Les descriptions dâaurores et de crépuscules sont liées à la notion de formule depuis son origine, puisque câest avec une aurore que M. Parry a illustré sa définition du terme.1 En effet, dans les poèmes homériques, les expressions employées pour signifier lâaurore et le crépuscule sont souvent répétées à lâidentique. Néanmoins, il existe une certaine diversité dans les images.2 Le plus souvent, le début du jour est décrit par lâapparition ou le lever de lâAurore personnifiée qui quitte lâOcéan ou la couche de Tithon pour apporter la lumière aux hommes et aux dieux ou se répandre sur terre.3 LâAurore peut être matinale, pourvue de doigts de roses ou de beaux cheveux, dotée dâune robe safran ou assise sur un trône dâor.4 En outre, elle dispose dâun attelage.5 Dans certains cas, Lucifer, lâÃtoile du matin, la précède et annonce sa venueâ¯;6 dans dâautres, la présence de lâAurore est remplacée par celle du Soleil qui se lève de lâOcéan et projette sa lumière sur les champs.7
Les formules qui expriment la fin du jour ou le début de la nuit sont plus sobresâ¯: le Soleil se couche et les ombres se répandent dans les rues ou les champsâ¯; le crépuscule ou la nuit arrive.8
Après Homère, les expressions se développent et se diversifient.9 Le caractère formulaire est toujours perceptible, dans la mesure où certaines expressions imitent de très près les tournures homériques et sont parfois répétées telles quelles,10 mais de manière générale, les poètes grecs et latins font preuve dâune grande inventivité pour varier les formulations par rapport à leurs prédécesseurs. Les images existantes sont reprises et développées, combinées ou inversées, afin de correspondre au contexte dans lequel elles sont insérées. Ces altérations successives aboutissent à des descriptions sophistiquées qui sont parfois très éloignées de la formule dâorigine. La Thébaïde illustre particulièrement bien cette évolution, puisquâelle présente des descriptions temporelles extrêmement élaborées qui entretiennent des liens complexes avec les textes précédents.
Dans ce chapitre, il sâagit dâillustrer comment Stace manipule les formules traditionnelles dâaurores et de crépuscules pour les adapter au contexte de la Thébaïde. Afin de se focaliser sur les transformations opérées par le poète, lâétude portera sur des passages dans lesquels le dialogue intertextuel est évident. Les descriptions étudiées figurent parmi les plus étendues, car elles fournissent davantage de matière à ce type dâanalyse. Pour chaque passage, il sâagira dâabord de remonter le fil de la tradition poétique jusquâà lâexpression dâorigine, afin de voir comment lâimage a évolué. Il conviendra alors dâexaminer quels éléments Stace a choisi de reprendre ou ceux quâil a préféré changer et dans quelle mesure les descriptions ainsi produites sont adaptées au contexte narratif dans lequel elles sont placées.
Dans la première aurore de la Thébaïde (Stat. Theb. 2, 134-140), Stace développe et combine plusieurs images tirées des textes de ses prédécesseurs. Dans une seule et même aurore, il assemble divers éléments développés par la tradition épique antérieure, de sorte à créer une description qui reflète les relations familiales conflictuelles des fils dâÅdipe et présage une issue funeste pour lâalliance conclue ce jour-là .
Dans le crépuscule qui fait lâobjet de la deuxième section (Stat. Theb. 1, 336-346), les intertextes tirés de lâÃnéide semblent dâabord placer Polynice dans la situation dâun héros épique. Toutefois, Stace corrige cette impression en insérant dans sa description des signes de tempête qui annoncent que le sujet de lâépopée nâest pas une quête noble et glorieuse mais un conflit impie et criminel.
Dans la troisième section, lâattention se porte sur la façon dont Stace inverse une image présente dans des aurores des Métamorphoses dâOvide et des Argonautiques de Valérius Flaccus pour en faire un crépuscule (Stat. Theb. 3, 407-419). Cette transformation indique ainsi une pause dans lâaction épique avant le départ vers une guerre désastreuse.
Lâaurore traitée dans la quatrième section (Stat. Theb. 3, 683-685) contient une image inédite. Stace transforme la description de la Grande Ourse dans les poèmes homériques, pour créer une image nouvelle qui reflète lâambiguïté de la scène entre Argie et Adraste. En effet, la jeune femme se présente à son père comme une épouse éplorée qui se plaint dâêtre séparée de son mari, mais réclame au contraire le départ en guerre de Polynice.
1.1 Combinaisonâ¯: Stat. Theb. 2, 134-140
La première aurore de la Thébaïde figure au livre 2, après la tempête qui a poussé Polynice à se réfugier à Argos chez le roi Adraste et à faire la connaissance de Tydée, lui aussi exilé de sa patrie (Stat. Theb. 2, 134-143)â¯:11
et iam Mygdoniis elata cubilibus altoimpulerat caelo gelidas Aurora tenebras,rorantes excussa comas uultumque sequentiSole rubensâ¯; illi roseus per nubila serasaduertit flammas alienumque aethera tardoLucifer exit equo, donec pater igneus orbemimpleat atque ipsi radios uetet esse sorori,cum senior Talaionides nec longa moratiDircaeusque gradum pariterque Acheloius heroscorripuere toris. [â¦]12
Déjà , tirée de sa couche mygdonienne, lâAurore avait dans le ciel élevé chassé les ténèbres glacéesâ¯; elle avait secoué sa chevelure ruisselante de rosée et son visage rougissait sous lâeffet du Soleil qui la suivaitâ¯; contre elle, à travers les nuages, le rose Lucifer tourne ses flammes tardives et sort à cheval, après sâêtre attardé dans un éther qui nâest pas le sien, le temps que le père igné emplisse le disque de la Terre et interdise à sa propre sÅur dâavoir ses rayons, lorsque le Talaïonide leur aîné et, sans tarder longtemps, les héros dircéen et achéloïen quittèrent leurs lits.
Après que les personnifications célestes se sont succédées dans le ciel pour commencer la journée, les protagonistes se réveillent à Argos. Le lever de Polynice et Tydée est précédé de peu par celui dâAdraste. Par la suite, tous trois se réunissent et le vieux roi propose aux héros de leur donner ses filles en mariage. Cette indication temporelle inaugure donc le jour des noces qui scellent lâalliance de Polynice avec la ville dâArgos.
Plusieurs scènes de réunion à lâaurore servent de modèles pour cet épisode, mais les descriptions temporelles qui les précèdent sont très sobres.13 Stace développe les indications temporelles sommaires de ses modèles en combinant des images qui apparaissent dans dâautres descriptions. En effet, bien que la mention du lever de lâAurore dans les deux premiers vers suffise à donner lâindication temporelle (Stat. Theb. 2, 134-135), le poète prolonge la description et fait intervenir Lucifer (Theb. 2, 139â¯: Lucifer), le Soleil (2, 139â¯: pater igneus) et la Lune (2, 140â¯: sorori). Cette aurore se distingue donc par la pluralité de personnifications célestes qui y figurentâ¯: alors quâon nâen dénombre habituellement quâune ou deux, cette description en contient quatre. Ces images ne se suivent pas de façon paratactiqueâ¯; les personnages interagissent les uns avec les autresâ¯: Lucifer sâoppose à lâAurore et attend le Soleilâ¯; ce dernier les suit de près et interdit à la Lune de briller. En analysant individuellement la façon dont ces images dâorigine homérique ont évolué dans la tradition épique, il est possible de voir comment Stace les combine et les adapte pour quâelles correspondent au contexte de la Thébaïde.
Aurore
Lâimage de la déesse qui quitte son mari pour apporter la lumière au monde trouve son origine dans les poèmes homériques, où elle fait lâobjet de vers formulaires répétés à deux reprises (Hom. Il. 11, 1-2 = Od. 5, 1-2)â¯:
á¼¨á½¼Ï Î´ âá¼Îº λεÏá½³Ïν ÏÎ±Ï âá¼Î³Î±Ï οῦ ΤιθÏνοá¿Î¿ ὤÏÎ½Ï Î¸ â,ἵν âá¼Î¸Î±Î½á½±ÏοιÏι Ïá½¹ÏÏ Ïá½³Ïοι ἠδὲ βÏοÏοá¿Ïι Î 14
LâAurore se leva de la couche du vénérable Tithon pour apporter la lumière aux immortels et aux mortels.
Ces vers sont composés de deux actions dont la seconde est subordonnée à la premièreâ¯: le lever de lâAurore (vv. 1-2â¯:
Ces vers homériques sont repris et adaptés deux fois par Virgile dans lâÃnéide (Verg. Aen. 4, 584-585 = 9, 459-460)â¯:15
Et iam prima nouo spargebat lumine terrasTithoni croceum linquens Aurora cubile.16
Déjà , la première Aurore répandait une lueur nouvelle sur les terres en quittant la couche safranée de Tithon.
Virgile reproduit les deux actions homériques, mais il inverse lâordre et fait du lever de lâAurore une proposition participiale. Ces vers ont perdu leur position initiale dans les chants, mais ils sont placés dans des contextes similaires à ceux des modèles homériques. En effet, dans le premier cas, Didon se retrouve dans une situation semblable à celle de Calypso après le départ dâUlysse, lorsquâelle constate quâÃnée a quitté Carthageâ¯; dans le second cas, lâaurore succède à lâexpédition nocturne de Nisus et Euryale (9, 176-449), un épisode qui sâinspire de la Dolonie iliadique,17 et précède lâoffensive réussie de Turnus sur le camp troyen. Plus que leurs modèles homériques, ces aurores soulignent les aspects négatifs de la situation, puisquâelles mettent toutes deux en lumière des échecs qui se soldent par la mortâ¯: voyant quâÃnée est parti, Didon se suicideâ¯; lâaurore révèle que Nisus et Euryale ont été tués avant quâils nâaient accompli leur mission.
Dans la suite de la tradition épique, Tithon est absent des descriptions temporelles jusquâaux Argonautiques de Valérius Flaccus, où il apparaît dans lâaurore qui introduit le départ des Argonautes de Cyzique (Val. Fl. 3, 1)â¯:18
Tertia iam gelidas Tithonia soluerat umbras19
Déjà pour la troisième fois la Tithonienne avait dissout les ombres gelées.
Dans cette aurore, le poète fait la synthèse des vers formulaires employés par ses prédécesseurs. Il fait allusion à la couche de Tithon en employant lâadjectif Tithonia (v. 1) pour désigner lâaurore et exprime le retour de la lumière par une variante de la formule homérique qui sâest développée dès Apollonios de Rhodesâ¯: au lieu dâapporter la lumière, lâAurore dissipe les ténèbres.20 Cette aurore a une fonction dâouverture, puisquâelle figure au début du livre 3, mais elle est également synonyme dâéchec, puisquâà la nuit tombée les Argonautes reviennent à leur insu chez leurs hôtes et les massacrent en pensant quâil sâagit dâennemis. La mention dâAurore et Tithon dans les desciptions temporelles semble donc avoir été progressivement associée par la tradition épique avec lâimminence dâun malheur.
Stace, pour sa part, revient au modèle homérique en consacrant dâabord un vers entier à lâimage de lâAurore quittant le lit de son mari (Stat. Theb. 2, 134-135),21 mais il la complexifie en recourant à une périphrase pour désigner Tithon. En effet, si ce dernier est plusieurs fois qualifié de Phrygien par Ovide,22 Stace emploie quant à lui le terme érudit Mygdonius (Stat. Theb. 2, 134) qui indique une région de la Phrygieâ¯; il est le premier à utiliser cet adjectif pour désigner Tithon.23 Le mythe évoqué par ce terme explique son apparition dans ce contexte. En effet, les Mygdoniens alliés de Priam lors de la guerre de Troie arrivèrent sur place tardivement et seulement pour y trouver leur perte, en raison de la stupidité proverbiale de leur chef qui nâa pas tenu compte des avertissements divins.24 Cette histoire correspond à la situation à Argos, où les protagonistes sont sur le point de sâengager dans une campagne désastreuse pour laquelle ils ne partiront quâaprès de nombreux contretemps.25
Puis, tout comme Valérius Flaccus, Stace exprime lâapport de la lumière par la dispersion de lâobscurité (Val. Fl. 3, 1â¯: gelidas [â¦] umbrasâ¯; Stat. Theb. 2, 135â¯: gelidas [â¦] tenebras), mais il confère une violence inhabituelle à ce geste en employant le verbe impulerat (Theb. 2, 135).26 Lâassociation de ce terme avec les ténèbres gelées (Stat. Theb. 2, 135â¯: gelidas [â¦] tenebras) rapproche plus particulièrement cette aurore de celle qui précède le remariage de Caton et Marcia dans la Guerre civile de Lucain (Lvcan. 2, 326)â¯:27
Interea Phoebo gelidas pellente tenebras28
Pendant ce temps, Phébus chassant les ténèbres gelées, [â¦]
Dans ce passage, lâaction est accomplie par le Soleil, mais la situation est similaire à celle de la Thébaïde. Dans les deux passages, lâaurore est précédée dâune exhoration à la guerre. Dans la Guerre civile, Caton pousse Brutus aux armes (2, 242-325)29 et, dans la Thébaïde, lâombre de Laïos rend visite à Ãtéocle pour exciter sa colère à lâencontre de son frère (Stat. Theb. 2, 89-133). En outre, dans les deux cas, lâaurore précède un mariage irrégulier. En effet, le remariage de Caton et Marcia est décrit en négatif, dépourvu de tous les éléments traditionnels (2, 350-391)â¯;30 dans la Thébaïde, les noces des filles dâAdraste sont troublées par des signes défavorables (Stat. Theb. 2, 213-305).31 Ces similitudes encouragent à interpréter lâalliance conclue à Argos comme le premier pas vers la guerre fraternelle et la fin de la paix. Câest effectivement suite à son mariage que Polynice commence à envisager une action militaire pour reconquérir le trône de Thèbes (Stat. Theb. 2, 306-332). Les intertextes qui sous-tendent la description de lâAurore et la façon dont Stace les transforme annoncent donc la séparation des époux et le début de lâentreprise militaire désastreuse de Polynice.
