseau urbain insulaireâ¯: les territoires des principales cités sont extrêmement étendus par rapport à ceux de lââ¯Italie péninsulaire37. Mais surtout, le processus de concentration foncière sââ¯accéléra tardivement, au IVe siècle, à la suite de la fondation de Constantinople et du détournement de lââ¯annone vers la nouvelle capitale38. Il est donc probable que les massae siciliennes naquirent par coalescence de biens déjà importants. De fait, la disparité de taille que lââ¯on constate entre massae insulaires et continentales se retrouve bien à lââ¯Ã©chelle de leurs éléments constitutifs, les fundi39.
Le choix de se pencher sur les massae pour étudier les instruments de contrôle des zones rurales de la Sicile est en partie dicté par la nature du réseau urbain sicilien, déjà évoquée. Celui-ci en effet est essentiellement côtier, si lââ¯on sââ¯en rapporte à lââ¯image quââ¯en donne Georges de Chypre, une spécificité que confirme le croisement des listes dââ¯Ã©vêchés médiévales avec les données prosopographiques relatives aux titulaires des sièges mentionnés40. Il semble donc que ce soient les grands domaines qui aient assuré lââ¯encadrement dââ¯une bonne partie de lââ¯arrière-pays des cités, de concert avec certains gros bourgs, équivalant aux megalai komai orientales, qui peuvent dââ¯ailleurs avoir été à lââ¯origine partie intégrante des domaines41. Le phénomène est bien entendu ancien et les itinéraires romains, comme les études de toponomastique, ont mis en valeur la fréquence des toponymes «â¯predialiâ¯Â» en -anum, renvoyant généralement aux possessions de grandes familles sénatoriales42. Toutefois, le mouvement de concentration de lââ¯habitat que lââ¯on constate à la fin de lââ¯antiquité a certainement renforcé ce rôle traditionnel43. On tentera plus bas de préciser logique et modalités de ce processus.
On ne peut malheureusement évaluer avec précision le poids de la grande propriété. Non seulement les sources manquent, mais la structure des biens est extrêmement complexe puisque, pour nââ¯Ã©voquer quââ¯un phénomène, les possessores possèdent des monastères qui à leur tour possèdent des biens44. Toutefois, les biens dââ¯Ãtat étaient si importants quââ¯ils légitimèrent en 537 lââ¯instauration dââ¯un système administratif spécial rattachant à lââ¯empereur cette île, considérée en quelque sorte «â¯comme son péculeâ¯Â»45. La situation devait donc au moins être équivalente à celle de la proche Proconsulaire, aux structures agraires assez similaires et où les biens de lââ¯empereur atteignaient 15â¯% des terres46. Les biens cumulés de Rome et Ravenne peuvent quant à eux être estimés aux alentours de 10â¯% de la surface agricole utile47. Le patrimoine de Rome était en outre relativement resserré sur le territoire de certaines cités48, où il devait représenter une part tout à fait significative du sol. Vers 600, le patrimoine de saint Pierre comptait ainsi 400 domaines, dont on pourrait estimer, dââ¯après leur revenu, la taille moyenne à environ 200 hectares de terre de moyenne qualité, avec bien entendu de très importantes fluctuations49. En outre, il sââ¯agit là dââ¯un modèle abstrait, le poids respectif des pâturages, vignes, terres irriguées variant évidemment dââ¯un domaine à lââ¯autre. Quoi quââ¯il en soit de ces dernières estimations, on peut admettre que lââ¯on atteint avec ces seuls trois propriétaires environ un quart du terroir, ce qui est tout à fait extraordinaire.
Une mise en garde cependantâ¯: le centre domanial demeure toujours le relais du pouvoir des cités. Les domaines ecclésiastiques identifiés appartiennent aux Ãglises cathédrales ou à des monastères qui, pour peu quââ¯on les connaisse, semblent essentiellement urbains. La focalisation exclusive des hagiographies sur la fonction épiscopale jusquââ¯au IXe siècle reflète dââ¯ailleurs bien ce primat des cités50. Les domaines de lââ¯Ãtat sont gérés depuis les administrations sises à Catane et Syracuse51. Enfin, lââ¯aristocratie sicilienne conserve un caractère urbain marqué, peut-être lié en partie à son caractère exogène, les migrations des VIe et VIIe siècles lââ¯ayant renouvelée profondément52. Elle nââ¯a pas a priori de liens forts avec les campagnes. Le maintien tardif de titulatures issues des magistratures urbaines, comme celle de pater poléôs (début VIIIe siècle)53, reflète également cette vitalité maintenue de villes qui demeurent prospères jusquââ¯aux ravages de la conquête islamique, qui frappa de façon particulièrement rude les grandes villes de la côte orientale54.
1.2 Lââ¯impact de la domination islamiqueâ¯: le raḥal et lââ¯amélioration de la condition paysanne
On peut donc se demander quel fut lââ¯impact de la conquête arabo-musulmane dans un cadre affecté au VIIIe siècle par des évolutions mal connues dans le détail, mais que lââ¯on peut résumer rapidementâ¯: extension des biens de lââ¯Ãtat byzantin au détriment de lââ¯Ãglise de Rome, relatives décroissances économique et démographique et déclassement politique de lââ¯Ã®le. On peut penser que le premier de ces facteurs favorisa un transfert massif de propriété au bénéfice du nouvel Ãtat islamique qui pouvait dââ¯autant plus facilement le redistribuer. Quel fut, dès lors, le destin de ces biensâ¯: furent-ils allotis entre les conquérants, devinrent-ils propriété de lââ¯Ãtat aghlabide puis fatimideâ¯? Les grandes unités foncières de lââ¯Ã©poque précédente conservèrent-elles leur cohérence ou furent-elles dépecéesâ¯? Le grand domaine demeura-t-il subordonné à lââ¯autorité des cités ou sââ¯Ã©mancipa-t-il de cette tutelleâ¯? Sââ¯il nââ¯est pas possible de répondre à toutes ces questions, il est nécessaire de les conserver à lââ¯esprit et quelques éléments peuvent être avancés.
Les sources permettant de répondre à ces questions sont au nombre de trois et seules deux datent de la période islamique.
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Tout dââ¯abord, on a retrouvé au cours de fouilles menées dans la commune de Milena55 une trentaine de sceaux datés dââ¯entre 863 et 893, portant le nom des émirs aghlabides successifs56. Leur nature nââ¯est guère claire même si une partie des spécialistes ne croit plus aujourdââ¯hui quââ¯il sââ¯agit de sceaux attestant le versement de la jizya comme le soutient leur éditrice57. En revanche, lââ¯existence et la conservation de ces documents dans le cadre dââ¯un établissement rural, qui bien que proche dââ¯un axe important (la route Palerme-Agrigente) est relativement éloigné de la côte et du réseau urbain (une quarantaine de kilomètres dââ¯Agrigente), suggère que cette localité était intégrée à un cadre administratif et probablement fiscal dès une période haute. Or, à cette date, la conquête est loin dââ¯Ãªtre achevée et lââ¯autorité islamique sââ¯exerce surtout sur la Sicile occidentale jusquââ¯Ã une date relativement tardive, les localités situées dans le reste de lââ¯espace insulaire étant régulièrement soumises et reperdues58. Il est donc notable que, y compris dans ce contexte, lââ¯arrière-pays dââ¯Agrigente â une zone où était possessionnée lââ¯Ãglise de Rome, puis, par voie de saisie, lââ¯Ãtat impérial â, ait connu une transition rapide dââ¯une autorité à une autre. On a vu plus haut lââ¯importance des biens dââ¯Ãtat en Sicile après le milieu du VIIIe siècle et lââ¯on peut donc émettre lââ¯hypothèse que cette évolution, spécifique à la Sicile59, nây fut pas limitée à lââ¯Agrigentin.
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Le KitÄb al-amwÄl, texte juridique dââ¯al-DawÅ«dÄ« (m. entre 402/1010â1011 et 411/1020â1021) qui date du XIe siècle mais décrit probablement une situation datant du Xe siècle60, au-delà des problèmes quââ¯il soulève, atteste clairement à la fois une circulation des hommes et des unités foncières. Il relate en effet des conflits entre générations de âcolonsâ qui sont réglés par le pouvoir central ou ses représentants au niveau local, tandis que des déplacements de groupes dââ¯individus sont favorisés par lââ¯autorité émirale afin de mettre en valeur des espaces agricoles (notamment près de Syracuse). La plus grande partie des cas mentionnés intéresse à nouveau au premier chef lââ¯arrière-pays dââ¯Agrigente.
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Néanmoins, lââ¯essentiel des informations proviennent des diplômes, et en particulier de ceux émis par le dÄ«wÄn et partiellement en arabe61, qui datent de la période normande (XIeâXIIe siècle). Une démarche régressive maîtrisée permet de tirer quelques conclusions de leur analyseâ¯:
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Tout dââ¯abord, le réseau épiscopal semble avoir disparu au cours de la domination islamique et tous les évêchés sont redessinés à partir de la fin du XIe siècle sur la base dââ¯unités administratives islamiques62. La chronologie de la disparition du réseau byzantin peut sans doute être encore précisée63, mais quoi quââ¯il en soit, cette évolution a dû se solder par une émancipation relative des zones rurales par rapport aux cités. Dans le même temps, on pense aujourdââ¯hui quââ¯un certain nombre de monastères se sont maintenus. Souvent de petite taille et ruraux, ils ont donc probablement aussi préservé une assise foncièreâ¯: cââ¯est le cas dans la partie occidentale de lââ¯Ã®le (val de Mazzara)64, et ponctuellement dans le val Demone65. Il nây a donc pas dans ce domaine dââ¯Ã©volution univoque ni généralisable à lââ¯ensemble de lââ¯espace insulaire, mais on ne peut nier que des transformations ont affecté le contrôle des zones rurales, à défaut de leur structuration, et que le rôle des évêchés a décliné.
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Les grandes unités que constituaient les massae ne paraissent pas se maintenir en tant que telles et ne deviennent le plus souvent que des références toponymiques. Le diplôme le plus détaillé dont on dispose concernant lââ¯organisation dââ¯une vaste zone rurale date de 1182 et est bilingue arabe-latin. Il décrit le Monréalais (arrière-pays de Palerme) dont il vise à renforcer le contrôle par lââ¯archevêché de Monreale, nouvellement créé sous lââ¯impulsion de Guillaume II. Sans entrer dans les détails, ce type de documents présente probablement de fortes continuités avec ceux de la période islamique. Les unités de base qui sont délimitées en 1182, les raḥals, sont des circonscriptions de nature fiscale et administrativeâ¯; y évoluent des individus de statuts différents mais majoritairement propriétaires et soumis à lââ¯impôt66. Le diplôme ne documente donc pas lââ¯existence de grands domaines fonciers, même si ces entités sont également territoriales et dessinent le cadre dââ¯une mise en valeur agricole qui correspond le plus souvent au terroir dââ¯une ou plusieurs localités. La superficie dââ¯un certain nombre de raḥals et la répartition de leurs terres en grandes catégories dââ¯exploitation sont précisées. Quelles sont donc ces données67â¯?
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1.2.1 Superficies autour de 100â250 salmes68
Casale Helkcileiâ¯: 40 salmes et autant pascue, p. 18669
Casale Rahalutaâ¯: 240 salmes, p. 187
Hendulciniâ¯: 250 salmes et un morceau de foresta, p. 187
Terres du dÄ«wÄnâ¯: 600 salmes, dont 200 pascue, p. 187
Casale Benbarkâ¯: 120 salmes, p. 187
Rahalgiditâ¯: 150 salmes et de la foresta, lââ¯arabe ajoute 50 salmes de pâturages, p. 188
Rahalamrunâ¯: 52 pariccla, dont 10 non valent ad laborandum, p. 188
Divisa inter casale Maraus et casale Buchineneâ¯: 50 salmes pour les Corléonais, p. 190
Casale Balatâ¯: 250 salmes, p. 190
Rahalmudâ¯: 200 salmes, p. 190â¯; pas en arabe
Sykekiâ¯: 300 salmes, p. 190
S. Nicolaus de Churchuroâ¯: 4 pariccla, scilicet ad seminaturam 120 salmarum dans le tenimentum de Iato, p. 194
Hospitalis Sancte Agnesâ¯: 80 salmes, p. 198â¯; pas en arabe
1.2.2 Superficies entre 500 et 1000 salmes cultivables
Maganugaâ¯: 1000 salmes, dont 970 cultivables, p. 181â182â¯; 40 salmes relèvent de Cumeyt = 70 vilains
Beluynâ¯: 1260 salmes, dont 300 non cultivables, p. 183
Une divisa magna dont fait partie Rahalmia (wa-huwa jinÄn Bin KinÄna)â¯: 5700 salmes, dont 500 pour Corleone, 200 pour Cefalà , 3000 pour Rahalmia et 2000 pour Bufurera, p. 184
Magagiâ¯: 1260 salmes, dont 300 pascue, p. 184
Summiniâ¯: 7000 salmes, dont 800 cultivées et 200 pascue, p. 184
Malvitumâ¯: 5000 salmes, dont 600 cultivables, p. 185
Corubnis Inférieurâ¯: 1000 salmes, p. 186
Corubnis Supérieurâ¯: 900 salmes, p. 186
Menzelsarcunâ¯: 900 salmes et terres pertinentes ad homines Permenini, p. 187
Lacamuckaâ¯: 1000 salmes, dont 40 pascue, 20 aux hommes de la duanaâ¯; Lacamucka habet apud Desisium et apud Mut terras octoginta trium salmarum (p. 217)â¯: 83 (al-jumla alf wa-thalÄtha wa-Ê¿ishrÄ«n mudd, p. 188)
Martuâ¯: 897 salmes, dont 273 salmes de bois et pâturagesâ¯; dont 15 pour les hommes de Partinico, p. 190
Les mentions portées par le document suggèrent quââ¯elles servaient au calcul de lââ¯impôt, même si les catégories de terre ne sont pas toujours mentionnées et si la vigne nââ¯apparaît pas. La distinction est faite entre incultum, pâturages et terres céréalicoles. Du point de vue de la superficie, ce qui frappe ici cââ¯est à la fois lââ¯hétérogénéité des situations et le fait que se détachent deux grands groupes en fonction de la taille des unités, même si nombre dââ¯entre elles ne sont pas mesurées et si la répartition entre terres cultivables et incultum est loin dââ¯Ãªtre systématique, ce qui empêche de tirer des conclusions définitives. Un premier se concentre autour de 100â250 salmes, soit une superficie moyenne de 400 hectares environâ¯; le second compte souvent autour de 1000 salmes cultivables et est en moyenne cinq fois plus étendu que les unités précédentes (env. 2260 hectares). La différence ne semble pas toujours liée à une proportion différente dââ¯incultum, puisque même dans la seconde catégorie, les terres cultivables peuvent atteindre 97â¯% de la surface du domaine (il est vrai dans un seul cas, celui de Maganuga). On a donc lââ¯impression que ces unités ont été découpées afin de fournir un rendement fiscal donné et globalement équivalent, ce qui explique leur superficie variable mais située à lââ¯intérieur dââ¯une fourchette pour chacun des deux groupes. Toute la question est de savoir si elles prolongent lââ¯existence de grands et de moins grands domaines de la période byzantine.
A priori, ces chiffres indiqueraient donc pour la période islamique des concentrations foncières bien plus importantes quââ¯Ã lââ¯Ã©poque précédente, puisque même la première catégorie regroupe des entités dont la taille moyenne double de celle que lââ¯on peut envisager pour les domaines pontificaux70. Même en tenant compte du fait que lââ¯estimation des surfaces proposées pour les domaines pontificaux repose sur une conversion entre revenus et superficies, toujours hasardeuse, et quââ¯elle suppose une qualité constante de la terre, les unités de la région de Monreale en 1182 semblent bien plus considérables, même si lââ¯on ignore en partie la proportion dââ¯incultum. Deux éléments sont donc apparemment contradictoiresâ¯: la taille des raḥals dââ¯une part et le statut de la majorité de leurs habitants qui versent lââ¯impôt. Ceci suggère une réorganisation due à une évolution démographique, déclinante, à même de retourner le rapport de force en faveur des paysans.
Lââ¯Ã©tendue de ces unités évoque un mode dââ¯exploitation nettement plus lâche quââ¯Ã lââ¯Ã©poque byzantine. Dans un système dââ¯exploitation fiscale semblable à celui de Byzance, elles auraient en effet rapporté environ 10000 nomismata, voire davantage là où les droits de propriété sââ¯additionnaient au prélèvement fiscal. Or, on sait que le revenu total des impôts de la Sicile islamique et du tribut levé sur la proche Calabre, atteignait tout juste le double de cette somme au Xe siècle71â¯: il est donc clair que le niveau de la pression fiscale à superficie égale est sans commune mesure entre les deux époquesâ¯: elle a baissé à lââ¯Ã©poque islamique. On va voir que ce constat sââ¯accorde avec ce que lââ¯on sait du mode dââ¯enregistrement et des modalités dââ¯exploitation des terres des dépendants de ces domaines à lââ¯Ã©poque byzantine ainsi que de lââ¯Ã©volution de ces deux données que lââ¯on devine à partir de la fin du VIIIe siècle. Il est probable en effet que cette situation reflète un déclin démographique plutôt quââ¯un processus de concentration foncière, même si celui-ci en découle. Sââ¯y ajoute probablement une sorte de fossilisation de lââ¯impôt, ajusté à la marge (cf. infra)72.
