La vénération des reliques traverse lâhistoire de plusieurs religions1. Objet dâun fort intérêt scientifique dans les domaines dâétude du christianisme et du bouddhisme, ce nâest que depuis quelques années que ce phénomène a commencé à stimuler un certain intérêt de la part des spécialistes des études islamiques2. Dans son article «â Relicsâ » dans la deuxième édition de lâEncyclopaedia of Religions, le spécialiste du bouddhisme, John Strong, tente dâaboutir à une vision globale de la question de la vénération des reliques dans lâhistoire des religions, axée cependant principalement sur les traditions chrétienne et bouddhiste. Il y affirme, notamment, que dans la tradition islamique la vénération des reliques, peu répandue en raison de lâostracisme de certains milieux religieux, sâest développée dans un contexte essentiellement «â populaireâ »3. Pourtant, loin de se confiner à sa seule dimension «â populaireâ » cette pratique a connu une diffusion remarquable dans tout le monde islamique. La catégorie du «â populaireâ » a par ailleurs été remise en question par les spécialistes en histoire des religions qui sont arrivés à la conclusion quâil conviendrait plutôt de parler de différentes cultures religieuses qui coexistent4.
La compréhension du phénomène de la vénération des reliques en islam par les islamologues a longtemps été biaisée par le jugement dâIgnác Goldziher (m. 1921), qui affirmait quâau début de lâislam, le culte des reliques était considéré comme une «â bidÊ¿a méprisableâ »5. Cette opinion du célèbre orientaliste hongrois était inspirée en réalité de certaines figures centrales de la réforme islamique de son époque, qui faisaient référence sur cette question à lâopinion dâIbn Taymiyya, comme nous le verrons par la suite6. Si le terme latin reliquiae signifie «â ce qui resteâ », le terme arabe généralement utilisé dans la littérature religieuse islamique afin dâindiquer les reliques, ÄthÄr, signifie les «â tracesâ » ou «â empreintesâ » et dérive, selon les dictionnaires lexicographes arabes, de la pratique bédouine qui consiste à inciser la base du sabot du chameau afin de permettre la reconnaissance de son empreinte sur le sable7. On remarquera la relation entre cette signification ancienne et lâidée que la relique corporelle représente une trace, voire parfois même une véritable empreinte du corps dont elle provient. Les premières générations de musulmans considéraient que la vénération et la préservation des reliques du Prophète, et la transmission de ses paroles saintes, allaient de pair, au point de recevoir la même désignation de ÄthÄr8.
La dimension sacrée du corps du Prophète a fait lâobjet dâune étude approfondie par Denis Gril, qui démontre comment elle découle de sa fonction de réceptacle du texte sacré de lâislam9. Les Compagnons du Prophète, comme en témoignent nombre de ḥadÄ«ths, ont cherché à entrer en contact avec ce corps exceptionnel avec la ferme conviction de bénéficier dâun accès direct au sacré. Du fait de la fonction de médiateur universel incarnée par le Prophète, le contact avec son corps sacré représentait en effet un accès immédiat et tangible à la fonction dâintercession dispensée par ce dernier10. La sacralité inhérente au corps de Muḥammad est déjà décrite dans les sources primaires de lâislam par la racine baraka, qui exprime lâidée de bénédiction, et dont la recherche est désignée par le terme tabarruk. Après la mort du Prophète, cette bénédiction physique reste accessible au croyant à travers deux modalitésâ : la première étant la visite de la tombe du Prophète à Médine et le contact le plus direct possible avec les parties matérielles qui contiennent son corps sacréâ ; et la seconde étant la recherche de la proximité avec ses reliques corporelles, ainsi que les objets qui ont été en contact avec son corps sacré ou avec ses reliques.
La première partie de lâarticle se veut une rapide synthèse sur la dévotion aux reliques du Prophète en revenant à ses fondements scripturaires, suivis dâune typologie des reliques telle quâelle se laisse déduire des sources historiographiquesâ ; nous aborderons ensuite la géographie sacrée née de la translation des reliques inscrite dans des dynamiques de légitimation du pouvoir et la réception de cette pratique dévotionnelle par la réforme islamiqueâ ; enfin, un exposé des différentes collections de reliques existant aujourdâhui dans le monde musulman viendra clôturer cette partie. La deuxième partie de lâarticle tente, dans une perspective anthropologique, à travers deux exemples tirés de pratiques dévotionnelles actuelles, de démontrer comment la modalité particulière de vénération caractérisée par lâutilisation de lâeau, demeure jusquâà nos jours lâun des moyens privilégiés dâaccès au corps sacré du Prophète, à travers ses ÄthÄr, et à un contact direct avec lui.
1 Les fondements scripturaires de la dévotion envers les reliques en islam
Il est difficile dâinterpréter lâabsence de référence à la dévotion aux reliques dans les principaux credo canoniques du sunnisme, puisque dans ces credo, la légitimité du recours à lâintercession du Prophète apparaît en revanche clairement. La dévotion aux reliques est attestée dans les sources primaires de lâislam ainsi que dans certaines pratiques depuis lâépoque du Prophète, comme nous le verrons par la suite. Certains passages du Coran font référence à des reliques anciennes associées à des prophètes antérieurs à Muḥammad. Lâun de ces passages établit la possibilité de considérer la station dâAbraham (maqÄm IbrÄhÄ«m) comme un lieu de prière (muá¹£allÄ)11. Cette «â stationâ » a été identifiée par la majorité des savants musulmans à la très ancienne empreinte de forme symbolique de deux pieds, encore présente à La Mecque aujourdâhui devant la KaÊ¿ba, associée au prophète Abraham. Cette empreinte, qui faisait déjà lâobjet dâune dévotion à lâépoque préislamique, a continué à être vénérée par les musulmans en raison du verset coranique mentionné et de la vénération que lui accordait le prophète Muḥammad lui-même12. Nous verrons dâailleurs comment cette empreinte est devenue lâarchétype dâautres empreintes associées au prophète Muḥammad, revêtant les mêmes caractéristiques et la même fonction.
La pierre noire enchâssée dans un coin de la KaÊ¿ba peut également être considérée comme une relique dâorigine divine, un acheropite. Sa vénération, bien que non légitimée dans le Coran, était déjà présente dans la tradition préislamique et confirmée par la pratique du Prophète13. Le Coran mentionne, dâautre part, la souveraineté du roi Saül (á¹ÄlÅ«t), légitimée par la descente dâun coffre (tÄbÅ«t), apporté par les anges, contenant la présence divine (sakÄ«na) et les reliques (baqiyya) de la famille de Moïse et de la famille dâAaron14. Les exégètes du Coran décrivent ces reliques en détailâ : il sâagit des vêtements, des sandales de Moïse et de son bâton, des vêtements et du turban dâAaron, dâun reste de la manne ainsi que des fragments des tablettes de la Loi brisées par Moïse15. Ce passage indique de manière évidente que la pratique islamique de conservation des reliques liées à lâhistoire sacrée des prophètes trouve son origine directement dans le Coran, où elle est assimilée à une descente dâorigine divine. La descente du coffre (tÄbÅ«t) mentionnée dans le Coran, qui vise à légitimer la souveraineté dâun roi, constitue un modèle sacré dans lâutilisation des reliques en vue de la légitimation du pouvoir politique, comme nous le verrons plus loin.
Dâautres passages du Coran font référence au contact avec le sacré ou avec des objets qui ont été en contact avec le sacré. Lâun de ces passages fait référence aux propriétés surnaturelles attachées à la terre touchée par le sabot de la monture de lâange Gabriel, récupérée par lâénigmatique personnage coranique nommé SÄmirÄ« afin de donner un semblant de vie au Veau dâOr16. Un autre épisode est celui de la conception miraculeuse de Jésus par Marie, qui apparaît dans deux passages coraniques, tous deux laconiques17. Dans le but de clarifier les circonstances de cet épisode, certains exégètes, à commencer par ṬabarÄ«, ont affirmé que lâange Gabriel aurait soufflé dans la fente de la chemise que Marie avait préalablement enlevée, et quâau moment où celle-ci sâen revêtit, elle tomba immédiatement enceinte18. Enfin, un autre passage fait référence au recours par le prophète Joseph à sa propre chemise, sacralisée en raison du contact avec son corps. Joseph fait alors porter par ses frères sa chemise à son père aveugle qui, à son contact, retrouve la vue19. Ce verset illustre le modèle sacré du recours aux reliques dans les pratiques de guérison, qui, comme nous le verrons, caractériseront les pratiques accomplies par les Compagnons du Prophète avec ses reliques.