Stace ajoute ensuite deux caractéristiques homériques revisitées par la tradition latineâ¯: les cheveux humides de rosée et le teint rouge. En effet, lâAurore est caractérisée par la beauté de sa chevelure dans lâOdyssée (Hom. Od. 5, 390â¯; 9, 76â¯; 10, 144â¯:
Enfin, Stace termine sa description du lever de lâAurore par lâélément le plus attendu en regard du modèle homériqueâ¯: sa couleur. En effet, lâAurore aux doigts de roses (
Lâimage de lâAurore qui quitte le lit de son mari est donc doublement adaptée au contexte. Dâune part, le lever de lâAurore trouve un écho direct dans lâaction des protagonistes qui quittent leurs lits (Stat. Theb. 2, 134â¯: elata cubilibusâ¯; 142-143â¯: gradum [â¦] corripuere toris) et la relation conjugale avec Tithon anticipe le mariage de Tydée et Polynice avec les filles dâAdraste. Dâautre part, les intertextes qui sous-tendent cette partie de la description annoncent une issue peu heureuse pour ces unions et pour lâexpédition militaire. En outre, cette partie de lâaurore contient des réminiscences du crépuscule précédent (Stat. Theb. 1, 336-346).37 Les ténèbres glacées dont lâAurore vient à bout correspondent à celles dans lesquelles la Lune évolue (Stat. Theb. 1, 338â¯: gelidum [â¦] aeraâ¯; 2, 134â¯: gelidas [â¦] tenebras). De la même façon, la rosée dans les cheveux de lâAurore répond à lâaction de la Lune dans le crépuscule précédent, puisque son char était porteur de rosée (Stat. Theb. 1, 338â¯: rorifera [â¦] bigaâ¯; 2, 136â¯: rorantes [â¦] comas).38
Lucifer
Lorsque Lucifer est introduit dans la description temporelle, il est immédiatement mis en relation avec lâAurore grâce au pronom démonstratif illi (Stat. Theb. 2, 137) qui figure en début de phrase. Ce lien trouve son origine dans les poèmes homériques, où il figure à deux reprises. En effet, dans un cas son nom est explicitement relié à lâAurore (Hom. Il. 23, 226â¯:
εá½Ï âá¼ÏÏá½´Ï á½ÏεÏá½³ÏÏε ÏαάνÏαÏÎ¿Ï ,á½ Ï Ïε μάλιÏÏα á¼ÏÏεÏαι á¼Î³Î³á½³Î»Î»Ïν Ïá½±Î¿Ï á¼¨Î¿á¿¦Ï á¼ ÏÎ¹Î³ÎµÎ½Îµá½·Î·Ï ,39
Lorsque se leva lâastre le plus brillant qui vient annoncer la lumière de lâAurore matinale, [â¦]
Lucifer se lève avant lâAurore et, comme son nom latin lâindique, annonce sa lumière (v. 94â¯:
αá½Ïίκα δ âá¼ÎºÏοÏá½±ÏÎ±Ï á½ÏεÏá½³ÏÏεθεν á¼ÎºÏÎ¹Î±Ï á¼ÏÏá½´Ï á¼ á¿·Î¿Ï , [â¦]40
Aussitôt lâastre auroral se leva au-dessus des plus hauts sommets.
Dans cette description, on retrouve le même verbe que dans le passage de lâOdyssée (Hom. Od. 13, 93â¯:
iamque iugis summae surgebat Lucifer Idaeducebatque diem, [â¦]42
Déjà Lucifer se levait sur le sommet du massif de lâIda et amenait le jour.
Comme dans le vers dâApollonios de Rhodes, Lucifer apparaît au-dessus des montagnes (A.R. 1, 1273â¯:
Dans le prolongement de cette fonction de meneur de la lumière (dux),43 Ovide développe une image de Lucifer comme chef militaire qui non seulement ouvre la voie au jour, mais aussi qui organise la retraite des troupes dâétoiles à la fin de la nuit (e.g. Ov. met. 2, 114-115)â¯:44
[â¦] diffugiunt stellae, quarum agmina cogitLucifer et caeli statione nouissimus exit.45
Les étoiles sâenfuientâ¯; Lucifer rassemble leurs colonnes et quitte son poste dans le ciel en tout dernier.
Dans cette description qui précède le départ de Phaéthon avec le char du Soleil, les étoiles prennent la fuite à lâarrivée du jourâ¯; Lucifer resserre alors les rangs des astres et quitte le ciel en fermant la marche. Câest précisément en réaction à cette description que Stace construit lâimage de Lucifer au livre 2 de la Thébaïde.46 En effet, dans les deux cas, lâaction de Lucifer figure après la mention de lâAurore (2, 112-113) et avant la réaction du Soleil à la disparition de la Lune (2, 116-117). Toutefois, lâattitude de Lucifer est radicalement différenteâ¯: au lieu de battre en retraite, il oppose de la résistance. En effet, plutôt que de rassembler les astres pour partir (vv. 114â¯: stellae, quarum agmina cogit), il tourne ses feux contre lâAurore (Stat. Theb. 2, 137-138â¯: seras | aduertit flammas). Comme dans les Métamorphoses, il est le dernier à quitter le ciel (v. 115â¯: nouissimus exit), mais dans la Thébaïde, il tente dâoccuper le terrain au-delà du temps qui lui est imparti (Stat. Theb. 2, 138â¯: alienumque aethera tardo [â¦] exit). Cette agressivité et cette réticence à quitter le ciel reflètent le comportement dâÃtéocle qui veut prolonger son règne au-delà de la période convenue. En outre, lâallusion à lâépisode de Phaéthon laisse présager les conséquences désastreuses des serments faits ce jour-là . En effet, le Soleil promet à Phaéthon quâil pourra conduire son char, mais le jeune homme trouve la mort dans cette expédition parce quâil est incapable de maîtriser les chevaux.47 De la même façon, Adraste sâengage à aider Polynice à regagner son trône, mais ce dernier perd rapidement le contrôle des événements et court à sa perte.48
Stace modifie également les caractéristiques traditionnelles de Lucifer. En effet, lâastre est réputé pour sa blancheur brillante,49 mais dans la Thébaïde il emprunte lâattribut chromatique généralement attribué à lâAurore (Stat. Theb. 2, 137â¯: roseus). En outre, au contraire des expressions de souhait, où le cheval de Lucifer est caractérisé par sa rapidité,50 dans ce passage, sa monture est lente (Stat. Theb. 2, 138-139â¯: tardo [â¦] equo), car elle nâest pas pressée dâassister aux événements désastreux qui vont se produire. Ce retard de Lucifer contraste avec la prompte réaction des héros inconscients des malheurs qui les attendent (Stat. Theb. 2, 141â¯: nec longa morati).51
Comme dans la partie consacrée à lâAurore, il reste des traces du crépuscule précédent dans la description de Lucifer, car les nuages au travers desquels lâastre brille sont ceux-là mêmes qui annoncent la tempête au livre 1 (Stat. Theb. 1, 342-343â¯: sed nec [â¦] nubila [â¦] promisere iubarâ¯; 2, 137â¯: per nubila).52
Soleil
Le Soleil porteur de lumière est dâorigine homérique,53 mais lâimage du Soleil qui remplit le monde est inspirée de Virgile. Dans la quatrième Géorgique, ce dernier emploie cette image pour indiquer le milieu de la journée, avant quâAristée ne capture Protée, le vieillard de la mer (Verg. georg. 4, 426-427)â¯:54
[â¦] caelo et medium Sol igneus orbemhauserat. [â¦]55
Dans le ciel, le Soleil igné avait épuisé la moitié du circuit.
Dans les Géorgiques comme dans la Thébaïde, la description temporelle précède lâarrivée dâun personnage plus âgé qui va faire une révélationâ¯: Protée révèle lâorigine de la malédiction qui frappe Aristée (4, 453-527)â¯; Adraste révèle lâoracle concernant le mariage de ses filles à Tydée et Polynice (Stat. Theb. 2, 152-172). Le titre de père attribué au Soleil (Stat. Theb. 2, 139â¯: pater) met en évidence le lien familial qui lâunit à lâAurore, sa fille, et correspond au rôle dâAdraste dans la scène à suivre.56 En outre, Stace joue avec la tradition en remplissant le disque que Virgile avait vidé (Verg. georg. 4, 426-427â¯: orbem | hauseratâ¯; Stat. Theb. 2, 139-140â¯: orbem | impleat).57 Lâexpression choisie par Stace est inhabituelle, car elle est généralement employée pour décrire les phases croissantes de la lune.58 Le Soleil sâapproprie donc le vocabulaire de sa sÅur, contrastant ainsi avec la suite du vers, où il lui interdit ses rayons (Stat. Theb. 2, 140â¯: radios uetet).59 La formulation de cette image qui insiste sur la relation fraternelle (Stat. Theb. 2, 140â¯: ipsi [â¦] sorori) annonce lâattitude dâÃtéocle qui refusera de céder le trône de Thèbes à son frère.60
Dans cette description temporelle, Stace combine plusieurs images dâorigine homérique développées par la tradition poétique, afin de constituer une aurore représentative de la situation dans la Thébaïde. Cette description complexe annonce lâéchec des unions de Polynice et de Tydée et lâissue désastreuse de la guerre, tant par les intertextes que par les interactions entre les personnifications célestes.
Le lien conjugal implicite entre lâAurore et Tithon annonce les mariages de Polynice et de Tydée. Cependant, la relation malheureuse entre la déesse et son mari nâest pas de bon augure, puisque tout comme Aurore doit quitter Tithon, les deux héros se séparent de leurs épouses pour aller faire la guerre à Thèbes. Cette interprétation est renforcée par les intertextes homériques et virgiliens qui ne laissent pas présager une union heureuse. En effet, lâAurore qui a vu Calypso séparée dâUlysse et Didon dâÃnée préfigure la séparation des époux en raison de leur destinée épique. La référence au mariage de Caton et Marcia annonce que la cérémonie matrimoniale ne se déroulera pas normalement et encourage à interpréter le mariage de Polynice comme lâalliance qui marque le début de la guerre fraternelle. La façon dont Stace développe et combine les images dans cette aurore annonce également les conflits au cÅur de la Thébaïdeâ¯: lâimage de Lucifer qui sâoppose à lâAurore au lieu de lui ouvrir la route et celle du Soleil qui accapare le monde au détriment de sa sÅur correspondent à lâattitude dâÃtéocle qui prend les armes pour empêcher Polynice de monter sur le trône de Thèbes. La rivalité et la violence qui règnent entre lâAurore et Lucifer ainsi quâentre le Soleil et la Lune dans cette description reflètent les problèmes de succession à lâorigine du conflit thébain et leur résolution catastrophique. En outre, les intertextes virgilien et valérien présagent dâun échec militaire semblable à ceux de Nisus et Euryale ou des Argonautes à Cyzique, avant même le début de la campagne. à cela sâajoute lâintertexte ovidien qui prédit à la guerre contre Thèbes une issue analogue à celle de lâexpédition de Phaéthon. La première aurore de la Thébaïde concentre donc les problématiques qui vont se développer dans la suite de lâépopée.
1.2 Correctionâ¯: Stat. Theb. 1, 336-346
Le premier crépuscule de la Thébaïde se trouve au milieu du livre 1, alors que Polynice est exilé loin de Thèbes en attendant son tour de régner.61 Après avoir erré quelques temps en Béotie, ce dernier se dirige vers lâArgolide. La nuit survient lorsquâil a passé Corinthe (Stat. Theb. 1, 336-346)â¯:
iamque per emeriti surgens confinia PhoebiTitanis late mundo subuecta silentirorifera gelidum tenuauerat aera bigaâ¯;iam pecudes uolucresque tacent, iam Somnus auarisinrepsit curis pronusque ex aethere nutat,grata laboratae referens obliuia uitae.sed nec puniceo rediturum nubila caelopromisere iubar, nec rarescentibus umbrislonga repercusso nituere crepuscula Phoeboâ¯:densior a terris et nulli peruia flammaesubtexit nox atra polos. [â¦]62
Déjà , se levant sur le parcours de Phébus qui a fini son service, la Titanide emportée dans le vaste univers silencieux sur son bige porteur de rosée avait raffiné lâair glacéâ¯; déjà les bestiaux et les volatiles se taisent, déjà le Sommeil a rampé dans les soucis avares et, se penchant hors de lâéther, il dodeline, rapportant lâoubli agréable à la vie laborieuse. Mais pas de ciel rouge, les nuages ne promirent pas le retour de lâéclatâ¯; et pas de diminution des ombres, le crépuscule ne brilla pas longtemps des répercussions de Phébusâ¯: particulièrement dense vue depuis la terre et imperméable à toute flamme, une nuit sombre tisse un voile sous la voûte céleste.