Cette moindre pression fiscale et cette relative amélioration de la condition paysanne semblent converger avec les informations livrées par des diplômes en faveur de S. Nicolas de Churchuro. Sââ¯il figure dans la liste ci-dessus au titre de 4 pariccla, soit 120 salmes, le monastère est connu par différents diplômes royaux73 datés des années 1140, lesquels rapportent la concession de chaque zawj/paricclum à un foyer dââ¯exploitants, soit si les équivalences sont justes, environ 50 ha par familleâ¯; le revenu fiscal tiré de ces hommes étant concédé à cette nouvelle fondation. Or, le zawj est, on le verra, lââ¯unité fiscale de référence depuis lââ¯Ã©poque islamique. On a donc lââ¯impression que si la situation générale de la production agricole nââ¯est probablement pas excellente en 1182 dans le Monréalais, la condition paysanne nââ¯est pas nécessairement mauvaise. La question serait de savoir si, entre la période islamique et la fin de la période normande, la situation a connu une transformation radicale. Or, rien ne semble le suggérer. Il est toutefois vrai que les tensions et les persécutions des musulmans provoquent en général un départ vers le Monréalais, considéré comme le ârefugeâ musulman sicilien, et que cette relative bonne tenue ne caractérise probablement pas lââ¯ensemble de lââ¯Ã®le à la même période.
En outre, une caractéristique intrigante des documents dââ¯Ã©poque normande a été récemment réexaminée à la lumière de ce que lââ¯on sait de lââ¯Italie péninsulaire méridionale y compris pour des périodes plus tardives74. On se demandait jusquââ¯ici en effet pourquoi les lopins de terres des hommes inscrits sur les listes fiscales nââ¯Ã©taient mesurés que de manière exceptionnelle et jamais localisés (insistons sur le fait quââ¯il nây a pas dââ¯exception en Sicile jusquââ¯Ã la fin du XIIe siècle à ces deux traits pour les documents que nous connaissons). On avait émis lââ¯hypothèse dââ¯un système fiscal à la fois simple et souple (cf. infra) et de la libre installation des hommes sur une partie des terres, une pratique attestée encore à la fin de la période normande75. Sandro Carocci permet de replacer cette spécificité dans le cadre de lââ¯organisation agricole de lââ¯Italie méridionale76â¯: il avance en effet que du Moyen Ãge à lââ¯Ã©poque moderne, dans le sud de lââ¯Italie, sur les terres céréalicoles lââ¯impôt dû était proportionnel à la force de travail mobilisée (pas de bêtes, une bête, etc.) et non à la superficie cultivée qui nââ¯est pas mentionnée parce que nombreuses étaient les terres sans exploitant stable.
On étendra volontiers cette pratique et son interprétation à la Sicile islamique et normande. Dans le document évoqué plus haut, le lopin (zawj, paricclum) confié aux paysans nââ¯est ni localisé précisément, ni mesuré. Il est probable que lââ¯Ã©valuation de ce que devait chacun se faisait localement en fonction de lââ¯Ã©tendue des terres non cultivées quââ¯il décidait dââ¯exploiter. Ainsi, on a vu que dans le Monréalais la part de lââ¯incultum était importante, une situation qui se prête à ce type de pratiques. On pourrait toutefois arguer que cette modalité dââ¯exploitation peut être due à un recul de la population rurale datant de la période normande et non islamique ou plus exactement tardo-byzantine, mais si la documentation écrite ne permet pas dââ¯Ã©carter définitivement cette éventualité (sans quââ¯elle la conforte non plus), tous les indices archéologiques disponibles aujourdââ¯hui sââ¯opposent à une telle hypothèse77.
Lââ¯extension à la Sicile de cette hypothèse dââ¯un accès relativement ouvert à certaines terres dont la gestion (mais non la culture) est collective nââ¯est pas incompatible avec lââ¯hypothèse fiscale sur laquelle nous reviendrons plus bas, toutefois il convient dââ¯en souligner toutes les conséquences. Cette situation, même si elle était minoritaire en Sicile, ce qui est impossible à établir, sââ¯accompagne nécessairement de plusieurs élémentsâ¯: elle suppose un monde relativement «â¯vide en hommes,â¯Â» ou du moins, pas complètement pleinâ¯; elle suppose que la continuité de la concession fiscale et donc des bénéficiaires de concessions nââ¯est pas toujours assurée (et de ce point de vue les conquêtes arabo-musulmane, puis normande durent aller dans cette direction) et un Ãtat intéressé aux rentrées fiscales, mais plus soucieux dââ¯efficacité que de respect des normes (cf. infra)â¯; elle suppose des communautés rurales fortes qui organisent la répartition des terres et des taxes (leur rôle dans la délimitation des terroirs et lââ¯existence de structures collectives, telles que des greniers collectifs vont dans ce sens)78â¯; elle suppose, enfin, une «â¯seigneuralisationâ¯Â» limitée de lââ¯exploitation des terres rurales, confirmée par ailleurs pour la période normande, et dont on imagine mal quââ¯elle soit le fruit dââ¯une «â¯libération des paysansâ¯Â» promue par le nouveaux maîtres de lââ¯Ã®leâ¯: elle doit donc remonter à une période antérieure.
Cette forte autonomie locale est encadrée par un réseau de localités, que lââ¯on peut qualifier de bourgs, et qui sont des sièges administratifs dââ¯iqlÄ«msâ¯: ce maillage sert de relais aux centres urbains les plus importants. Rien dans les documents de la période normande ne suggère lââ¯existence dââ¯un centre domanial ni dââ¯une âréserve,â79 qui serait le cÅur de lââ¯exploitation. Il sââ¯agit là dââ¯une modification profonde par rapport à la période byzantine80 et dont on ne peut penser quââ¯elle a été introduite au XIIe siècle.
Il serait dangereux de généraliser à outrance ce qui ne concerne quââ¯une région limitée et quelques cas précis, mais dans le Monréalais, proche de la capitale émirale, les caractéristiques de la période normande vont dans le sens de continuités avec lââ¯Ã©poque islamique, laquelle y aurait introduit des modifications dans la gestion de la terre. Des indices suggèrent en effet le prolongement à la période normande dââ¯une pratique antérieure proche de la concession fiscale existant en Islam, lââ¯iqá¹ÄÊ¿81, une situation que semble confirmer, au-delà du Monréalais, la définition du âfief première manièreâ en Sicile, identifié à juste titre à un âalleu en terre fiscale,â combinant la jouissance large du bénéficiaire et lââ¯intervention possible de lââ¯Ãtat à tout moment82. Il est désigné en arabe par le terme de âraḥalâ qui renvoie moins à un type dââ¯habitat, comme on lââ¯a longtemps cru, quââ¯Ã un type de concession83.
Toute la question, à laquelle il nââ¯est pas aujourdââ¯hui possible de répondre, est de savoir si ces transformations débutent dès la fin du VIIIeâdébut du IXe siècle, reflétant à la fois les conséquences de la confiscation des biens de lââ¯Ãglise et un recul du contrôle de lââ¯Ãtat dans le cadre de la Sicile byzantine, ou si elles ne commencent quââ¯avec la domination islamique. Il est difficile de répondre à lââ¯heure actuelle, mais les effets des troubles internes répétés ont dû se combiner avec lââ¯incapacité de lââ¯Ãtat à maintenir un système devenu trop complexe et nécessitant de régulières révisions de lââ¯assiette fiscale des différents foyers.
Il est encore une fois impossible de généraliser les exemples connus à lââ¯ensemble des régions siciliennes et ce qui précède doit donc être entendu comme un des cas de figure possibles, mais lââ¯extension de certaines similitudes à lââ¯ensemble de lââ¯Ã®le (non description des lopins, absence de mention du montant des taxes, etc., cf. infra) suggèrent que le Monréalais nââ¯Ã©tait pas exceptionnel.
2 Grand domaine et fiscalité
2.1 La fiscalité dans le cadre de la massa
Au-delà de son poids dans le paysage rural, la massa sââ¯impose peu à peu comme le principal relais de lââ¯autorité du propriétaire dans les campagnes en sââ¯affirmant comme un cadre essentiel du processus fiscal. On peut distinguer de ce point de vue une évolution en deux tempsâ¯: tout dââ¯abord, la massa sââ¯impose comme cadre de lââ¯enregistrement fiscal, puis elle devient le théâtre dââ¯une activité de perception autopracte.
Comme on lââ¯a dit plus haut, la massa est à lââ¯origine un agrégat de fundi. Avec les réformes fiscales tétrarchiques et constantiniennes, ceux-ci sââ¯affirment non seulement comme des unités dââ¯exploitation, mais également comme des rouages essentiels du système fiscal, puisque cââ¯est à ce niveau quââ¯intervient lââ¯enregistrement fiscal des individus. Selon Domenico Vera, le fundus, et non la massa, disposerait donc dââ¯une «â¯personnalité fiscaleâ¯Â» à même de définir lââ¯origo de ceux qui y résident84. Or, ce point, loin dââ¯Ãªtre acquis pour lââ¯Ã©poque byzantine, va même à lââ¯encontre du témoignage du registrum de Grégoire le Grand. Réglant divers aspects de la gestion des patrimoines de Rome, ce dernier indique clairement quââ¯un colon doit se marier au centre «â¯domanialâ¯Â» de la massa, la conduma85. La raison en est explicitement donnée à propos de lââ¯accession à lââ¯office de defensor dââ¯un certain Pierre, oriundus de la massa Iutelas. Sa promotion ne libère nullement ses fils de leur obligation de résidence et de mariage sur le domaine, explicitement identifié ici à la massa Iutelas, auquel ils sont liés ex condicione86. Lââ¯origo les rattache donc non au fundus mais à lââ¯unité supérieure, la massa. Il ressort clairement de ces deux passages que cââ¯est bien au niveau de la massa, et non plus du fundus, que sââ¯opère vers 600 lââ¯enregistrement domiciliaire et que sââ¯exprime le lien à la terre. Une évolution a donc clairement eu lieu. Or, on lââ¯a dit, ce lien a une origine et des conséquences fiscales. La massa a donc acquis, à un moment malheureusement impossible à préciser, une personnalité fiscale puisquââ¯elle est à même de déterminer une origo. Cette évolution a toute les chances dââ¯Ãªtre advenue lors de la réforme de lââ¯administration fiscale décrétée en 537 qui, en ôtant aux cités leurs responsabilités fiscales, au profit de lââ¯office du comte du patrimoine dââ¯Occident, donna lââ¯occasion de remettre en cause les cadres de lââ¯enregistrement fiscal87. Malheureusement, on ne peut le démontrer. La logique de cette évolution qui conduit lââ¯origo à dépendre non plus du fundus, mais de la massa semble essentiellement lié à une modification des modes dââ¯exploitation foncière, on reviendra plus avant sur ce point dont lââ¯importance ne saurait être surévaluée.
Contrairement à ce qui est souvent postulé dans la littérature moderne, il nây a pas trace pour les premiers temps de la domination byzantine en Sicile dââ¯un système dââ¯autopragie, cââ¯est-à -dire de dévolution au propriétaire des grands domaines dââ¯une responsabilité directe en matière de perception fiscale88 et, comme on va le voir, le registre de Grégoire le Grand indique même clairement que tel nââ¯Ã©tait pas le cas. à lââ¯inverse, vers la fin du VIIe siècle, cette règle prévaut au moins sur les très grands patrimoines insulaires, tant de Rome que de Ravenne. Dans ce dernier cas, le Liber pontificalis Ecclesiae Ravennatis, recueil de «â¯viesâ¯Â» des archevêques de Ravenne rédigé vers le milieu du IXe siècle, mentionne expressément le versement aux empereurs de la quote-part dââ¯impôt du produit des biens de cette Ãglise revenant à lââ¯Ãtat89. Pour Rome, le Liber pontificalis indique que les agents de lââ¯Ãtat saisissent les dépendants du pape pour obtenir les arriérés dââ¯impôt dus par celui-ci ce qui nââ¯a de sens que si le paiement est à sa charge90. Cââ¯est également dans ce contexte quââ¯il faut interpréter le célèbre passage de Théophane (m. v. 818) indiquant que lââ¯empereur Léon III (règne 717â741) ordonna que les patrimoines versent dorénavant leur dû à lââ¯Ãtat et non à Rome91. Lââ¯Ã©volution est donc sensible de 600 à 700 et le registrum de Grégoire le Grand permet dââ¯en percevoir assez clairement la logique.
Une lettre clef du début du pontificat donne une image contrastée du processus de la perception fiscale sur les domaines de lââ¯Ãglise de Rome92. Tout dââ¯abord les actionarii, agents de perception de lââ¯impôt en or, sont clairement qualifiés de publici93. Il ne sââ¯agit pas dââ¯hommes du pape. Les mesures édictées par le pontife lorsquââ¯il évoque leur action vont dans le sens de cette interprétationâ¯: Grégoire le Grand constate que le calendrier de la levée fiscale contraint ses rustici à vendre à perte leur production agricole94. Il ordonne donc que le recteur organise un système de prêts aux dépendants agricoles afin que ceux-ci puissent payer leurs taxes et rembourser ultérieurement le pontife95. Il est clair que si la perception relevait des agents du pape cette mesure nââ¯aurait aucun sens. Pourtant, dans la même lettre, on rencontre le cas particulier de lââ¯un de ces agents de perception de lââ¯impôt en or96. Celui-ci sââ¯Ã©tant mal acquitté de sa tâche, lââ¯Ãglise de Rome a dû verser les sommes manquantes à lââ¯administration impériale et a saisi en retour les biens du percepteur, sans que lââ¯on sache sââ¯il était malhonnête ou simplement incapable97. Quelle leçon tirer de ces informations contradictoiresâ¯?
Le grand propriétaire fournit à lââ¯administration lââ¯agent de la perception qui pèse sur ses terres et en cautionne lââ¯activité. Toutefois, le percepteur est bien chargé dââ¯une mission publique, il ne prélève pas au nom du pape, mais de lââ¯Ãtat. Il nââ¯en est pas moins nommé, et sans doute rémunéré, par le pontife et il est probable que nous sommes ici dans le cadre dââ¯obligations de nature liturgique. Ce passage évoque donc les obligations quââ¯assumaient vis-à -vis de lââ¯Ãtat les fameux oikoi égyptiens98. Dans la sélection de ces agents doit intervenir en parallèle un contrat qui protège le propriétaire contre les malversations et les maladresses des hommes quââ¯il adresse à lââ¯administration, ce qui expliquerait la capacité des agents du pape à saisir les biens du percepteur en cas de défaillance. Or, certains papyrus de la maison des Apions reflètent des procédures proches, des individus sââ¯engageant à lever lââ¯impôt sur les terres de ces magnats, en en gageant le produit sur leurs propres biens99. Lââ¯intérêt financier des individus choisis apparaît clairement dans la lettre déjà mentionnée de Grégoireâ¯: sââ¯il organise un système de prêt aux rustici-contribuables, cââ¯est pour éviter que ceux-ci nââ¯aient à sââ¯endetter auprès des percepteurs eux-mêmes, lesquels trouvent certainement dans cette activité annexe de prêteurs dââ¯appréciables occasions de profit100.
Deux autres points doivent être soulignés. Tout dââ¯abord, lââ¯origo fiscale étant établie au niveau de la massa, cââ¯est celle-ci qui doit nécessairement servir de cadre à la perception. Deuxièmement, on perçoit aisément comment le système de prêt aux rustici conçu par le pape peut évoluer vers une responsabilité fiscale directe du propriétaire envers lââ¯Ãtat. Cela revient simplement à sauter à terme lââ¯Ã©tape du prêt individuel aux dépendants101. Au cours du VIIe siècle, on est passé de lââ¯intervention ponctuelle suite à un problème individuel à une substitution systématique du propriétaire à lââ¯exploitant. Cette évolution a dû contribuer à renforcer considérablement lââ¯influence du pontife dans lââ¯Ã®le, on va y revenir.
Un dernier point qui pourrait avoir favorisé lââ¯affirmation du rôle du pontife dans la perception est le contrôle que ces agents exercent sur les poids et mesures, lesquels sont bien évidemment indispensables aux paiements102. Il apparaît en effet très clairement que les setiers utilisés pour les céréales sont aux mains des defensores de lââ¯Ãglise de Rome. Cela donne dââ¯ailleurs lieu à de multiples exactions, ces agents ayant recours, le cas échéant, à des mesures outrageusement truquées, dââ¯une contenance parfois supérieure de plus dââ¯un tiers à la norme103. Quoi quââ¯il en soit, ici le grand propriétaire exerce un pouvoir quasi discrétionnaire sur les prélèvements. On comprend donc que se soient multipliés dans les campagnes les faux defensores se faisant passer pour des agents de Rome104. Ce qui est moins clair est à quel titre ces defensores sont dépositaires des mesuresâ¯: cela relève-t-il des prérogatives ordinaires dââ¯un propriétaireâ¯? Est-ce un privilège des papes en tant quââ¯ils sont astreints à un certain nombre de tâches annonaires en faveur de Rome pour le compte de lââ¯Ãtat (ce qui leur donne notamment le droit de se prévaloir de la coemptio105 par exemple ou de navires publics)106â¯? Extension de leurs prérogatives épiscopales, les évêques étant les dépositaires normaux des mesuresâ¯? Il est impossible de trancher entre ces différentes hypothèses.