De nombreux ḥadÄ«ths font par ailleurs référence à la vénération des reliques du Prophète. Les Compagnons ont tenté par tous les moyens dâentrer en contact avec le corps sacré du Prophète en le touchant ou en lâembrassant20. Plus encore, ils ont essayé de récupérer les substances qui se dégageaient de son corps, comme par exemple lâeau que le Prophète utilisait afin dâaccomplir ses ablutionsâ :
Jâai rejoint le Prophète alors quâil se trouvait à lâintérieur dâune tente en cuir rouge et jâai vu BilÄl prendre lâeau restante de lâablution du Prophète. Les gens se pressaient pour faire leurs ablutions avec cette eau. Ceux qui pouvaient en avoir sâen frottaient, tandis que ceux qui ne pouvaient pas en avoir se servaient dans la main humide de leur compagnon21.
Les Compagnons ont également tenté de récupérer le sang de ses saignées, sa sueur, sa salive, afin de les ingurgiter ou de les conserver dans des récipientsâ :
Anas b. MÄlik a rapporté que lâEnvoyé de Dieu entra chez nous et se mit à transpirer. Ma mère apporta une bouteille et recueillit sa sueur. Lorsque lâEnvoyé de Dieu se leva, il demandaâ : «â Umm Sulaym, que fais-tuâ ?â » Elle réponditâ : «â Câest ta sueur que nous mélangeons à notre parfum et le parfum en est devenu plus sublime encoreâ »22.
De la même manière, les Compagnons ont cherché à obtenir des reliques corporelles du Prophète, comme des cheveux et des poils, ainsi que des reliques de contact de différentes sortes, dont les plus importantes sont les vêtements, les chemises, les manteaux et les chaussures.
à la mort du Prophète, comme en témoignent des ḥadÄ«ths, certains Com- pagnons ont conservé des reliquesâ :
Ibn SÄ«rÄ«n dit: jâai dit à ʿAbÄ«daâ : «â Nous possédons des cheveux du Prophète que nous avons reçus dâAnas ou de la famille dâAnasâ ». Elle réponditâ : «â Si je possédais ne serait-ce quâun seul cheveu du Prophète, il me serait plus cher que le monde et tout ce quâil contientâ »23.
Les Compagnons du Prophète ont très vite commencé à utiliser les reliques du Prophète dans le cadre de pratiques curatives et talismaniques, comme en témoignent un certain nombre de ḥadÄ«thsâ :
IsrÄʾīl a rapporté de Ê¿UthmÄn b. Ê¿Abd AllÄh b. Mawhabâ : «â Mes gens mâont envoyé chez Umm Salama avec un bol en argent rempli dâeau â IsrÄʾīl joignit alors trois doigts â et à lâintérieur se trouvait un cheveu du Prophète. Si une personne souffrait du mauvais Åil ou dâune autre maladie, il envoyait un récipient à Umm Salama. Jâai alors regardé dans le bol et jây ai vu des cheveux rouxâ »24.
Certains Compagnons ont par ailleurs été enterrés accompagnés de cheveux du Prophète sur les yeux, sur la bouche et sous la langue. On peut mentionner, parmi eux, le calife omeyyade MuÊ¿Äwiya I (m. 60/680)25 ou encore AbÅ« ZamÊ¿a al-BalawÄ«, qui a été enterré à Kairouan avec trois poils ou cheveux du Prophète, ayant demandé que lâon en posât un sur son Åil droit, un autre sur son Åil gauche et le troisième sur sa langue26. Il est rapporté également que le fameux Compagnon du Prophète et grand guerrier, KhÄlid b. al-WalÄ«d (m. 21/642), guerroyait muni dâun collier auquel était attaché une petite urne contenant des reliques du Prophète27.
Les vêtements appartenant au Prophète présentent à la fois des caractéristiques dévotionnelles, talismaniques et politiques. La transmission dâun vêtement, et en particulier dâun manteau comme vecteur dâun héritage religieux et spirituel, est un élément récurrent dans lâhistoire des religions abrahamiques. Le manteau du Prophète, en particulier, est en relation étroite avec la pratique de lâintercession, dont nous avons vu quâelle constitue lâune des fonctions principales du Prophète dans une perspective sotériologique. En effet, certains ḥadÄ«ths mettent en scène le Prophète portant son manteau (burda) à lâenvers afin dâaccomplir la prière dâinvocation de la pluie, la á¹£alÄt al-istisqÄʾ28. à la mort du Prophète, la pratique dâinvocation de la pluie a été poursuivie par les Compagnons, et certaines narrations rapportent que Ê¿Umar b. al-Khaá¹á¹Äb (r. 13-23/634-44) sollicitait lâintercession du Prophète en portant son manteau dans lâaccomplissement de la á¹£alÄt al-istisqÄʾ29. Selon dâautres ḥadÄ«ths, lâun des vêtements du Prophète â une robe (jubba) â, a été conservé par lâune de ses épouses, Ê¿Äʾisha, puis transmis à la sÅur de cette dernière, AsmÄʾ, qui utilisait lâeau du lavage de cette robe pour soigner les malades30.
Ces témoignages ainsi que de nombreux autres permettent de constater que lâutilisation des reliques du Prophète dans un but dévotionnel et curatif nâa posé aucun problème aux premières générations de musulmans, tant du vivant du Prophète quâaprès sa mort.
2 La classification des reliques du Prophète à partir des sources historiographiques
Il peut être utile à ce stade de procéder à une classification des reliques qui sont rapportées dans les sources historiographiques islamiques31. à cette fin, nous avons eu recours à lâouvrage du savant égyptien dâorigine turco-kurde, Aḥmad TÄ«mÅ«r BÄshÄ (m. 1930), «â Les reliques du Prophèteâ » (al-ÄthÄr al-nabawiyya), publié pour la première fois en 1951. Dans cet ouvrage, lâauteur exploite de nombreuses sources historiographiques islamiques anciennes, émaillées de vers de poésie classique consacrés aux reliques du Prophète32. Mais avant de présenter cette classification, une brève précision sâimpose sur la question de lâauthenticité des reliques attribuées au Prophète, qui pourrait sâappliquer en réalité à lâensemble des reliques sacrées.
Du point de vue historique, nous nâavons aucune certitude quant à lâauthenticité des reliques attribuées au Prophèteâ ; il sâagit dâailleurs de lâune des principales raisons invoquées par les autorités de la réforme islamique, à partir dâIbn Taymiyya (m. 728/1328), pour condamner la dévotion aux reliques. De la même manière, nous nâavons aucune certitude quant à lâinauthenticité des reliques transmises jusquâà nos jours. Si lâon considère en effet lâimportance des reliques du Prophète aux yeux des premières générations de musulmans et, plus tard, des souverains qui les ont acquises à des fins politiques, il est fort possible que certaines reliques transmises au cours des siècles et mentionnées dans les sources, dont certaines sont encore présentes aujourdâhui, soient authentiques. Dâun point de vue phénoménologique, dâailleurs, la question de fond nâest pas tant leur authenticité mais plutôt la valeur que leur accordent ceux qui les vénèrent, ainsi que les pratiques qui leur sont associées. Examinons à présent les catégories de reliques du Prophète.