Cette longue description du crépuscule est composée de deux parties, lâune à connotation épique représentant le début de la nuit (vv. 336-341) et lâautre météorologique, décrivant la fin du jour (vv. 342-346).
Première partie épique
Les six premiers vers ont une coloration épique, car tant la Lune que le Sommeil sont personnifiés.63 Leur action instaure une atmosphère paisible, renforcée par le rythme holospondaïque des vers 337 et 340. Le silence des animaux fait écho à celui du ciel (Stat. Theb. 1, 337â¯: mundo [â¦] silentiâ¯; 339â¯: pecudes uolucresque tacent). En outre, le caractère épique de ces vers est renforcé par la présence de trois intertextes virgiliens.
Premièrement, lâarrivée de la Lune portée sur son char (Stat. Theb. 1, 337-338â¯: Titanis [â¦] mundo subuecta [â¦] tenuauerat aera biga) imite un crépuscule du livre 5 de lâÃnéide.64 En effet, après lâincendie dâune partie de sa flotte, la nuit tombe sur Ãnée qui sâinquiète de la réussite de sa mission (Verg. Aen. 5, 720-721)â¯:
tum uero in curas animum diducitur omnis.et Nox atra polum bigis subuecta tenebatâ¯;65
Alors son esprit est tiraillé entre tous ses soucis et la Nuit sombre montée sur son bige occupait le ciel.
Anchise apparaît alors en rêve à Ãnée et lui demande de lui rendre visite aux Enfers (5, 722-740). La situation est semblable à celle de la Thébaïdeâ¯: les soucis dâÃnée (v. 720â¯: in curas animo diducitur omnis) rejoignent les préoccupations de Polynice qui est tourmenté par sa soif de pouvoir (Stat. Theb. 1, 316-317â¯: tenet una dies noctesque recursans cura uirum)â¯; lâapparition du défunt Anchise correspond à celle du fantôme de Laïos qui se rend auprès dâÃtéocle au cours de la même nuit pour lâinciter à faire la guerre à son frère (Theb. 2, 89-133). Au niveau de la description elle-même, dans les deux cas, une divinité nocturne est emportée dans le ciel sur un bige (Verg. Aen. 5, 721â¯: polum bigis subuectaâ¯; Stat. Theb. 1, 337-338â¯: mundo subuecta [â¦] biga). Toutefois, dans la Thébaïde, la Lune a remplacé la Nuitâ¯; cette dernière figure à la fin du crépuscule dans une expression presque identique à celle de lâÃnéide (Verg. Aen. 5,721â¯: Nox atra polumâ¯; Stat. Theb. 2, 346â¯: nox atra polos), établissant ainsi un lien entre les deux parties de la descriptionâ¯: la Lune se lève, mais elle est obscurcie par lâopacité de la nuit.66 Cette mention de la Lune dans le crépuscule est inhabituelleâ¯; les poètes choisissent généralement de représenter la fin de la course du Soleil ou lâarrivée de la Nuit, car le lever de la lune ne coïncide pas nécesairement avec le début de la nuit.67 Stace procède également à une deuxième substitution remarquable en changeant le verbe tenebat (v. 721) en tenuauerat (Stat. Theb. 1, 338), un homéoarque qui souligne la légèreté de la description.68 Stace ne reprend donc pas simplement son modèle virgilien, mais il procède à des modifications qui mettent en évidence la Lune et la délicatesse de son arrivée. En outre, Stace commence sa description par une image de succession pacifique dans le ciel, puisque la Lune prend le relais du Soleil au terme de son service sans empiéter sur son temps dans le ciel (Stat. Theb. 1, 336â¯: per emeriti surgens confinia Phoebi).69
Deuxièmement, le silence des animaux (Stat. Theb. 1, 339â¯: iam pecudes uolucresque tacent) est une expression imitée du livre 4 de lâÃnéide.70 En effet, après quâÃnée a annoncé son intention de quitter Carthage, la nuit tombe sur la ville (Verg. Aen. 4, 525-527)â¯:
cum tacet omnis ager, pecudes pictaeque uolucres,quaeque lacus late liquidos quaeque aspera dumisrura tenent, somno positae sub nocte silenti.71
[â¦] lorsque tout se tait, les champs, le bétail et les volatiles bigarrés qui occupent les étendues limpides des lacs et les campagnes aux âpres buissons, posés dans leur sommeil sous la nuit silencieuse.
Le repos des animaux contraste avec les tourments de Didon qui ne parvient pas à dormir et médite son suicide (4, 529-531â¯: neque umquam | soluitur in somnos oculisue aut pectore noctem | accipitâ¯: ingeminant curae). On retrouve dans les deux descriptions la mention du silence des animaux et des oiseaux sous lâeffet du sommeil (Verg. Aen. 4, 525â¯: tacet [â¦] pecudes pictaeque uolucres [â¦] somnoâ¯; Stat. Theb. 1, 339â¯: iam pecudes uolucresque tacent, [â¦] Somnus). En outre, le silence de la nuit virgilienne (v. 527â¯: nocte silenti) trouve un écho dans lâunivers silencieux de la Lune dans la Thébaïde (Stat. Theb. 1, 337â¯: mundo [â¦] silenti).
Le crépuscule de la Thébaïde est complété par un troisième intertexte virgilien qui provient du livre 9 de lâÃnéide.72 Alors que le camp troyen est assiégé par les Latins, les chefs tiennent conseil au cours de la nuit (Verg. Aen. 9, 224-227)â¯:
Cetera per terras omnis animalia somnolaxabant curas et corda oblita laborumâ¯:ductores Teucrum primi, delecta iuuentus,consilium summis regni de rebus habebant,73
Tous les autres animaux sur toute la terre relâchaient dans le sommeil leurs soucis et leurs cÅurs oublieux des labeursâ¯: les éminents chefs troyens, élite de la jeunesse, tenaient conseil sur les affaires de la plus haute importance concernant le commandement.
Le relâchement des animaux (vv. 224-225) est mis en opposition avec les préoccupations des chefs (vv. 226-227). Outre les animaux, on retrouve dans la description de la Thébaïde les effets du Sommeil sur les soucis et la fatigue (Verg. Aen. 9, 224-225â¯: curas et corda oblita laborumâ¯; Stat. Theb. 1, 340-341â¯: curis [â¦] laboratae referens obliuia uitae).
La combinaison de ces trois intertextes rapproche la situation de Polynice de celle des héros de lâÃnéide.74 Ainsi, dans un premier temps, la nuit qui tombe plonge le récit dans une atmosphère virgilienne, mais dans un deuxième temps, Stace corrige cette impression épique en ajoutant des signes de tempête issus de la tradition didactique. En effet, la conjonction sed en tête du vers 342 établit une opposition entre les deux parties de la description et les trois occurrences de lâadverbe iam (Stat. Theb. 1, 336â¯; 339), qui introduisent chacune un intertexte virgilien, contrastent avec les trois négations présentes dans les signes météorologiques (Theb. 1, 342â¯: necâ¯; 343â¯: necâ¯; 345â¯: nulli).75
Deuxième partie météorologique
Dans la seconde partie du crépuscule Stace revient sur le coucher du soleil pour décrire des signes météorologiques annonciateurs de la tempête qui éclate tout de suite après ce passage (Stat. Theb. 1, 346-389).76 En cela, la situation de Polynice est inversée par rapport à celle des Argonautes au début du livre 2 des Argonautiques de Valérius Flaccusâ¯: après le crépuscule (Val. Fl. 2, 34-37), lâobscurité et le silence de la nuit leur font craindre une tempête (2, 38-42), mais les signes météorologiques leur garantissent que la nuit sera calme (2, 55-65).77
Stace cite dâabord lâabsence de ciel rouge (Stat. Theb. 1, 342â¯: nec puniceo [â¦] caelo) et lâaugmentation des ombres (Theb. 1, 343â¯: nec rarescentibus umbris), avant de compléter sa description par la mention de lâobscurité particulière de la nuit (1, 345â¯: densior a terris et nulli peruia flammae).78 Comme dans lâépopée de Valérius Flaccus, ces signes se réfèrent à la tradition didactique des pronostics météorologiques et plus particulièrement à un passage des Phénomènes dâAratos (Arat. 858-865)â¯:79
Îá¼° δ âὠμὲν á¼Î½á½³ÏÎµÎ»Î¿Ï Î²á½±ÏÏá¿ á¿¥á½¹Î¿Ï á¼ÏÏεÏίοιο ,Ïαὶ δὲ καÏεÏÏÎ¿Î¼á½³Î½Î¿Ï Î½ÎµÏέλαι καὶ á¼Ï âοἰÏομένοιο ÏληÏίαι á¼ÏÏήκÏÏιν á¼ÏÎµÏ Î¸á½³ÎµÏ ,οὠÏε μάλα ÏÏá½´ αá½Ïιον οá½Î´ âá¼Ïá½¶ Î½Ï ÎºÏá½¶ ÏεÏιÏÏομέειν á½ÎµÏοá¿Î¿ ,á¼Î»Î» âá½Ïá½¹Ï âἠελίοιο μαÏαινομένá¿Ïιν á½Î¼Î¿á¿Î±Î¹ á¼Î¾Î±Ïá½·Î½Î·Ï á¼ÎºÏá¿Î½ÎµÏ á¼Ï âοá½Ïανόθεν ÏανύÏνÏαι ,οἷον á¼Î¼Î±Î»Î´á½»Î½Î¿Î½Ïαι á½ Ïε Ïκιάá¿Ïι ÎºÎ±Ï âἰθὺ á¼±ÏÏαμένη Î³Î±á½·Î·Ï Ïε καὶ ἠελίοιο Ïελήνη .80
Si [le soleil] se baigne dans le cours vespéral sans nuages et que des nuées rouges se trouvent à proximité, lorsquâil descend et encore lorsquâil sâen va, il ne faut pas trop craindre la pluie pour le lendemain ni même pour la nuit, contrairement à quand les rayons du soleil sâétendent soudain pour quitter le ciel, comme sâils se consumaient, de la même façon quâils sâaffaiblissent lorsque la lune les couvre de son ombre en se levant dans lâaxe de la terre et du soleil.
Ce passage décrit deux signes liés à lâobservation du soleil au crépuscule (v. 858â¯:
La mention dâune éclipse dans le modèle aratéen est significative, car la disparition du soleil fait pendant à lâobscurcissement de la Lune aux vers 345 à 346 de la Thébaïde (Stat. Theb. 1, 345-346â¯: densior a terris et nulli peruia flammae | subtexit nox atra polos). En effet, lâeffacement de la Lune est certes un signe de la tempête qui suit, mais lâassombrissement dâun astre porteur de lumière est également un présage dâhorreur et dâimpiété lié à la guerre civile.82 Ainsi les vers 345 à 346 corrigent les attentes du lecteur par rapport à la traditionâ¯: dâune part, lâopacité particulière de la nuit peut être lue comme un commentaire sur la nature inhabituelle de la tempête terrestre décrite par Stace (Stat. Theb. 1, 345â¯: densior a terris), par opposition aux intempéries maritimes de ses prédécesseursâ¯;83 dâautre part, lâobscurité anormale de la nuit dont aucune lumière ne vient à bout (Theb. 1, 345â¯: nulli peruia flammae) est un signe avant-coureur de la souillure qui sera engendrée par la guerre fratricide contre Thèbesâ¯: la tempête qui obscurcit le ciel et la Lune annonce que lâépopée qui sâouvre ne raconte pas une quête héroïque mais un conflit criminel et destructeur entre deux frères. Cette noirceur infernale qui accompagne lâarrivée de Polynice en Argolide se répand ensuite progressivement à travers la Thébaïde au fur et à mesure que lâépopée progresse vers son dénouement atroce.84
Le premier crépuscule de la Thébaïde annonce à la fois la tempête à suivre et le sujet de lâépopée. Après une première partie inspirée de lâÃnéide de Virgile, Stace introduit des signes de tempête issus des Phénomènes dâAratos. Le recours à des signes météorologiques permet de rectifier le sentiment de sérénité instauré dans la première partie du crépuscule par la Lune et corrige lâimpression héroïque créée par les intertextes épiques. Polynice nâest pas un héros mu par une cause juste tel quâÃnée, Didon ou les Argonautes, mais un criminel en puissance dont la pollution souille la pureté du ciel et déclenche une tempête destructrice à son arrivée en Argolide. Par ce procédé, Stace révise son modèle épique pour le faire correspondre au sujet de la Thébaïde et laisse planer une ombre menaçante sur le début de son épopée.