La seule évolution marquante que lââ¯on perçoive ultérieurement est lââ¯adoption vers la fin du VIIe siècle dââ¯une nouvelle unité dââ¯assiette basée sur le coût dââ¯entretien dââ¯un cavalier107. Toutefois, le choix de libeller les dégrèvements fiscaux en terme dââ¯unité dââ¯assiette plutôt que de sommes fixes indique que lââ¯on est encore dans le domaine de la fiscalité de répartition et non de quotité, bien quââ¯il ait été défendu que, à la même date lââ¯empire a déjà entrepris de se doter dââ¯un cadastre censé fournir la base au passage à lââ¯impôt de quotité108. Il est même possible que le système ancien ait continué à fonctionner jusque dans les années 780, si lââ¯on en croit la définition que les lettres pontificales donnent à cette date des fonctions des agents fiscaux de lââ¯empire109. Bien estimer la valeur de ce témoignage présuppose évidemment dââ¯admettre que les pontifes avaient connaissance du système impérialâ¯: on se souviendra donc que la saisie de leurs biens siciliens nââ¯est antérieure que de quelques décennies à cette date110. Or, le pape, évoquant la figure du diocète, considéré par les spécialistes de la période mésobyzantine comme le responsable de la perception, le définit comme un dispositor, cââ¯est-à -dire le responsable de lââ¯Ã©valuation de lââ¯assiette fiscale des propriétaires dans le système de répartition de la charge de lââ¯impôt en vigueur au Bas-Empire111. Il nây a pas lieu de sââ¯Ã©tendre trop longuement sur ce point, mais une telle interprétation de la nature des fonctions du diocète jusque dans la seconde moitié du VIIIe siècle permet de résoudre certains problèmes posés par les sources sigillographiques qui sont à peu près les seules à documenter ce fonctionnaire pour les VIIeâVIIIe siècles112. Contentons-nous de dire ici que les seules informations dont on dispose pointent vers le maintien dââ¯un système de répartition fondée sur une estimation des patrimoines en termes dââ¯unités dââ¯assiette fiscale abstraites reposant sur la propriété foncière.
Sur ce point, lââ¯Ã©volution entre la période byzantine et la domination islamique, dont les principes fiscaux sont prolongés par les Normands, paraît limitée.
2.2 La fiscalité rurale à lââ¯Ã©poque islamique
Sans nous autoriser à dresser un tableau précis de la fiscalité islamique, les informations dont nous disposons permettent dââ¯apporter des éléments sur un certain nombre de questions telle la nature du cadre du prélèvement fiscal, la proportion des principes relevant des méthodes de répartition et de quotité dans le système fiscal sicilien, les indices de lââ¯islamisation113 de lââ¯imposition en Sicile.
Les données disponibles pour la période islamique documentent pour lââ¯Ã©poque fatimide (début Xeâmi-XIe siècle) une administration fiscale articulée, même si la fiscalité pesant sur les campagnes échappe en grande partie à lââ¯historien114. Al-DawÅ«dÄ« est lââ¯auteur qui aborde le problème le plus directement, mais il se contente dââ¯y décliner lââ¯idée que la Sicile, à lââ¯instar de lââ¯ensemble de lââ¯Occident musulman, nââ¯est pas régie par des règles conformes au droit islamique car la conquête y aurait été accompagnée dââ¯usurpations et autres accaparements de terres. Il évoque également la jizyat al-arḠ(«â¯la taxe de la terreâ¯Â» littéralement) et la jizya Ê¿alÄ al-jamÄjim («â¯la taxe sur les crânesâ¯Â» littéralement), deux expressions communes pour désigner le kharÄj et la jizya, qui sont levées en Sicile, en précisant quââ¯elles ne devraient plus être payées en cas de conversion115. Il en reste donc à un niveau extrêmement théorique.
En dehors de ces informations, la fiscalité dââ¯Ã¢ge islamique, en particulier rurale, est éclairée lors de tensions qui se font jour au début du XIe siècle, ainsi que le relate le seul NihÄyat al-Ê¿arab dââ¯al-NuwayrÄ« (m. 733/1333). Lââ¯Ã©pisode se déroule en 1019â1020â¯: lââ¯Ã©mir JaÊ¿far b. YusÅ«f (en activité 998â1019) abdique, accusé dââ¯avoir désigné un responsable de la fiscalité qui aurait tenté de mettre en application le principe de la levée dââ¯une dîme (Ê¿ushr) sur les productions agricoles des habitantsâ¯:
Ḥasan b. Muḥammad b. al-BajÄʾī (â¦) avait conseillé à JaÊ¿far de lever en Sicile la dîme sur les grains et les productions de la terre, comme on le faisait dans les autres paysâ¯; elle nââ¯avait jamais été introduite en Sicile où lââ¯on avait lââ¯habitude de prélever sur chaque charruée (zawj) de terre un montant invariable quelle que fût la récolte116.
Si lââ¯on en croit al-NuwayrÄ«, le changement voulu par JaÊ¿far aurait entraîné le passage dââ¯une assiette évaluée par rapport au rendement moyen dââ¯une superficie à un impôt pesant sur la récolte annuelle réelle. Au-delà de la norme islamique en matière de fiscalité, on peut penser que ce qui motivait la réforme fatimide, ici comme en IfrÄ«qiya, était le rendement de lââ¯impôt. La question est de savoir à quelles modalités fiscales renvoie cette rapide descriptionâ¯: doit-on penser quââ¯elle correspond à la réalité, qui serait surprenante dans nââ¯importe quel système fiscal, ou quââ¯elle simplifie une imposition somme toute assez proche de celle documentée dans lââ¯espace byzantinâ¯? Elle est en effet compatible avec un mélange, somme toute banal, entre un impôt de répartition devenu fixe, en lââ¯absence dââ¯enquête régulière, et évalué par rapport à une assiette théorique, ce qui correspond assez bien à ce que lââ¯on vient de voir pour la fin de la période byzantine en Sicile117, et un principe de quotité qui devait jouer à la marge au niveau local, ainsi que le suggèrent les hypothèses avancées plus haut au sujet de lââ¯exploitation des terres. Le conflit semble tourner autour de la réforme de modalités de perception de lââ¯impôt foncier dââ¯origine byzantine, devenues peu efficaces en terme de rendement fiscal. On trouve donc ici une confirmation indirecte de lââ¯atténuation de la pression fiscale à lââ¯Ã©poque islamique que lââ¯on a décrite plus haut et à laquelle les contribuables ne semblaient pas prêts à renoncer118. La tentative avortée de 1019â1020 resta en effet sans lendemain.
Dans le domaine de la fiscalité également, nos informations proviennent surtout des documents de la période normande. Dès la fin du XIe siècle, en effet, la fiscalité apparaît répartie en deux impôts principaux (jizya ou impôt de capitation et qanÅ«n ou taxe foncière) qui pèsent sur des foyers énumérés dans les listes appelés jarÄʾid119. Lorsquââ¯ils sont détaillés sur la liste elle-même, ce qui est le cas par deux fois seulement en 1095 et en 1177120, le premier est évalué en taris (ou quarts de dinars), tandis que le second lââ¯est en volume de céréales. Les ânouveaux mariésâ (mutazawwijÅ«n en arabe et neokamoi, i.e. neogamoi, en grec), attestés dès 1095121 â et qui renvoient donc à une organisation antérieure, islamique â, dââ¯une part, et les fils et les frères dââ¯individus cités dans la liste principale, de lââ¯autre, sont parfois énumérés séparément, ce qui permet sans doute de distinguer la création de nouvelles unités économiques (bénéficiant dââ¯un dégrèvement provisoireâ¯?). Enfin, le prélèvement nââ¯est pas le même pour tous. On distingue à lââ¯Ã©poque normande les chrétiens et les juifs, comme dans la fiscalité islamique, que les Hauteville se sont contentés de retourner. Les veuves et les aveugles apparaissent sur des listes annexes et bénéficient sans doute dââ¯un allègement, dont le montant est inconnu, mais systématique.
On a vu que lââ¯impôt foncier ne devait pas avoir connu de bouleversement majeur sous la domination islamique, rien ne permet en revanche de déterminer si, en Sicile, le processus de mise en place de la jizya, entendu comme un impôt de capitation, a été progressif, transformant peu à peu le kapnikon byzantin qui existait depuis le VIIIe siècle, ou si le processus fut plus soudain122.
Le cadre de la perception, et donc de la solidarité fiscale qui, par le biais de lââ¯interdiction de déplacement, peut tendre à se transformer en attache à la terre, est le raḥal comme nous lââ¯avons vu. La liste établie plus haut montre en outre que si les terres dââ¯un raḥal peuvent être cultivées par des paysans rattachés à dââ¯autres unités, le fait est mentionné dans les documents. Cela confirme que les impôts sont levés dans le lieu où chacun vit et que la solidarité fiscale de chaque communauté est une réalité encore à cette période, car ces mentions seraient autrement inutiles. La mention des ânouveaux mariésâ reflète le lien fiscal au raḥal. Enfin, les hommes énumérés dans les jarÄʾid de Sicile aux XIeâXIIe siècle relèvent de statuts différents123, mais une bonne partie semblent être des propriétaires ou des possessores, lââ¯exploitation de la terre faisant du paysan un contribuable si son statut nây est pas contraire et ce même sââ¯il nââ¯est pas propriétaire de toutes les terres quââ¯il exploite (cf. supra). Tout se passe comme si, en cas de mise en valeur dââ¯une terre non exploitée dans le cadre de la communauté rurale, cââ¯Ã©tait le statut de la terre qui importait.
3 Le contrôle de la main dââ¯Åuvre rurale
3.1 Le cadre byzantin
De nouveau, notre connaissance des réalités de la Sicile byzantine dans le domaine commence et sââ¯arrête au domaine pontifical. En outre, on sââ¯intéressera ici à la part du domaine ecclésiastique sur lequel les papes et leurs agents exerçaient un contrôle effectif, en mettant de côté les terres concédées en emphytéose. Signalons tout au plus que Grégoire le Grand semble hostile à cette solution124. Après 535, les destructions de la guerre gothique, à laquelle succède immédiatement lââ¯invasion lombarde, ont renforcé considérablement le poids des biens siciliens dans la fortune pontificale125. Or, la situation démographique ne rend pas inévitable lââ¯emphytéose et ils sont donc gérés dââ¯aussi près que possible126. La dimension politique de lââ¯emphytéose comme mode de constitution de clientèles aristocratiques ne semble pas retenir ici lââ¯attention du pontife127, sans doute parce quââ¯il dispose déjà dans lââ¯Ã®le, par dââ¯autres voies, dââ¯une influence dominante128.
Lââ¯Ã©tude du grand domaine en Sicile à la fin de lââ¯antiquité a souffert, de façon globale, du présupposé dââ¯une domination presque exclusive du colonat, entendu comme une forme de dépendance quasi servile129. Une lecture attentive des lettres de Grégoire révèle pourtant une grande diversité de statuts et des stratégies différenciées de contrôle de la main dââ¯Åuvre. On nââ¯insistera pas sur les esclaves, qui tiennent peu de place, car la question de leur contrôle ne se pose guère, du moins en droit.
Le colonat classique nââ¯est évidemment pas absent, mais on ne le perçoit dans les lettres du pontife (à , peut-être, une exception près)130 que lorsque les conséquences de son statut légal entrent en jeuâ¯: lââ¯attachement à la terre héréditaire ou intervenant au terme de 30 ans de location dââ¯une même terre131, le droit du dominus sur le pécule132, lââ¯interdiction dââ¯accéder à certains statuts, lââ¯interdiction faite au propriétaire de déplacer un colon qui relève de son autorité entre deux de ses domaines, etc133. En dehors de ces situations précises, le terme rusticus qui est utilisé pour désigner les exploitants met lââ¯accent sur leur fonction et non sur leur statut légal134.
Les lettres du pontife confirment néanmoins le renforcement du pouvoir coercitif du propriétaire sur les colons inscrits dans son domaine. Dans une lettre introduisant auprès des dépendants ruraux un nouveau rector, cââ¯est-à -dire le responsable en chef des patrimoines à lââ¯Ã©chelle de lââ¯Ã®le, le pape rappelle que ce dernier détient le pouvoir de punir sévèrement ceux qui désobéissent et ceux qui tentent de devenir contumaces et quââ¯il est chargé dââ¯Ã©viter que les dépendants volent ou commettent des actes de violence135. Il y a ici un pouvoir de fait, à lââ¯Ã©vidence sanctionné par le droit, car il sââ¯agit dââ¯une lettre officielle et Grégoire est, de façon générale, extrêmement pointilleux sur les droits des individus, fut-ce au détriment de son Ãglise. La question du contrôle est donc ici réglée par le droit. On signalera pour finir que cette dépendance est tempérée par un sentiment de responsabilité certain, puisque le pape octroie aussi des pensions aux colons qui ne peuvent plus travailler pour vivre136. Dââ¯une certaine manière, le colon est perçu autant comme une charge que comme un atout, surtout quand, dans le cadre dââ¯une phase économique dynamique, ses prérogatives en matière de fixité de versements finissent par le rendre encombrant137.
Dans la lettre annonçant la nomination dââ¯un nouveau rector, une seconde catégorie dââ¯individus est assimilée aux colons pour ce qui est de la soumission à ce représentant du pape138. Ce sont les familiae massarum et fundorum. Ces individus sont juridiquement soumis à lââ¯autorité du pape, indépendamment du droit colonnaire. A priori, ils semblent sââ¯identifier aux commendati, qui, de leur propre chef, demandent à passer sous le for ecclésiastique en intégrant la familia du pape139. Leur statut nââ¯est pas très clair, mais il nââ¯est pas servile et ceux qui en relèvent ne travaillent pas nécessairement le sol140. Il sââ¯agit plutôt dââ¯une forme de patronage et le processus sââ¯accompagne de la dévolution de leurs biens à lââ¯Ãglise qui, au moins dans certains cas, leur verse une rente, une annua continentia141. Lââ¯assimilation aux colons vient peut-être du fait que dans bien des cas, ils sont destinés à terme à intégrer cette catégorieâ¯: lââ¯une des raisons qui poussèrent les empereurs à décréter le passage sous condition colonnaire au terme de 30 ans de location dââ¯une même terre était le souci de limiter les stratégies des petits propriétaires consistant à transférer leurs terres à un puissant patron en échange de baux à très long terme leur assurant de demeurer sur leurs terres142. Le phénomène doit être replacé dans le contexte économique sicilien du temps, qui se caractérise par une lutte au couteau pour la terre entre lââ¯Ãtat, lââ¯Ãglise et lââ¯aristocratie appauvrie, notamment les sénateurs repliés dââ¯Italie143. Quoi quââ¯il en soit de ce dernier cas, les commendati fournissent certainement également une main dââ¯Åuvre qui abandonne son indépendance juridique, séduite par la protection économique et juridique que leur fournit lââ¯Ãglise. Pour bien évaluer la logique de leur choix, il faut également réaliser quââ¯appartenir au patrimoine ouvrait dââ¯importantes opportunités de carrière. Ainsi, le marchand Liberatus, lorsquââ¯il se âconfiaâ à Rome, pouvait espérer jouer un rôle dans la commercialisation des productions du patrimoine et sa décision pouvait ainsi découler dââ¯une stratégie délibérée de participation à la gestion des biens pontificaux. Par ailleurs, les colons pouvaient devenir defensores de lââ¯Ãglise de Rome144. Or, ces derniers exercent une grande autorité dans les campagnes et imposent même parfois leur volonté aux évêques locaux145.
Certaines lettres de Grégoire le Grand évoquent en parallèle le recours à une main dââ¯Åuvre indépendante du point de vue juridique, pour laquelle sont mises en place des stratégies de contrôle de type économique. En octobre 594, le pape confirme ainsi au rector quââ¯il doit continuer à accorder des prêts aux rustici par lââ¯intermédiaire des conductores, les intendants des massae. Tout comme avec la question des prêts pour remédier à la pression fiscale, le pontife souligne que cette mesure doit bénéficier en dernière analyse à lââ¯Ãglise afin que res ecclesiastica non perit146. Le danger encouru par les biens dââ¯Ãglise découle des conséquences de prêts contractés à lââ¯extérieur du patrimoine par les rustici. Ceux-ci risquent en effet de voir peser sur eux angaria et rerum pretia. La mention des rerum pretia renvoie certainement à lââ¯alignement des délais de remboursement des prêts sur lââ¯année fiscale147. Lââ¯Ã©chéance tombe fin août, donc au moment où les prix sont les plus bas. La logique est ainsi parallèle à celle des difficultés rencontrées face aux paiements de lââ¯impôt, évoquées plus haut. à terme, se met en place une spirale de surendettement qui permet le contrôle de la main dââ¯Åuvre, selon un mécanisme classique qui a été bien étudié pour les domaines siciliens du début de lââ¯Ã©poque moderne148.