2.1 Les reliques corporelles
Dans la tradition islamique, les reliques corporelles ne concernent que les phanères, qui se décrochent du corps. Le caractère sacré du corps en islam ne permet pas lâutilisation des parties du corps proprement dit, telles que les os, qui doivent demeurer intacts dans lâattente de la Résurrection. Même les parties du corps qui repoussent, comme les cheveux, les poils et les ongles, font lâobjet, selon la Sunna du Prophète, dâune forme de protection, puisquâelles ne devraient pas être dispersées et devraient être enterrées. La préservation par les Compagnons des cheveux et des poils issus de la barbe du Prophète apparaît clairement dans une série de ḥadÄ«ths qui relatent le dernier pèlerinage auquel le Prophète prit part avant sa mort en 632. Dans les dernières étapes du rituel, après le rasage, ses cheveux et les poils de sa barbe ont été divisés et conservés par les Compagnons présents, avec le consentement du Prophète lui-même33.
Des sources rapportent également que le Prophète fut frappé par une hache lors de la bataille dâUḥud (625) et quâil y perdit quatre dents. Selon les sources historiographiques ottomanes, le sultan Selim Ier (r. 1512-20) a apporté une dent du Prophète à Istanbul en 1517 après la conquête de lâÃgypte mamelouke. Cette dent est toujours conservée au palais de Topkapi dans un reliquaire34.
2.2 Les vêtements
Comme nous lâavons vu, un certain nombre de ḥadÄ«ths mentionnent des vêtements du Prophète reçus en héritage par certains Compagnons. Les sources historiographiques contiennent des informations sur lâitinéraire de transmission aux générations suivantes de certains de ces vêtements. Il sâagit notamment de sa robe (qamīṣ), de son manteau (burda), de son turban (Ê¿amÄma), symbole dâautorité spirituelle et temporelle, et de ses sandales (naÊ¿l). Ces reliques revêtiront une importance particulière dâun point de vue politique, puisque leur possession sera revendiquée par les différentes dynasties pour légitimer leur pouvoir en tant que successeurs du Prophète.
2.3 Les reliques de contact
Hormis les reliques corporelles et les vêtements, un certain nombre dâobjets appartenant au Prophète ont été transmis et conservés dans le monde islamique à travers les âges. Dans ce cas, il est possible de parler de reliques de contact, dont le caractère sacré découle du fait quâelles ont été utilisées par le Prophète35 â :
le minbar, lâestrade sur laquelle il tenait ses discours publicsâ ;
le qaá¸Ä«b, le bâton que le Prophète utilisait pendant le sermon du vendrediâ ;
le sarÄ«r, le lit tissé de fibres de bois de palmierâ ; les sources nous apprennent que certains tentèrent de mourir sur ce lit pour profiter de sa bénédictionâ ;
le khÄtimâ : le sceau que le Prophète avait apposé sur les lettres envoyées aux grands souverains de son tempsâ ;
DhÅ« l-FiqÄrâ : lâépée que le Prophète avait offerte à son gendre et cousin, Ê¿AlÄ« b. AbÄ« ṬÄlib, ainsi que son autre épée appelée á¹¢amá¹£Äma.
Ces objets ont également joué un rôle politique de premier plan auprès des différentes dynasties du monde islamique qui sont parvenues à les acquérir au fil des siècles.
2.4 Les empreintes de fondation et dâascension, leurs calques et leurs reproductions rituelles
Les empreintes sacrées sont répandues dans divers contextes religieux, en particulier dans le bouddhisme. Dans le monde chrétien également, plusieurs empreintes sont attribuées à Jésus, et en particulier celle conservée dans la Chapelle de lâAscension à Jérusalem qui, selon la tradition chrétienne, sâest imprimée dans la roche lors de son ascension au ciel. Les musulmans, quant à eux, vénèrent les empreintes des différents prophètes, à commencer par celle du prophète Abraham mentionnée précédemment. Les empreintes attribuées au prophète Muḥammad sont nombreuses, la plus célèbre étant celle conservée à Jérusalem sous le Dôme du Rocherâ ; selon la tradition islamique, elle a été produite miraculeusement à lâoccasion de lâascension céleste du Prophète, le miÊ¿rÄj. Elle se trouve actuellement dans un reliquaire situé dans lâangle sud-ouest du rocher36. Dâautres empreintes sont signalées à ṬÄʾif en Arabie Saoudite, sur le mont AbÅ« Zubaydaâ ; au Caire dans le mausolée de QÄʾit Bayâ ; à Tanta, dans le delta égyptien, à lâintérieur du mausolée du célèbre soufi Aḥmad al-BadawÄ« (m 658/1260)â ; dans la Mosquée des empreintes (masjid al-aqdÄm) au sud de Damas37 et dans la mosquée al-KarÄ«miyya à Alep38. Deux autres empreintes sont conservées au palais de Topkapi à Istanbul. Les traditions affirment que lâune dâentre elles a été produite sous la pression du pied du prophète Muḥammad lors de la reconstruction de la KaÊ¿ba. Elle est donc en relation évidente avec lâempreinte attribuée à Abraham et conservée à La Mecque. Comme nous lâavons déjà mentionné, ce détail fait partie des nombreux traits communs que la tradition islamique attribue aux deux prophètes. La seconde est considérée comme une copie de lâempreinte gravée sur le Rocher à Jérusalem39.
Comme pour le bouddhisme, ce genre dâempreintes peut être considéré comme une forme particulière dâaniconisme, qui serait le négatif dâune figure pleine. La conservation de ces empreintes, ainsi que la production de copies de celles-ci ou de modèles iconographiques qui font appel à elles sont, dâun point de vue historico-politique, strictement liées à la fondation de la civilisation islamique. En effet, il nâest pas rare de trouver des mentions dâédifices construits à partir de ces empreintes, ou de gouvernants qui se sont procurés à des prix élevés des empreintes ou dâautres reliques pour les insérer dans les fondations dâédifices importants afin de légitimer leur pouvoir40. Du point de vue religieux, les empreintes symbolisent en islam, comme dans dâautres contextes religieux, la voie religieuse et spirituelle, lâaction de suivre lâexemple du Prophète. La vénération des sandales du Prophète, ainsi que de leurs reproductions iconographiques, répandues dans lâensemble du monde musulman, peut être rapportée aux mêmes motivations symboliques41.
3 Une pratique dévotionnelle entre légitimation du pouvoir et contestation réformiste
Le phénomène spécifique de la translation des reliques (translatio) a stimulé un intérêt scientifique dans les domaines dâétude de diverses cultures religieuses. Les cas les plus célèbres apparaissent dans lâhistoire du bouddhisme à travers la diffusion centrifuge des reliques du Bouddha Sakyamuni, mais surtout dans lâhistoire du christianisme, où lâintense trafic des reliques transportées furtivement dâune ville à une autre a véritablement façonné lâhistoire de lâEurope42. Des phénomènes tout à fait similaires marquent le contexte moins connu de lâislam, où les reliques suivirent lâexpansion naturelle de la géographie sacrée islamique, passant successivement entre les mains des représentants des différentes dynasties et légitimant parfois aussi la création de nouveaux centres religieux et politiques43.
Les Compagnons ont dispersé dans lâensemble de lâEmpire arabe et islamique naissant les reliques du Prophète, qui ont été souvent utilisées, comme dans le cas des empreintes, pour la fondation dâédifices sacrés ou civils. Elles étaient alors placées dans les fondations mêmes de ces édifices44. Quelques reliques se sont transmises de générations en générations, et comme dans le cas des reliques bouddhistes et chrétiennes, elles se sont parfois multipliées de façon incontrôlée. Les exemplaires les plus anciens et les plus importants sont conservés surtout au musée du palais de Topkapı à Istanbul et à la mosquée dâal-Ḥusayn au Caire. La diffusion des reliques, comme celle des empreintes, est allée de pair avec celle historique et géographique de lâislam, et elles ont revêtu une fonction civilisatrice et de légitimation du pouvoir temporel. La collection des reliques sacrées préservée à Topkapi, par exemple, a certainement contribué à légitimer la domination ottomane sur une partie conséquente du monde arabe45. De même, lâEmpire moghol en Inde a tiré la légitimité de son pouvoir, des reliques dérobées à Samarcande, reliques dont Tamerlan avait lui-même pris possession au cours de sa conquête du Moyen-Orient46.