1.3 Inversionâ¯: Stat. Theb. 3, 407-419
La description temporelle la plus longue de la Thébaïde figure au milieu du livre 3. Elle intervient après que Tydée est revenu de Thèbes, où il a été envoyé comme ambassadeur afin de réclamer le trône pour Polynice. En racontant lâembuscade qui lui a été tendue par les hommes dâÃtéocle, le héros appelle le peuple à prendre les armes pour le venger. Polynice, désireux de sâopposer à son frère, sollicite le soutien militaire de son beau-père Adraste, mais ce dernier reste prudent et reporte sa décisionâ¯; la journée se termine sur un retour au calme (Stat. Theb. 3, 407-419)â¯:
soluerat Hesperii deuexo margine pontiflagrantes Sol pronus equos rutilamque lauabatOceani sub fonte comam, cui turba profundiNereos et rapidis accurrunt passibus Horae,frenaque et auratae textum sublime coronaederipiunt, laxant calidis umentia lorispectoraâ¯; pars meritos uertunt ad molle iugalesgramen et erecto currum temone supinant.Nox subiit curasque hominum motusque ferarumcomposuit nigroque polos inuoluit amictu,illa quidem cunctis, sed non tibi mitis, Adraste,Labdacioque duciâ¯: nam Tydea largus habebatperfusum magna uirtutis imagine somnus.85
Le Soleil déclinant avait détaché ses chevaux flamboyants sur le bord incliné de la mer dâHespérie et lavait dans la source de lâOcéan sa chevelure rutilanteâ¯;86 vers lui la foule du profond Nérée et les Heures accourent à pas rapides, elles enlèvent les mors et le sublime entrelacement de la couronne dorée et libèrent les poitrails humides des chaudes courroiesâ¯; une partie dâentre elles conduit lâattelage méritant vers lâherbe douce et relève le char, le timon vers le haut. La Nuit vint dâen bas, mit un terme aux soucis des hommes et aux mouvements des fauves et enveloppa la voûte céleste dâun noir vêtement, douce assurément pour tous, mais pas pour toi, Adraste, ni pour le chef labdacideâ¯: de fait, un profond sommeil baignait Tydée dâune grande illusion de courage.
Ce crépuscule de onze vers et demi décrivant le dételage du char du Soleil trouve son origine dans une scène du chant 8 de lâIliade (Hom. Il. 8, 433-435).87
Homère, Iliade
Au chant 8 de lâIliade, Héra et Athéna tentent de venir en aide aux Grecs, malgré lâinterdiction de Zeus. Ce dernier menace alors de briser leur char et de les faire tomber, si elles ne renoncent pas à leur projet (Hom. Il. 8, 402-405). Les déesses mettent donc un terme à leur entreprise et rentrent sur lâOlympe, où les Heures détellent et rangent leur char (Hom. Il. 8, 433-435)â¯:
Ïá¿Ïιν δ âὯÏαι μὲν λῦÏαν καλλίÏÏιÏÎ±Ï á¼µÏÏÎ¿Ï Ï ,καὶ ÏÎ¿á½ºÏ Î¼á½²Î½ καÏέδηÏαν á¼Ï âá¼Î¼Î²ÏοÏá½·á¿Ïι κάÏá¿Ïιν ,
Pour elles, les Heures dételèrent les chevaux à la belle robe et les attachèrent aux mangeoires dâambroisieâ¯; elles appuyèrent le char tout brillant contre la paroi.
Ce passage solde la tentative des déesses pour venir en aide aux Grecs. Stace transpose plusieurs éléments de cette scène dans son crépusculeâ¯: les Heures sâaffairent (Hom. Il. 8, 433â¯:
Toutefois, lâécart entre les deux descriptions est important. En effet, le passage de lâIliade est beaucoup plus réduit que le crépuscule de la Thébaïde et, malgré la présence des Heures, il nâa aucune valeur temporelle. La transformation de cette scène de déséquipement en une description temporelle passe par lâintermédiaire dâOvide. En effet, ce dernier reprend le passage de lâIliade pour décrire lâattelage du char du Soleil avant le départ de Phaéthon (Ov. met. 2, 118-121).89
Ovide, Métamorphoses
Au début du livre 2 des Métamorphoses, Phaéthon se présente au palais de son père, le Soleil, et lui demande de lui prêter son char. Après avoir tenté en vain de le dissuader et de retarder le moment du départ, le Soleil enjoint aux Heures de préparer lâattelage pour son fils (Ov. met. 2, 118-121)â¯:
iungere equos Titan uelocibus imperat Horis.iussa deae celeres peragunt ignemque uomentes,ambrosiae suco saturos, praesepibus altisquadripedes ducunt adduntque sonantia frena.90
Le Titan ordonne aux Heures véloces dâatteler les chevaux. Les rapides déesses accomplissent les ordresâ¯: elles amènent depuis leurs enclos élevés les quadrupèdes crachant le feu, gorgés de suc dâambroisie, et leurs mettent des mors sonores.
Une fois les chevaux attelés, Phaéthon sâélance dans le ciel, mais malgré les recommandations de son père, il perd le contrôle du véhicule et sème la dévastation dans lâunivers. Courroucé, Jupiter le foudroie pour mettre un terme aux dégâts quâil cause.
La situation dans les Métamorphoses est semblable à celle de lâIliade. Tout comme Athéna et Héra passent outre à lâinterdiction de Zeus, Phaéthon sâembarque malgré les avertissements du Soleil. Par conséquent, il subit le sort auquel les déesses ont échappé en renonçant à leur entreprise, à savoir la foudre de Jupiter et la destruction de leur char. Toutefois, Ovide inverse la scèneâ¯: il décrit lâattelage du char (Hom. Il. 8, 433â¯:
Stace imite à son tour la description dâOvide dans son crépuscule.92 Il reprend les chevaux qui soufflent le feu (Ov. met. 2, 119-121â¯: ignemque uomentes [â¦] quadripedesâ¯; Stat. Theb. 3, 408â¯: flagrantes [â¦] equos) et reproduit la célérité des Heures ovidiennes en les faisant accourir à pas pressés (met. 2, 118â¯: uelocibus [â¦] Horisâ¯; 119â¯: deae celeresâ¯; Theb. 3, 410â¯: rapidis accurrunt passibus Horae). Les reprises verbales débordent de la scène dâéquipement elle-même. En effet, les rives de lâHespérie, où le Soleil dételle son char, renvoient au lieu où la nuit arrive à son terme dans les Métamorphoses (Ov. met. 2, 142â¯: Hesperio positas in litore metasâ¯; Stat. Theb. 3, 407â¯: Hesperii deuexo margine ponti). De la même façon, les cheveux rutilants du Soleil rappellent la chevelure flamboyante de Phaéthon lors de sa chute (Ov. met. 2, 319â¯: rutilos [â¦] capillosâ¯; Stat. Theb. 3, 408-409â¯: rutilamque [â¦] comam). Enfin, les termes qui décrivent le dételage des chevaux dans la Thébaïde ressemblent à ceux qui expriment la destruction du char de Phaéthon par la foudre de Jupiter (Ov. met. 2, 315â¯: colla [â¦] deripiunt [â¦] lora reliquuntâ¯; Stat. Theb. 3, 412-412â¯: deripiunt, laxant [â¦] loris | pectora).93 En outre, Stace ajoute la présence des Néréides aux côtés des Heures. Ces divinités, absentes de la scène dâéquipement dans les Métamorphoses, encadrent lâépisode de Phaéthonâ¯: elles sont représentées sur le battant de la porte du palais du Soleil (Ov. met. 2, 11-12) et elles se réfugient au fond de la mer au passage du char hors de contrôle (met. 2, 268-269).
Toutes ces reprises verbales rappellent le malheur de Phaéthon et le désastre quâil cause.94 Toutefois, lâaction des Heures dans la Thébaïde est inversée par rapport à celles dâOvide, car il sâagit dans un cas dâun crépuscule et dans lâautre dâune scène qui se déroule à lâaurore. Ainsi, Stace défait ce quâOvide a mis en placeâ¯: il dételle le char (Ov. met. 2, 118â¯: iungere equosâ¯; Stat. Theb. 3, 407-408â¯: soluerat [â¦] equos), ôte les mors (met. 2, 121â¯: adduntque [â¦] frenaâ¯; Theb. 3, 411-412â¯: frenaque [â¦] deripiunt) et reconduit les chevaux dans leurs enclos quâil change en pâturages (met. 2, 120â¯: praesepibus altisâ¯; Theb. 3, 413-414â¯: uertunt ad molle [â¦] gramen). Stace revient ainsi au modèle homérique et désamorce une situation potentiellement dangereuse.
Il reste un dernier élément dans le crépuscule de la Thébaïde, qui ne figure ni dans lâIliade ni dans les Métamorphoses, mais dont le nom résume le subtil entrelacement dâintertextes dans ce passageâ¯: auratae textum sublime coronae (Stat. Theb. 3, 411), la couronne du Soleil.95 Cet accessoire provient dâune aurore des Argonautiques de Valérius Flaccus (Val. Fl. 4, 90-98), elle aussi inspirée par la description des Métamorphoses dâOvide.96
Valérius Flaccus, Argonautiques
Après une nuit calme en mer, le jour se lève pour les Argonautes (Val. Fl. 4, 90-98)â¯:
Interea magni iamiam subeuntibus astrisOceani genitale caput Titania frenisantra sonant, Sol auricomis urgentibus Horismultifidum iubar et bisseno sidere textamloricam induiturâ¯; ligat hanc qui nubila contrabalteus undantem uariat mortalibus arcum.inde super terras et eoi cornua montisemicuit traxitque diem candentibus undiset Minyas uiso liquerunt flamina Phoebo.97
Pendant ce temps, alors que les astres sâenfoncent déjà dans la source féconde du grand Océan, les antres titaniennes résonnent des morsâ¯; le Soleil, sous la pression des Heures à la chevelure dorée, revêt son éclat aux nombreux rayons et sa cuirasse tissée des douze constellationsâ¯; cette dernière est attachée par un baudrier qui dessine un arc ondoyant contre les nuages pour les mortels. Ensuite, au-dessus des terres et des pics de la montagne aurorale, il jaillit et traîna le jour hors des ondes blanchissantesâ¯; les souffles du vent abandonnèrent les Minyens à la vue de Phébus.
Dans ce passage, Valérius Flaccus étoffe la brève indication temporelle qui figure dans le texte dâApollonios de Rhodes (A.R. 1, 1362â¯:
Après avoir condensé en trois vers les références à Ovide, reléguant ces événements dans le passé avec lâadverbe iamiam (Val. Fl. 4, 90), Valérius Flaccus prolonge son aurore avec la description de lâéquipement militaire du Soleil, qui annonce la confrontation avec le roi des Bébryces chez qui les Argonautes arrivent au cours de cette journée. Le Soleil se coiffe dâune couronne (Val. Fl. 4, 94â¯: multifidum iubar) et revêt une cuirasse (4, 93-95â¯: bisseno sidere textam | loricam), deux accessoires dâorigine virgilienne.99 En revanche, le motif des douze constellations qui figure sur lâarmure est un détail emprunté aux Métamorphoses, où elles figurent sur les portes du palais du Soleil (Ov. met. 2, 18â¯: signaque sex foribus dextris totidemque sinistrisâ¯; Val. Fl. 4, 94â¯: bisseno sidere).
Ces deux éléments dâéquipement présents dans le texte de Valérius Flaccus ne font quâun dans la description de la couronne du Soleil composée par Stace. En effet, le motif (Val. Fl. 4, 93â¯: textamâ¯; Stat. Theb. 3, 411â¯: textum) astronomique figure cette fois sur la couronne du Soleil et est signalé par lâadjectif sublime (Theb. 3, 411), qui renvoie certes aux constellations célestes,100 mais aussi au premier vers de la description du palais du Soleil, où figure le motif (Ov. met. 2, 1â¯: Regia Solis erat sublimibus alta columnis). Comme avec le passage des Métamorphoses, en ôtant lâéquipement militaire revêtu par le Soleil dans les Argonautiques Stace annonce un report du départ en guerre réclamé par Tydée et Polynice. En effet, lâaurore suivante indique que sept jours se sont écoulés sans quâaucune décision nâait été arrêtée (Stat. Theb. 3, 440-441), la résolution de faire la guerre ne sera prise quâà la fin du livre 3 (Theb. 3, 712-720) et la campagne ne partira pas avant le printemps suivant (4, 1-4).101
En outre, Stace reproduit la mention de lâOcéan, lorsquâil décrit le bain du Soleil dans lâOcéan (Val. Fl. 4, 91â¯: Oceani genitale caputâ¯; Stat. Theb. 3, 409â¯: Oceani sub fonte). Ce faisant, il indique lâorigine homérique de la scène dont il sâinspire. En effet, dès lâAntiquité, Homère est considéré comme la source à lâorigine de la littérature classique.102 En baignant le Soleil dans lâeau de lâOcéan, Stace signale donc quâil revient à la source originale du passage.