Le premier terme, angaria, évoque des âcorvéesâ dues par les rustici à leurs créanciers149. Le danger qui pèse sur les terres de Rome en raison de ces corvées évoque les problèmes rencontrés par lââ¯Ã©vêché de Cagliari dont les rustici sont attirés sur les terres dââ¯autres propriétaires, laissant les biens dââ¯Ãglise en friche et lââ¯Ã©vêque incapable de faire face à ses obligations fiscales150. Ce mécanisme ne peut sââ¯appliquer aux colons puisquââ¯un individu soumis à cette condition ne pourrait en aucun cas être amené à travailler en dehors de son domaine de rattachement au détriment de son dominus sans avoir au minimum satisfait à lââ¯onus colonarium. Demandant à son defensor dââ¯intervenir en faveur de lââ¯Ã©vêque, Grégoire ne met dââ¯ailleurs pas en avant la condition colonnaire comme arme alors quââ¯il lââ¯Ã©voque dans bon nombre de cas151. Il apparaît donc clairement que le système de prêt mis en place par le pape vient rivaliser avec celui des autres propriétaires. Son but ultime est dââ¯Ã©viter lââ¯exode de la main dââ¯Åuvre, selon un mécanisme que lââ¯on observe clairement en Ãgypte152. Le salariat pouvait dââ¯ailleurs y prendre la forme de âconsumption loansâ ou dââ¯avances sur recettes153 et Jairus Banaji souligne que âdebt was the essential means by which employers enforced control over the supply of labour, fragmenting the solidarity of workers and âpersonalizingâ relations between owners and employees.â154
Les prêts dans le cadre fiscal, déjà évoqués, relèvent en dernière analyse de la même logique puisquââ¯ils visent également à la protection de la main dââ¯Åuvre. Les deux systèmes présentent toutefois une différence sans doute significative. Les prêts en faveur des rustici gênés pour faire face aux taxes sont apparemment gérés par le rector qui sââ¯occupe effectivement des rapports avec lââ¯Ãtat et certainement du choix des percepteurs, comme indiqué plus haut. En revanche, les prêts de la seconde catégorie sont octroyés par les conductores. La première catégorie doit concerner les exploitants ayant pris à bail des terres dââ¯Ãglise, ce qui expliquerait quââ¯ils aient des impôts à payer. En revanche, la seconde catégorie semble plus adaptée aux salariés, car des locataires nââ¯auraient que peu dââ¯intérêt à aller travailler ailleurs et, quoi quââ¯il en soit, cela nââ¯affecterait pas directement le patrimoine romain sââ¯ils utilisaient pour payer leur loyer un salaire perçu ailleurs. Le double système de prêt semble donc recouvrir deux systèmes dââ¯exploitation concurrents. Bien évidemment, le système du pontife a également une dimension philanthropique, comme le suggère le souci que le calendrier des remboursements soit adapté aux souhaits du rusticus155, mais il nââ¯en reste pas moins que lââ¯endettement joue un rôle essentiel dans le contrôle de la main dââ¯Åuvre que ne lie au pape aucune condition juridique spéciale. On finira en évoquant brièvement un dernier moyen de contrôle de la main dââ¯Åuvreâ¯: la modulation des loyers. Elle nââ¯apparaît explicitement que dans le cadre de la politique religieuse comme incitation à la conversion, notamment des Juifs, mais cet exemple ouvre une fenêtre sur une pratique sans doute plus répandue.
Ainsi, la loi, la force du patronage et la puissance économique entrent concurremment en jeu pour assurer le contrôle dââ¯une main dââ¯Åuvre largement diversifiée. Le cas de la main dââ¯Åuvre salariée semble toutefois particulièrement important. à cette époque le centre domanial prend le nom de conduma156. Ce dernier terme renvoie clairement à une logique fonctionnelle. Les lettres de Grégoire le Grand indiquent bien que le cheptel (et peut-être les esclaves) est divisé par condumae157 et que cââ¯est à la conduma que sont concentrés les instruments aratoires et autres équipements collectifs158. Mais, originellement, le terme renvoie à un groupe humain, les condumae. Il apparaît à propos des unités militaires des armées barbares et on le retrouve pour désigner des unités de mobilisation de combattants byzantins dans le Sinaï159. Lââ¯Anonyme de Plaisance, auteur dââ¯un récit de pèlerinage composé vers 570, mentionne en outre des condumae juives en charge de la commercialisation des biens des communautés quââ¯elles représentent160. Selon Jean-Michel Carrié, la conduma apparaît comme lââ¯Ã©quivalent fonctionnel du contubernium militaire161. Lââ¯Ã©volution de la signification de ce terme vers celui de centre domanial nââ¯a de sens que si lââ¯on admet que, majoritairement, lââ¯organisation du travail sur les massae nââ¯est pas conçue à lââ¯Ã©chelle dââ¯exploitations individuelles, mais de lââ¯ensemble foncier, dââ¯où la prise en compte de cette âworkforceâ quââ¯est originellement la conduma. Le lien avec lââ¯Ã©volution fiscale transparaît également iciâ¯: si la perception sââ¯opère au niveau de la massa et non plus du fundus, cââ¯est parce que cââ¯est à cette échelle globale quââ¯est organisée lââ¯activité économique. Or, cette évolution doit nécessairement recouvrir un équilibre nouveau au sein de la main dââ¯Åuvre. Pour quââ¯elle se mette en place, il a fallu que les colons inamovibles deviennent minoritaires sur les terres des massae, certainement au profit des salariés.
Dernier pointâ¯: si lââ¯on met en relation cette évolution de la main dââ¯Åuvre et de son déploiement avec lââ¯affirmation en Sicile à la même époque de lââ¯habitat groupé162, on ne peut manquer de rapprocher la conduma de lââ¯epoikion oriental, ce village domanial dont le rôle sââ¯affirme également à la fin de lââ¯Antiquité163. De façon significative, la version grecque de la Vie de Mélanie la Jeune utilise pour le latin villula, lââ¯unité de base du domaine sicilien des Valerii, ce même terme dââ¯epoikion164.
Contrôle du sol et des hommes, compétences fiscales et exercice du patronage à grande échelle dotent les recteurs pontificaux dââ¯une puissance de premier ordre au sein de la société sicilienne. On comprend ainsi mieux que le pape doive leur recommander de ne pas écraser de leur superbe les évêques et les nobles de lââ¯Ã®le165. Au terme de lââ¯Ã©volution, à la fin du VIIe siècle, un choix contesté dans la nomination de ce lieutenant du pape provoque, au sein du groupe des patrimoniales de Sicile, des remous qui dégénèrent en troubles civils tels que le gouverneur, impuissant, doit déférer lââ¯affaire devant lââ¯empereur166. Peu de temps auparavant, cââ¯est lââ¯archevêque de Ravenne qui nââ¯arrivait pas à contrôler son propre rector, en charge de biens à peu près aussi importants que ceux de Rome167. Ce poids socio-économique nââ¯est pas sans conséquences politiques et lââ¯on comprend que les empereurs aient réagi au cours du VIIIe siècle, finissant par saisir ces très grands patrimoines ecclésiastiques168.
3.2 Les incertitudes de la période islamique
Le pouvoir exercé sur les exploitants agricoles à la fin de la période islamique apparaît beaucoup moins étroit que ce qui vient dââ¯Ãªtre décrit, ce qui apparaît logique au vu de ce qui a été dit plus haut de lââ¯Ã©volution fiscale et de la gestion des terroirs agricoles (on aura compris que lââ¯expression même de âgrand domaineâ est dââ¯utilisation délicate pour la période islamique et normande en raison du second terme de lââ¯expression). Là encore, toutefois, la seule démarche envisageable est régressive.
La seule question que lââ¯on puisse poser avec quelque espoir dââ¯y répondre réside dans lââ¯analyse des différents statuts juridiques qui apparaissent dans les documents de la première période normande. à la fin du XIeâdébut du XIIe siècle, une seule catégorie est évoquéeâ¯: celle des rijÄl (âhommesâ) ou rijÄl al-jarÄʾid (âhommes des registresâ)169. Celles qui sont évoquées par la suite pourraient bien nââ¯Ãªtre quââ¯une rationalisation a posteriori dââ¯Ã©volutions qui se font jour tout au long du XIIe siècle.
Les rijÄl al-jarÄʾid sont attestés tout au long de la période normande (de 1095 à 1183) et sont les plus nombreux dans nos documents. Ils ont longtemps été considérés comme lââ¯Ã©quivalent de servi glebae. Or, lââ¯expression signifie âhomme des registresâ et sa compréhension suppose que lââ¯on définisse la nature desdits registres. Les jarÄʾid, élaborés et conservés par lââ¯administration centrale, sont des listes fiscales établies aussi bien pour le domaine royal quââ¯en vue de concessions à des bénéficiaires laïcs ou ecclésiastiques par le souverain. Elles supposent, de manière globale, que les individus énumérés sont considérés comme des propriétaires de leurs biens qui versent lââ¯impôt à lââ¯Ãtat ou à ceux qui bénéficient de ses concessions fiscales.
Les rijÄl peuvent être accusés dââ¯avoir fui, mais leur obligation de résidence semble essentiellement fiscale (même si lââ¯on sait que la dégradation du rapport de force local peut facilement limiter cette subtilité juridique). Ce que lââ¯on a dit des fils et frères et des nouveaux mariésâ (mutazawwijÅ«n en arabe ou neogamoi) suggère une attache fiscale au lieu où lââ¯on est enregistré comme contribuable (ne serait-ce que pour le versement de la taxe de capitation). En outre, la concession éventuelle du revenu fiscal de telle ou telle entité pousse le bénéficiaire à retenir le plus possible les contribuables là où ils sont et la solidarité fiscale joue dans le même sens au niveau local. Aucun acte concernant les paysans arabo-musulmans de lââ¯Ã®le ne fait état de corvées seigneuriales et rien ne transparaît pour la période islamique des moyens concrets de contrôle de la main dââ¯Åuvre mis en place.
4 Conclusion
Au lendemain de la reconquête byzantine, la substitution dââ¯une comitiva des services centraux aux curies dans la gestion du processus fiscal conduisit sans doute à renforcer le rôle du grand domaine dans lââ¯encadrement du territoire et surtout de son exploitation fiscale. Le système, en effet, sââ¯il reposait toujours sur lââ¯intervention des grands possessores, sââ¯Ã©mancipait des cadres civiques à proprement parler et le contrôle des villes sur les campagnes devint sans doute sans cesse davantage une réalité de fait, liée à la domiciliation des élites, plutôt que de droit. Cette évolution ne pouvait dââ¯ailleurs quââ¯entrer en parfaite résonnance avec celle qui conduisit lââ¯empire à faire de la commune villageoise le pivot de son système fiscal au VIIIeâIXe siècle. Mais le poids tout particulier du grand domaine dans lââ¯Ã®le faisait très certainement de celui-ci, plus quââ¯ailleurs, le principal instrument de contrôle du territoire à la veille du débarquement des forces aghlabides, ce dââ¯autant plus que lââ¯Ã©volution de son mode dââ¯exploitation renforçait sa cohésion. Il nââ¯en reste pas moins que dès lors la ville pouvait sââ¯effacer sans compromettre la force de lââ¯Ãtat.
Un second point essentiel à souligner est lââ¯apparente persistance sur le long terme dââ¯un système fiscal de répartition et ses conséquences politiques et sociales. Ce système permet en effet un niveau dââ¯abstraction supérieur à celui du système de quotité et peut donc survivre avec plus de facilité à la détérioration des structures agraires qui le fonde, puisquââ¯il ne présuppose pas de vérification aussi régulière de la matière imposable. Il est donc possible quââ¯il ait survécu, plus ou moins bien selon les régions, à la lente guerre dââ¯usure que constitua la conquête islamique. Dans cette hypothèse, les terres de lââ¯Ouest, rapidement conquises, auraient sans doute été les conservatoires privilégiés des pratiques byzantines. Plus que la norme des pratiques fiscales, la conquête remettrait en cause la capacité de lââ¯Ãtat à lââ¯appliquer, dââ¯où une évolution potentiellement favorable aux exploitants dès lors que les péripéties militaires nââ¯affectent pas directement ses terres. En outre, dans un système fiscal apparemment largement monétarisé, lââ¯un des facteurs essentiels dââ¯Ã©volution des rapports de force entre lââ¯Ãtat et ses contribuables fut certainement la dévaluation monétaire qui donna naissance en Sicile au tari (ou rubÄʿī), dépourvu de tout antécédent classique, quââ¯il soit byzantin ou musulman.
à la lumière de ces premières réflexions sur une transition que les documents ne permettent pas de retracer dans le détail, il semble que la grande idée, énoncée pour la première fois par Michele Amari, de la disparition des grands domaines et de la libération des paysans par la domination islamique est à la fois une invention et une formidable intuition. Rien nââ¯indique que lââ¯introduction de principes juridiques et fiscaux nouveaux ait mis fin à la âtyrannie et à lââ¯obscurantismeâ byzantins que dénonçait lââ¯auteur. En revanche, la place des terres publiques à la période byzantine, la crise des décennies qui précèdent le débarquement de 827 et lââ¯affaiblissement des cadres épiscopaux semblent avoir joué en faveur des exploitants dans un certain nombre de régions au moins. Quant aux grands domaines, peut-être ont-ils moins disparu quââ¯ils nââ¯ont changé de nature, leur rôle de structures administratives et fiscales ne faisant que se renforcer durant la période de la conquête musulmane au détriment des villes. Cet héritage fut repris par les conquérants latins mais devait disparaître à la fin du XIIeâXIIIe siècle.
Lââ¯Ã©tude de lââ¯Ã©volution du grand domaine sicilien et de son rôle dans le contrôle des campagnes sur la longue durée confirme donc plusieurs des points clefs mis en lumière dans lââ¯introduction du présent volume. Dââ¯un point de vue méthodologique, il ressort clairement que seul le croisement du plus grand nombre de sources (chroniques, monnaies, sceaux, sources juridiques normatives ou traité de jurisprudence, actes publics â conservés en originaux ou au sein dââ¯une compilation â, sources épistolaires documentant la gestion domaniale etc.), associée le cas échéant à une prudente réflexion régressive, permet de compenser la rareté extrême de sources disponibles pour les VIIIeâXe, siècles et de sortir de lââ¯ornière des généralités. Quant à la démarche comparative, on en attendra moins des confirmations que la mise en évidence, en creux, des spécificités locales et, partant, des éléments sur lesquels concentrer lââ¯enquête.
Que la documentation ait été en elle-même un instrument de contrôle transparaît de façon patenteâ¯: lââ¯enregistrement des hommes (déclaration dââ¯origo ou rattachement fiscal à la communauté paysanne dans les jarÄʾid), des corvées, des redevances et, dans un autre rapport de domination, surimposé, des dettes, est lââ¯outil par excellence de la domination, quââ¯elle soit politique, économique ou sociale, et bien souvent les trois. En effet, les Etats qui se succèdent en Sicile ont, sauf exception ponctuelle, les moyens de la contrainteâ¯; cââ¯est donc sur la délimitation exacte de leurs droits quââ¯ils concentrent leur attention. Comme en Orient, le bien-fondé de cette domination est discuté, tant dââ¯un point de vue juridique que religieux ou, plus largement, moral (al-DawÅ«dÄ«, Théophane le Confesseur). Cette domination nââ¯a dââ¯ailleurs pas nécessairement à sââ¯imposer car elle est aussi protection, opportunité économique et mécanisme de régulation des conflits potentiellement bienvenu au sein des communautés relevant dââ¯une même autorité supérieure. Sur lââ¯ensemble de la période prise en considération, le «â¯maîtreâ¯Â»Â â sénateur, Eglise, Etat impérial, bénéficiaire dââ¯iqá¹ÄÊ¿ ou bénéficiaire latin â est en effet généralement lointain. Le rôle relai de la ville sââ¯amenuise avec le déclin urbain et la désintégration du réseau épiscopal à la fin de lââ¯Ã©poque byzantine, sans que les incidences de sa restructuration et de son renforcement à lââ¯Ã©poque islamique soient exactement mesurables. En revanche, il est probable que lââ¯Etat se fasse plus présent. Les hiérarchies internes aux communautés rurales locales sââ¯Ã©tablissent sans doute dans une large mesure sur la capacité différenciée à accéder au maître, ou à lââ¯Etat, ou à le représenter. Les manifestations architecturales de cette domination demeurent la dimension la moins bien connue pour les périodes tardo-byzantine et islamique, mais la multiplication des églises et monastères ruraux comme des villages eux-mêmes (sââ¯il faut bien les mettre en relation avec lââ¯essor de la conduma comme centre de la massa) suggèrent une transformation dont lââ¯Ã©tude est encore à approfondir. La forme exacte que revêt cette présence symbolique évolue pour refléter directement celle de la nature des élitesâ¯; villa dââ¯apparat (le plus souvent inhabitée) des sénateurs, édifices cultuels, bains antiques réaménagés sous la domination islamique, fortifications, etc. Enfin, le lien entre le «â¯grand domaineâ¯Â» ou les circonscriptions fiscales et la structure de lââ¯appareil militaire est tout aussi évident. Pour la période normande, lââ¯utilisation du revenu de lââ¯impôt par son bénéficiaire pour financer sa participation à lââ¯effort militaire vient évidemment à lââ¯esprit, mais le cantonnement des unités dââ¯Ã©lite byzantine sur les anciens grands domaines pontificaux lââ¯illustre tout autant, de même que lââ¯Ã©tablissement de groupes de conquérants dans lââ¯Agrigentin ou la Sicile orientale par les émirs de Palerme.