Un autre type dâutilisation très courante des reliques du Prophète par le pouvoir politique est celle à caractère apotropaïque et talismanique, notamment à lâoccasion de calamités, comme la famine, la sécheresse, les tremblements de terre ou les épidémies, ou encore en cas de guerre. Un exemple significatif à travers les âges est la pratique du port du manteau du Prophète par le calife ou le sultan pendant les prières de rogations, suivant une tradition initiée par Ê¿Umar b. al-Khaá¹á¹Äb.
Nous avons vu que la vénération des reliques semble être une pratique autorisée par le Prophète lui-même, parfaitement acceptée par les premières générations de musulmans. Ce nâest quâau XIVe siècle quâapparaissent les premières critiques avec Ibn Taymiyya, en lien avec les controverses autour de la question de lâintercession et de la vénération des saints47. Les critiques du théologien réformiste damascène portent notamment sur lâauthenticité de ces reliques, considérées comme des faux, exploitant la crédulité populaire. Il est intéressant de noter que des motivations tout à fait semblables seront au centre dâun ouvrage du théologien réformateur chrétien Calvin au XVIIe siècle, le Traité des reliques. Ne se contentant pas de théoriser cette opposition, Ibn Taymiyya a également tenté de la mettre en pratique. En 705/1305, il pénètre dans la mosquée de NÄranj, dans les environs de Damas, avec certains de ses partisans et tente de détruire une empreinte dans la pierre attribuée au Prophète48.
Avec la naissance des premiers mouvements réformistes, dâabord celui des Wahhabites à la fin du XVIIIe siècle, puis celui des salafistes à la fin du XIXe siècle, la conviction que la vénération des reliques du Prophète est une pratique superstitieuse sâest répandue dans différentes couches de lâopinion publique dans les pays islamiques. Aḥmad TÄ«mÅ«r BashÄ, quant à lui, a soutenu que très probablement certaines des reliques attribuées au Prophète présentes dans la région de Hedjaz ont pu être détruites par les Wahhabites au moment où les Saʿūd ont conquis la région, vers 192549. Plus récemment, avec la montée de la réforme islamique radicale et en particulier du jihÄdisme-takfÄ«riste, il y a eu, comme nous le verrons plus loin, quelque cas de destruction de reliques à travers le monde islamique, dans le sillage dâune vague iconoclaste qui a secoué plusieurs pays.
4 Les collections des reliques dans le monde islamique
Depuis la dynastie des Omeyyades au Ier/VIIe siècle, et surtout plus tard, à lâépoque abbasside (IIe/VIIIe siècle), le pouvoir politique islamique sâest déplacé de La Mecque et Médine vers dâautres villes importantes, sâaccompagnant du transfert de la plupart des reliques du Prophète pour légitimer le pouvoir en place50. à partir de lâépoque moderne, les deux villes qui ont hérité, pour des motivations historiques, dâune grande partie des reliques attribuées au Prophète sont Le Caire et Istanbul. Cependant, la présence dâun grand nombre de ces reliques est également attestée dans le sous-continent indien.
La collection des reliques du Caire provient, selon les Khiá¹aá¹ dâal-MaqrÄ«zÄ«, des possessions de la famille des BanÅ« IbrÄhÄ«m de YanbuÊ¿, une ville du Hedjaz située sur la côte de la Mer Rouge et sur la route du pèlerinage de lâÃgypte à La Mecque. Cette famille affirmait lâavoir héritée de ses ancêtres, qui se les étaient transmises depuis lâépoque du prophète Muḥammad. Cette collection a été acquise par al-á¹¢Äḥib TÄj al-DÄ«n au VIIe/XIIIe siècle et apportée au Caire. Plus tard, en 909/1504, le sultan mamelouk al-GhÅ«rÄ« (r. 906-22/1501-16) construisit une madrasa éponyme afin dây conserver les reliques51. à partir dâune date qui demeure inconnue, elles seront conservées dans une chambre de la mosquée dâal-Ḥusayn. Ces reliques étaient visitées par les pèlerins qui transitaient par lâÃgypte, sur la route du pèlerinage à La Mecque. Elles sont encore de nos jours très vénérées en Ãgypte. Cette collection nâest presque jamais exhibée, mais on peut assister à des pratiques de vénération ayant pour objet la porte renfermant les reliques, touchée et embrassée par les fidèles, en particulier le jour du mawlid al-nabÄ« (anniversaire du Prophète). Cette collection est composée de deux poils de la barbe du Prophèteâ ; un morceau de lance (Ê¿anza, ḥarba)â ; un fragment dâun bol (qaṣʾa)â ; un conteneur pour le khôl (mukḥula) et un petit bâton de cuivre pour lâapplication du khôl (mirwad, mÄ«l min niḥÄs)â ; des pinces de fer pour prendre la braise (milqaá¹ min ḥadÄ«d)â ; un alêne, lâoutil utilisé pour coudre les semelles de chaussures (dâaprès les sources en effet, le Prophète cousait parfois lui-même ses vêtements)â ; un peigne (mushá¹)â ; un morceau de bâton (Ê¿aá¹£Ä, qaá¸Ä«b)â ; un morceau de vêtement (qamīṣa)â ; une épée appelé al-Ê¿Aá¸bâ ; un exemplaire de Coran (muṣḥaf) appartenant à ʿAlÄ« b. AbÄ« ṬÄlib et un morceau dâun exemplaire de Coran appartenant à ʿUthmÄn b. Ê¿AffÄn52. Cependant, un certain nombre de reliques initialement conservées en Ãgypte ont ensuite circulé dans différentes villes des empires islamiques jusquâà aboutir, pour la plupart dâentre elles, à Istanbul durant la période ottomane.
Un grand nombre de reliques attribuées au Prophète sont conservées à Istanbul, du fait de son statut dâancienne capitale de lâEmpire ottoman, dernier grand empire islamique de lâhistoire qui fut très centralisé. Les reliques étaient au centre dâune vénération religieuse qui, de nos jours, est quelque peu relativisée, étant donné que le pavillon du palais califal où elles sont aujourdâhui encore conservées, est devenu musée dâÃtat dans la Turquie moderne. Cependant, une certaine forme de rituel subsiste encore, soulignée par la récitation coranique continuelle, pendant la visite aux reliques. Cette collection, appelée le «â dépôt sacréâ » (al-amÄnÄt al-muqaddasa), est composée des pièces suivantesâ : une burda, appelée aussi Khirqat al-saÊ¿Ädaâ ; un drapeauâ ; quatre fragments du Coran dictés par le Prophète et inscrits sur une pièce de cuirâ ; quatre lettres dictées par le Prophète et inscrites sur le cuirâ ; un sceau comportant lâinscription Muḥammad rasÅ«l AllÄhâ ; quelques poils préservés dans des petits reliquairesâ ; deux empreintes de pied dans la pierreâ ; des sandales en cuirâ ; une coupe en boisâ ; un arcâ ; une pierre pour les ablutions sèches (tayammum)â ; une dent, qui serait celle que le Prophète aurait perdue pendant la bataille dâUḥudâ ; une bouteille contenant lâeau de ses ablutionsâ ; un bâtonâ ; des reliquaires préservant des morceaux de terre provenant de son tombeauâ ; deux épéesâ : lâépée dénommée al-MaʾthÅ«r que le Prophète a reçu en héritage de son père Ê¿Abd AllÄh, réputée avoir été forgée par les djinns53, et lâautre étant lâune des épées anciennes soustraites aux tribus dâIsraël vaincues, que certaines traditions associent avec celle que Jésus utilisera pour vaincre le DajjÄl54.