La description détaillée du dételage du char solaire dans le crépuscule du livre 3, est une inversion de lâaurore qui précède lâépisode de Phaéthon dans les Métamorphoses, ainsi que de celle qui précède la confrontation des Argonautes avec les Bébryces dans le poème de Valérius Flaccus. Cette transformation correspond à la situation de la Thébaïde, car comme le Soleil, Adraste pressent le malheur à venir et tente vainement de repousser le moment du départâ¯; contrairement aux Argonautes, les combats contre les ennemis thébains sont encore loin. La longue description du dételage du char solaire annonce donc une pause dans la progression de lâintrigue vers la guerre thébaineâ¯: le retour à la situation homérique correspond à la tentative dâAdraste pour désamorcer lâardeur belliqueuse de Tydée et Polynice (Stat. Theb. 3, 388-393)â¯;103 le démantellement du char ovidien et le désarmement du Soleil valérien indiquent que le départ en guerre sera retardé. De fait, la décision de partir en guerre sera plusieurs fois repoussée jusquâà la fin du livre 3.
1.4 Innovationâ¯: Stat. Theb. 3, 683-685
à la fin du livre 3, une aurore indique lâheure matinale à laquelle Argie se rend auprès de son père pour le supplier de partir en guerre contre Thèbesâ¯; elle se distingue particulièrement en raison de lâimage inhabituelle quâelle contient (Stat. Theb. 3, 678-685)â¯:
at gemitus Argia uiri non amplius aequocorde ferens sociumque animo miserata dolorem,sicut erat, laceris pridem turpata capillis,et fletu signata genas, ad celsa uerendiibat tecta patris paruumque sub ubere caroThessandrum portabat auo iam nocte supremaante nouos ortus, ubi sola superstite PlaustroArctos ad Oceanum fugientibus inuidet astris104
En revanche, Argie, qui ne pouvait plus supporter sereinement les gémissements de son mari, prise de pitié pour la douleur de son âme sÅur, telle quelle, enlaidie à cause de ses cheveux arrachés depuis longtemps et les joues marquées par les pleurs, se rendait dans les appartements élevés de son respectable père et portait, sur le sein qui lui est cher, le petit Thessandre à son aïeul, à la toute fin de la nuit, avant de nouveaux levers, quand lâOurse seule, puisque le Chariot subsiste, envie les astres qui fuient vers lâOcéan.
La description temporelle est constituée de trois syntagmes successifsâ¯: le groupe nominal à lâablatif indiquant la fin de la nuit (v. 683â¯: iam nocte suprema) est suivi par un groupe prépositionnel signalant lâimminence du lever du soleil (v. 684â¯: ante nouos ortus). à cela sâajoute encore une proposition subordonnée temporelle, où il est question de la Grande Ourse qui reste seule dans le ciel, alors que les étoiles se couchent dans lâOcéan (vv. 684-685â¯: ubi [â¦]). Cette accumulation de données temporelles insiste sur lâimportance du moment de la journée pour la scène. En effet, la conversation entre Argie et Adraste a lieu exactement à lâaurore, puisque leur rencontre est encadrée par des indications temporellesâ¯: la fin de la nuit précède le discours de la fille (vv. 683-685) et le début du jour coïncide avec la fin de celui du père (3, 720-721â¯: dicentem talia nascens | lux monet ingentesque iubent adsurgere curae).105 Ainsi placée au moment de la transition entre la nuit et le jour, la scène qui débouche sur la décision de faire la guerre est présentée comme une charnière dans lâaction épique.
Ce moment important est mis en évidence par la mention de la Grande Ourse dans la première indication temporelle, car il sâagit dâune image inhabituelle pour marquer ce moment de la journée. En effet, comme cette constellation pivote autour du pôle nord au cours de la nuit, les poètes se réfèrent régulièrement au moment de son basculement pour signaler le milieu de la nuit,106 mais ils lâemploient très rarement dans les descriptions dâaurores et seulement pour mentionner quâelle sâefface comme tous les astres à lâarrivée du jour.107 Or, dans ce passage, ce ne sont pas ces caractéristiques qui sont mises en évidence, mais lâimpossibilité pour la constellation de rejoindre lâOcéan, contrairement aux autres étoiles qui se couchent à la fin de la nuit.108 Cette image inédite dans une description dâaurore est inspirée de la description homérique de la Grande Ourse que Stace modifie pour lâadapter au contexte de la Thébaïde.109
LâOurse homérique
La Grande Ourse est citée à deux reprises avec la même formule dans les poèmes homériquesâ¯: elle figure sur le bouclier dâAchille et sert de point de repère à Ulysse, lorsquâil navigue (Hom. Il. 18, 487-489 = Od. 5, 273-275)â¯:110
á¼ÏκÏον θ â,ἣν καὶ á¼Î¼Î±Î¾Î±Î½ á¼ÏίκληÏιν ÎºÎ±Î»á½³Î¿Ï Ïιν ,á¼¥ Ï âαá½Ïοῦ ÏÏÏá½³ÏεÏαι καί Ï âὨÏá½·Ïνα δοκεύει ,
LâOurse quâon surnomme aussi le Chariot, qui tourne sur place et guette Orion, elle seule nâa pas part aux bains dans lâOcéan.
Dans les deux cas, la Grande Ourse nâa pas de fonction temporelleâ¯; elle figure dans une liste de constellations, mais contrairement aux autres astérismes quâHomère ne mentionne que brièvement, la Grande Ourse occupe trois vers entiers. Le poète lui attribue plusieurs caractéristiquesâ¯: elle a deux noms, pivote sur elle-même tout en gardant un Åil sur le chasseur Orion et ne se couche pas dans lâOcéan.
Stace reprend le contenu de chacun de ces trois vers dans sa description, en commençant par la double dénomination de la constellation. Il emploie ses deux noms homériques en transcrivant lâun et en traduisant lâautre (Hom. Il. 18, 487â¯; Od. 5, 273â¯:
Stace souligne également lâisolement dont est victime la constellation qui seule nâa pas accès à lâOcéan (Hom. Il. 18, 489â¯; Od. 5, 275â¯:
uicinumque minax inuadit Ariminum, et ignessolis Lucifero fugiebant astra relicto.113
Menaçant, il envahit la ville voisine dâAriminum et les astres fuyaient les feux du soleil après avoir abandonné Lucifer.
Comme dans la Thébaïde, les astres fuient (Lvcan. 1, 232â¯: fugiebant astraâ¯; Stat. Theb. 3, 685â¯: fugientibus [â¦] astris), laissant derrière eux Lucifer qui reste seul dans le ciel, à lâimage de la Grande Ourse (Lvcan. 1, 232â¯: Lucifero [â¦] relictoâ¯; Stat. Theb. 3, 684â¯: superstite Plaustro). Ce rapprochement avec lâaurore qui ouvre le premier jour de la guerre civile dans lâépopée de Lucain (1, 236â¯: dies primos belli uisura tumultus) signale lâimminence de la guerre dans la Thébaïde. Toutefois, comme dans la Guerre civile, où César hésite à attaquer Rome et a besoin dâêtre poussé à lâaction par Curion (Lvcan. 1, 263-264â¯; 280-281), Adraste temporise avant de se laisser finalement persuader par sa fille de partir en guerre contre Thèbes.114 En outre, au personnage masculin et militaire de Lucifer,115 Stace substitue la figure féminine de la Grande Ourse (Stat. Theb. 3, 685â¯: Arctos) dont la situation rappelle celle dâArgie.
Argie abandonnée
Lâimage de la Grande Ourse dans la description de lâaurore présente des similitudes avec Argieâ¯: de même que la constellation regarde les autres astres se coucher, la jeune femme verra partir lâarmée argienne vers la guerre thébaine et se retrouvera seule. En effet, dans cette scène, lâépouse de Polynice est présentée comme une femme sur le point dâêtre abandonnée par son mari.116 Plus particulièrement, elle endosse le rôle dâAndromaque dans une scène qui rappelle la fin du chant 6 de lâIliade (Hom. Il. 6, 394-493), où la Troyenne tente de convaincre Hector de ne pas partir au combat.117 Comme Andromaque, Argie se présente en pleurs (Hom. Il. 6, 405â¯:
En outre, lâapparence dâArgie rappelle celle dâAndromaque et des femmes troyennes dans les Troyennes de Sénèque. Comme elles, Argie a les cheveux arrachés et les joues marquées par les larmes (Sen. Tro. 409-411â¯: laceratis comas [â¦] genas | fletu rigatisâ¯; Stat. Theb. 3, 680-681â¯: laceris [â¦] turpata capillis | et fletu signata genas). Argie est donc déguisée en Andromaque, ce que souligne lâexpression sicut erat (Stat. Theb. 3, 680)â¯: Argie apparaît «â¯telle quâelle étaitâ¯Â» dans la pièce, sous les traits dâAndromaque.119 La présence passive de Thessandre dans la scène rappelle quant à elle le rôle de figurant joué par Astyanax dans la pièce.
Une troisième référence à Andromaque sous-tend cette scèneâ¯; elle est activée par la présence de la Grande Ourse dans le ciel. En effet, au début de la Triste 4, 3, Ovide décrit longuement cette constellation (Ov. trist. 4, 3, 1-6) et lui demande dâépier le dévouement de son épouse qui est ensuite comparée à Andromaque (trist. 4, 3, 29-30). Argie se trouve donc dans le rôle de lâépouse séparée de son mari exilé. Toutes deux ont lâesprit troublé par la douleur (Ov. trist. 4, 3, 21â¯: mens aegra doloriâ¯; Stat. Theb. 3, 678-679â¯: non [â¦] aequo | corde ferens [â¦] dolorem) et ne parviennent pas à dormir (trist. 4, 3, 22â¯; Theb. 3, 690), mais elles ne regrettent pas leurs mariages (trist. 4, 3, 49-62â¯; Theb. 3, 700-705).
La présence de la Grande Ourse dans le ciel à ce moment de lâépopée contribue donc au pathétique de la scène en mettant en évidence lâisolement dont lâépouse de Polynice sera victime. Toutefois, bien quâArgie soit rapprochée de la figure dâAndromaque à plusieurs égards, lâintervention de la jeune femme va à lâencontre de la tradition, puisquâelle ne demande pas le retour de son mari, mais son départ et quâà lâinverse dâAndromaque elle plaide en faveur de la guerre. En effet, lâépouse de Polynice est une instigatrice active de la guerre, un rôle belliqueux dont on trouve également des traces dans la représentation de la constellation.
Chariot de la guerre
Stace insère des sous-entendus hostiles dans la description de lâaurore. Premièrement, il transforme la relation de la constellation avec les autres astres. Alors que dans les poèmes homériques la Grande Ourse regarde la constellation du chasseur Orion avec méfiance (Hom. Il. 18, 488â¯; Od. 5, 274â¯:
Deuxièmement, la constellation du Chariot est un symbole de guerre dans la Thébaïde121 et plus particulièrement de la campagne des sept contre Thèbes, comme lâillustre une comparaison au livre 8. En effet, après la disparition du devin Amphiaraos, lâarmée argienne est désemparée, comme des marins qui ne parviennent pas à identifier la constellation (Stat. Theb. 8, 369-372)â¯:
[â¦] liquido uelut aethere nubesinuida Parrhasis unum si detrahat astris,truncus honor Plaustri, nec idem nitet igne recisoaxis et incerti numerant sua sidera nautae.122
[â¦] de même que, si une nuée envieuse soustrait lâune des étoiles parrhasiennes dans lâéther limpide, lâhonneur du Chariot est tronquéâ¯; lâessieu ne brille pas pareil avec un feu en moins et les marins incertains comptent leurs astres.
Dans ce passage, le nombre dâétoiles qui constituent la constellation est mis en évidence par le verbe numerant (v. 372) qui incite à réfléchir sur le total.123 En effet, le Chariot est formé de sept étoiles, un nombre sur lequel le poète insiste dans les vers précédents (8, 352â¯: septemque excursibusâ¯; 360â¯: septemque patentibus aruisâ¯; 369â¯: septimus [â¦] apex). Ce chiffre correspond au nombre de contingents qui composent lâarmée argienne. La disparition dâune étoile représente donc la disparition dâun des sept chefs.124 Ainsi, cette comparaison établit une analogie entre le Chariot et la campagne contre Thèbes.
à la fin du livre 3, la présence de la Grande Ourse résolument fixée dans le ciel (Stat. Theb. 3, 684â¯: superstite Plaustro) signale que le conflit est désormais inévitable. La guerre se décide donc sous le signe de la constellation qui guidera la campagne tout au long de lâépopée. Les expressions temporelles plus synthétiques qui précèdent lâimage de la Grande Ourse renforcent le caractère imminent de la guerreâ¯: lâexpression nocte suprema (Stat. Theb 3, 683), employée pour désigner la dernière nuit de Troie dans lâÃnéide,125 souligne quâil sâagit de lâultime scène avant le basculement vers une guerre destructriceâ¯; le syntagme ante nouos ortus (Theb. 3, 684) annonce la levée de lâarmée qui aura lieu quelques vers plus loin, au début du livre 4.126
La présence inhabituelle de la constellation de la Grande Ourse dans la description de lâaurore signale que la rencontre entre Argie et Adraste est une charnière importante de lâépopée. Stace transforme la description de la Grande Ourse dans les poèmes homériques afin de créer une image nouvelle qui correspond à la situation ambiguë dâArgie dans ce passageâ¯: dâune part, lâOurse esseulée qui regarde partir les autres étoiles crée un cadre dramatique pour la scène, car Argie se présente comme une épouse sur le point dâêtre abandonnée et cherche à susciter la compassion de son pèreâ¯; dâautre part, les connotations belliqueuses de la constellation dans cette description rappellent lâinimitié entre les deux frères et annoncent lâimminence de la guerre, soulignant de ce fait les implications militaires de la requête dâArgie, à contre-courant de la tradition. La scène qui clôt le livre 3 est ainsi présentée comme un tournant décisif dans la guerre contre Thèbes.