Cf. Michele Amari, Storia dei Musulmani di Sicilia (Florenceâ¯: Le Monnier, 2002â2003) qui demeure aujourdââ¯hui la référence obligée sur le sujet. Sur les problèmes que pose ce point particulier dans son Åuvreâ¯: Annliese Nef, âMichele Amari ou lââ¯histoire inventée de la Sicile islamiqueâ¯: réflexions sur la Storia dei Musulmani di Sicilia,â dans Maghreb-Italieâ¯: des passeurs médiévaux à lââ¯orientalisme moderne (XIIIeâmilieu XIXe siècle), éd. Benoît Grévin (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 2010), 301â303. Pour la période byzantine, on se contente souvent de reporter ce que lââ¯on croit acquis du modèle tardoantique, voir notamment Lellia Cracco Ruggini, âLa Sicilia fra Roma e Bisanzio,â dans Storia della Sicilia, vol. 3, éd. Rosario Romeo (Naplesâ¯: Storia di Napoli e della Sicilia, 1980), 1â96.
Pour la fin de lââ¯antiquité, voire la mise au point Peter Sarris, âRehabilitating the Great Estateâ¯: Aristocratic Property and Economic Growth in the Late Antique East,â dans Recent Research on the Late Antique Countryside, vol. 2, éds. Bowden William, Lavan Luke et Machado Carlos (Leiden/Bostonâ¯: Late Antique Archaeology, 2004), 55â72 et les intéressantes réflexions de Domenico Vera, âForme del lavoro ruraleâ¯: aspetti della trasformazione dellâEuropa romana fra tarda antichità e alto medioevo,â Morfologie sociali e culturali in Europa fra tarda antichità e alto medioevo, Settimane di Studi del Centro Italiano di Studi sullâAlto Medioevo 45 (Spoletoâ¯: Centro Italiano di Studi sullâAlto Medioevo, 1998)â¯: 293â342, sur une transition dââ¯un système dââ¯exploitation statique à un système dynamique. Pour la Sicile byzantine, Vivien Prigent, âLe grand domaine sicilien à lââ¯aube du Moyen Ãge,â dans Lââ¯héritage byzantin en Italie (VIIIeâXIIe siècle), vol. 4, Habitat et structures agraires, éds. Jean-Marie Martin, Annick Custot-Peters et Vivien Prigent (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 2013), 207â236. La question de lââ¯Ã©volution des structures agraires est éventuellement abordée par les spécialistes de périodes plus tardives qui ne peuvent manquer de sââ¯interroger sur les effets de la période islamiqueâ¯: cf. Vincenzo DâAlessandro, âDalla âmassaâ alla âmasseriaâ,â prem. éd. 1980, rééd. dans Id., Terra, nobili e borghesi nella Sicilia medievale (Palermeâ¯: Sellerio, 1994), 63â72 et lââ¯introduction à la thèse dââ¯Henri Bresc intitulée âLa genèse du latifondo,â dans Un monde méditerranéenâ¯: économie et société en Sicile 1300â1450 (Rome/Palermeâ¯: Ãcole française de Rome-Accademia si Scienze, Lettere e Arti di Palermo, 1986), 7â21. Ce nââ¯est que dernièrement que le thème a suscité à nouveau lââ¯intérêt des islamisantsâ¯: cf. Adalgisa De Simone, âAncora sui âvillaniâ di Siciliaâ¯: alcune osservazioni lessicali,â Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 116, no. 1 (2004)â¯: 471â500â¯; mais il a surtout été renouvelé récemment depuis lââ¯archéologieâ¯: cf. Alessandra Molinari, âPaesaggi rurali e formazioni sociali nella Sicilia islamica, normanna e sveva (secoli XâXIII),â Archeologia medievale 37 (2010)â¯: 229â245â¯; Lucia Arcifa, Alessandra Bagnera et Annliese Nef, âArcheologia della Sicilia islamicaâ¯: nuove proposte di riflessione,â dans Villa 4â¯: histoire et archéologie de lââ¯Occident musulman (VIIeâXVe siècle), éd. Philippe Sénac (Toulouseâ¯: éditions Méridiennes, 2012), 241â274.
Annliese Nef et Vivien Prigent, âPer una nuova storia dellâalto medioevo siciliano,â Storica 12 (2006) [publié en 2007]â¯: 9â64.
Pour un aperçu de lââ¯Ã©volution générale de lââ¯empire, on se reportera commodément à Jean-Claude Cheynet, éd., Le monde byzantin, vol. 2, Lââ¯Empire byzantin, 641â1204 (Parisâ¯: Presses universitaires de France, 2006). Pour le cas sicilien, Vivien Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle)â (Thèse de doctorat inédite de lââ¯Université Paris-Sorbonne, 2006).
Lââ¯un des aspects principaux de cette affirmation du rôle économique de la Sicile dans lââ¯empire byzantin est lié à ses responsabilités annonaires, voir, Vivien Prigent, âLe rôle des provinces dââ¯Occident dans lââ¯approvisionnement de Constantinople (618â717)â¯: témoignages numismatiques et sigillographiques,â Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 118, no. 2 (2006)â¯: 269â299.
Voir notamment sur cette question la belle synthèse de John Haldon, Byzantium in the VIIth Centuryâ¯: The Transformation of a Culture (Cambridgeâ¯: Cambridge University Press, 1997).
Sur le contexte politique de lââ¯invasion, Paul J. Alexander, âLes débuts des conquêtes arabes en Sicile et la tradition apocalyptique byzantino-slave,â Bollettino del Centro di Studi filologici e linguistici siciliani 12 (1973)â¯: 5â35, repris dans Paul J. Alexander, Religious and Political History and Thought in the Byzantine Empire, Collected Studies 71 (Londresâ¯: Variorum, 1978), XIVâ¯; Vivien Prigent, âLa carrière du tourmarque Euphèmios, Basileus des Romains,â dans Histoire et culture dans lââ¯Italie byzantine, éds. André Jacob, Jean-Marie Martin et Ghislaine Noyé (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 2006), 279â317.
Dernière mise au point, Vivien Prigent, âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs (6èmeâ8ème siècle),â dans Zwischen Ideal und Wirklichkeitâ¯: Herrschaft auf Sizilien von der Antike bis zur Frühen Neuzeit, éds. David Engels, Michael Kleu et Lioba Geis (Wiesbadenâ¯: Franz Steiner Verlag, 2010), 201â230â¯; voir également Constantin Zuckerman, âLearning from the Enemy and Moreâ¯: Studies in âDark Centuriesâ Byzantium,â Millenium 1 (2006)â¯: 79â135â¯; pour la période mésobyzantine, Michael Nichanian et Vivien Prigent, âLes stratèges de Sicileâ¯: de la naissance du thème au règne de Léon V,â Revue Ãtudes Byzantines 61 (2003)â¯: 97â142.
Voir Cécile Morrisson, âLa Sicile byzantineâ¯: une lueur dans les siècles obscurs,â Quaderni ticinesi di numismatica e antichità classiche 27 (1998)â¯: 307â334â¯; et Cécile Morrisson et Vivien Prigent, âLa monetazione in Sicilia nellâetà bizantina,â dans Le zecche italiane fino allâUnità , éd. Lucia Travaini (Romeâ¯: Libreria dello Stato, 2011), 427â434â¯; Vivien Prigent, âLa circulation monétaire en Sicile (VIe-VIIe siècle),â dans The Insular System in the Byzantine Mediterranean (Nicosie 2007), éds. Demetrios Michaelides, Philippe Pergola et Enrico Zanini, British Archeological Reports, International Series 2523 (Oxfordâ¯: Archaeopress, 2007), 139â160.
Domenico Vera, âAristocrazia romana ed economie provinciali nellâItalia tardoanticaâ¯: il caso siciliano,â Quaderni catanesi di studi classici e medievali 10 (1988)â¯: 114â172. Il nââ¯existe pas de synthèse sur lââ¯aristocratie sicilienne mésobyzantine mis à part le chapitre dédié à la question par lââ¯un dââ¯entre nous dans le cadre de son doctorat, Prigent, âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs,â 312â341.
Vivien Prigent, âLa politique sicilienne de Romain Ier Lécapène,â dans Guerre et Société au Moyen Ãgeâ¯: Byzance-Occident (VIIIeâXIIIe siècle), éds. Dominique Barthélémy et Jean-Claude Cheynet (Parisâ¯: ACHCByz, 2010), 63â84â¯; Annliese Nef, âLe statut des dhimmÄ«-s dans la Sicile aghlabide (827â910),â dans The Legal Status of DhimmÄ«-s in the Islamic West (second/eighth-ninth/fifteenth centuries), éds. Maribel Fierro et John Tolan (Turnhoutâ¯: Brepols, 2013), 112â128.
Pour une lecture différenciée de lââ¯Ã©volution régionale au VIIIe siècle et son impact possible sur la rapidité de la conquête islamique (plus rapide dans la Sicile occidentale plus affectée par la crise du VIIIe siècleâ¯; plus lente dans la partie orientale, moins affectée), voir Lucia Arcifa, âRomaioi e Saraceni introno allâ827â¯: Riflessioni sul tema della frontiera,â dans La Sicilia del IX secolo tra Bizantini e Musulmani (Atti del IX Convegno di Studi), éds. Marina Congiu, Simona Modeo et Massimo Arnone (Caltanissettaâ¯: Salvatore Sciascia Editore, 2013), 161â182.
On verra les contributions de Lucia Arcifa, Fabiola Ardizzone, Alessandra Bagnera, Elena Pezzini et Viva Sacco dansâ¯: Annliese Nef et Fabiola Ardizzone, éds., Les dynamiques de lââ¯islamisation en Méditerranée centrale et en Sicileâ¯: nouvelles propositions et découvertes récentes (Rome-Bariâ¯: Edipuglia-Ãcole française de Rome, 2014).
Alessandra Bagnera et Annliese Nef, âHistoire et archéologie du domaine fatimideâ¯: la Sicile et Palerme (début du Xe siècle-milieu du XIe siècle),â dans á¹¢abra MansÅ«riyya, éds. Patrice Cressier et Mourad Rammah (Romeâ¯: Ecole française de Rome, à paraître)â¯; Arcifa, Bagnera et Nef, âArcheologia della Sicilia islamicaâ.
Nef, âMichele Amari,â et Annliese Nef, âLa fiscalité islamique en Sicile sous la domination islamique,â dans La Sicile de Byzance à lââ¯Islam, éds. Annliese Nef et Vivien Prigent (Parisâ¯: De Boccard, 2010), 131â156.
Sur ce point, fondamental, voir Vera, âAristocrazia romana.â
De nouveau, lââ¯Ã©tude de base est due à Domenico Vera, âMassa fundorumâ¯: forme della grande proprietà e poteri della città in Italia fra Costantino e Gregorio Magno,â Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Antiquité 111, no. 2 (1999)â¯: 991â1025, dont les analyses reposent largement sur le témoignage du Liber pontificalisâ¯: Liber Pontificalis, éd. Louis Duchesne (Parisâ¯: E. Thorin et E. De Boccard, 1886â1892) (dorénavant cité Liber pontificalis). Lââ¯article de 1999, bien que paru avant Domenico Vera, âSulla (ri)organizzazione agraria dellâItalia meridionale in età imperialeâ¯: origine, forme e funzioni della massa fundorum,â dans Terre, proprietari e contadini dellâimpero romano dallâaffito agrario al colonato tardoantico, éd. Elio Lo Cascio (Romeâ¯: La Nuova Italia Scientifica, 1997), 613â633, en constitue une forme plus développée et aboutie. Pour éviter les références redondantes, on se contentera ici de renvoyer au premier. La documentation sur les revenus des domaines avait déjà été rassemblée dans Lellia Ruggini, Economia e società nellââItalia annonariaââ¯: rapporti fra lâagricoltura e commercio dal IV al VI secolo (Bariâ¯: Edipuglia, 1995), 558â563.
La bibliographie sur Grégoire le Grand et sa correspondance est extrêmement développée. On se contentera de citer ici lââ¯Ã©dition de référenceâ¯: Grégoire le Grand, Registrum Epistularum sancti Gregorii Magni, éd. Dag Norberg, Corpus Christianorum, Series Latina 140 et 140A (Turnhoutâ¯: Brepols, 1982) (dorénavant cité Registrum), ainsi quââ¯une importante étude spécialement dédiée à lââ¯exploitation du domaine pontifical, Vincenzo Recchia, Gregorio Magno e la società agricola (Romeâ¯: Studium, 1978).
De nouveau, on peut citer le cas de Grégoire le Grand lui-même qui fonda plusieurs monastères en Sicile sur ses biens familiaux, Vita sancti Gregorii Magni, éd. Sabina Tuzzo, Centro di cultura medievale 11 (Piseâ¯: Scuola normale superiore, 2002), 5, 66, ou la présence parmi les biens gérés par le recteur pontifical des fondations des Valerii (Registrum, IX, 67â¯; Eva Margareta Steinby, éd., Lexicon Topographicum Urbis Romae (Romeâ¯: Quasar, 1993â2000), 5â¯:217) et des Anicii (Registrum, IX, 8 et Liber pontificalis, 98, 81, p. 25â¯; voir de façon générale, Eva Margareta Steinby, Lexicon Topographicum, 5â¯:214â216).
Malgré les difficultés dââ¯interprétation que présente cette source, ce fait nââ¯apparaît nulle part plus clairement que dans le Liber pontificalis qui liste les donations de Constantin à lââ¯Ãglise de Rome. Voir notamment Domenico Vera, âOsservazioni economiche sulla vita Sylvestri nel Liber pontificalis,â dans Consuetudinis Amorâ¯: fragments dââ¯histoire romaine (IIeâVIe siècles) offerts à Jean-Pierre Callu, éds. François Chausson et Ãtienne Wolff (Romeâ¯: LâErma di Breitschneider, 2003), 419â430â¯; Daniel Moreau, âLes patrimoines de lââ¯Ãglise romaine jusquââ¯Ã la mort de Grégoire le Grandâ¯: dépouillement et réflexions préliminaires à une étude sur le rôle temporel des évêques de Rome durant lââ¯Antiquité la plus tardive,â Antiquité tardive 14 (2006)â¯: 79â93.
Voir Vivien Prigent, âLes empereurs isauriens et la confiscation des patrimoines pontificaux dââ¯Italie du Sud,â Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 116, no. 2 (2004)â¯: 557â594.
à lââ¯occasion dââ¯un séjour sicilien, sans doute en liaison avec lââ¯invasion dââ¯Alaric, Virius Nicomachus Flavianus annota deux de ses manuscrits de Tite-Live signalant emendabam apud Hennam (Titi Livii ab Urbe condita, Tomus Iâ¯: Libri IâIV, éd. R.M. Ogilvie (Londonâ¯: Clarendon Press-Oxford University Press, 1974), XII). Sur le personnage, Arnold H.M. Jones, The Prosopography of the Later Roman Empire, vol. 1, ADâ¯260â395 (Cambridgeâ¯: Cambridge University Press, 1971), 260â395, Virius Nicomachus Flavianus, 345â346.
Voir sur le proche site de Sofiana, Albrecht Berger, ed. et trad., La Vie de Grégoire dââ¯Agrigenteâ¯: Leontios presbyteros von Rom, das Leben des Heiligen Gregorios von Agrigent (Berlinâ¯: Akademie Verlag, 1994), §â¯61, 219, l. 23 et §â¯67, 225, l. 18. En dernier lieu, sur ce site qui jouait un rôle essentiel dans lââ¯articulation du patrimoine dès la fin du VIe siècle, Giovanni Francesco La Torre, ââGela sive Philosophianisâ (It. Antonini, 88,2)â¯: contributo per la storia di un centro interno della Sicilia romana,â Quaderni dellâIstituto di Archeologia dellâUniversità di Messina 9 (1994)â¯: 99â139.
Prigent âLes empereurs isauriens.â
Un sceau encore inédit y mentionne un topotérète de cité, institution sur laquelle voir Vivien Prigent, âTopotèrètes de Sicile et de Calabre aux VIIIeâIXe siècles,â Studies in Byzantine Sigillography 9 (2006)â¯: 145â158.
Voir, par exemple, dans la région de Rome, les massae de Ninfa et Norma, Liber pontificalis, 1â¯:433 et Federico I. Marazzi, âPatrimonia Sanctae Romanae Ecclesiaeâ nel Lazio (secoli IVâX)â¯: struttura amministrativa e prassi gestionali (Romeâ¯: Istituto Storico per il Medio Evo, 1998), 274â275.
Voir lââ¯interprétation pionnière des sceaux des recteurs de Calabre par Vitalien Laurent, Documents de sigillographie byzantineâ¯: la collection Orghidan, Bibliothèque Byzantine, Documents 1 (Parisâ¯: P.U.F., 1952), commentaire au no. 81, 54.