Il existe dâautres reliques à Istanbul, en particulier à la mosquée dite de la khirqa dans le quartier de FÄtiḥ, où est conservé un manteau attribué au Prophète récemment restauré au laser, exhibé aux croyants durant le mois de Ramaá¸Än exclusivement. Des témoignages, tant historiques quâiconographiques, attestent de lâutilisation dâune khirqa du Prophète comme étendard par lâarmée ottomane en temps de guerre, ainsi que de son utilisation apotropaïque lors de calamités collectives, telles que les épidémies ou les sécheresses. Un autre lieu de conservation de reliques à Istanbul est la tombe du Compagnon AbÅ« AyyÅ«b al-Aná¹£ÄrÄ« (m.â vers 54/674), dans laquelle est vénérée notamment une empreinte du prophète Muḥammad. Une autre empreinte du Prophète est par ailleurs conservée dans une niche de la tombe du sultan Ê¿Abd al-ḤamÄ«d I (r. 1774-89), ainsi que deux autres manteaux du Prophète. Un certain nombre de ces reliques parvinrent à Istanbul en 1916, alors que le gouvernement ottoman commençait à se retirer du Hedjaz, suite au siège par les forces arabes de Fayá¹£al (m. 1933), fils du Chérif de La Mecque al-Ḥusayn b. Ê¿AlÄ«, soutenu par le Royaume-Uni. Le commandant ottoman Fakhreddin Pacha (m. 1948), afin dâéviter que les reliques ne soient pillées, les envoya en train à Istanbul sous la protection de deux mille soldats. Ce transfert des reliques a certainement empêché les reliques de tomber aux mains des autorités wahhabites, qui les auraient sans doute détruites pour se conformer à leurs dispositions théologiques réformistes, lorsque dix ans plus tard en 1926, les troupes saoudiennes prirent possession du Hedjaz55.
De nombreuses empreintes du Prophète sont signalées dans le sous- continent indien. La plus célèbre est celle conservée dans la mosquée dite de la «â Noble Empreinteâ » (al-qadam al-sharÄ«f) à Delhi, et celle de Lucknow dans lâUttar Pradesh56. Un certain nombre de reliques du prophète Muḥammad ont, en effet, circulé jusquâen Inde à lâépoque moghole entre les XIVe et XVIIIe siècles57. Lâune des plus célèbres reliques nâest autre que le cheveu du Prophète conservé à la mosquée Hazratbal au Cachemire. Selon la légende, le gardien du sanctuaire du Prophète à La Mecque, Syed Abdullah, aurait emmené avec lui la sainte relique et se serait installé à la cour du sultan de Bijapur. Malgré les vicissitudes de son histoire et une courte période durant laquelle la relique a été conservée au Khanaqah Naqshab Sahib près de Srinagar, la relique se trouve encore de nos jours dans la mosquée Hazratbal, où elle est connue sous lâexpression du «â Saint Cheveuâ » (Moe-e-Muqaddas). Chaque année, la relique est exhibée durant les deux fêtes (ʿīd) et le mawlid58. En 1963, cette relique a été enlevée du sanctuaire, et cet événement a eu un grand écho dans toute lâInde et le Pakistan59. Les sources historiques relatent aussi quâen 1857, le dernier empereur moghol BahÄdur ShÄh (r. 1837-57) abandonna secrètement ses appartements afin de se dérober des troupes anglaises assiégeant son palais, transportant avec lui ses trésors les plus précieux, comportant deux poils de la barbe du Prophète, la sandale de celui-ci et un morceau de cuir sur lequel étaient inscrits des passages du Coran dictés par le Prophète lui-même60. Ces reliques ont été dispersées dans trois différentes mosquées où elles sont encore conservées aujourdâhuiâ : Jama Masjid à Delhi, où sont conservés un poil de la barbe du Prophète, ses sandales et ses empreintes de pieds dans un bloc de marbre61 â ; Mecca Masjid à Hyderabad62 â ; la Mosquée Hazratbal à Vijayawada, dans lâAndhra Pradesh63. Une chemise attribuée au Prophète, appelée Pehran-e-Mubarak, est par ailleurs conservée dans la Hazrat Baeos Khwaja Dargah, près de Aurangabad dans le Maharastra64. Une autre chemise lui étant attribuée est conservée dans la ville de Chennai, près de la localité de Pallavaram. Cette relique est conservée dans un coffre en bois de santal scellé, emballée avec des feuilles de margousier pour sa préservation et exhibée une fois par an lors du mawlid65. Un autre vêtement est conservé à la Sabriya Dargah à Daryaganj, localité de Delhi66.
Il existe par ailleurs un certain nombre de lieux où sont conservées des empreintes attribuées au Prophèteâ : Jama Masjid susmentionné à Delhiâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Cuttackâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Bahraich dans le Uttar Pradeshâ ; deux mosquées Qadam-e Rasul à Ahmadabad dans le Gujaratâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Murshidabad dans le Bengale occidentalâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Gaur dans le Bengale occidentalâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Balasore dans la région de lâOdishaâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Nabiganj dans le Bangladeshâ ; la mosquée Qadam-e Rasul à Chittagong dans le Bangladesh67. Pour conclure, il nous reste à mentionner le cas de lâancienne famille Quazi qui aurait retrouvé en 2012 des reliques du Prophète dâépoque moghole à Daribal au Cachemire, enterrées dans leur ancienne demeure, où elles sont aujourdâhui exposées aux fidèles68.
La présence de reliques attribuées au Prophète est également attestée en Afghanistan. La plus célèbre dâentre elles est un manteau (khirqa) connu sous le nom de Kherqa-ye Sharif, le «â noble manteauâ », conservé dans la mosquée de Kandahar. Selon une légende locale, il sâagit du manteau que le Prophète portait durant son voyage céleste (miÊ¿rÄj) et quâil aurait ensuite offert à Uways al-QaranÄ« (m. 37/657). Cette relique aurait transité ensuite à Bagdad et Boukhara avant de finir à Kandahar. Cette khirqa a fait une apparition dans la presse internationale en 1996 lorsque le mollah Omar lâa portée lors dâun discours public pour légitimer son combat69. Une autre khirqa attribuée au Prophète, dont la provenance exacte demeure inconnue jusquâauprès de ceux qui la vénèrent, est conservée dans un sanctuaire à Herat70. Enfin, un cheveu attribué au Prophète est préservé dans le Masjid-i JÄmiÊ¿-i MÅ«-yi MubÄrak (Mosquée congrégationnelle du cheveu béni), à Kandahar71.
5 «â Boireâ » la baraka du Prophète
Lâune des modalités les plus intéressantes de lâutilisation des reliques de contact est lâutilisation de lâeau. Lorsque celle-ci est chargée de la bénédiction divine (baraka) par son contact avec les reliques, le liquide peut être bu par les croyants, leur permettant ainsi dâincorporer cette bénédiction. Cette procédure est possible en vertu des caractéristiques particulières de lâeau, capable de se mélanger et de sâimprégner de substances, et de conserver les traces de son contact avec celles-ci. Câest ce que nous abordons dans cette deuxième partie.
5.1 Lâeau comme source de baraka dans les sources arabes anciennes
Diverses sources anciennes relatent un épisode antérieur à la Révélation du Coranâ : le pacte que lâon appelle «â lâAlliance des vertueuxâ » (ḥilf al-fuá¸Å«l), conclu entre les tribus des Quraysh. Afin de sanctifier ce pacte, la pierre noire fut immergée dans lâeau de la source Zamzam, et les participants burent de cette eau. Ainsi, déjà à lâépoque préislamique, lâeau était reconnue comme pouvant sâimprégner du sacré, en lâoccurrence du caractère sacré de la pierre noire, et le transmettre à celui qui la boit72. Cet épisode présente des analogies frappantes avec un épisode beaucoup plus tardif raconté par lâhistorien du IVe/Xe siècle, Muḥammad b. IsḥÄq al-FÄkihÄ« (m. vers 272-79/885-92), dans son Histoire de La Mecque. Lorsque le calife abbasside al-MahdÄ« (r. 158-69/775-85) se rendit à La Mecque à la fin du IIe/VIIIe siècle afin dâaccomplir le pèlerinage, la mosquée-sanctuaire (ḤarÄm) faisait lâobjet de travaux de restauration. Pour honorer la visite du calife, on lui apporta le MaqÄm IbrÄhÄ«m, quâil toucha et sur lequel il versa de lâeau avant de la boire. Cette même eau était également conservée dans des bouteilles73. Il sâagit là dâun épisode tardif qui pourrait témoigner dâune pratique beaucoup plus ancienne.