1.5 Synthèseâ¯: reformulation
Lâanalyse de quatre descriptions temporelles tirées des trois premiers livres de la Thébaïde a montré la diversité des modèles que Stace exploite pour composer ses aurores et ses crépuscules, ainsi que la façon dont il les modifie. En effet, le poète combine (Stat. Theb. 2, 134-140), corrige (Theb. 1, 336-346) ou inverse (3, 407-419) les descriptions de ses prédécesseurs, voire les transforme pour créer des images nouvelles (3, 683-685).
Ces interventions de Stace dans les aurores et les crépuscules ne sont pas uniquement des exercices de styleâ¯; les descriptions ainsi produites sont adaptées au contexte de la Thébaïde et à la situation des protagonistes dans la scène quâelles ouvrent ou quâelles closent. La combinaison de plusieurs images dans la première aurore (Stat. Theb. 2, 134-140) permet à Stace dâintroduire une multitude de personnifications célestes et de les faire interagir les unes avec les autres. Les relations familiales conflictuelles entre les astres reflètent la lutte entre Ãtéocle et Polynice pour le pouvoir à Thèbes. En outre, les intertextes présagent lâissue funeste de lâalliance avec Argos. Dâune façon similaire, les signes de tempête dans le premier crépuscule (Stat. Theb. 1, 336-346) corrigent lâatmosphère héroïque du passage et annoncent la guerre fraternelle. Semblablement, en inversant lâimage de lâattelage du char solaire au livre 3 (Stat. Theb. 3, 407-419), Stace annonce que le départ en guerre sera retardé. Enfin, lâimage de la Grande Ourse à la fin du livre 3 (Stat. Theb. 3, 683-685) a été créée spécifiquement pour correspondre à la situation dâArgie qui, en dépit du rôle traditionnellement assigné aux femmes dans les épopées, réclame la guerre. Les modifications opérées par Stace dans la formulation de ces descriptions temporelles mettent donc en évidence les particularités des scènes qui précèdent ou qui suivent. La façon dont les aspects structurels des aurores et des crépuscules sont eux aussi manipulés pour attirer lâattention sur lâéconomie du récit est étudiée dans le chapitre 2.
Lâétude de ces quatre descriptions temporelles a également fait ressortir la valeur métaphorique que Stace confère aux personnifications célestes. En effet, certaines images font partie dâun réseau de correspondances qui traverse la Thébaïde. Ainsi, le mythe de Phaéthon sert de parallèle à la quête de pouvoir de Polynice. Cette image exploitée dans le crépuscule du livre 3 (Stat. Theb. 3, 407-419) intervient ensuite dans des comparaisons tout au long de lâépopée pour marquer la progression de lâaction. De la même façon, la Grande Ourse est le symbole de la campagne des sept chefs contre Thèbes. Sa présence dans lâaurore à la fin du livre 3 (Stat. Theb. 3, 683-685) marque lâimminence de la campagne militaire. En outre, Stace exploite parfois les descriptions dâaurores et de crépuscules pour gloser son emploi de la tradition littéraire. Il indique ses modèles en mentionnant quâil complète Virgile (Stat. Theb. 2, 139-140â¯: orbem | impleat) ou sâinspire dâun passage homérique (Theb. 3, 409â¯: Oceani sub fonte), souligne le travail intertextuel qui sous-tend ses descriptions en employant des termes comme textum (3, 411) et signale les changements opérés (3, 413â¯: uertunt). Ainsi, non seulement Stace sâinscrit dans la tradition épique en manipulant les descriptions temporelles de ses prédécesseurs, mais il représente aussi son rapport avec elle dans son texte. Ce potentiel métaphorique des aurores et des crépuscules est exploré dans le chapitre 4.
Parry 1928, 16â¯: «â¯Dans la diction des poèmes aédiques, la formule peut être définie comme une expression qui est régulièrement employée dans les mêmes conditions métriques, pour exprimer une certaine idée essentielle. Ainsi lâidée essentielle des mots
Pour une analyse des diverses expressions de lâaurore dans lâIliade et lâOdyssée, voir James 1978, 153-164 et Vivante 1979.
Hom. Od. 23, 243-246.
Hom. Il. 23, 226-227â¯; Od. 13, 93-94.
Hom. Il. 7, 421-423â¯; Od. 3, 1-3â¯; 19, 433-434.
Le développement des aurores et des crépuscules au fil de la tradition est visible au niveau des chiffresâ¯; voir tableau 1â¯: la longueur moyenne de ces descriptions augmenteâ¯; par exemple, dans lâOdyssée, les descriptions dâaurores et de crépuscules font en moyenne 1, 2 vers, alors que celles de lâÃnéide occupent 1, 6 vers et celles de Valérius Flaccus oscillent entre deux et trois vers.
Pour lâimitation de vers homériques, voir Hom. Il. 11, 1-2 = Od. 5, 1-2 â Verg. Aen. 4, 584-585â¯; Hom. Il. 8, 485-486 â Verg. Aen. 3, 508â¯; pour la répétition de vers, voir Lvcr. 2, 144 â Verg. Aen. 4, 584â¯; Verg. georg. 1, 447 = Aen. 4, 585â¯; Aen. 2, 9 â 4, 81â¯; 4, 6 â 7, 148â¯; 4, 119 â 5, 654, 4, 129 = 11, 1â¯; 4, 584-585 = 9, 459-460.
La fin de la nuit a préalablement été annoncée par Adraste à la fin du premier livre (Stat. Theb. 1, 692-693) et le jour sâest déjà levé à Thèbes dans une courte parenthèse (Theb. 2, 120-121).
La correction du préverbe en de-pulerat (Stat. Theb. 2.135) proposée par Shackleton Bailey 2003 pour mieux qualifier lâaction de lâAurore nâest pas nécessaire, car le verbe impellere est employé à nouveau dans lâaurore au début du livre 3, où Téthys chasse de lâOcéan le Soleil qui ne veut pas se lever (Stat. Theb. 3, 34-35)â¯; voir section 3.1.1. En outre, jâaccepte la conjecture uultum (Stat. Theb. 2, 136) de van Giffen, qui pousse la personnification de lâAurore plus loin que le multum des manuscrits. De la même manière, je considère quâen raison de ses interactions avec lâAurore, le Soleil peut être personifié par lâemploi dâune majuscule (Stat. Theb. 2, 137)â¯; pour le commentaire de ces vers, voir Mulder 1954, 114-119 s.vv. et Gervais 2017b, 114-117 s.vv.
Hom. Il. 2, 48-49â¯; Od. 3, 404â¯; 8, 1-7â¯; A.R. 4, 1170-1171, le matin où Alcinoos sâapprête à rendre son verdict sur lâunion de Jason et Médée â¯; Verg. Aen. 7, 148-149, le jour où Latinus offre sa fille en mariage à Ãnéeâ¯; Aen. 8, 455-456, où Ãvandre propose une aide militaire aux Troyensâ¯; Ov. met. 7, 663, où Céphale conclut une alliance avec Ãaqueâ¯; sur ces intertextes, voir Juhnke 1972, 322, Knauer 19792, 254â¯; 399â¯; 404â¯; 436â¯; 499 et Gervais 2017b, 117 s.vv. 141-148.
Pour le commentaire de ces vers dans lâIliade, voir Hainsworth 1993, 213-214 s.vv.â¯; pour le commentaire de ces vers dans lâOdyssée, voir Heubeck/West/Hainsworth 1988, 254 s.vv. et de Jong 2001, 124 s.vv.
Pour cet intertexte, voir Knauer 19792, 388â¯; 409â¯; 460â¯; 501 et Hardie 1994, 156-157, s.vv. 459-460. à celles-là sâajoute une troisième occurrence dans les Géorgiques, où Virgile emploie seulement le deuxième vers pour décrire un matin annonciateur de grêle (Verg. georg. 1, 447).
Pour le commentaire de ces vers dans le quatrième livre de lâÃnéide, voir Austin 19632, 171-172 s.vv. et Pease 19632, 468-469 s.vv.â¯; pour le commentaire de ces vers dans le neuvième livre de lâÃnéide, voir Hardie 1994, 156-157, s.vv. et Dingel 1997, 183 s.vv.
Pour cet intertexte, voir Serv. Aen. 9, 1, Knauer 19792, 266-269 et Hardie 1994, 130-131, s.vv. 459-460. Lâauthenticité de la Dolonie a été contestée dès lâAntiquitéâ¯; pour une synthèse du débat, voir Dué/Ebbott 2010, 3-29. Toutefois, dans la suite de la tradition épique, les poètes traitent cet épisode comme faisant partie de lâIliade, tout en soulignant le débat philologique qui lâentoureâ¯; sur les liens entre les deux épisodes, voir Gransden 1984, 102-119, Casali 2004, Dué/Ebbott 2010, 142-147 et Casali 2018, 210-215.
Tithon est toutefois présent dans les aurores élégiaques dâOvideâ¯: Ov. epist. 18, 111â¯; fast. 1, 461â¯; 3, 403-404â¯; 4, 943-944â¯; 6, 473-474. Le nom Tithonia est employé dès Verg. Aen. 8, 383 pour désigner lâAurore, mais il nâapparaît pas dans des descriptions temporellesâ¯; voir aussi Val. Fl. 1, 311â¯; Sil. 1, 756â¯; 5, 25.
Pour le commentaire de ce vers, voir Spaltenstein 2004, 7 s.v. et Manuwald 2015, 63-64 s.v.
A.R. 4, 1170-1171â¯:
Pour cet intertexte, voir Mulder 1954, 114 s.v. 134 et Gervais 2017b, 114 s.v. 134.
Ov. fast. 4, 943â¯; 6, 473.
Avant Stace, le terme est employé soit par Horace en référence à Midas (Hor. carm. 2, 12, 22â¯; 3, 16, 41-42), soit comme adjectif topographique pour désigner la Phrygie (e.g. Prop. 4, 6, 8â¯; Ov. epist. 15, 142â¯; 20, 108â¯; met. 2, 247â¯; 6, 45â¯; Val. Fl. 3, 47â¯; 8, 239)â¯; voir aussi Stat. silu. 2, 2, 108, où Newlands 2011, 147-148 mentionne quâil pourrait également sâagir de Priam. Toutefois, la longévité du souverain troyen est moins réputée que celle de Tithon, pour qui lâAurore a obtenu lâimmortalité en oubliant de demander la jeunesse éternelleâ¯; sur ce mythe, voir Roscher 1884-1937 s.v. Tithonos.
Roscher 1884-1937 s.v. Mygdon 1â¯; voir Evst. Od. 10, 552â¯; Serv. Aen. 2, 341.
Sur le retard dans la Thébaïde, voir section 3.1.1.
Pour cet intertexte, voir Mulder 1954, 115 s.v. 135.
Pour cet intertexte qui sâinsère dans un réseau de références au deuxième livre de la Guerre civile de Lucain, voir Mulder 1954, 115 s.v. 135 et Gervais 2017b, 115 s.v. 134.
Pour le commentaire de ce vers, voir Fantham 1992, 139-140, s.v. et Barrière 2016, 130-131.
Sur la conversation entre Brutus et Caton, voir Sannicandro 2010, 87-90 et Barrière 2016, 101-128.
Le mariage de Marcia et Caton sâapparente davantage à une cérémonie funéraire et symbolise le deuil de la République au début de la guerre civileâ¯; sur le mariage de Marcia et Caton, voir Augoustakis 2010b, 167-170, Sannicandro 2010, 98-99 et Barrière 2016, 137-146â¯; sur les associations entre mariage et mort dans la tragédie athénienne, voir Seaford 1987 et Rehm 1994.
Sur la chute du bouclier dans le temple, voir Gervais 2017b, 156-162â¯; sur le collier dâHarmonie, voir McNelis 2007, 50-75, Cannizzaro 2017, Gervais 2017b, 168-178, Stover 2018 et Econimo 2021, 67-115, Chinn 2022, 86-93.
Sur les cheveux de lâAurore, voir Montuschi 1998a, 98-103 et Gervais 2017b, 115 s.v.
Sur les implications métaphoriques de cette image, voir section 4.3.
Hom. Il. 1, 475â¯; 6, 175â¯; 23, 109â¯; 24, 788â¯; Od. 2, 1â¯; 3, 404â¯; 491â¯; 4, 306â¯; 431â¯; 576â¯; 5, 228â¯; 8, 1â¯; 9, 152â¯; 70â¯; 307â¯; 437â¯; 560â¯; 10, 187â¯; 12, 8â¯; 316â¯; 13, 18â¯; 15, 189â¯; 17, 1â¯; 19, 428â¯; 23, 241.