Vera, âAristocrazia romana.â
Vera, Massa fundorum, 991, 1013. Le fonctionnement que lââ¯on attribue généralement au patrimonium a été résumé au mieux par Lellia Cracco Ruggini, âSicilia, III/IV secoloâ¯: il volto della non-città ,â Kokalos 28â29 (1982â1983), 490â492â¯: âLe massae si articolavano in innumerevoli fundi, i quali in sostanza riproducevano e perpetuevano nel connettivo del latifondo le strutture produttive frazionate delle unità parcellari medio-piccole che questo era andato inghiotando.â
Vera, Massa fundorum, 1004.
Vera, Massa fundorum. Cette remarque importante permet notamment dââ¯abandonner la vision proposée par Cracco Ruggini (âLa Sicilia,â 72, n. 76) de massae âche si estendevano da nord-ovest a est per tutta la larghezza dellââ¯isola.â
Vera, Massa fundorum, 997, 1004. Nous revenons plus avant sur cette réalité.
Ainsi, dans le territoire de Palerme, lââ¯Ãglise de Rome a des droits plus ou moins exclusifs sur trois massaeâ¯: Getina (Registrum, IX, 119), Leucas (Registrum, IX, 23) et Taurana (Liber Pontificalis, I, 33, 37). La différence peut toutefois être illusoire, les massae que lââ¯on voit au sein des biens de lââ¯Ãglise de Rome recouvraient peut-être auparavant lââ¯ensemble des biens dââ¯un possessor laïc qui ne feraient ultérieurement que conserver leur identité au sein du patrimoine plus vaste de lââ¯Ã©glise de Rome. Ce serait donc une évolution en deux temps qui créerait cette différence.
Sur lââ¯organisation de lââ¯oikos égyptien, le travail fondateur demeure Jean Gascou, âLes grands domaines, la cité et lââ¯Ãtat en Ãgypte byzantine,â Travaux et Mémoires du Centre dââ¯histoire et de civilisation de Byzance 9 (1985)â¯: 1â90, repris dans Jean Gascou, Fiscalité et société en Ãgypte byzantine, Bilans de Recherche 4 (Parisâ¯: ACHCByz, 2008), VI, avec des réflexions nouvelles sur lââ¯impact des concepts mis en avant dans lââ¯article dââ¯origine.
Ainsi, pour rester dans le Palermitain, la massa Leucas, cité n. 33, était partagée entre Rome et une dénommée Praeiecta, sur laquelle voir Charles Pietri et Luce Pietri, éds., Prosopographie Chrétienne du Bas-Empireâ¯: 2, Prosopographie de lââ¯Italie chrétienne (313â604), vol. 1 (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 1999).
Vera, Massa fundorum, 1001.
Au VIe siècle, lââ¯Ã®le compte quatorze cités â voir la liste de Georges de Chypre publiée dans Le Synekdèmos dââ¯Hiéroklès et lââ¯opuscule géographique de Georges de Chypre, éd. Ernest Honigmann (Bruxellesâ¯: Institut de philologie et dââ¯histoire orientales et slaves, 1939) â, soit, avec un territoire de 25700â¯km2, un territoire civique moyen de 1835â¯km2.
Voir Vera, âAristocrazia romana.â
Chiffres réunis dans Vera, Massa fundorum, 1000.
Voir Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 15â148.
Prigent, 148â166. De façon générale, sur ces agglomérations demeure essentiel, Gilbert Dagron, âEntre village et citéâ¯: la bourgade rurale des IVeâVIIe siècles en Orient,â Koikonia 3 (1979)â¯: 29â52, repris dans Gilbert Dagron, La romanité chrétienne en Orientâ¯: héritages et mutations (Londresâ¯: Variorum Reprints, 1984), VII.
Antonino Facella, âNote di toponomastica latina nella Sicilia Orientaleâ¯: toponimi prediali in -anum, -ana,â dans Atti delle Quarte Giornate Internazionale di Studi sullâArea Elima (Erice, 1â4 décembre 2000), éd. Alessandro Corretti (Piseâ¯: Scuola normale superiore di Pisa, 2003), 437â465.
On citera, parmi une foisonnante bibliographie, Alessandra Molinari, âLe campagne siciliane tra il periodo bizantino e quello arabo,â dans Acculturazione e mutamentiâ¯: prospettive nellâarcheologia medievale del Mediterraneo, VI Ciclo di Lezioni sulla ricerca applicata in archeologia (Certosa di Pontignano (Si) â Museo di Montelupo (Fi), 1â5 mars 1993), éds. Enrica Boldrini et Riccardo Francovich (Florenceâ¯: AllâInsegna del Giglio, 1995), 224â¯; Alessandra Molinari, âIl popolamento rurale in Sicilia tra V e XIII secoloâ¯: alcuni spunti di riflessione,â dans La Storia dellâalto medioevo italiano (VIâX secolo) alla luce dellâArcheologia Medievale (Sienne, 1994), éds. Riccardo Francovich et Ghislaine Noyé, Biblioteca di Archeologia Medievale 11 (Florenceâ¯: AllâInsegna del Giglio, 1994), 367â¯; Oscar Belvedere, âOrganizzazione fondiaria e insediamenti nella Sicilia di età imperiale,â Corso di cultura sullâArte Ravennate e Bizantina 43 (1997)â¯: 38â39, qui insiste sur la superficie importante de bon nombre des sites repérés. Ghislaine Noyé, âÃconomie et société dans la Calabre byzantine,â Journal des savants 2 (2000)â¯: 238â239, souligne à la même époque une tendance à la concentration de lââ¯habitat et (page 254) le développement des villages. Ce phénomène concerne lââ¯ensemble du monde byzantin, Cécile Morrisson et Jean-Pierre Sodini, âThe Sixth-Century Economy,â dans Economic History of Byzantium from the Seventh through the Fifteenth Century, vol. 1, éd. Angeliki Laiou, Dumbarton Oaks Studies 39 (Washington D.C.â¯: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2002), 178â179. Pour des études de cas, Jacques Lefort, Cécile Morrisson et Jean-Pierre Sodini, éds., Les villages dans lââ¯Empire byzantin, Réalités Byzantines 11 (Parisâ¯: ACHCByz, 2005).
On se contentera ici dââ¯un exemple. Le monastère Saint-Hermès, fondation palermitaine de Grégoire le Grand destinée à entrer dans le patrimoine de Rome (Registrum, V, 4, l. 9â¯: Urbicus monasterii mei praepositusâ¯; Italia Pontificia. X. Calabria-Insulae, éd. Paul Fridolin Kehr (Berlinâ¯: Weidmann, 1975) (Regesta pontificium Romanorum), 236â238), était apparemment propriétaire dââ¯une autre fondation, le monastère du Lucuscanum (Italia pontificia, X, 238â239), dont lââ¯abbé est nommé par celui de Saint-Hermès (Registrum, IX, 20). Le même abbé de Saint-Hermès est également dépositaire de capitaux appartenant au Lucuscanum et responsable de lââ¯entretien des moines de cette maison pieuse sur les revenus de celle-ci (Registrum, IX, 21). Or, deux autres lettres témoignent de lââ¯importance des propriétés foncières du Lucuscanum. En novembre-décembre 598, Grégoire le Grand règle le conflit qui lââ¯oppose au xenodochium romain des Valerii au sujet des possessiones Faiana, Nasoniana et Libiniana, sises sur le territoire de Palerme (Registrum, IX, 67 et 83). La possessio apparaît comme une forme intermédiaire, du point de vue de la taille, entre les massae et les fundi avec des revenus en moyenne 2,5 fois supérieurs à ces derniers (Vera, Massa fundorum, 1000). Les revenus revendiqués par le monastère représenteraient donc a priori plusieurs centaines de solidi, mais bien que doté dââ¯un patrimoine foncier considérable, le Lucuscanum semble nââ¯avoir été juridiquement quââ¯un élément du patrimoine de Saint-Hermès, lui-même intégré au patrimonium de Rome.
Voir Ninno Tamassia, âLa novella giustinianea âDe Praetore Siciliaeââ¯: Studio storico e giuridico,â dans Scritti per il Centenario della nascita di Michele Amari (Palermeâ¯: Società siciliana di Storia Patria, 1910), 1â¯:304â331 et Prigent, âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs,â 202â207.
Voir lââ¯analyse approfondie par Claude Lepelley de CTh, XI, 28 13 dans Claude Lepelley, âDéclin ou stabilité de lââ¯agriculture africaine au Bas-Empireâ¯? à propos dââ¯une loi dââ¯Honorius,â Antiquités Africaines 1 (1967)â¯: 135â144, repris dans Aspects de lââ¯Afrique romaineâ¯: les cités, la vie rurale, le christianisme, Studi storica sulla tarda antichità (Bariâ¯: Edipuglia, 2001), 217â232. Les conclusions de cet auteur ont été remises en cause par Federico De Romanis, âPer una storia del tributo granario africano allâannona della Roma imperiale,â dans Nourrir les cités de Méditerranéeâ¯: Antiquités-Temps modernes, éds. Brigitte Marin et Catherine Virlouvet (Paris-Aix-en-Provence/Madridâ¯: Maisonneuve-et-Larose, MMSH, Universidad de Educacion a Distancia, 2004), 709â718, mais ses arguments ne me semblent pas devoir emporter lââ¯adhésion.
Cette estimation ressort du total des impôts payés par ces deux possessores, environ 40.000 nomismata lorsquââ¯on le rapporte au modèle théorique de lââ¯exploitation byzantine et du rapport entre prélèvement, revenus de la terre et productivité des exploitations. Pour une étude de détail, Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 397â408. Sur ces mêmes bases, on ne saurait accepter les 800.000 hectares couramment reconnus au patrimoine romain à la suite de Lellia Cracco Ruggini (âLa Sicilia,â 13), qui place en outre cent mille familles (un demi million de personnesâ¯?) dans la dépendance du pontife. Plus récemment, Constantin Zuckerman, âLearning from the Enemy,â 124, propose un chiffre proche (un tiers de la superficie de lââ¯Ã®le) sur la base dââ¯une interprétation que nous croyons erronée de la réforme fiscale de Léon III au début des années 730. Voir aussi Vivien Prigent, âUn confesseur de mauvaise foiâ¯: Théophane et la politique fiscale sicilienne de Léon III,â dans Cahiers de recherches médiévales et humanistes 28 (2014)â¯: 279â304.
Pour lââ¯essentiel, Palerme à lââ¯ouest et à lââ¯est Syracuse, Catane, Agrigente.
Il sââ¯agit bien évidemment dââ¯une estimation très grossière basée sur la superficie de terre nécessaire à lââ¯imposition dââ¯obligations fiscales dââ¯un montant de 25.000 nomismata (Theophanis Chronographia, éd. Karl De Boor (Leipzigâ¯: Teubner, 1883), 1â¯:410) et dââ¯une division de cette superficie par le nombre de domaines que possède le pape en Sicile vers 600 (Registrum, II, 50â¯; Recchia, Gregorio Magno, 16). Bien évidemment, de nombreux paramètres demeurent flous et lââ¯on ne doit prendre ces valeurs que comme des ordres de grandeur.
Pour lââ¯hagiographie sicilienne, on se reportera à Daniela Motta, Percorsi dellâagiografiaâ¯: società e cultura nella Sicilia tardoantica e bizantina, Testi e studi di storia antica 4 (Cataneâ¯: Edizione del Prisma, 2003) et Mario Re, âItalo-Greek hagiography,â dans The Ashgate Research Companion to Byzantine Hagiography, éd. Stephanos Efthymiadis (Farnhamâ¯: Ashgate, 2011), 227â258.
De façon générale, sur lââ¯administration sicilienne, voir Prigent. âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs.â Si lââ¯on sââ¯en rapporte à la localisation de lââ¯atelier monétaire, le transfert de la capitale à Syracuse nââ¯advint sans doute pas avant le règne de Justinien II et la fondation du thème, voir les brèves notices dédiées aux ateliers de Catane et de Syracuse par Vivien Prigent dans Lucia Travaini, éd., Le zecche italiane fino allâUnità (Romeâ¯: Libreria dello Stato, 2011), respectivement 594â596 et 1152â1154. Pour la création du thème, Nicolas Oikonomidès, âUne liste arabe des stratèges byzantins du VIIe siècle et les origines du thème de Sicile,â Rivista di studi bizantini e neoellenici n.s. 1 (1964)â¯: 121â130.
Dernièrement, Roberta Rizzo, Papa Gregorio Magno e la nobiltà in Sicilia, Biblioteca dellâOfficina di Studi Medievali 8 (Palermeâ¯: Officina di Studi medievali, 2008) et Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 209â312.
Vitalien Laurent, âUne source peu étudiée de lââ¯histoire de la Sicile au haut Moyen-Ãgeâ¯: La sigillographie byzantine,â dans Byzantino-Sicula, Quaderni dellâIstituto Siciliano di Studi Bizantini e Neoellenici 2 (Palermeâ¯: Istituto Siciliano di Studi Bizantini e Neoellenici, 1966), 35.
Les sources numismatiques offrent un observatoire privilégié de lââ¯effondrement de lââ¯Ã©conomie sicilienne, voir Vivien Prigent, âMonnaie et circulation monétaire en Sicile du début du VIIIe siècle à lââ¯avènement de la domination musulmane,â dans Lââ¯héritage byzantin en Italie VIIIeâXIIesiècle, vol. 2, Les cadres juridiques et sociaux et les institutions publiques, éds. Jean-Marie Martin, Annick Peters-Custot et Vivien Prigent (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 2012), 455â482.
Lucia Arcifa, âDinamiche insediative tra tardo antico e altomedioevo in Sicilia. Il caso di Milocca,â dans Paesaggi e insediamenti rurali in Italia meridionale fra Tardo antico e Altomedioevoâ¯: Atti del I Seminario sul Tardo Antico e lâaltomedioevo in Italia Meridionale, Foggia, 2004, éds. Giuliano Volpe et Maria Turchiano (Bariâ¯: Edipuglia, 2005), 651â665.
Maria Amalia De Luca, âReperti inediti con iscrizioni in arabo rinvenuti nel sito archeologico di Milenaâ¯: i sigilli e le monete,â dans Studi in onore di Umberto Scerrato per il suo settantacinquesimo compleanno, vol. 1, éds. Maria Vittoria Fontana et Bruno Genito (Naplesâ¯: Università degli studi di Napoli âLâOrientaleâ et Istituto italiano per lâAfrica e lâOriente, 2003), 231â258 et âSicilia aghlabitaâ¯: nuove testimonianze numismatiche,â dans The Third Simone Assemani Symposium on Islamic Coins (Rome, 2011), éds. Bruno Callegher et Ariana DâOttone (Triesteâ¯: EUT, 2012), 288â309 et, pour une lecture différente, Arcifa, Bagnera et Nef, âArcheologia della Sicilia islamica.â
Chase F. Robinson, âNeck-Sealing in Early Islam,â Journal of the Economic and Social History of the Orient 48, no. 3 (2005)â¯: 401â441.
On peut également penser que lââ¯intention nââ¯Ã©tait pas de les soumettre définitivement, ni même durablementâ¯: cf. Nef, âLe statut des dhimmÄ«-s.â
La spécificité ne tient pas ici à la transition rapide [il nââ¯est que de lire les articles de Petra Sijpesteijn sur lââ¯Ãgypte et en particulier son âThe Arab Conquest of Egypt and the Beginning of Muslim Rule,â dans Egypt in the Byzantine World 300â700, éd. Roger S. Bagnall (Cambridgeâ¯: Cambridge University Press, 2007), 437â459, pour sââ¯en convaincre] mais à ses voies puisque le cadre en est probablement public.
Hasan H. Abdul Wahab et Fehrat Dachraoui, âLe régime foncier en Sicile au Moyen Ãge (IXe et Xe siècle),â dans Ãtudes dââ¯orientalisme dédiées à la mémoire de E. Levi-Provençal (Parisâ¯: G.P. Maisonneuve et Larose, 1962), 401â444. Pour une biographie de lââ¯auteur, on verra Allaoua Amara, âTexte méconnu sur deux groupes hérétiques du Maghreb médiéval,â Arabica 52, no. 3 (2005)â¯: 348â372, spéc. 349â350. Il existe plusieurs éditions de ce texte. Lââ¯une sââ¯appuie sur le manuscrit de lââ¯Escurialâ¯: Aḥmad b. Naá¹£r al-DÄwÅ«dÄ«, KitÄb al-amwÄl, éd. et trad. Abul Muhsin Muhammad Sharfuddin (New Dehliâ¯: Kitab Bhavan 1998), tandis quââ¯une autre suit celui de Rabatâ¯: Aḥmad b. Naá¹£r al-DÄwÅ«dÄ«, KitÄb al-amwÄl, éd. Riá¸Ä Muḥammad SÄlim ShahÄda (Beyrouthâ¯: DÄr al-kutub al-Ê¿ilmiyya, 2008). Selon Pedro Chalmeta, sur la base du manuscrit de lââ¯Escorial, il conviendrait de modifier le titre en KitÄb fiʾat al-amwÄl (Traité sur les catégories de biens [imposables])â¯: Pedro Chalmeta, âUna obra de âmateria economicaââ¯: el KitÄb fiʾat al-amwÄl de al-DÄwÅ«dÄ«,â dans Actas del IV Coloquio Hispano-tunecino (Palma de Mallorca, 1979), éd. Manuela Marin (Madridâ¯: Instituto hispano-arabe de cultura, 1983), 62â78.