5.2 Une pratique attestée dans la Sīra et le ḥadīth
Certains épisodes de la vie du prophète Muḥammad véhiculent des paradigmes de la vénération des reliques par lâeau. Lâidée que le contact par lâeau peut remplacer le contact direct avec le corps du Prophète apparaît dans un épisode de sa vie lors de la conquête de la Mecque en 630. La biographie du Prophète racontée par Ibn HishÄm rapporte que lorsquâil conclut un pacte avec les Mecquois qui adoptèrent lâislam, il serra leurs mains. Quant aux femmes qui acceptèrent ses conditions et dont il ne pouvait toucher la main, il versa à leur intention de lâeau dans un bassin puis y plongea ses mains. Une fois ses mains retirées du bassin, il demanda aux femmes dây plonger à leur tour leurs mains afin de sceller le pacte avec lui, comme si elles avaient touché ses mains directement. Ainsi, cet épisode de la vie du Prophète démontre que lâutilisation de lâeau peut substituer le contact direct74.
Les recueils canoniques de ḥadÄ«ths relatent également divers épisodes de la vie du Prophète dans lesquels la vénération de son corps sâexprime au moyen de lâeau. Nous avons déjà mentionné lâépisode où le Compagnon du Prophète, BilÄl, aurait utilisé un récipient auquel le Prophète venait dâavoir recours afin dâeffectuer ses ablutions. Selon ce ḥadÄ«th, BilÄl apporta le récipient aux autres Compagnons, qui aspergèrent leurs corps de lâeau de lâablution du Prophète. Lorsquâil ne restait plus dâeau dans le récipient, les Compagnons arrivés trop tard touchèrent les corps des autres Compagnons afin dâhumidifier leurs propres corps avec cette même eau. Cette narration indique que cette action a été accomplie en vue dâobtenir la bénédiction du Prophète (al-tabarruk)75. Dans un autre épisode, le Compagnon Suhayl aurait bu dans la coupe du Prophète afin dâobtenir sa baraka, puis aurait passé la coupe aux Compagnons présents76.
Après la mort du Prophète, les compagnons ne cessèrent de trouver des moyens dâaccès à sa baraka par le contact avec ses reliques. Lâune des épouses du Prophète, Umm Salama, comme nous lâavons vu, conservait lâun de ses cheveux teint au henné dans une bouteille en argent. Lorsquâune personne venait lui demander de lâaide pour guérir le mauvais Åil ou une maladie, elle immergeait le cheveu dans lâeau, puis donnait lâeau à boire à cette personne77. Un autre ḥadÄ«th rapporte que lorsquâelle recevait la visite dâune personne malade, une autre épouse du Prophète, AsmÄʾ bt. AbÄ« Bakr, avait lâhabitude de faire tremper une chemise du Prophète dans de lâeau quâelle offrait ensuite à boire au malade78. Dâaprès dâautres ḥadÄ«ths encore, le Prophète, après avoir effectué ses ablutions, prenait une gorgée dâeau et la crachait dans un récipient, puis proposait aux Compagnons présents de boire de cette eau pour ensuite se la passer sur le visage et la poitrine. Un ḥadÄ«th précise en outre quâUmm Salama suggérait à ces mêmes Compagnons de conserver une partie de cette eau pour leurs mères79.
5.3 Le témoignage des sources historiographiques médiévales
Des exemples particulièrement intéressants dâutilisation des reliques impliquant lâeau apparaissent dans les sources historiographiques médiévales, et notamment dans les Khiá¹aá¹ dâal-MaqrÄ«zÄ«. Dans ces sources, nous découvrons que les chrétiens coptes et les musulmans de lâÃgypte médiévale faisaient un usage particulier des reliques sacrées pour provoquer lâinondation bénéfique annuelle du Nil. Concernant les Coptes, al-MaqrÄ«zÄ« rapporte que le jour de la fête du Martyr (ʿĪd al-shahÄ«d) vers le 17 mai, qui célèbre le martyre de Jean de Sanhut, la relique du doigt de ce martyr était portée en procession depuis lâéglise de ShubrÄ al-Khayma jusquâau Nil. La relique était ensuite immergée dans lâeau, suscitant le débordement du Nil80.
Les musulmans du Caire ont adopté des pratiques similaires autour des reliques du Prophète conservées au Caire. Dès la fin du VIIIe/XIVe siècle, les reliques du Caire ont été utilisées pour demander lâintercession du Prophète pour une inondation complète du Nil. En 926/1520, du fait du retard de la crue du Nil, le gouverneur ottoman de lâépoque, KhÄʾir Bey (r. 923-29/1517-22), demanda alors aux autorités représentant les quatre écoles juridiques, les oulémas et les plus importants maîtres soufis de son temps, de passer la nuit en prière au Nilomètre. Le niveau ne cessant cependant de baisser, le gouverneur se rendit lui-même au Nilomètre accompagné de récitateurs du Coran, qui lurent plusieurs fois le Livre saint avant dâachever une lecture du á¹¢aḥīḥ al-BukhÄrÄ«. Le gouverneur apporta également avec lui les reliques de la madrasa GhÅ«riyya et ordonna de les immerger dans lâeau de la citerne du Nilomètre. Câest alors que le niveau remonta jusquâà atteindre les seize coudées cruciales, permettant lâouverture du barrage et le début des célébrations dâaction de grâce81.
5.4 Le rôle de lâeau dans la vénération des ÄthÄr al-nabÄ« dans lâislam contemporain
Nous avons déjà mentionné une empreinte attribuée au Prophète gravée dans une roche et conservée dans la mosquée al-KarÄ«miyya à Alep en Syrie. Lâhistoire de cette mosquée et de sa relique est racontée dans lâHistoire dâAlep rédigée par Muḥammad RÄghib al-ṬabbÄkh al-ḤalabÄ« (m. 1951). La mosquée fut construite à lâépoque du calife Ê¿Umar b. Ê¿Abd al-Ê¿AzÄ«z (r. 99-101/717-20) au début du IIe/VIIIe siècle, restaurée par le shaykh Ê¿Abd al-RahÄ«m al-Ê¿AjamÄ« al-ShÄfiʿī en 654/1256, à lâépoque de lâémir ayyoubide dâAlep al-áºÄhir GhÄzÄ« b. á¹¢alÄḥ al-DÄ«n (r. 582-613/1186-1216), puis par QÄá¸i BahÄʾ al-DÄ«n Ê¿AlÄ« b. Muḥammad b. AbÄ« SawÄda en 771/1369. En lâan 855/1451, un shaykh soufi nommé Ê¿Abd al-KarÄ«m al-KhÄfÄ« entreprit une nouvelle restauration en y ajoutant une partie utilisée comme zÄwiya, et depuis lors, la mosquée a pris son nom82. Concernant lâempreinte de pied attribuée au Prophète imprimée sur une pierre jaune, al-ḤalabÄ« rapporte quâelle fut léguée au shaykh Ê¿Abd al-KarÄ«m par un homme mystérieux venant du Hedjaz sur un chameau, suite à un rêve quâil avait fait la nuit précédente et qui prédisait ce même événement83. Al-ḤalabÄ« rapporte que jusquâà son époque â soit la première moitié du XXe siècle â, les gens frottaient la pierre avec leurs mains puis les passaient sur leurs yeux et leurs visage. Quant aux femmes qui allaitaient et qui manquaient de lait, elles se rendaient à la mosquée après la prière du vendredi munies dâun récipient. Le gardien de la mosquée y versait lâeau qui avait été en contact avec la pierre, quâaussitôt les femmes buvaient afin de solliciter une augmentation de leur lactation84. à lâépoque contemporaine, un mécanisme très singulier a été mis au point pour obtenir la baraka de la relique sans la toucherâ : lâempreinte a été appliquée horizontalement sur le mur, et lorsque lâeau est versée dessus, elle tombe dans un bassin, où un robinet permet aux croyants de verser cette eau dans un verre et de boire enfin la baraka du Prophète. Malheureusement, cette relique nâa pas survécu à la guerre en Syrie, puisque le 30 juillet 2014, alors quâAlep était sous le contrôle des jihÄdistes, quatre personnes ont été vues pénétrer dans la mosquée et détruire irrémédiablement cette relique85.
