Cet ouvrage présente une traduction en français dââ¯un manuscrit chinois trouvé dans les grottes Dunhuang au début du XXème s. et aujourdââ¯hui conservé à la British Library sous la cote S 2659. Il sââ¯agit dââ¯une suite dââ¯hymnes dédiées au prophète babylonien Mani qui, après avoir transité par lââ¯Asie centrale, ont été traduites essentiellement des langues parthe et moyen-perse en langue chinoise vers le VIII èmes.
Ce manuscrit est lââ¯un des trois textes majeurs en langue chinoise retrouvés en Chine que sontâ¯: le Traité, Monijiao canjing æ©å°¼ææ® ç¶ ou Traité fragmentaire de la religion manichéenne traduit par Ãdouard Chavannes et Paul Pelliot sous le titre «â¯Un Traité manichéen retrouvé en Chineâ¯Â» publié au Journal Asiatique en 1911 et conservé à la Bibliothèque nationale de Beijing (manuscrits de Dunhuang n°8470)â¯; le Compendium, Moni guangfo jiaofa yilüe æ©å°¼å 使æ³åç¥, conservé à Londres (S 3969), qui a été traduit partiellement par E. Chavannes et P. Pelliot (JA, 1913) et G. Haloun et W.B. Henning sous le titre «â¯The Compendium of the Doctrines and Styles of the Teaching of Mani, the Buddha of Lightâ¯Â» (Asia Major III, 1952â¯: 184-212), puis intégralement par Nahal Tajadod sous le titre Mani, le Bouddha de Lumière, Catéchisme manichéen chinois (éd. du Cerf, Paris, 1990). Lââ¯Hymnaire manichéen chinois dit Xiabuzan ä¸é¨è®, a été étudié par E. Waldschmidt et W. Lentz qui ont établi une traduction en allemand de lââ¯Hymne IIâ¯: «â¯Die Stellung Jesu im Manichäismusâ¯Â» (APAW, Berlin, 1926, 4â¯: 3-131), puis traduit en anglais par Tsui Chi å¬é©¥ (Cui Ji)â¯: «â¯Mo Ni Chiao Hsia Pu Tsanâ¯Â» (BSOAS 11, 1943-1946â¯: 174-215) avec des annotations de W.B. Henning (218-219).
Cââ¯est à lââ¯instigation du Pr Michel Tardieu que jââ¯ai entrepris cette traduction il y a bien des années, au cours desquelles plusieurs moutures ont vu le jour. Après avoir dââ¯abord travaillé à partir de photocopies du manuscrit original ainsi que de la version du TaishÅ, jââ¯ai ensuite pu prendre en compte dââ¯autres éditions, notamment celles de E. Schmidt-Glintzer, puis de Lin Wushu æææ®. Cââ¯est lââ¯une des dernières versions de celui-ci, publiée dans son ouvrage Dunhuang wenshu yu yijiao yanjiu æ¦ç ææ¸è夷æç ç©¶ (2011) qui mââ¯a essentiellement servi, en raison de la volonté éditoriale de rester au plus près de la graphie du Manuscrit. Il mââ¯a été donné, également, au cours dââ¯une mission à Londres, dââ¯examiner le manuscrit original, ce qui mââ¯a permis dââ¯en faire une description précise.
Si le Compendium présente, dans un souci de clarté vis-à -vis des autorités chinoises Tang, un exposé de lââ¯organisation de lââ¯Ã©glise manichéenne et de ses règles fondamentales, et le Traité une exégèse de la théogonie émanant des sources iraniennes et adaptée au bouddhisme chinois, lââ¯Hymnaire, quant à lui, contient vingt-cinq hymnes et prières traduites en chinois à partir de sources manichéennes parthes. Il constitue en quelque sorte lââ¯aboutissement des deux autres textes, du fait que leurs données apparaissent en filigrane à travers invocations et prières, dans un style non pas descriptif, mais essentiellement poétique. Dans ces hymnes se révèle tout lââ¯enseignement de Mani et aussi sa personnalité aux multiples facettes â à la fois peintre et calligraphe, visionnaire, penseur inspiré, linguiste, écrivain et poète. Nul doute que musique et chants, porteurs de particules de lumière, représentaient pour lui la médecine de lââ¯Ã¢me et le véhicule privilégié de son message.1
Je suis infiniment reconnaissante aux Prs M. Tardieu pour son enseignement et constants encouragements et J.-D. Dubois pour ses conseils et patientes relectures.