Sur les documents émis par le dÄ«wÄn sicilien partiellement en arabe, aux XIeâXIIe siècles, cf. Jeremy Johns, Arabic Administration in Norman Sicilyâ¯: The Royal DÄ«wÄn (Cambridgeâ¯: Cambridge University Press, 2002).
Annliese Nef, âGéographie religieuse et continuité temporelle dans la Sicile normande (XIeâXIIe siècles)â¯: le cas des évêchés,â dans à la recherche de légitimités chrétiennesâ¯: représentations de lââ¯espace et du temps dans lââ¯Espagne médiévale (IXeâXIIIe siècle) (Madrid, 26â27 avr. 2001), éd. Patrick Henriet (Lyon/Madridâ¯: ENS-Casa de Velazquez, 2003), 177â194.
On verra Vivien Prigent, âLââ¯Ã©volution du réseau épiscopal sicilien (VIIIeâXe siècle),â dans Les dynamiques de lââ¯islamisation en Méditerranée centrale et en Sicileâ¯: nouvelles propositions et découvertes récentes, éds. Annliese Nef et Fabiola Ardizzone (Rome/Bariâ¯: Edipuglia-Ãcole française de Rome, 2014), 89â102.
Fabiola Ardizzone, Rossella Giglio et Elena Pezzini, âInsediamento monastico a Marittimo in contrada âCase Romaneââ¯: nuovi dati,â dans Atti del XV Convegno Internazionale di Archeologia cristiana (Toledo 2008) (Cité du Vaticanâ¯: Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, 1254â1261) et, pour S. Gregorio dââ¯Agrigente, Fabiola Ardizzone, âLe produzioni medievali di Agrigento alla luce delle recenti indagini nella Valle dei Templi,â dans Fornaciâ¯: tecnologie e produzione della ceramica in età medievale e modernaâ¯: Atti del XLII Convegno internazionale della ceramica Albisola (Savona 29â10 maggio) (Albisolaâ¯: Centro Ligure per la Storia della Ceramica, 2009), 277.
Un certain nombre de monastères sont attestés durant la période islamique dans les hagiographies et leur diplôme de «â¯fondationâ¯Â» à la fin du XIe siècle précise quââ¯ils se sont maintenus, ainsi de S. Filippo de Fragalà â¯: Salvatore Pricoco, âUn esempio di agiografia regionaleâ¯: la Sicilia,â dans Santi e demoni nellâAltomedioevo occidentale (secoli VâXI) (XXXVI Settimana di Studio del Centro italiano di Studi sullâAlto Medioevo, Spoleto 7â13 aprile 1988) (Spolèteâ¯: Centro italiano di Studi sullâAlto Medioevo, 1989), 319â380 et John Philip Thomas et Angela Constantinides Hero, éds., Byzantine Monastic Foundation Documentsâ¯: A complete Translation of the Surviving Foundersâ Typika and Testaments, Dumbarton Oaks Studies 35 (Washingtonâ¯: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2000), 621â636.
Sur la nature de ces divisionsâ¯: cf. Annliese Nef, Conquérir et gouverner la Sicile islamique aux XIe et XIIe siècles (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 2011), 408 et sq et 492 et sq.
On donnera ici les références à la seule version latine, en mentionnant éventuellement les différences significatives avec la version arabe.
1 mudd = 1 salme = env. 1,75 ha.
Toutes les références de ce paragraphe et du suivant renvoient à Salvatore Cusa, I diplomi greci ed arabi di Sicilia pubblicati nel testo originaleâ¯: tradotti ed illustrati da Salvatore Cusa (Palermeâ¯: Stabilimento tipografico Lao, 1868â1882).
Voir ci-dessus n. 47.
Jeremy Johns, âUna nuova fonte per la geografia e la storia della Sicilia nellâXI secoloâ¯: il KitÄb Ä arÄʾib al-funÅ«n wa-mulaḥ al-Ê¿uyÅ«n,â Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 116, no. 1 (2004)â¯: 430 et 435. Lââ¯auteur anonyme reprend des passages entiers dââ¯Ibn Ḥawqal, mais il comble une lacune du texte de ce dernier en donnant le chiffre du montant total de lââ¯impôt sicilien et du tribut calabrais, soit 20 000 dinars.
Sur ce point, cf. Prigent, âMonnaie et circulation monétaire.â
Cusa, I diplomi greci ed arabi, 28â30 (1149) et 34â36 (1154)â¯; sur ces documents cf. Jeremy Johns et Alex Metcalfe, âThe Mystery at Chùrchuroâ¯: Conspiracy or Incompetence in the Twelfth-Century Sicily,â Bulletin of the School of Oriental and African Studies 62 (1999)â¯: 226â259.
Cette absence de limites et de superficies qui caractérise aussi la Syrie-Palestine à lââ¯Ã©poque des Etats latins dââ¯Orient a donné lieu à une controverse qui a opposé J. Prawer à C. Cahen. Ce dernier lââ¯interprétait comme la preuve de lââ¯existence de pratiques culturales collectives, tandis que le premier y voyait le reflet dââ¯une fiscalité reposant sur la responsabilité collective de la communauté rurale et utilisant comme unité de calcul la âcharruéeâ, qui équivaut alors au manse. Nous pencherions en faveur de lââ¯hypothèse de J. Prawer, ce qui nââ¯exclut pas, par ailleurs, que des pratiques agricoles collectives se soient développées en Orientâ¯; cf. Claude Cahen, âLa communauté rurale dans le monde musulman médiéval,â dans Les communautés rurales, vol. 3, Asie et Islam, Recueils de la Société Jean Bodin XLII (Parisâ¯: Dessain et Tolra, 1982), 23 et Joshua Prawer, âPalestinian Agriculture and the Crusader Rural System,â dans Crusader Institutions, éd. Joshua Prawer (Oxfordâ¯: Oxford University Press, 1980), 201â217.
Annliese Nef, âConquêtes et reconquêtes médiévalesâ¯: la Sicile normande est-elle une terre de réduction en servitude généraliséeâ¯?â dans Les formes de la servitudeâ¯: esclavages et servages de la fin de lââ¯Antiquité au monde moderne (Actes de la table ronde de Nanterre, 12 et 13 décembre 1997), Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 112, no. 2 (2000)â¯: 579â607.
Sandro Carocci, ââ¯âMetodo regressivoâ e possessi collettiviâ¯: i âdemaniâ del Mezzogiorno (sec. XIIâXVIII),â dans Ãcritures de lââ¯espace socialâ¯: Mélanges dââ¯histoire médiévale offerts à Monique Bourin, éds. Didier Boisseuil, Pierre Chastang, Laurent Feller et Joseph Morsel (Parisâ¯: Publications de la Sorbonne, 2010), 541â556.
On verra les articles de Salvina Fiorilla, Alessandra Molinari et Ilaria Neri, Alessandro Corretti et alii qui proposent des synthèses régionales dans La Sicile à lââ¯Ã©poque islamique, Mélanges de lââ¯Ãcole française de Romeâ¯: Moyen Ãge 116, no. 1 (2004).
Arcifa, Bagnera et Nef, âArcheologia della Sicilia islamica.â
Guiseppe Petralia, âLa âsignoriaâ nella Sicilia normanna e svevaâ¯: verso nuovo scenariâ¯?â dans La signoria rurale in Italia nel medioevoâ¯: Atti del II Convegno di studi, Pise, 6â7 novembre 1998, éds. Cinzio Violante, Maria Luisa et Ceccarelli Lemut (Piseâ¯: ETS, 2004), 217â254.
Sur le rôle de la conduma, cf. infra.
Nef, Conquérir et gouverner, 411â412.
Henri Bresc, âLe fief en Sicileâ¯: du don gratuit à la structuration de lââ¯Ãtat,â dans Fiefs et féodalité dans lââ¯Europe méridionale (Italie, France du Midi, Péninsule ibérique) du Xe au XIIIe siècleâ¯: Toulouse et Conques, les 6â8 juillet 1998, éd. Pierre Bonnassie (Toulouseâ¯: CNRS â Université Toulouse-le Mirail, 2002), 75â92.
Voir p. 15 et Nef, Conquérir et gouverner, 492 et sq.
Vera, âMassa fundorum,â 1011, sans méconnaître évidemment le témoignage du Registrum, met lââ¯accent sur âLa dominanza fiscale e catastale del fundus sulla massa.â Lââ¯implication de la massa dans le processus fiscal résulterait uniquement du fait quââ¯elle rassemble des fundi qui constituent le véritable rouage du système fiscal.
Registrum, I, 42.
Registrum, IX, 129. Le pape rappelle au rector Romanus que lââ¯accession à lââ¯office de defensor de Pierre, oriundus de la massa Iutelas ne libère nullement ses fils de leur obligation de résidence et de mariage sur le domaine auquel ils sont liés.
Sur cette réforme, Prigent. âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs,â 205â207.
La meilleure étude sur les mécanismes de la perception autopracte est lââ¯analyse dââ¯ensemble du cas dââ¯Aphroditô offerte par Constantin Zuckerman, Du village à lââ¯empireâ¯: autour du registre fiscal dââ¯Aphroditô (525/526), Travaux et Mémoires du Centre de recherche dââ¯histoire et de civilisation de Byzance, Monographies 16 (Parisâ¯: ACHCByz, 2004).
Agnellus von Ravenna, Liber Pontificalis, éd. et trad. Claudia Nauerth, Münchener Beiträge zur Mediävistik und Renaissance-Forschung 15, Fontes Christiani 21, no. 1 (Munichâ¯: Arbeo-Gesellschaft, 1996) (dorénavant Liber pontificalis Ecclesiae Ravennatis), §â¯111, 415â¯: â(â¦) solidorum aureorum triginta unum milia. Ex his quindecim milia in palatio Constantinopolitano et sedecim milia in archivo ecclesiae deportavit. Haec pensio omni anno solvebatur (â¦).â Il est possible que dans le nord de lââ¯Italie, cette pratique ait déjà été en vigueur dès le VIe siècle, Jan-Olof Tjäder, Die Nichtliterarischen Lateinischen Papyri Italiens aus der Zeit 445â700, 2 vols. (Stockholmâ¯: Glerup, 1955â1982) (Skrifter Utgiuna au Svenska Institutet i Rom, 4°, XIXâ¯: 2. Acta Instituti Romani Regni Sueviae, series in 4°, XIXâ¯: 2), P.Ital. 2, 182.
Itemque et aliam direxit ut restituantur familia suprascripti patrimonii et Siciliae quae in pignere a militia detinebantur Liber pontificalis, 85, 3, 369.
Voir Prigent. âLes empereurs isauriens,â 557â594, contra Zuckerman, âLearning from the Enemy,â 97, pour qui âFrom the fiscal point of view though, I see no purpose in creating a parallel perception on a âgrand domaineâ by the treasury, while keeping the owner in charge and in possession of the rent.â La logique nââ¯est pas économique, mais politiqueâ¯: les papes viennent dââ¯orchestrer une âgrève fiscaleâ en Italie. Sur ce point, Prigent. âUn confesseur de mauvaise foi.â
Registrum, I, 42.
Ainsi à propos de leur activité parallèle de créanciers des contribuables, Registrum, I, 42â¯: Quae dum de suo unde dare non habent, ab actionariis publicis mutua accipiunt et gravia commoda pro eodem beneficio persoluunt. Quââ¯il sââ¯agisse de la perception de lââ¯impôt en or découle du nom même de la taxe, burdatio (de burdo, mulet) quââ¯il convient de rapprocher de la forme hellénisée chrysos bourdonôn, lââ¯âor des mules,â lââ¯une des multiples petites taxes militaires levées au Bas-Empire dont lââ¯agglomération progressive détermina à terme lââ¯apparition de ce que Jean-Michel Carrié appelle âlââ¯impôt militaire combinéâ (notamment, Jean-Michel Carrié, âLââ¯Ã©tat à la recherche de nouveaux modes de financement des armées (Rome et Byzance, IVeâVIIIe siècles),â dans The Byzantine and Islamic Near East, vol. 3, States, Resources, Armies, éd. Averil Cameron, Studies in Late Antiquity and Early Islam 1 (Princetonâ¯: Darwin Press, 1996), 27â60). Sur ce dernier point, Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 1092â1095.
Registrum, I, 42â¯: Praeterea cognovimus quod prima illatio burdationis rusticos nostros vehementer angustet, ita ut priusquam labores suos venundare valeant, compellantur tributa persolvere.
Unde praesenti admonitione praecepimus ut omne, quod mutuum pro eadem causa ad extraneis accipere poterant, a tua experientia in publico detur et a rusticis ecclesia paulatim ut habuerint accipiatur, ne, dum in tempore coangustantur, quod eis postmodum sufficere in inferendum poterat, prius compulsi vilius vendant et horreis minime sufficiant.
Registrum, I, 42â¯: Cognovimus etiam rusticos burdationis dationem quam iam ad eis exactam Theodosius minime persolverat terum dedisse, ita ut in duplo exacti sint. Cââ¯est à tort que lââ¯on a voulu en faire un conductor, voir Cracco Ruggini, âLa Sicilia,â 561â¯; Recchia, Gregorio Magno, 20, n. 64. Les éditeurs de la Prosopographie Chrétienne du Bas-Empire, II, Theodosius 3, 2181â2182, sont plus prudentsâ¯: âtrès probablement conductor.â Toutefois, la mention de la burdatio le rapproche clairement des actionarii publici mentionnés plus haut dans la lettre.
Quod ideo factum est, quia eius substantia ad debitum ecclesiae non sufficiebat. Sed quia per filium nostrum Servuumdei diaconum edocti sumus quod ex rebus substantiae eius possit hoc ipsum damnum sufficienter resarciri, volumus quingentos septem solidos eisdem rusticis sine aliqua imminutione restituti, ne in duplo videantur exacti.
Gascou, âLes grands domaines,â 16â19.
P.Oxy. LXII 4350 (22 juillet 576) mentionne trois individus qui prennent à leur charge la perception des impôts sur une partie des terres des Apions, se déclarant prêts à lever ÏάνÏα Ïá½° δημόÏια de la dixième indiction, à leurs propres risques (κινδύνῳ ἡμῶν καὶ Ïá¿Ï á¼Îºá½±ÏÏÎ¿Ï á¼¡Î¼á¿¶Î½ á½ÏοÏÏá½±ÏεÏÏ). Ils y apparaissent solidairement responsables de la somme et des arriérés, sââ¯engageant à verser le produit de la collecte à lââ¯endoxos oikos. Ãvidemment, celui-ci transfère ultérieurement ce produit fiscal aux caisses publiques. Tout comme celle de ces Ãgyptiens, lââ¯activité de Theodosius consisterait donc à percevoir un impôt public sur un domaine privé en gageant sa fortune personnelle auprès du propriétaire qui lââ¯emploie dans cette tâche. La différence est ici que sa dimension dââ¯agent public est plus nettement marqué, en raison sans doute de lââ¯organisation administrative spéciale de la Sicile, où le processus fiscal nââ¯est pas à la charge des cités, mais du comte du patrimoine pour lââ¯Occident.
La levée de lââ¯impôt en or ne permet pas en effet de joueur sur les systèmes de mesure, un abus habituel de la part des responsables de la levée des loyers et des taxes.
Dans le cas exposé par Grégoire le Grand, on en est encore au prêt individuel, même si le versement est fait directement à lââ¯Ãtat et non au cultivateur qui le reverserait ensuite à lââ¯Ãtat. En effet, lââ¯ordre du pape ne concerne que les cultivateurs qui, individuellement, ont rencontré des difficultés.
On sort ici bien évidemment du domaine de lââ¯impôt en or, mais lââ¯Ãtat se réservait toujours le droit de passer dââ¯un système à lââ¯autre, lââ¯adération sââ¯affirmant progressivement car plus pratique, au fur et à mesure que le degré de monétarisation de lââ¯Ã©conomie en permet le développement.
Registrum, I, 42â¯: Valde autem iniustum et iniquum esse perspeximus ut ad rusticis ecclesiae de sextariaticis aliquid accipiatur, ut ad maiorem modium dare compellantur, quam in horreis ecclesiae infertur. Unde praesenti admonitione praecipimus ut ad plus quam decem et octo sextariorum modium numquam a rusticis ecclesiae frumenta debeant accipi (â¦). Néanmoins, on retrouve en 603 la dénonciation de lââ¯usage de modius de vingt-cinq setiers, entraînant une surcharge de lââ¯ordre de 38â¯% pour le rusticusâ¯: Registrum, XIII, 35â¯; Domenico Vera, âForme e funzione della rendita fondiaria nella tarda antichità ,â dans Società romana e impero tardo-antico, vol. 1, Istituzioni, ceti, economie, éd. Andrea Giardina (Rome/Bariâ¯: Laterza, 1986), 441, calcule 56â¯%, mais le pape reconnaît deux setiers en surtaxe.