Dans les régions évoquées jusquâà présent, la répartition géographique des reliques est allée de pair avec lâexpansion des empires islamiques. En effet, le pouvoir politique, comme nous lâavons vu, a utilisé les reliques comme moyen de légitimation, sans exclure pour autant les motivations purement religieuses de leur vénération. Dans les régions du monde islamique périphériques à la Péninsule arabique où les reliques étaient absentes, les dirigeants des dynasties islamiques naissantes ont toujours fourni des efforts financiers remarquables pour acquérir des reliques et faire construire de somptueux monuments pour les préserver. Nous venons dâen montrer des exemples anciens. à lâoccasion de lâintroduction de ces reliques dans ces régions périphériques, les dirigeants organisaient de grandes cérémonies de bienvenue. La circulation des reliques est constante jusquâà nos jours, comme lâattestent des exemples très intéressants en Inde et Russie, en particulier dans la région majoritairement musulmane du Caucase.
Un descendant de lâéminente tribu médinoise des Khazraj, le Shaykh Aḥmad b. Muḥammad al-KhazrajÄ«, a revendiqué la possession de certaines reliques attribuées au Prophète qui, selon son récit, auraient été transmises dâune famille descendante des Aná¹£Är de Médine à lâautre, avant de terminer entre ses mains. Al-KhazrajÄ« a également revendiqué connaître les chaînes de transmission exactes de chacune de ces reliques, qui remonteraient aux Compagnons du Prophète. Cette collection se composerait de vingt-six reliques, dont huit sont attribuées au Prophète, et dâautres attribuées à certains éminents Compagnons. En ce qui concerne les reliques attribuées au Prophète, il sâagit de cheveux et poils, une veste (jubba), un manteau (burda) et un bol. Le shaykh al-KhazrajÄ«, basé aux Ãmirats arabes unis, avait lâhabitude dâexposer sa collection au public chaque année le jour du mawlid, dans sa maison à Abou Dhabi. à ces occasions, il plongeait un cheveu du Prophète dans lâeau, puis offrait des bouteilles contenant cette eau aux visiteurs. à la suite de certains rêves, il affirma avoir reçu lâordre du Prophète de distribuer certaines de ces reliques à des personnalités religieuses spécifiques. Câest pourquoi il entreprit des voyages dans certaines régions périphériques du monde islamique, comme le sous-continent indien et les républiques islamiques russes du Caucase, muni de sa collection de reliques86. En janvier 2011 notamment, Shaykh al-KhazrajÄ« se rendit en Inde, où il confia au Shaykh Abubakr Ahmad (né en 1939), lâactuel Mufti de lâInde, un cheveu du Prophète. La cérémonie de remise de la relique, au cours de laquelle un document comportant la chaîne de sa transmission a également été remis, eut lieu dans le cadre de la conférence annuelle organisée par lâUniversité Markaz dans le Kerala, dont Shaykh Abubakr Ahmad est le directeur. Shaykh Ali Gomaa (né en 1952), qui était à lâépoque mufti dâÃgypte, était également présent à cette cérémonie87.
En juillet 2012, seize reliques faisant partie de la collection du Shaykh al-KhazrajÄ« ont été transportées en Russie afin dâêtre exposées à Grozny en Tchétchénie durant quatre jours. à cette occasion, des délégations de différents pays islamiques se sont rendues sur place pour les voir88. Quelques mois plus tard, en janvier 2013, le président Ramzan Kadyrov est parvenu à faire à nouveau venir cette collection en Tchétchénie à lâoccasion de la fête du mawlid et à conserver les reliques en exposition à Grozny pendant une année entière89. La même collection a par la suite été exposée au Daghestan en 201390. La même année, le mufti du Daghestan, Ahmad Afandi Abdulaev (né en 1959), reçut en cadeau un cheveu du Prophète de la part dâal-KhazrajÄ« lui-même, lors dâune cérémonie91. Cette relique est au centre dâune cérémonie au cours de laquelle de lâeau est versée sur le cheveu, puis bue par les invités92.
Mais lâopération la plus importante du président tchétchène concernant les reliques avait déjà été finalisée en septembre 2011. A cette date, comme de nombreux souverains avant lui dans lâhistoire du monde islamique, Ramzan Kadirov a notamment acquis un bol attribué au Prophète. Ce bol a été ramené par le président tchétchène du Royaume-Uni, où il aurait été conservé par une famille de descendantes dâÊ¿AlÄ« b. AbÄ« ṬÄlib. Quelques mois plus tard, le président est allé chercher le bol avec son jet personnel93. Cet évènement, à partir de lâatterrissage du jet présidentiel à lâaéroport de Grozny, a été filmé. Dans ce film, on voit le président accueilli par les autorités religieuses locales, et la boîte contenant la relique, embrassée par le mufti de Tchétchénie et les divers convives. On y voit également la boîte exposée sur une voiture recouverte dâun tissu noir, semblable à la kiswa de la KaÊ¿ba, ouvrant la procession en direction de la Grande Mosquée de Grozny. Une foule immense, estimée à un million de personnes, a assisté aux différentes phases du cérémonial. Devant la Grande Mosquée de Grozny, la boîte a été ouverte et la coupe extraite, dans une atmosphère de grande émotion. De lâeau a été versée dans le bol, et le mufti de Tchétchénie ainsi que Ramzan Kadyrov y ont bu, suivis de certaines personnes de lâentourage présidentiel. On peut remarquer que les gens prennent les mêmes précautions lorsquâils boivent lâeau de Zamzam selon les règles de la sunna, buvant en position assise par trois petites gorgées. à la fin de la cérémonie, la relique a été placée dans la mosquée pour être exposée chaque année le jour du mawlid94.
Ces événements singuliers nous montrent de manière tout à fait éloquente quâau-delà de la question de leur authenticité, la vénération des reliques et leur utilisation en tant que source de légitimation du pouvoir politique trouvent encore leur place dans les dynamiques religieuses et politiques de lâislam contemporain.
6 Conclusion
La vénération des reliques du prophète Muḥammad perpétue à travers les siècles la dimension physique de la dévotion que les Compagnons vouaient à son égard, en touchant son corps sacré de son vivant. Approcher les reliques du Prophète, les toucher directement ou toucher les objets qui ont été en contact avec elles, ou encore boire des liquides porteurs de la bénédiction de ces reliques ou objets, revient pour les musulmans à entrer dans la présence même du Prophète. Pour les premières générations de musulmans, la dévotion envers les reliques était une pratique tout à fait naturelle, et leur préservation était assimilée à la transmission de ses saintes paroles, les ḥadÄ«ths, qui partagent avec les reliques leur dénomination de ÄthÄr.
Comme dans dâautres contextes religieux et politiques, les reliques du Prophète ont joué un rôle dans la légitimation du pouvoir politique dans le monde islamique, puisque certains souverains ont utilisé les reliques afin de renforcer leur lien avec la source de lâautorité en islam, le prophète Muḥammad lui-même. Ce faisant, les souverains ont transféré ces reliques dans des régions de plus en plus périphériques du monde islamique, les utilisant comme éléments fondateurs de bâtiments religieux et civils, et leur conférant ainsi un rôle central dans le développement des sociétés islamiques. Cette fonction a été particulièrement assurée pendant la période de formation des différentes dynasties du monde islamique, des Omeyyades aux Ottomans, et a perduré jusquâà lâépoque contemporaine. En effet, comme le montre lâexemple du bol du Prophète récemment transporté à la mosquée de Grozny, les reliques du Prophète continuent à jouer un rôle religieux et politique majeur dans le monde islamique contemporain.