Pour les mains de lâAurore, voir Eleg. in Maecen. 126â¯: purpurea [â¦] manuâ¯; Ov. am. 1, 13, 10â¯: purpurea [â¦] manuâ¯; pour la couleur rosée de lâAurore, voir Lvcr. 5, 656-657â¯: roseam auroramâ¯; Verg. Aen. 7, 26â¯: Aurora in roseis [â¦] bigisâ¯; Ov. met. 2, 113â¯: Aurora [â¦] plena rosarumâ¯; 7, 705â¯: roseo [â¦] oreâ¯; Val. Fl. 2, 261â¯: roseis Auroram surgere bigis.
E.g. Verg. Aen. 3, 521â¯: rubescebatâ¯; 7, 25â¯: rubescebatâ¯; 12, 77â¯: puniceis [â¦] rotis [â¦] rubebitâ¯; Ov. met. 3, 600â¯: rubescereâ¯; Stat. Theb. 3, 441â¯: purpureo [â¦] oreâ¯; Sil. 10, 525â¯: rubebitâ¯; pour les nuances entre ces différentes couleurs, sur la base de lâÃnéide, voir Edgeworth 1992 s.vv.
Sur ce crépuscule, voir section 1.2.
Mulder 1954, 115 s.v. et Gervais 2107, 115 s.v. expliquent rorantes (Stat. Theb. 2, 136) par lâeau qui mouille les cheveux de lâAurore à la sortie de lâocéan en se référant à deux aurores de lâAchilléide (Ach. 1, 242-244â¯; 2, 1-4). Cependant, rien dans le passage de la Thébaïde nâétaye cette interprétation, car il nây a aucune mention de lâOcéan.
Pour le commentaire de ces vers, voir Heubeck/Hoekstra 1989, 169 s.vv. et de Jong 2001, 317 s.vv.
Pour le commentaire de ces vers, voir Ardizzoni 1967, 269 s.vv.
Pour cet intertexte, voir Nelis 2001, 458â¯; 487.
Pour le commentaire de ces vers, voir Austin 1964, 291-292 s.vv., Horsfall 2008, 549-550 s.vv. et Casali 2017, 347 s.vv.
TLL s.v. I.A.2.b.
Pour Lucifer dans un rôle dâéclaireur, voir Ov. epist. 18, 111-112â¯: praeuius Aurorae Lucifer ortus eratâ¯; met. 4, 629-630â¯: dum Lucifer ignes | euocet Auroraeâ¯; pour Lucifer dans un rôle de chef militaire, voir aussi met. 11, 97-98â¯: et iam stellarum sublime coegerat agmen | Lucifer undecimusâ¯; 296â¯: qui uocat Auroram caeloque nouissimus exit. Cette image est ensuite reprise par Sénèque et Lucainâ¯: Sen. Herc. f. 128â¯: cogit nitidum Phosphorus agmenâ¯; Lvcan 1, 231-232â¯: et ignes | solis Lucifero fugiebant astra relictoâ¯; 2, 724-725â¯: maioresque latent stellae, calidumque refugit | Lucifer ipse diemâ¯; sur le rôle militaire de Lucifer dans les Åuvres dâOvide, voir Montuschi 2005, 150-155â¯; sur Lucifer dans la Thébaïde, voir section 4.1.
Pour le commentaire de ces vers, voir Bömer 1969, 269-270 s.vv., Montuschi 1998, 112-113â¯; 123, Barchiesi 2005, 246 s.vv. et Montuschi 2005, 150-154.
Pour cet intertexte, voir Mulder 1954, 117 s.v. 137 et Gervais 2017b, 115 s.vv. 137-139.
La suite de cette description sert de modèle pour un crépuscule du livre 3 (Stat. Theb. 3, 407-419)â¯; voir section 1.3.
Le mythe de Phaéthon apparaît en filigrane tout au long de la Thébaïdeâ¯; voir section 1.3.
E.g. Tib. 1, 3, 93â¯: nitentemâ¯; Eleg. in Maecen. 131â¯: nitentemâ¯; Ov. am. 2, 11, 55â¯: nitidissimusâ¯; met. 4, 664â¯: clarissimusâ¯; 15, 189-190â¯: albo Lucifer [â¦] equoâ¯; 190â¯: clarusâ¯; trist. 1, 3, 71â¯: nitidissimusâ¯; 3, 5, 56â¯: Lucifer albus.
Ov. am. 2, 11, 56â¯: Lucifer admisso [â¦] equoâ¯; trist. 3, 5, 56â¯: admisso Lucifer [â¦] equo.
Ce contraste sâopère de nouveau au début du livre 3, quand Ãtéocle sâimpatiente du retour de lâexpédition quâil a envoyée contre Tydée (Stat. Theb. 3, 32â¯: Luciferum et seros maerentibus increpat ortus). Dans ce cas aussi, le Soleil tarde à se lever en raison de son appréhension face aux événements à venir (Stat. Theb. 3, 33-36)â¯; voir section 3.1.1â¯; plus généralement, sur le traitement du temps dans la Thébaïde, voir section 3.1.
Sur ce crépuscule, voir section 1.2.
Hom. Il. 7, 421-423â¯; Od. 3, 1-3â¯; 19, 433-434.
Pour cet intertexte, voir Gervais 2017b, 116 s.v. 139â¯f.â¯; voir aussi la description temporelle qui précède lâarrivée dâÃnée chez Ãvandre (Verg. Aen. 8, 97â¯: sol medium caeli conscenderat igneus orbem).
Pour le commentaire de ces vers, voir Mynors 1990, 312 s.vv. et Erren 2003, 953 s.vv.
Adraste est explicitement qualifié de père à deux reprises dans cette scène (Stat. Theb. 2, 193â¯; 346). Pour le lien de filiation entre le Soleil et lâAurore, voir Hes. Th. 371-374â¯; Ov. fast. 5, 159-160â¯; sur les liens familiaux entre les personnifications célestes dans la Thébaïde, voir section 4.1.
à cela sâajoute peut-être un jeu sur le mot orbem (Stat. Theb. 2, 139) qui peut désigner aussi bien le monde que les poèmes cycliquesâ¯; voir Barchiesi 1994, 118, Barchiesi 1999, 334-335 et von Glinski 2018, 235. Stace complète donc le Cycle thébain.
E.g. Ov. met. 2, 344â¯: luna quater iunctis implerat cornibus orbemâ¯; 11, 453â¯: luna bis impleat orbemâ¯; fast. 2, 175â¯: luna nouum decies implerat cornibus orbemâ¯; Tib. 2, 4, 17-18â¯: ubi orbem | compleuitâ¯; Manil. 1, 469â¯: medio cum luna implebitur orbeâ¯; la seule occurrence de lâexpression en lien avec le soleil est contemporaine de Stace et probablement inspirée de la description de la Thébaïdeâ¯: Sil. 8, 192â¯: orta dies totum radiis impleuerat orbemâ¯; voir Mulder 1954, 117 s.v. et Gervais 2017b, 116 s.v.â¯; sur la chronologie relative de la Thébaïde et des Guerres puniques, voir introduction.
Lâidentité de la sÅur du Soleil dans ce passage est débattueâ¯; il peut également sâagir de lâAurore (Hes. Th. 371-374) à qui les poètes attribuent parfois des rayons (e.g. Verg. Aen. 5, 65)â¯; voir Gervais 2017b, 117 s.v. Il y a toutefois plusieurs raisons de penser quâil sâagit de la Lune dans ce passageâ¯: dâune part, la seule relation fraternelle attestée dans une description temporelle est celle entre la Lune et le Soleil (e.g. Ov. epist. 11, 47-48â¯: soror pulcherrima Phoebi [â¦] Lunaâ¯; Sen. Herc. f. 136â¯: Phoebique fugit reditura sororâ¯; Oed. 44â¯: obscura caelo labitur Phoebi sororâ¯; 253â¯: sororque fratri semper occurrens tuoâ¯; Thy. 840â¯: uincetque sui fratri habenasâ¯; Lvcan. 1, 538â¯: iam Phoebe toto fratrem cum redderet orbeâ¯; 6, 503â¯: quam si fraterna prohiberet imagine tellusâ¯; Stat. Theb. 6, 686â¯: Solis opaca sororâ¯; 8, 271â¯: soror ignea Phoebi)â¯; dâautre part, la référence à lâorigine solaire de la lumière de la Lune est courante (e.g. Lvcr. 5, 705â¯: Luna potest solis radiis percussa nitereâ¯; Sen. Med. 95-98â¯: lumine non suoâ¯; Lvcan 1, 538).
Voir Stat. Theb. 7, 390â¯: reddere regna uetantâ¯; sur le thème de la famille dans les descriptions temporelles de la Thébaïde, voir section 4.1.
La première indication temporelle détaillée dans la Thébaïde nâest donc pas une aurore, mais un crépusculeâ¯; câest aussi le cas dans dâautres épopéesâ¯: Hom. Il. 1, 475â¯; Val. Fl. 1, 274-275â¯; Sil. 1, 556-557.
Pour le commentaire de ces vers, voir Heuvel 1932, 183-187 s.vv., Caviglia 1973, 125-126 s.vv. et Briguglio 2017, 346-352 s.vv.
La Lune est appelée Titanis (Stat. Theb. 1, 337) parce quâelle est fille du Titan Hypérionâ¯; sur cette expression rare pour la Lune, voir section 4.1.
Pour cet intertexte, voir Heuvel 1932, 184 s.v. 337, Caviglia 1973, 125 s.vv. 336-341 et Briguglio 2017, 347 s.vv. 336-337.
Pour le commentaire de ces vers, voir Fratantuono/Smith 2015, 638-639 s.vv.
Par la suite, lâabsence de la lune est rappelée dans la comparaison entre Polynice et un marin pris dans la tempête sans astres pour le guider (Stat. Theb. 1, 370-373â¯: neque amico sidere monstrat | Luna uias).
Pour le char de la Nuit dans des crépuscules, voir e.g. A.R. 3, 1191-1194â¯; Tib. 2, 1, 87-90â¯; Verg. Aen. 5, 721â¯; pour le char de la Lune dans dâautres contextes, voir e.g. Verg. Aen. 10, 215-216â¯; Ov. epist. 11, 48â¯; Sen. Ag. 819â¯; Lvcan. 1, 77-78.
Le sens exact à donner au verbe tenuare nâest pas clairâ¯: Heuvel 1932, 184 s.v. comprend tenuauerat comme un refroidissement de lâairâ¯; Briguglio 2017, 347 s.v. explique que la légèreté est une caractéristique usuelle de lâair. Le verbe peut également faire référence aux propriétés lumineuses de la Lune qui diminue lâopacité de la nuit (cf. Stat. Theb. 1, 345-346â¯: densior [â¦] nox) en dissipant les ténébres avec sa lumièreâ¯; voir OLD s.v. tenuo.
Lâalternance entre les astres dans le ciel ne se fait pas toujours aussi pacifiquement dans la suite de lâépopéeâ¯; sur la succession des astres dans le ciel voir section 4.1.
Pour cet intertexte, voir Heuvel 1932, 184, s.v. 338, Caviglia 1973, 125 s.vv. 336-341 et Briguglio 2017, 347-348 s.v. 339.
Pour le commentaire de ces vers, voir Austin 19632, 158 s.vv. et Pease 19632, 437-438, s.vv.
Pour cet intertexte, voir Heuvel 1932, 185, s.v. et Briguglio 2017, 349 s.v. 341.
Pour le commentaire de ces vers, voir Hardie 1994, 115-116 s.vv., Dingel 1997, 114-115 s.vv.
Sur la combinaison dâimages, voir section 1.1.
Lâaccumulation de négations dans le contexte de signes météorologiques rappelle également les pronostics de tempête dans lâépopée de Lucain (Lvcan. 5, 540-556)â¯; sur la négation par antithèse dans le texte de Lucain, voir Esposito 2004.
La critique sâest davantage intéressée à la description de la tempête quâau crépuscule qui précède. Les commentateurs ont souligné les similitudes et les différences entre cette scène et dâautres tempêtes épiques. Ils ont notamment remarqué quâelle se déroulait sur terre, mais ont généralement négligé le fait que cette tempête est précédée dâun crépuscule, contrairement aux autres, e.g. Hom. Od. 5, 292-387â¯; 12, 403-425â¯; Verg. Aen. 1, 81-156â¯; Lvcan. 5, 597-677â¯; Val. Fl. 1, 574-692â¯; voir Venini 1961, 377-379, Burck 1981, Morzadec 2003, 189-190 et Briguglio 2017, 33-34â¯; 38-42â¯; pour une lecture de la tempête comme le reflet de lâétat dâesprit troublé de Polynice, voir Burck 1981, 511, Anzinger 2007, 339-341 et Morzadec 2009, 186-188.
Pour une comparaison des deux passages, voir Parkes 2014, 779-780â¯; 785 et Briguglio 2017, 43-46.
Le sens de ces signes nâest pas immédiatement évident. Si lâabsence de ciel rouge est suffisamment clair, les commentateurs ont en revanche interprété diversement le deuxième signe tiré de lâobservation du soleilâ¯: les ombres sont comprises comme étant tantôt celles des objets qui sont de moins en moins visibles, tantôt celles de la nuit qui augmententâ¯; voir Heuvel 1932, 186 s.v., Caviglia 1973, 125-126 s.v. et Briguglio 2017, 350-351 s.v.â¯; Shackleton Bailey 2003, 67, n. 46, considérant que lâobscurité devrait croître au lieu de diminuer, est tenté par la conjecture crebrescentibus dâImhof.