Registrum, I, 68.
L. Cracco Ruggini a été la première à mettre ce phénomène en lumière, de nouveau dââ¯après la fameuse lettre Registrum, I, 42. Voir Ruggini, Economia e società , 256â257. Voir également Jean Durliat, De la ville antique à la ville byzantineâ¯: le problème des subsistances (Romeâ¯: Ãcole française de Rome, 1990), 155â156.
Sur les naves commandatae sanctae ecclesiae, voir Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 444.
Les dégrèvements fiscaux concédés par les empereurs sââ¯expriment en annonacapita. Ce terme renvoie normalement à la fiscalité et désigne le produit nécessaire à lââ¯entretien dââ¯un soldat (annona) et de son cheval (capitum). Les impôts du propriétaire sont estimés dans cette unité qui doit correspondre à une unité dââ¯assiette théorique, à même de produire environ 8 nomismata. La création de ce mot-valise évoque aussi le passage à une pleine adération (sur ces points, Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 1102â1107).
Nicolas Oikonomidès, âDe lââ¯impôt de distribution à lââ¯impôt de quotité à propos du premier cadastre byzantin,â Zbornik radova vizantoloÅ¡kog instituta 26 (1987)â¯: 9â19.
Codex Carolinus, éd. W. Gundlach, Monumenta germaniae Historica, Epistulae III, Epistolae Merovingici et Karolini aevi (Berlinâ¯: A. Hiersemann, 1892), no. 82, 616, l. 12â¯: cum diucitin, quod Latine dispositor Siciliae dicitur.
La saisie des patrimoines intervint au début des années 740. Voir Prigent, âLes empereurs isauriens.â
Dispositor ne renvoie pas à un simple percepteur, mais au responsable de la dispositio, cââ¯est-à -dire du document posant les bases du calcul des obligations fiscales des contribuablesâ¯: Walter Goffart, âMerovingian polyptichsâ¯: reflections on two recent publications,â Francia 9 (1981)â¯: 71â73.
Une responsabilité en matière cadastrale expliquerait au mieux les ressorts très hétérogènes que lââ¯on voit rattachés aux différents diocètes. De telles missions sont en effet ponctuelles et leur cadre géographique peut parfaitement ne pas correspondre à un ressort administratif canonique, par exemple lorsquââ¯une nouvelle estimation est mise en Åuvre dans une zone victime dââ¯une invasion. Sur les diocètes mésobyzantins et les problèmes dââ¯interprétation que posent leurs sceaux, voir Wolfram Brandes, Finanzverwaltung in Krisenzeitenâ¯: Untersuchungen zur byzantinischen Administration im 6.â9. Jahrhundert, Forschungen zur byzantinischen Rechtsgeschichte 25 (Francfort-sur-le-Mainâ¯: Löwenklau, 2002), 205â225.
âIslamisationâ est ici entendu dans un sens large et renvoie à des évolutions tant culturelles que sociales, économiques et politiques, cf. Dominique Valérian, éd., Islamisation et arabisation de lââ¯Occident musulman médiéval (VIIeâXIIe Siècle) (Parisâ¯: Publications de la Sorbonne, 2011).
Nef, âLa fiscalité islamique en Sicile.â
Abdul Wahab et Dachraoui, âLe régime foncier,â 411, 431.
Michele Amari, éd., Biblioteca arabo-sicula (version arabe) (Rome/Turinâ¯: Ermanno Loescher, 1880â1881), rééd. revue par U. Rizzitano (Palermeâ¯: Edizione nazionale delle opere di Michele Amari. Serie arabistica, 1994), 2, 496 et Michele Amari, éd., Biblioteca arabo-sicula (version italienne) (Rome/Turinâ¯: Ermanno Loescher, 1880â1881), rééd. anastat. (Cataneâ¯: Dafni, 1982), 2, 138.
On a vu que lââ¯achèvement de la conquête sicilienne devait être datée de 976, il est probable que ici comme ailleurs à des dates plus précoces dans le domaine islamique la réforme de la fiscalité ait pris une ou deux générations.
Ici aussi, le rythme lent de mise en place dââ¯une fiscalité plus lourde rappelle celui mis en évidence pour les débuts de lââ¯Islam.
Pour tout ce passage désormais bien établiâ¯; nous nous contentons de renvoyer à Johns, Arabic Administration, et à Nef, Conquérir et gouverner.
Cusa, I diplomi greci ed arabi, 1â3 et Jeremy Johns, âSulla condizione dei musulmani di Corleone sotto il dominio normanno nel XII secolo,â dans Byzantino-Sicula IVâ¯: Atti del I Congresso Internazionale di archeologia della Sicilia bizantina (Palermeâ¯: Istituto siciliano di studi bizantini e neoellenici, 2002), 275â294, qui en propose une nouvelle édition.
Cusa, I diplomi greci ed arabi, 1â3.
Cââ¯est là en effet une des grandes différences avec les premières conquêtes (de la Syrie et de lââ¯Ãgypte notamment)â¯: la question de lââ¯introduction dââ¯une nouvelle taxe, de capitation, ne se pose pas.
Nous ne revenons pas sur ce point, sur lequel, cf. désormais Nef, Conquérir et gouverner, 498 et sq.
Registrum, I, 70 reflète bien la prudence du pape vis-à -vis de cette pratique. De façon générale, sââ¯il est normal que le Registrum nââ¯aborde pas la gestion des biens concédés en emphytéose, on ne peut quââ¯Ãªtre frappé, en revanche, par lââ¯absence de références directes ou indirectes aux concessions elles-mêmes (exception claire, mais au sein du âpatrimoine des pauvresâ puisque concernant un arrangement entre le patrimoine et un monastère placé dans la dépendance du recteur, Registrum, III, 3). Les biens siciliens sont à la fin du VIe siècle trop vitaux pour Rome pour que de telles aliénations de fait soient encouragées.
Dès le milieu du VIe siècle, le pape Pélage Ier écrivait que, lââ¯Italie étant ruinée, Rome vivait essentiellement des îles (Pelagius I, Epistolae, éds. Pius M. Gasso et Claudia M. Battle (Montserratâ¯: Abbaye de Montserrat, 1956), no. 85). Or, bien évidemment, le poids économique respectif de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile dans le domaine agricole met en lumière la dépendance de lââ¯Urbs vis-à -vis de cette dernière.
Jusque dans la première moitié du VIIIe siècle, la Sicile bénéficie de flux migratoires positifs venus dââ¯Afrique, dââ¯Italie, des Balkans, de lââ¯Orient.
Brunon Andreolli, âLe enfiteusi e i livelli del âBreviarium,ââ¯â dans Ricerche e studi sul Breviarium Ecclesiae Ravennatis (codice Bavaro), éds. Augusto Vasina, Sylviane Lazard, Giovanni Corini et Antonio Carile, Studi Storici 148â149 (Romeâ¯: Istituto storico italiano per il medioevo, 1985), 163, 172.
On trouvera une description des bases du pouvoir pontifical en Sicile dans Prigent, âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs.â
Sur ce thème, voir la mise au point historiographique et les positions très fortes de Jean-Michel Carrié, âColonato del Basso-Imperoâ¯: la resistenza del mito,â dans Terre, proprietari e contadini dellâimpero romano dallâaffito agrario al colonato tardoantico, éd. Elio Lo Cascio (Romeâ¯: La Nuova Italia Scientifica, 1997), 75â150, en faveur dââ¯une définition exclusivement fiscale du colon. Jairus Banaji insiste toutefois sur la dépendance des exploitants, mais il convient de distinguer droit et fait (Jairus Banaji, âLavoratori liberi e residenza coattaâ¯: il colonato romano in prospettiva storica,â dans Terre, proprietari e contadini dellââ¯impero romano dallâaffito agrario al colonato tardoantico, éd. Elio Lo Cascio (Romeâ¯: La Nuova Italia Scientifica, 1997), 253â280, notamment 258 sur lââ¯absence dââ¯opposition entre travail forcé et statut libre). En dernier lieu, Peter Sarris, Economy and Society in the Age of Justinian (Cambridgeâ¯: Cambridge University Press, 2006), 36â43.
Registrum, XIII, 35.
Par exemple, Registrum, IV, 21â¯; Registrum, IX, 129. De façon indirecte, citons le cas du colonus ecclesiae nostrae Argentius. Grégoire le Grand ordonne de reddere ei sine aliqua mora vel excusatione un petit lopin quam tenuit et de le lui confier libre de charge diebus vitae suis (Registrum, IX, 37). Le terme nââ¯est pas utilisé ici au hasard car seul le statut de colon permet une telle assignation viagère. En effet, dans le cas dââ¯un locataire indépendant, cette concession revenait à le condamner à terme à être attaché au sol.
Registrum, I, 42.
Registrum, IV, 21.
Pourtant, dans lââ¯index des MGH, on trouve lââ¯entrée ârusticus (cf. colonus)â, reflet de la prépondérance dââ¯une certaine historiographie.
Registrum, IX, 30.
Registrum, IV, 28â¯: don de deux trémisses annuels à un colon aveugle fils de colon.
La question de la fixité de la rente est complexeâ¯; il faut évidemment distinguer colons et locataires, Prigent, âLa Sicile byzantine (VIeâXe siècle),â 478â486.
Registrum, IX, 30.
Voir par exemple le cas du negotiator Liberatus qui, résidant sur la massa Cinciana des patrimoines romains, se Ecclesiae commendavit (Registrum, I, 42).
Liberatus, tout juste mentionné, est ainsi marchand.
Lââ¯ordre de verser la continentia au rector est ainsi formuléâ¯: Cuius continentiae summam ipse aestima qualis esse debeat, ut renuntiata nobis in tuis possit rationibus imputari (Registrum, I, 42).
Sur tous ces points, on renvoie à la bibliographie donnée voir ci-dessus, n. 129.
De façon générale, Registrum, V, 38â¯: le chartularius marinarum doit être identifié à un chartulaire de la domus divina de Marina (Prigent, âLa Sicile byzantine, entre papes et empereurs,â 207â209â¯; sur son sceau, en dernier lieu, Salvatore Cosentino, âA New Evidence of the oikos ton Marinesâ¯: The Seal of Theophylactos (kourator),â dans Hypermachosâ¯: Festschrift für Werner Seibt zum 65. Geburtstag, éds. Christos Stavrakos, Alexandra-Kyriaki Wassiliou et Mesrob K. Krikorian (Wiesbadenâ¯: Harrassowitz Verlag, 2008), 23â28). Le cas précis le plus clair est le conflit autour de la succession du patrice Venantius, voir Registrum, XI, 25.
Registrum, IX, 129.
Pour une présentation synthétique de la fonction et de lââ¯activité des defensores, voir Recchia, Gregorio Magno, 25 à 41.
Registrum, V, 7.
Zuckerman, Du village à lââ¯empire, 184.
Marcello Verga, La Sicilia dei graniâ¯: Gestione dei feudi e cultura economica fra Sei e Settecento, Accademia toscana di scienze e lettere âla Colombariaââ¯: Serie Studi 132 (Firenzeâ¯: L.S. Olschki, 1993)), cette référence est due Sandro Carroci, que nous remercions vivement.
Même lecture chez Domenico Vera, âPadroni, contadini, contrattiâ¯: ârealiaâ del colonato tardoantico,â dans Terre, proprietari e contadini dellââ¯impero romano dallâaffito agrario al colonato tardoantico, éd. Elio Lo Cascio (Romeâ¯: La Nuova Italia Scientifica, 1997), 218. Le terme renvoie initialement à des corvées de transport, Arnold H.M. Jones, The Later Roman Empireâ¯: A Social, Economic and Administrative Survey (284â602) (Oxfordâ¯: Oxford University Press, 1964), 831. Cââ¯est probablement dans ce sens quââ¯il apparaît dans une lettre de Grégoire au tribun dââ¯Otrante Occila dans laquelle le pontife dénonce les angariae vel oppressiones que lââ¯ex-tribun Viator infligeait indûment aux résidents, Registrum, IX, 206.
Registrum, IX, 204.
Voir les exemples cités plus haut.
Voir les pratiques égyptiennes dans Roberta Mazza, Lâarchivio degli Apioniâ¯: terra, lavoro e proprietà senatoria nellâEgitto tardoantico (Bariâ¯: Edipuglia, 2001), 124â129. Les avances sur salaires avaient pour objectif principal dââ¯immobiliser la main dââ¯Åuvre tenue à la restitution intégrale des sommes avancées, au cas où le travailleur stipendié décidait dââ¯offrir ailleurs ses services en cours de saison, un élément également essentiel dans le raisonnement du pontife (Jairus Banaji, Agrarian Change in Late Antiquity, Gold, Labour, and Aristocratic Dominance (Oxfordâ¯: Oxford University Press, 2001), 192).
Banaji, 198â199 et 204â205.
Banaji, 205.
Voir ci-dessus n. 95.
Le témoignage le plus clair en ce sens se trouve dans Registrum, II, 50â¯: ex quibus quadragentis singulae conductoribus singulae condomae dari debent.
Registrum, II, 50.
Registrum, XIV, 14, même si le domaine nââ¯est pas en Sicile. Les infrastructures que la lettre évoque sont sans doute à rapprocher dââ¯un certain nombre dââ¯infrastructures productives du type de celles évoquées dans le texte dââ¯Ulpien, conservé dans le Digeste, relatif aux devoirs du propriétaire envers le locataire dââ¯une conductioâ¯: différentes composantes du pressoir à huile, bassins pour la purification, vasa olearia, dolia pour le grain et le vin, trapetum (Voir sur ce texte, Bruce W. Frier, âLaw, Technology and Social Changeâ¯: The Equipping of Italian Farm Tenancies,â Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte 96 (1979)â¯: 204â228, avec traduction page 206 et analyse du vocabulaire technique des composantes du pressoir (207â213). Il sââ¯agit à lââ¯Ã©vidence dââ¯une exploitation dont lââ¯activité première concerne moins le blé que lââ¯huile). Lââ¯Ã©glise du domaine est également située à la conduma puisque, comme on lââ¯a vu, les mariages sây déroulent.
Walter Goffart, âFrom Roman Taxation to Medieval Seigneurieâ¯: Three Notes I,â Speculum 47 (1972)â¯: 177â¯; Zuckerman, Du village à lââ¯empire, 150, n. 88.
Lââ¯auteur mentionne lââ¯existence dââ¯une condoma juive affectée au rôle dââ¯intermédiaire commercial avec les zones chrétiennes en Palestine. Ce cas permet dââ¯emblée de détacher le terme dââ¯un sens trop exclusivement militaire (Ps. Antonini Placentini Itinerarium, éd. Paulus Geyer, Corpus Christianorum, Series Latina 175 (Turnhoutâ¯: Brepols, 1965), 8, 133).
Carrié, âLââ¯Ã©tat à la recherche,â 52â¯: (à propos des bucellaires) âils sont organisés en contubernia, ce que lââ¯Anonyme de Plaisance, à propos des Pharanites, appelle des condomae.â
Voir ci-dessus, n. 43.
Marianne Lewuillon-Blume, âProblèmes de la terre au IVe siècle après J.-C.,â dans Actes du XVe congrès international de papyrologie (Bruxelles-Louvain, 29 aoûtâ3 septembre 1977), éds. Jean Bingen et Georges Nachtergael, IV Papyrologie documentaire, Papyrologica Bruxellensia 19 (Bruxellesâ¯: Turner, 1979), 175 et Banaji, Agrarian Change, 174â189, qui considère (page 184) la population de lââ¯epoikion comme âa common labour pool.â En outre, cette subdivision des domaines serait également à même de définir une origo, Lewuillon-Blume, âProblèmes de la terre,â 180â¯; Jean-Michel Carrié, âFigures du âcolonatâ dans les papyrus dââ¯Ãgypteâ¯: lexique, contextes,â dans Atti del XVII congresso internazionale di papirologia III (Naplesâ¯: Centro Internazionale per lo Studio dei Papiri Ercolanesi, 1984), 942.
La Vie fut composée par le prêtre Gerontius, homme de confiance de Mélanie, après la mort de la sainte en 439, Mariano Rampolla del Tindaro, Santa Melania Giuniore senatrice romana (Romeâ¯: Tipografia Vaticana, 1905), §â¯18, 53, l. 5. Voir les remarques sur ce point dans Carrié, âFigures du âcolonatâ,â 942, n. 22.
Registrum, appendice 1, l. 44â51.
Liber pontificalis, 85, 4, p. 369â¯: Hic ultra consuetudinem, abque consensu cleri, ex inmissione malorum hominum, in antipathia ecclesiasticorum, Constantinum, diaconum ecclesiae Syracusane, rectorem in patrimonio Siciliae, constituit, hominem perperum et tergiversumâ¯; sed et mappulum ad caballicandum uti licentiam ei concessit. Et non post multum temporis transitum pontificis, seditione super eum horta a civibus et patrimoniales, a iudice provinciae sub arta custodia retrusus, pro eo quod in dissensionem iudicum invenibatur, sententiae imperiali discutentium direxit.
Liber pontificalis Ecclesiae Ravennatis, 111, 414â416.
Voir p. 335 et n. 91.
Pour un développement sur ce point et la bibliographie, Nef, Conquérir et gouverner, 492 et sq.
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