Si, comme on lâa vu, ce dernier est marqué par un fort préjugé réformiste dâinspiration wahhabite envers la vénération des reliques, cette pratique a trouvé un terrain fertile dans des régions périphériques au monde arabe, comme le sous-continent indien par exemple, où lâon accorde encore une place absolument centrale à la dévotion au Prophète. Les reliques du Prophète, ainsi que la dévotion qui leur est portée, ont récemment subi un processus de globalisation et ont été transportées en dehors du monde islamique atteignant le sol des pays européens, des Ãtats-Unis ou de lâAustralie. Un exemple récent a été étudié dans un article publié en 2017, dans lequel lâauteur décrit le voyage dâun cheveu du Prophète du Pakistan au Danemark, où il est exhibé dans le contexte de rencontres soufies à Copenhague et même à Oslo, et où le mode de vénération passe précisément par lâutilisation de lâeau95. Cette étude nous rappelle le rôle central du soufisme dans la préservation et la vénération des reliques du Prophète à travers lâhistoire des sociétés islamiques, et même dans le monde globalisé contemporainâ ; un vaste sujet qui mériterait une étude à part entière.
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La phase initiale de cette recherche a été menée grâce à une bourse post-doctorale du Labex- Resmed Sorbonne-Paris, dans le cadre du programme «â Islamologieâ » dirigé par Anne-Sylvie Boisliveau en collaboration avec le Laboratoire Orient-Méditerranée (CNRS- Paris), durant lâannée universitaire 2016/17.
McGregor, Islam and the Devotional Object, 119-171â ; Meri, âRelics of Piety and Powerââ ; Patrizi, âRelics of the Prophetâ.
Strong, âRelicsâ.
Amri, Croire au Maghreb médieval, 173-93â ; Smoller, ââPopularâ Religious Culture(s)ââ ; Waardenburg, âOfficial and Popular Religion in Islamâ.
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Dickinson, âIbn al-á¹¢alÄḥ al-ShahrazÅ«rÄ« and the IsnÄdâ.
Gril, âLe corps du Prophèteâ.
Gril, âLe corps du Prophèteâ, 39, 49, 54.
Q 2:125.
Kister, âMaqÄm IbrÄhÄ«mâ.
Tottoli, âLa Pietra Neraâ.
Q 2:248.
Ṭabarī, Tafsīr Ṭabarī, 4:472-77.
Q 20:96.
Q 21:91, 66:12.
Ṭabarī, Tafsīr Ṭabarī, 18:391.
Q 12:93-98.
Gril, âLe corps du Prophèteâ, 48-49.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīh, 7:450.
Muslim, á¹¢aḥīḥ, 6:170â ; Knight, Muhammadâs Body, 71-101.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīḥ, 1:316-17.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīḥ, 7:467.
Wheeler, Mecca and Eden, 72.
Ibn NÄjÄ«, MaÊ¿Älim al-Ä«mÄn, 97-102.
Meri, Cult of Saints, 108.
Par example, BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīḥ, 2:79.
SuyÅ«á¹Ä«, TÄrÄ«kh al-khulafÄʾ, 140.
Muslim, Ṣaḥīḥ, 5:432-33.
Sur la classification des reliques du Prophète, voir aussi McGregor, Islam and the Devotional Object, 122-23.
TÄ«mÅ«r BÄshÄ, al-ÄthÄr al-nabawiyya.
Bursi, âA Hairâs Breadthââ ; Wheeler, âGift of the Body in Islamâ.
KüçükaÅcı, âSacred Relics in Istanbulâ.
TÄ«mÅ«r BÄshÄ, al-ÄthÄr al-nabawiyya, 16-26.
Elad, Medieval Jerusalem, 72-73, 166-67â ; Necipoglu, âThe Dome of the Rockâ, 25, 29, 32, 58, 69-70.
Wheeler, Mecca and Eden, 78-79.
ḤalabÄ«, IÊ¿lÄm al-nubalÄʾ, 5:287-88.
KüçükaÅcı, âSacred Relics in Istanbulâ.
Wheeler, Mecca and Eden, 78-79â ; la perspective de Wheeler sur ce point a récemment été remise en question par McGregor, Islam and the Devotional Object, 123.
Gruber, âThe Prophet Muhammadâs Footprintââ ; Patrizi, âImpronte, ritratti e reliquieâ.
Freeman, Holy Bones, Holy Dustâ ; Geary, Furta Sacra.
McGregor, Islam and the Devotional Object, 148-71â ; Walker, âPurloined Symbols of the Pastâ.
Wheeler, Mecca and Eden, 87-94.
Hagen, âPietas Ottomanicaââ ; Klein, âSacred Relicsâ.
Wheeler, Mecca and Eden, 91.
Olesen, Culte des saints et pèlerinages chez Ibn Taymiyya.
Memon, Ibn Taymiyyaâs Struggle, 362n301.
TÄ«mÅ«r BÄshÄ, al-ÄthÄr al-nabawiyya, 61.
El-Hibri, âThe Abbasids and the Relics of the Prophetâ.
Abdulfattah, âRelics of the Prophetâ.
TÄ«mÅ«r BÄshÄ, al-ÄthÄr al-nabawiyya, 46-47.
Wheeler, Mecca and Eden, 34.
Wheeler, Mecca and Eden, 40.
KüçükaÅcı, âSacred Relics in Istanbulâ.
Burton-Page, âḲadam SharÄ«fââ ; Welch, âThe Shrine of the Holy Footprintâ.
Hasan, âThe Footprint of the Prophetâ.
Warikoo, âShrines and Pilgrimages of Kashmirâ, 52. Un autre exemple dâexhibition dâun cheveu du Prophète à lâoccasion du mawlid est celui exhibé par les AḥbÄsh à Beyrouth, voir lâarticle de E. Aubin-Boltanski dans ce volume.
Shaffer, âIndian Intelligenceâ.
Husain, Bahadur Shah, xx, xxviii.
Komaki, âPoliticsâ, 74-76.
Department of Heritage Telangana, âMecca Masjidâ.
Warikoo, âShrines and Pilgrimages of Kashmirâ, 52.
Chitkara, Kashmir Imbroglio, 20.
Muharram Mirror, âProphet Muhammadâ.
Chitkara, Kashmir Imbroglio, 20.
Ganem, âTraces of the Prophetââ ; Hasan, âThe Footprint of the Prophetâ, 337.
Ashiq, âKashmir Familyâ.
Foschini, âUnder the Cloak of Historyâ.
McChesney, âReliquary Sufismâ, 194.
McChesney, âReliquary Sufismâ, 194-95.
Pellat, âḤilf al-Fuá¸Å«lâ.
FÄkihÄ«, AkhbÄr Makka, 1:475.
Guillaume, The Life of Muhammad, 553-54.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīh, 7:450.
Muslim, Ṣaḥīh, 5:357.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīḥ, 7:467.
Muslim, Ṣaḥīḥ, 5:432-33.
BukhÄrÄ«, á¹¢aḥīḥ, 5:399.
Ducène, âRites religieuxâ, 67.
Ducène, âRites religieuxâ, 70-71.
ḤalabÄ«, IÊ¿lÄm al-nubalÄʾ, 5:287-88.
ḤalabÄ«, IÊ¿lÄm al-nubalÄʾ, 5:288.
ḤalabÄ«, IÊ¿lÄm al-nubalÄʾ, 5:288.
Ḥalab News, âMusallaḥūn majhÅ«lÅ«â.
Okarvi, AthÄr al-nabawiyya.
Bin Batoota, âSacred Hair of Rasoolullah in Indiaâ.
Islam.ru, âRussian Muslimsâ.
Ria Novosti, âProphet Muhammadâs Relicsâ.
Caucasian Knot, âDagestanâ.
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âMuhammadâs (S.A.W.W) Bowl Brought to Chechnyaâ.
Rytter, âLes cheveux du Prophèteâ.