Pour cet intertexte, voir Briguglio 2017, 350 s.vv. 342-343.
Pour le commentaire de ces vers, voir Kidd 1997, 471-473 s.vv. et Martin 1998, vol. 2, 489-491 s.vv.
Le vocabulaire employé pour décrire ces signes est emprunté à la description des orages par Lucrèce (Lvcr. 6, 96-526)â¯: Lvcr. 6, 214â¯: rarescunt quoque nubila caeliâ¯; Stat. Theb. 1, 342-343â¯: nubila caelo [â¦] rarescentibus umbrisâ¯; Lvcr. 6, 477â¯: surgere de terra nebulasâ¯; Stat. Theb. 1, 345â¯: a terrisâ¯; Lvcr. 6, 482â¯: densendo subtexitâ¯; Stat. Theb. 1, 345-346â¯: densior [â¦] subtexit.
Dans la première Géorgique, lâobscurcissement du Soleil à la mort de César est présenté comme un signe annonciateur de la guerre civile (Verg. georg. 1, 466-467) et dans lâépopée de Lucain, la Lune se cache derrière un nuage en réaction à la guerre civile entre César et Pompée (Lvcan. 5, 550â¯: uoltu sub nubem tristis ituro), tout comme le Soleil est réticent à se lever avant la bataille de Pharsale (7, 1-6)â¯; voir aussi le cas de Mycènes, dont les problèmes de luminosité dus au conflit fraternel entre les Pélopides sont régulièrement mentionnés dans la Thébaïde (Stat. Theb. 1, 325â¯; 2, 184â¯; 4, 307-308â¯; 11, 129)â¯; sur les défaillances lumineuses dans la Thébaïde, voir section 3.2.
E.g. Hom. Od. 5, 292-387â¯; 12, 403-425â¯; Verg. Aen. 1, 81-156â¯; Lvcan. 5, 597-677â¯; Val. Fl. 1, 574-692.
Voir section 3.2.1.
Pour le commentaire de ces vers, voir Snijder 1968, 173-178 s.vv.
La chevelure est plus vraisemblablement celle du Soleil que celle de ses chevaux, car le terme coma est principalement employé pour décrire les cheveux des hommesâ¯; voir TLL s.v. I.A.1. En outre, on trouve un parallèle proche dans lâAchilléide où Achille qui se baigne dans le fleuve est comparé à Castor et Pollux qui se baignent pour renouveler leur éclat astral (Stat. Ach. 1, 179-181). En effet, coma peut également désigner les rayons dâun astreâ¯; voir TLL s.v. II.A. Il est dès lors plus logique dâassigner cet attribut au Soleil quâà ses chevaux.
Pour cet intertexte, voir Snijder 1968, 175 s.v. 410 et Juhnke 1972, 329.
Pour le commentaire de ces vers, voir Kirk 1990, 332 s.vv.
Bömer 1969, 270 s.v. 118 et Barchiesi 2005, 246 s.v. 118 notent le parallèle dans leurs commentaires, mais supposent un modèle grec intermédiaire qui aurait été perduâ¯; voir aussi la description de lâattelage du char de Poséidon pour venir en aide aux Grecs, mais sans lâintervention des Heures (Hom. Il. 13, 17-38), et lâintervention dâAthéna pour prolonger la nuit de retrouvailles entre Ulysse et Pénélope en retenant le char de lâAurore (Od. 23, 241-246)â¯: au lieu dâordonner lâattelage du char, Athéna lâinterdit (Hom. Od. 23, 244-245â¯:
Pour le commentaire de ces vers, voir Bömer 1969, 269-271 s.vv. et Barchiesi 2005, 246-247 s.vv.
Sur le rôle des Heures dans le texte dâOvide par rapport à celui dâHomère, voir Barchiesi 2005, 241 n. 26.
Pour cet intertexte, voir Snijder 1968, 174 s.v. 409.
Concernant le débat pour savoir sâil sâagit des courroies de la cuirasse ou du harnais des chevaux, voir Snijder 1968, 175-176 s.v. En raison de lâintertexte ovidien proéminent, il est plus probable que le terme sâapplique à lâéquipement des chevaux. En effet, le terme lora désigne les rênes dans les mains de Phaéthon à plusieurs reprises (Ov. met. 2, 127â¯; 145â¯; 200â¯; 315)â¯; voir aussi Stat. Theb. 6, 320-321, où les lora sont les rênes du char solaire.
Lâintertexte ovidien inscrit cette description dans un réseau de correspondances entre les personnages de lâépopée et le mythe catastrophique de Phaéthon, auquel Jupiter fait référence dans son discours programmatique au livre 1 (Stat. Theb. 1, 219-221). Dans la suite de la Thébaïde, les allusions à ce mythe ponctuent le récit et marquent les étapes de lâépopée. Au livre 6, lorquâAdraste fait ses recommandations à Polynice avant la course de quadriges, il est comparé au Soleil qui explique à Phaéthon comment conduire son char (Stat. Theb. 6, 320-325)â¯: comme le fils du Soleil, Polynice trouvera la mort dans son entreprise, non sans causer de graves dégâtsâ¯; voir Lovatt 2005, 32-36. De la même façon, au livre 12, lorquâAntigone et Argie pleurent Polynice, elles sont comparées aux sÅurs de Phaéthon qui se lamentent sur la perte de leur frère au bord de lâÃridan (Stat. Theb. 12, 413-415)â¯; voir Pollmann 2004, 55-57. Le rapprochement répété avec le mythe de Phaéthon au cours de la Thébaïde confère une dimension de désastre cosmique à la guerre entre Ãtéocle et Polynice. Ce pressentiment se confirme dans la suite de lâépopée avec lâobscurcissement anormal du ciel et du soleil dans les livres 10 et 11, au moment de la la mort de Capanée (Stat. Theb. 10, 923-923) et du duel fratricide (Theb. 11, 119-121â¯; 130-135)â¯; sur la luminosité perturbée dans les livres 10-11 de la Thébaïde qui font pendant à la disparition dâindications temporelles, voir section 2.3.
Pour la signification métapoétique du tissage, voir Scheid/Svenbro 1994, 119-162, Nünlist 1998, 110-118, Rosati 1999, 245-247 et section 4.3.
Pour cet intertexte, voir Snijder 1968, 174 s.v. 409. Lâaurore du livre 16 des Guerres puniques de Silius Italicus qui reprend la même image (Sil. 16, 229-232) est postérieureâ¯; sur la chronologie relative des la Thébaïde et des Guerres puniques, voir introduction.
Pour le commentaire de ces vers, voir Korn 1989, 76-82 s.vv., Spaltenstein 2004, 227-229 s.vv. et Murgatroyd 2009, 72-75 s.vv.
Pour ces intertextes, voir Korn 1989, 77 s.vv. 91bâ92, Spaltenstein 2004, 228 s.v. 90 et Murgatroyd 2009, 72 s.v. 90.
Le Soleil porte une couronne dans les Métamorphoses (Ov. met. 2, 40-41â¯; 124), mais elle nâest pas décrite. Dans le texte de Valérius Flaccus, la couronne est inspirée de celle du roi Latinus dans lâÃnéide (Verg. Aen. 12, 162-164) et la cuirasse est un élément de lâéquipement de Turnus (Aen. 7, 640)â¯; voir Korn 1989, 79-80 s.vv. 93-94a et Murgatroyd 2009, 74 s.vv. 93â¯; 94â¯; quant au baudrier du Soleil, il rappelle la description du serpent qui se présente à Ãnée avant les jeux funéraires en lâhonneur dâAnchise (5, 87-89)â¯; voir Murgatroyd 2009, 74 s.v. 94.
OLD s.v. 2.b.
Sur lâaurore qui suit ce crépuscule et le délai dans le livre 3, voir section 3.1.1â¯; sur la description temporelle au début du livre 4, voir conclusion.
Pour la représentation dâHomère comme une source, voir D.H. Comp. 24â¯:
Le relâchement des courroies solaires dans le crépuscule (Stat. Theb. 3, 412-413â¯: laxant [â¦] pectora) fait écho à sa tentative pour désamorcer lâardeur belliqueuse de Tydée (Theb. 3, 392â¯: pectora laxet)â¯; sur la valeur métaphorique du dételage du char, voir section 4.3.
Pour le commentaire de ces vers, voir Snijder 1968, 255-257 s.vv.
Sur cette aurore qui coïncide avec la décision de faire la guerre, voir section 3.1.1.
E.g. Theoc. 24, 11â¯; Prop. 2, 33, 24â¯; Ov. met. 10, 446-447â¯; trist. 1, 3, 48â¯; Sen. Herc.f. 129-130â¯; Tro. 438-439â¯; Lvcan. 2, 236-237â¯; 4, 521-523. Son immobilité peut également être synonyme de pause, e.g. Plavt. Amph. 273â¯; Prop. 2, 22, 25.
Voir Sen. Herc. f.130-131, Lvcan. 2, 722-723 et Stat. Theb. 1, 692-693.
à cause de sa trajectoire très courte autour du pôle nord, la constellation ne se couche jamais à lâhorizon. Il en va de même de la constellation de la Petite Ourse qui est souvent associée à la Grandeâ¯; pour lâimage du coucher des étoiles qui décrit la fin de la nuit, voir Verg. Aen. 5, 42â¯: Postera cum primo stellas Oriente fugaratâ¯; 8, 59â¯: primis cadentibus astrisâ¯; Prop. 4, 4, 64â¯: ipsaque in Oceanum sidera lapsa caduntâ¯; Lvcan 4, 524-525â¯: nec segnis uergere ponto | tunc erat astra polusâ¯; Val. Fl. 4, 90â¯: subeuntibus astris | Oceani genitale caputâ¯; voir Hæfliger 1903, 95.
Pour cet intertexte, voir Juhnke 1972, 331.
Parce que la constellation est toujours visible dans le ciel nocturne de lâhémisphère nord, elle est utilisée comme point de repère pour sâorienter en mer, e.g. Arat. 37-39â¯; Prop. 2, 28, 23-24â¯; Verg. georg. 1, 137-138â¯; Ov. ars 2, 55-56â¯; met. 3, 595â¯; epist. 18, 151-152â¯; fast. 3, 107-108â¯; trist. 4, 3, 1-2â¯; Manil. 1, 296-302â¯; Sen. Herc. f. 6-7â¯; Med. 314-315â¯; Lvcan. 8, 174-176â¯; Val. Fl. 1, 17-18.
Pour le commentaire de ces vers dans lâIliade, voir Edwards 1991, 212-213 s.vv., Coray 2016, 206-208 s.vv. et Rutherford 2019, 195-196 s.vv.â¯; pour le commentaire de ces vers dans lâOdyssée, voir Heubeck/West/Hainsworth 1988, 278 s.vv. et de Jong 2001, 138 s.vv.
Sur les diverses appellations de la Grande Ourse, voir Le BÅuffle 1977, 83-88â¯; pour une autre combinaison des deux représentations de la constellation dans la Thébaïde, voir Stat. Theb. 1, 692-693 avec Hogenmüller 2017.
Pour le commentaire de ces vers, voir Roche 2009, 224 s.vv.
Sur le délai et lâhésitation au livre 3 de la Thébaïde, voir section 3.1.1.
Pour les associations militaires de Lucifer, voir sections 1.1 et 4.1.
La lacération des cheveux et des joues rappelle notamment les héroïnes ovidiennes qui ont perdu leur mari, e.g. Ov. met. 11, 726 (Alcyone)â¯; 13, 534 (Hécube)â¯; 14, 420 (Canente). trist. 3, 3, 51-52 (son épouse)â¯; voir Helzle 1996, 161-162â¯; 164-166 et Bessone 2002, 199-204â¯; sur les aurores comme marqueurs génériques, voir conclusion.
Pour cet intertexte, voir Juhnke 1972, 86-87â¯; 331.
Voir Juhnke 1972, 87.
Sur ce type de références métagénériques au genre tragique, voir Parkes 2021, 118-123.
La seule émotion préalablement attestée de la part de la constellation vis-à -vis de sa situation est la crainte de lâOcéanâ¯: Arat. 48â¯:
La demeure de Mars est située à proximité de cette constellation (Stat. Theb. 7, 7-9).
Contrairement à Hill 1996, je retiens la leçon nitet (Stat. Theb. 8, 371) présente dans la majorité des manuscrits, au lieu de riget qui figure uniquement dans Pâ¯; pour le commentaire de ces vers, voir Gee 2013, 136-140 et Augoustakis 2016, 211-213 s.vv.
Voir Gee 2013, 136-140.
Pour une autre occurrence de cette association entre étoiles et chefs dans une description temporelle, voir Stat. Theb. 10, 326-328 dans la conclusionâ¯; pour des chefs comparés à des astres, voir Parkes à paraître aâ¯; voir aussi Theb. 1, 370-372, où lâabsence totale du Chariot dans la comparaison indique que Polynice nâa pas encore conçu le projet de réunir sept chefs pour reconquérir son trône par la force.
Verg. Aen. 6, 502-503â¯; 513-514.
Lâempressement argien à faire la guerre sera contrecarré par plusieurs contretempsâ¯; sur la progression irrégulière du récit voir section 3.1.